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 Le Paon et le Corbeau [PV *]

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Telak Firdor
Poigne Dure
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MessageSujet: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Sam 7 Aoû 2010 - 14:20


Sixième jour,
Quatorzième semaine,
Début de soirée


La soirée promettait d’être fraîche. Pourtant, Yswllyra brûlait d’une ardeur peu conventionnelle, ses quartiers s’étant agité plus que de raison en cette sixième journée, de la quatorzième semaine. Lorsque Telak était sorti de la sinistre Tour royale, il s’était félicité d’avoir enfilé un chandail épais, de couleur brune, et releva sa capuche pour se protéger plus des regards que de la température du soir. Du haut de l’Observatoire, il avait regardé la ville s’embraser par la haine des religieux, mêlée aux rixes des riverains qui faisaient valoir leurs opinions à coups de poings, de pieds et de dents. Le trouble commençait à agiter les rangs du Seigneur Nordique, qui lentement, prenaient conscience de leur division. C’était un fait, les Hommes étaient désunis. Et ce serait là ce qui conduirait l’infâme empereur à sa chute. Derrière l’adolescent, un peu plus haut dans le ciel, un croassement lugubre s’était fait entendre.

Depuis son dernier entretien, plutôt houleux, avec l’homme le plus craint du continent, le jeune orphelin n’avait pas cessé de refouler les idées noires, morosité et désir de vengeance se mêlant affreusement à celles-ci. Une haine profonde se tapissait au fond de lui, grandissant chaque jour, chaque heure, chaque minute, prête à tout pour faire basculer celui qui se croyait être son « protecteur ». Il regretterait les quelques paroles malheureuses qu’il avait eu ce soir là, Telak se l’était juré. L’état du jeune homme s’était dégradé et sa maigreur était encore plus apparente qu’à l’accoutumée. Ses cheveux semblaient encore plus désordonnés, bien que le tissu de sa capuche ait caché ce détail, et son regard paraissait plus sombre, comme si ses prunelles avaient perdu la malice qui les faisait brillé autrefois. Assurément, l’allure du jeune garçon en pâtissait et il semblait encore bien plus effrayant qu’à l’ordinaire. L’aura qui le caractérisait s’était aussi bien noircie qu’épaissie. Il était peu probable qu’on vienne l’importuner ce soir, tandis qu’il traversait d’une démarche lente la sombre cité impériale, pour regagner le palais. Quelques temps auparavant, il avait décidé de sortir pour se rendre aux voisinages du Temple, afin de constater de plus près les dégâts occasionnés et interroger quelques passants. Bien sûr, en voyant l’adolescent et son oiseau de mauvais augure, ces derniers s’étaient montrés bien peu bavards. Telak ne put soutirer que quelques informations, mais assez toutefois pour que cela lui soit utile. Lorsque le jour commença à décliner, il décida qu’il était temps de rentrer.

En passant par les ruelles principales, il croisa des visages sinistres et tourmentés, qui ne lui adressèrent même pas un regard. Les gens avaient peur de l’avenir, cela se sentait. Les temps de trouble ne faisaient que commencer, qui pouvait l’ignorer ? Telak s’arrêta et leva la tête, pour observer les cieux nuageux. Quels desseins les dieux avaient-ils donc pour eux ? et pour lui ? Un nouveau croassement, ainsi qu’un battement d’ailes, le ramenèrent à la réalité. Hugin s’était posé sur son épaule et regardait fixement le bout de la rue, ce qui conduisit l’orphelin à l’imiter. Une démarche noble, des apparats de choix, une excentricité réelle mais qui paraissait terne ce soir… Telak ne mit pas beaucoup de temps pour reconnaître le gentilhomme qui s’avançait, l’air soucieux, dans la ruelle, à sa rencontre, sans toutefois l’avoir remarqué pour le moment. Arvaël Al’Nyr. Que faisait-il donc à cette heure, seul et troublé, dans les rues de la cité ? L’adolescent plissa les yeux. Cette rencontre paraissait pour le moins hasardeuse.


Spoiler:
 

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Arvaël Al'Nyr
Gwendirien
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Lun 9 Aoû 2010 - 19:08

L’air froid et coupant de la nuit aurait du faire frémir même le plus endurci des soldats. Les rafales glacées qui se levaient par intermittence semblaient prendre un malin plaisir à ôter la moindre bribe de chaleur qui pouvait émaner des promeneurs nocturnes, quelle que soit l’épaisseur et le nombre de leurs vêtements. Tous les individus que leurs activités plus ou moins licites amenaient à parcourir en cette nuit glaciale les rues d’Yswllyra ne rêvaient que d’une chose : réchauffer leurs membres transis. Tous sauf un.

Arvaël, pour sa part, était bouillant. Bouillant de colère, bouillant de frustration, bouillant de rage contre ce général qui avait si cavalièrement fait irruption dans son existence pour y introduire le spectre de la répression. Cela ne faisait que quelques minutes que cet entretien avait pris fin, et le jeune noble ne décolérait pas. A présent qu’il était seul, libre de ruminer tout son saoul l’épisode, il alimentait le brasier de son courroux tout en marchant d’un pas vif afin de rejoindre sa demeure. Non, mais, de quel droit ce … Marcus Graybach … se permettait-il de le traiter, lui, Arvaël Al’Nyr, de cette façon ? Quelle audace de songer pouvoir l’utiliser de si vile façon, comme un vulgaire pion sur son échiquier ! Quelle outrecuidance ! Ah mais, il allait voir ce qu’il allait voir ! Ce petit parvenu, terne et sans aucune tenue – comment, s’il vous plaît, respecter un soi-disant Chef des Armées qui ne se donnait même pas la peine d’entretenir une maisonnée digne de son rang ?! – allait regretter son outrage !

Les joues rougies aussi bien par l’air glacé de la nuit que par le feu qui l’habitait, Arvaël enchaînait les ruelles d’un pas rageur, choisissant d’emprunter un raccourci à travers le dédale de la Basse Ville. A peine conscient des noires silhouettes qu’il croisait, il traçait son chemin parmi les méandres de ce labyrinthe, trop occupé pour seulement remarquer les regards de convoitise que sa mise luxueuse attirait. Se contentant de resserrer brièvement son riche manteau de fourrure contre lui et de frotter par intermittence ses mains délicatement gantées en des gestes brusques et saccadés, il laissait ainsi aller libre court à sa colère.

C’est peut être pour cela qu’il ne remarqua pas immédiatement l’enfant et le corbeau s’engageant dans la même venelle que lui en sens inverse. A moins que ce ne fut à cause de cette silhouette furtive qu’il avait senti le frôler juste avant de s’y engager ; portant machinalement la main à sa hanche, Arvaël ne put dans son dépit que constater la disparition de la bourse dodue qui s’y balançaient encore quelques instants auparavant. Enfin quoi qu’il en soit, le cri de rage qui lui échappa ainsi que la bordée de jurons à l’adresse du mystérieux pickpocket détournèrent fort efficacement son attention de ce qui se trouvait sur son chemin.

La surprise fut donc totale, quand se retournant, il faillit percuter le frêle adolescent et son ténébreux volatile. Quasiment nez à nez avec eux, Arvaël ne put retenir un léger cri tout en sursautant. Sa première réaction ne fut pas précisément cordiale. Toujours sous le feu de sa colère, portée à son paroxysme par sa mésaventure, il commença par exprimer de façon fort enjolivée ses sentiments, faisant par là même montre de ses extraordinaires capacités vocales :

- Non mais, çà ne va pas la tête ?!! Tu ne peux pas regarder où tu vas ?!! Ôte toi de mon chemin, toi et ton poulet, avant que je ne me fâche …

Ses paroles enflammées se perdirent dans un vague murmure, tandis que la sombre aura du garçon et la mine funèbre du corbeau qui l’accompagnaient forçaient l’évidence à pénétrer son esprit enfiévré. Reculant précipitamment de quelques pas afin de maintenir une distance plus conventionnelle avec l’étrange couple, le courtisan lâcha, d’une voix à mi chemin entre l’affirmation mesurée et l’interrogation :

- Telak Firdor …
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Telak Firdor
Poigne Dure
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Jeu 19 Aoû 2010 - 14:22

Une silhouette furtive à la droite du courtisan attira le regard de l’adolescent, qui plissa davantage les yeux pour observer l’étrangeté de celui qui était assurément une canaille des bas fonds. Penchant la tête de côté, il put apercevoir la manœuvre habilement exécutée, par des mains visiblement experte dans le chapardage des nobles peu avisés ou trop confiants. L’adolescent qui s’était préalablement arrêté fit quelques pas dans la direction du gentilhomme, pour le prévenir de ce dont ses prunelles avaient été témoins, mais force était de constater que le sieur Al’Nyr n’avait nullement besoin de son intervention pour se rendre conscient du délit. Se retournant vivement, il écuma de rage en poussant quelques jurons dont sa bouche délicate n’était pas si coutumière en des temps plus ordinaires. Un sourire amusé creusa les fossettes inexistantes de l’orphelin, tandis qu’il observait avec une curiosité malsaine les débordements du courtisan. D’autres occasions de le voir ainsi emporté ne se représenteraient peut être plus. Pris dans le tourbillon d’excès du gentilhomme, il ne put guère éviter la bousculade, ce qui stoppa son hilarité passagère, mais alimenta les fureurs du noble qui s’en prit avec véhémence à sa personne, avant de le reconnaître et de se reculer vivement. Ce n’était pas la peur qui l’avait délogé de son emplacement, mais plutôt l’incrédulité et la stupéfaction de rencontrer si étrange personnage en ces lieux et en cette heure. Amusé par l’effet provoqué, Telak adressa un sourire malicieux à son interlocuteur, avant de se courber dans une révérence théâtrale, pour le saluer et confirmer ses soupçons.

« Lui-même, mon bon Seigneur. Quelle étrangeté de nous rencontrer en pareilles circonstances, n’est-il pas ? »

Se redressant, l’adolescent plongea son regard dans celui du gentilhomme qui l’avait bousculé. Ses pupilles brillaient d’une étrange malice et d’une hilarité inappropriée. La rencontre le faisait allègrement sourire, sans aucune raison apparente cela dit. Il détailla le jeune homme, sans cacher sa curiosité, car jamais il n’avait eu l’occasion de l’approcher. Bien sûr, il le connaissait d’apparence et de nom, car ses excentricités ne passaient pas inaperçues à la cour, où il avait une influence relative. Son ascendance y était sans doute pour quelque chose, on ne pouvait ignorer le nom d’une aussi riche famille. Et il était évident que pareille silhouette attirait la convoitise des bas fonds, contrairement à celle de l’adolescent, qui aurait pu passer inaperçue si sa simple vue n’avait pas déclenché les frayeurs des habitants de la ville. Mais ce n’était pas les apparats presque royaux du gentilhomme qui intriguaient Poigne Dure, c’était sa mine empourprée dont les teintes vermillons ne pouvaient avoir été déclenchées par la seule altercation dont il avait été témoin. Il était certain que le courtisan bouillait d’une colère intérieure, provoquée par d’autres évènements récents. Perplexe, l'orphelin pencha de nouveau la tête, comme si cette seule posture pouvait l'aider à déchiffrer le comportement du gentilhomme. Sans réserve, ni retenue, il n’hésita pas poser la question ouvertement à celui qui lui faisait face.

« Vous semblez habité par quelques fureurs, je me vois contraint de l’avouer. La nuit extérioriserait-elle vos démons intérieurs ou un malin génie s’amuserait-il à provoquer vos émois ? »

La malice faisait toujours briller ses prunelles obscures, tandis qu’un sourire espiègle étirait les traits de son visage émacié.

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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Dim 22 Aoû 2010 - 9:38

Coupé dans son élan de fureur par cette rencontre pour le moins inattendue avec le mystérieux protégé du Seigneur Nordique, Arvaël connut un léger moment de flottement, pris entre sa folle colère et tous les signaux d’alarme qui s’allumaient en lui à la vue de l’adolescent. Car il ne fallait pas s’y tromper ; bien que ne l’ayant jamais vraiment croisé auparavant, force était au courtisan de constater que toutes les rumeurs qui couraient sur lui étaient pour la plupart fondées sur quelque chose d’authentique. Les ténèbres semblaient se délecter de draper d’un noir manteau le page et son corbeau, tandis que le sourire qui s’étalait sur les traits du premier exprimait tout sauf une saine hilarité.

Un léger frisson parcourut la colonne vertébrale du jeune noble, mais son courroux était encore trop violent. Ne demandant qu’à s’exprimer, avant même de s’étonner ou de s’offusquer de la curiosité de Telak Firdor, il cracha à la question de ce dernier :

- Un malin génie, oui, un démon de forme humaine nommé Marcus Graybach ! Puisse Loki le tourmenter pour l’éternité !

Le visage déformé par la colère, Arvaël avait mis dans ses paroles tout le venin, toute la rancune et toute la haine qui l’habitaient suite à sa rencontre avec le Chef des Armées. Pour la première fois de son existence, cet enfant gâté n’avait pu se protéger derrière son nom ou ses richesses pour obtenir ce qu’il voulait, et comme un enfant, il se rebellait en criant et trépignant. N’ayant jamais connu de limites, ce face-à-face avec l’autorité impériale ne pouvait que réveiller son tempérament de feu.

Cependant, tandis qu’il s’exprimait ainsi, son malaise en présence de l’adolescent alla croissant, et après quelques instants de silence, pendant lesquels l’écho de ses mots de fureur mourut tandis qu’il reprenait son souffle, il s’obligea (difficilement) à se calmer afin de poser un regard plus lucide sur la situation présente. Le page d’Ardiosis Bennefoy dégageait une aura trouble, qui refroidit lentement mais sûrement les ardeurs du jeune homme. Jetant un regard soupçonneux vers le corbeau perché sur la maigre épaule de son maître, il reprit, d’une voix plus posée, plus policée, bien qu’encore légèrement vibrante de son récent éclat :

- Mais passons, cette broutille ne doit pas occulter le plaisir de cette rencontre. Je suis fort aise de croiser enfin le fils adoptif de notre bien-aimé seigneur, fut-ce en de telles … circonstances.

Arvaël marqua une pause, ses prunelles une nouvelle fois attirées par le corbeau ; le sombre volatile le mettait bizarrement mal à l’aise. Son regard n’était pas naturel, trop fixe, trop … intelligent. Un autre frisson dégringola le long de sa colonne vertébrale, tandis qu’il s’efforçait de reporter son attention sur l’étrange garçon qui lui faisait face. Qui que soit ce dernier, il y avait là quelque obscur secret.

Mais n’était-il pas, lui, Arvaël Al’Nyr ? Depuis quand se laissait-il intimider par un mioche à la mine un peu lugubre et un oiseau apprivoisé ? Depuis quand se mettait-il à trembler comme un enfant apeuré devant une si frêle et chétive créature ? Et puis, de quel droit ce môme se permettait-il de le questionner de façon si cavalière sur ses préoccupations ? Ne connaissait-il pas les rudiments de la plus élémentaire politesse ? Alors même qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés auparavant ? Légèrement en colère contre lui-même pour ses moments de doute, le courtisan se força à reprendre un peu de sa légendaire confiance en lui pour demander d’un ton plus assuré, presque badin, un léger sourire au coin des lèvres :

- La nuit est froide et l’heure bien tardive pour s’attarder dans ces ruelles mal famées Je l’avoue, vous êtes la dernière personne que je m’attendais à rencontrer sur ce chemin. Veuillez pardonner ma curiosité, mais je suis pour ainsi dire intrigué. Puis-je m’enquérir des raisons qui vous ont conduit dans les bas quartiers de notre belle capitale par de si rudes circonstances ?
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Telak Firdor
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Mer 25 Aoû 2010 - 16:46

L’hostilité qui suintait des propos véhéments du courtisan surprit l’adolescent chétif, dont le regard sombre était toujours posé sur sa figure rouge de colère. Pour peu, il aurait bondi en arrière, s’il n’avait pas été habité par cet aplomb surprenant et cette assurance inexplicable qui lui valaient d’intriguer bien plus encore les colporteurs de ragots. Sa stupeur se manifesta le plus simplement ; il écarquilla les yeux lorsqu’il fut assailli par les paroles venimeuses du noble. Pourtant, elles ne lui étaient nullement adressées. Ce qui étonna davantage encore l’orphelin, c’est le nom qui fut prononcé pendant ce moment d’égarement. Une fois la surprise passée, la perplexité vint moduler ses traits, tandis qu’il gardait un œil intrigué sur le courtisan qui reprenait son souffle, comme s’il avait soudainement pris conscience de la situation dans laquelle il venait de se mettre. Telak n’était pas de ceux qui causeraient des ennuis au gentilhomme pour les paroles malheureuses qu’il venait de hurler, mais d’autres, plus zélés, auraient pu se délecter de rapporter cette déloyauté à l’égard du Général. Cela dit, Arvaël n’était pas supposé deviner que l’adolescent se fichait éperdument de ce qui pouvait se dire contre les dirigeants qu’il côtoyait à longueur de journée…

Pourtant, cette violence verbale ne le laissa pas indifférent, non pas en raison d’un excès de loyauté envers le militaire mentionné. Son intérêt pour la situation était plutôt intimement lié à la raison qui unissait Graybach au courtisan, et qui poussait ce dernier à le haïr de cette façon. C’était surprenant de la part d’un noble de la trempe du seigneur Al’Nyr de se montrer ostentatoirement hostile envers l’une des figures emblématiques du peuple humain et tout ceci devait cacher bien des faits dont l’adolescent aurait aimé être informé. Il veillerait à aller fouiner un peu, si la discussion qui allait suivre ne permettait pas d’assouvir sa curiosité…

Mais tandis qu’il se perdait dans ses propres réflexions et spéculations concernant l’altercation qui avait pu se produire entre le soldat et le courtisan, celui-ci parvenait à se calmer petit à petit, tandis que d’autres émotions prenaient le pas sur sa colère grondante. Son œil s’attarda plusieurs fois sur le volatile sinistre qui ne quittait pas l’épaule de son maitre, détail qui n’avait pas échappé à l’adolescent. Rapidement, Arvaël revint au rôle qui lui convenait par bien des aspects, s’enquérant avec une courtoisie caractéristique aux jeux de la cour, des motifs qui avaient conduit le jeune garçon à se trouver dans les quartiers de la Basse-Ville, ce qui sortit Poigne Dure de son mutisme.

« Nous sommes donc deux à trouver cette rencontre nocturne pour le moins inattendue. Je ne pensais pas faire votre connaissance dans d’aussi lugubres recoins. »

Un sourire malicieux s’étira à nouveau sur les lèvres minces du jeune garçon, qui observait toujours d’un œil attentif le courtisan. Peut être que cette rencontre n’était pas aussi hasardeuse que cela, en définitive.

« Puisque j’ai moi-même usé d’une question non détournée, je vais vous répondre en toute honnêteté, Sieur. Je voulais en apprendre davantage sur ce qui a secoué les nobles quartiers de notre belle ville, un peu plus tôt cet après-midi. Il paraîtrait que les rixes étaient religieuses, mais ne le répétez nullement ! Je tiens à avoir l’exclusivité au prochain bal ! »


Les yeux du garçon étaient rieurs et son sourire, élargi. Il ramena un doigt devant sa bouche, comme pour intimer au courtisan de se taire. Bien évidemment, c’était une idée ridicule. D’une part, la nouvelle aurait tôt fait le tour de la ville d’ici là, et d’autre part, l’orphelin était loin de se mêler aux mondanités de la Cour. Puis reprenant subitement un air sérieux, il expliqua d’une voix mystérieuse, qui contrastait avec sa précédente hilarité.

« Méfiez-vous de Graybach. Il vous aura fait suivre. »



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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Jeu 2 Sep 2010 - 18:48

Arvaël était tout à fait calmé à présent. Quoique glacé serait le terme le plus approprié. La présence de Telak Firdor avait complètement douché ses sentiments les plus violents, lesquels dans leur reflux cédaient à présent la place à une prudence exacerbée. Le jeune homme regrettait désormais ses paroles lancées sous l’emprise de la colère, mais il était bien sûr hors de question d’en rien laisser paraître. L’étonnement bien visible, et bien compréhensible de l’adolescent l’avait cependant conduit à se mordre violemment la langue. Quand donc apprendrait-il à se contenir ? A croire qu’il cherchait les ennuis pour de bon !

Et de fait, voilà qu’il s’était à présent mis dans une situation fort délicate vis-à-vis du Page du Seigneur Nordique. Pour peu qu’il lui prenne l’envie de tout raconter à son puissant protecteur, et c’en était fait du courtisan. Comme bien souvent chez lui ces derniers temps, la réflexion venait après les actes, et les implications de son coup de sang lui apparaissaient dans toute leur terrible netteté. Grands Dieux mais ce genre de chose n’arrivait donc qu’à lui ! Déjà que déballer là comme çà ses sentiments devant n’importe quel habitant d’Yswllyra aurait été de la folie pure, mais encore fallait-il que cet habitant fut précisément l’être le plus énigmatique et le plus craint de la capitale ! Et pourquoi ne pas aller présenter ses doléances à Ardiosis tant qu’il y était ! C’aurait été plus rapide !

Les pensées d’Arvaël tournaient en rond comme un chien se mord la queue, mais les conclusions qu’il en tirait n’étaient pas faites pour le calmer. Et pendant ce temps, il écoutait d’une oreille distraite Telak Firdor lui narrer brièvement les raisons qui l’avaient lui-même poussé à déserter la Tour Sombre. Ah oui, c’est vrai, les émeutes de la journée ! Pour un peu, le courtisan les auraient presque oubliées tant il était chamboulé par son expérience de la soirée. D’origine religieuse ? Une moue dédaigneuse apparut brièvement sur le visage du jeune noble. Après tout, le peuple était le peuple. Quoique le sous-estimer serait une grossière erreur à son sens, mais il avait du mal à le percevoir autrement que comme un ramassis de superstitieux simplets, voire de fanatiques pour certains.

Un léger sourire effleura cependant les lèvres du courtisan à la dernière réplique de l’adolescent. Lui, au prochain bal ? Sa présence à ce genre de festivités serait pour le moins … incongrue. Le sourire d’Arvaël s’étira tandis qu’il imaginait la scène. Tous ces beaux seigneurs et ces belles dames parés de leurs plus riches atours, et au milieu, Telak, tout de noir vêtu, son corbeau sur l’épaule et un sourire lugubre au visage. Tiens d’ailleurs, le même que celui qu’il affichait présentement. Pour le coup, les lèvres du jeune homme se crispèrent quelque peu, mais l’amusement perçait dans sa voix tandis qu’il répondait :

- Ma foi, vous feriez assurément sensation ! Rappelez-moi de ne pas manquer cela, je serais fort déçu de manquer une telle soirée ! Ah, je vois d’ici la tête de certains …

Un léger gloussement lui échappa, tandis qu’il imaginait la réaction de certaines de ses connaissances. Oui, cela en vaudrait vraiment le coup !

Telak affichait lui aussi un large sourire malicieux, lequel éclairait étrangement son visage. Arvaël fronça légèrement les sourcils ; c’était étrange : la seconde d’avant, il le percevait encore comme une espèce de spectre, de créature inquiétante à la sombre aura. Et à présent, tout ce qu’il voyait, c’était un simple adolescent qui riait d’une de ses blagues. Peut-être l’avait-il mal jugé ?

Mais cet instant de grâce ne dura pas. Les dernières paroles du Page le refroidirent aussitôt. Qui était-il ? Un simple enfant victime de son teint blafard et de la sombre mine de son corbeau – drôle de choix en vérité comme animal de compagnie – ou bien quelque créature des Dieux, diablotin au visage blême destiné à faire peser sur son entourage le sentiment d’une menace latente ? Le prévenait-il d’un réel danger ou s’amusait-il à jouer avec ses peurs ? Et si c’était vrai ?

Oh et puis quand bien même, il n’avait tout de même rien à se reprocher ! C’était quand même trop fort que depuis une heure, il soit là à se torturer en vain alors qu’il était purement et simplement innocent de tout acte répréhensible ! Depuis quand se laissait-il ainsi mener par les attentes ou les attitudes des autres ? Fort de ses nouvelles résolutions, Arvaël répondit avec grande assurance, en souriant légèrement comme si la question ne valait même pas qu’il s’y attarde, comme s’il ne venait pas quelques instants avant de manifester avec la plus grande sincérité sa colère teintée de peur vis-à-vis du Chef des Armées :

- Et bien, si c’est le cas, grand bien lui fasse ! Je n’ai strictement rien à me reprocher ! A moins que ce ne soit désormais un délit de s’arrêter en chemin pour discuter un peu. Quoique …

Le sourire du jeune homme s’élargit, et il reprit sur un ton moqueur :

- Il est vrai qu’un quelconque observateur pourrait se poser des questions, surtout s’il est chargé de vérifier l’honnêteté de mes actes. Notre rencontre paraît si fortuite … Ne dirait-on pas que nous sommes en train de conspirer quelque forfait, là, à discuter à une heure où les honnêtes gens dorment, dans un quartier où les honnêtes gens ne devraient pas se trouver ?

Arvaël lâcha un gloussement, mais quelque part dans son esprit, une petite voix s’obstinait : et si le garçon avait raison …
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Lun 13 Sep 2010 - 16:58

Le courtisan sembla prendre à la légère l’avertissement qu’avait formulé l’inquiétant adolescent, usant même de plaisanteries pour rebondir lestement dans la conversation, avec l’assurance d’un félin que l’on aurait voulu tromper. Mais n’était-ce pas la plutôt la peur qui lui dictait de fanfaronner comme un Paon, celui-là même qui montrait ses plus beaux attributs pour séduire, mais aussi pour éloigner ceux qui pourraient réussir l’exploit de l’impressionner ? L’image fit rire intérieurement le jeune page, qui ne cessait de faire l’association entre le majestueux volatile et son interlocuteur qui essayait de se donner soudainement une contenance. Arvaël semblait désormais enclin à ne se soucier de rien, comme pour prouver qu’il ne craignait pas d’être suivi, et surtout pas par le général Graybach, qui était pourtant parvenu quelques instants plus tôt à déclencher ses fureurs. Mais après tout, que valait les conseils d’un adolescent chétif, sorti de nulle part ? Assurément, pas grand-chose et l’orphelin ne s’offusqua pas de la réaction du noble. Au contraire, il adhéra à la plaisanterie sans rechigner, tandis qu’un nouveau sourire malicieux venait étirer ses traits faciaux. Comme s’il n’avait jamais prononcé quelques secondes auparavant des propos lourds de conséquences pour celui qui les avait écoutés, renforçant ainsi l’impression d’étrangeté qu’il dégageait. D’un point de vue extérieur, le comportement bipolaire de l’adolescent pouvait inquiéter. Il exprimait ses pensées avec gravité, tandis que l’instant d’après, il riait de bon cœur, comme si rien ne s’était passé. C’était sûrement dérangeant.

« Mais après tout, n’est-ce pas le cas, Sir Arvaël ? Ne sommes-nous pas en train de comploter d’une quelconque façon, bien que la préméditation n’ait en rien guidé notre rencontre et nos paroles ? »

Comme le courtisan, le jeune garçon gloussa, bien que ses propos n’aient en rien été une plaisanterie. A dire vrai, ses paroles étaient criantes de vérité. Cette pensée amusa le garçon, car c’était en effet ce qu’il faisait. Il complotait. Et d’une certaine manière, Arvaël n’avait rien à voir dans cette histoire. Il s’était trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment et s’était donc trouvé embarqué dans les manigances du jeune page. Celui gloussa une nouvelle fois, car vraiment, l’idée lui était plaisante.

« Ce qui est amusant… Ou devrais-je dire, ce qui ne l’est pas, c’est que c’est exactement l’argumentation de ceux qui voudront vous faire tomber. Les détracteurs ont vite fait de s’approprier les pensées de leur victime, analysant ainsi leurs faits et gestes pour fabriquer une arme qui se retournera contre elle en temps voulu. Donc, assurément, nous complotons. »

A mesure qu’il parlait, le visage de l’adolescent était redevenu sérieux, voire grave. Sa conclusion était sans appel. Si Arvaël avait des ennuis avec les autorités, on l’aura fait suivre ; et si on l’avait fait suivre, on aura tôt fait d’interpréter ses allées et venues. Tout comme ses rencontres, fortuites ou non, car pour ceux qui faisaient suivre, les coïncidences n’existaient pas. Un sourire espiègle vint cependant éclairer son visage lugubre, tandis qu’il expliquait avec désinvolture :

« Mais bien évidemment, cela n’est vrai que si mes soupçons s’avèrent exacts. Et mes soupçons ne sont exacts que si le général Marcus a fait pression sur vous, ce qui n’est peut être pas le cas après tout, car vous ne m’avez rien dit de plus. »

L’adolescent haussa les épaules, faisant mine de ne pas en savoir davantage. Mais la malice faisait toujours briller son regard sombre…

« Cela dit, je crois que je vous ai perdu. Toujours est-il que vous devriez vous tenir sur vos gardes, même si votre nom vous protège. En quelque sorte. »


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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Ven 17 Sep 2010 - 12:05

[Il est très bien, ton texte^^]

- Et comploter quoi, je vous prie ? La ruine du prochain bal ?

Un petit rire accompagna cette réponse spontanée d’Arvaël aux premières paroles de Telak, mais il n’empêche, le malaise du courtisan allait grandissant devant la drôle de réaction de son interlocuteur. Ce dernier venait à nouveau d’abandonner son lugubre masque pour se remettre à rire comme si de rien n’était, comme si la situation ne présentait pas un côté dramatique et théâtral tout à fait dérangeant. Et puis, l’instant d’après, voilà qu’il se perdait en explications à la menace sous-jacente de plus en plus tangible. Mais derrière les sautes de comportement du jeune garçon, se nichait au cœur de ses propos la triste vérité. Il avait tout à fait raison : si Arvaël avait été suivi, il aurait bien du mal à justifier sa situation présente.

Le jeune homme commençait à en avoir bien malgré lui des sueurs froides. Son entrevue avec Marcus Graybach l’avait déjà assez déstabilisé, mais cette rencontre avec le Page du Seigneur Nordique, qui multipliait les alertes en jouant allègrement avec ses peurs, n’était pas faite pour le rassurer. Jamais encore le courtisan n’avait senti avec autant de certitude les rênes de son existence dorée lui échapper de cette façon. Depuis son retour des terres amazones, rien n’allait plus.

Mais têtu comme une mule, il était fermement décidé à ne pas se laisser dominer par ces circonstances. Non mais, qu’en dirait-on s’il se laissait aller jusqu’à se terrer comme le dernier des lâches, à attendre une hypothétique condamnation pour un forfait qu’il n’avait pas commis ? Et puis, montrer sa peur ferait précisément le jeu de ces individus, et cela, la fierté exacerbée d’Arvaël ne le permettrait pas. Oui, il craignait désormais la suite des évènements, mais si les choses devaient aller plus loin, et bien, il affronterait la situation droit et fier, et non comme l’une de ces poules mouillées toutes enfarinées qu’il côtoyait quotidiennement à la Cour.

Le jeune homme laissa ainsi l’adolescent aller au bout de son argumentation, le rouge lui montant une nouvelle fois aux joues. Les insinuations répétées de son interlocuteur étaient la goutte d’eau faisant déborder le vase. Qu’ils viennent donc les lui exposer en face, les griefs qu’ils avaient contre lui, tous ! Le feu de la désormais légendaire colère d’Arvaël, un temps éteint par la personnalité troublante de Telak Firdor et de son sinistre oiseau, venait de ressurgir avec autant de fureur qu’avant cette étrange rencontre.

Alors, puisque de toute façon, il ne pouvait plus rien changer à la situation présente, que des sbires du Chef des Armées soient là ou pas, autant en profiter un peu, non ? Et si espions il y avait, pourquoi ne pas leur faire profiter du spectacle plutôt que de les endormir par des blablas sans fin ?

Aussi, le jeune noble adressa un grand sourire malicieux au garçon et lui répondit :

- Je suis tout à fait d’accord avec vous, Telak Firdor, et vous remercie pour vos sages conseils. Donc, puisque comme vous l’avez confirmé, nous complotons, pourquoi ne pas lui donner un peu plus de piment, à ce complot ?

Puis, sans crier gare, Arvaël recula de trois pas et, inspirant profondément, se mit à déclamer haut et fort de sa plus belle voix de baryton en levant les bras, réclamant l'attention d'un public imaginaire :

- Oyez, oyez ! Gentes dames et nobles gentilshommes, votre attention s’il vous plaît ! Que soit annoncé officiellement et publiquement ce jour d’hui que le Sieur Arvaël Al’Nyr et le Mystérieux Orphelin se sont rencontrés en cet auguste lieu et ont comploté. Oui gentes dames et nobles gentilshommes, ils trament au cœur de la nuit le forfait le plus vil qui soit : s’incruster honteusement au prochain bal donné en l’honneur de notre bien aimé Seigneur ! Pouvez-vous imaginer crime plus abject et …

- Non mais çà va pas la tête ?! Il y a des gens qui dorment ici, espèce de demeuré alcoolique !! Va cuver ailleurs !!

Vlouf !!


Une vague d’eau glacée venue des cieux s’empressa de remettre les idées en place du jeune courtisan, qui s’était laissé emporter par sa tirade et sa fibre théâtrale. Aux orties les conseils de prudence de Telak ; aux orties la pondération que tentait désespérément de lui imposer une partie de sa conscience. En cet instant, fort de son puissant courroux, il se sentait prêt à défier la terre entière.

Encore tout dégoulinant et tremblant de froid car l’eau gelée avait en partie coulé dans son dos et trempé son épaisse chevelure, Arvaël adressa un regard attristé à son splendide manteau de fourrure, qui lui avait coûté une vraie fortune. Puis, se tournant vers Telak, il reprit d’une voix plus posée, mais tout aussi malicieuse :

- Eh bien, si vous avez raison, je serais curieux de voir leur tête à présent, à ces mystérieux observateurs…
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Mer 6 Oct 2010 - 10:14

L’orphelin ne s’était sans doute pas attendu à ce que le gentilhomme avec lequel il discutait depuis quelques minutes déjà, valide sans le savoir la comparaison mentale qu’il se faisait depuis le début de la conversation. La queue du Paon était parfaitement déployée à présent. Arvaël Al’Nyr se fichait des conseils que pouvait lui donner son interlocuteur. Ou peut être pas en définitive, mais il n’avait pas l’intention de se laisser impressionner par quelques espions fantomatiques et déploya toute sa prestance pour se faire entendre, comme le Paon déployait sa magnifique et somptueuse roue de plumes pour faire fuir ses opposants. Il y avait quelque chose de comique dans l’attitude du courtisan, mais aussi quelque chose de majestueux qui imposait un respect relatif. On ne pouvait pas ignorer son charisme et son influence ; c’était certain. Telak ria de bon cœur à la tirade passionnée du gentilhomme, les prunelles emplies de malice, mais surtout d’admiration. Il aurait aimé, lui aussi, pouvoir prendre ses détracteurs à revers, comme le faisait présentement Arvaël. Mais il n’était pas capable de le faire, et cette constatation était désolante.

L’adolescent chétif s’était encore moins attendu à ce que les ardeurs du courtisan soient aussi vite refroidies. Littéralement. En moins de temps qu’il n’en avait fallu pour qu’il se mette à débiter ses paroles douteuses, Arvaël s’était retrouvé complètement noyé sous une vague d’eau venue du ciel. Ou plus précisément, de quelques étages au dessus de leurs têtes. Telak, qui d’abord écarquilla les yeux de stupéfaction, se remit à rire allègrement, comme un jeune enfant qu’on aurait réussi à amuser par une plaisanterie grossière. La situation était cocasse, il fallait l’avouer. Et l’humeur bravade du courtisan ne s’en était pas ternie : il continuait de vouloir défier ceux qui avaient ordre de le suivre. Une fois son fou rire passé, l’orphelin se rapprocha de son interlocuteur, un sourire toujours dessiné sur les lèvres.

« Vous ne manquez pas d’audace, Sieur. Cela vous attirera peut être des ennuis, mais également des amis. Et je crois savoir que vous vous en êtes faits parmi les plus improbables. »

Allusion à la Reine des Amazones, bien évidemment. L’adolescent avait connaissance de ce fait, bien entendu. Que n’aurait-il pas su à vrai dire ? Son interlocuteur devait se rappeler que son arrogance et son excentricité pouvaient l’aider, à défaut de lui desservir dans d’autres circonstances. Mais Telak chassa rapidement le sujet d’un revers de la main.

« Qu’importe, vous voilà tout trempé et je m’en voudrais de vous retenir dans cette ruelle sombre et de concourir à la victoire d’un rhume sur votre personne ! Vous devriez vous hâter de rentrer pour vous réchauffer. La discussion a été plaisante, je vous remercie de m’avoir accordé de votre temps. »

L’adolescent s’inclina dans une révérence exagérée et théâtrale, pour saluer le courtisan qu’il s’apprêtait à quitter. Mais avant que ce dernier n’ait pu bouger, Poigne Dure s’était retrouvé à ses côtés, à une distance fort peu convenable pour deux gentilshommes, pour lui murmurer à l’oreille :

« Mais si l’envie ou la nécessité vous amenaient à vouloir comploter réellement, vous n’aurez qu’à venir me trouver. »

Il effectua un nouveau pas pour s’éloigner du noble et se retourna pour lui adresser un signe amical de la main.

« Au revoir, Sieur Arvaël. Que le destin vous préserve de ce mauvais rhume ! »



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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Le Paon et le Corbeau [PV *]   Jeu 7 Oct 2010 - 19:55

Arvaël grelottait littéralement désormais ; les rigoles d’eau glacées avaient achevé de se frayer un chemin entre les multiples couches de vêtements pour entrer en contact avec le délicat épiderme du courtisan. Si avec çà il ne tombait pas malade, il aurait bien de la chance. Charmant souvenir en perspective de cette drôle de soirée.

Cependant, son attention fut distraite de ces considérations bassement matérielles par le revirement de comportement de son étrange interlocuteur. Le sombre prophète aux inquiétantes prédictions avait à nouveau cédé la place au jeune garçon insouciant, qui riait à gorge déployé face au numéro d’Arvaël. Bien que ce dernier affichât un petit sourire satisfait, comblé par la réaction positive de Telak, il était intérieurement perplexe. L’adolescent serait-il de tendance schizophrène ? Tout au long de la conversation, ce dernier n’avait en effet pas cessé de jongler entre ces deux personnalités opposées, à la fois messager de mauvais augure, quasiment dans le secret des dieux semblait-il, et jeune garçon, presqu’encore un enfant, ne demandant qu’à profiter de la vie. Deux personnalités que tout opposait, comme si deux êtres cohabitaient dans ce corps frêle.

Cependant, il était un point chez lui qui demeurait immuable en dépit de tout le reste : son corbeau, dont le ténébreux regard n’avait pas manifesté l’ombre d’un sentiment de contentement tout au long de la conversation. Ses prunelles d’un noir d’encre dégageaient plutôt une impression d’attention, comme si le volatile ne perdait pas une miette de ce qui se disait. A présent qu’il y repensait, le courtisan ne put s’empêcher de glisser un nouveau regard méfiant vers l’oiseau. Non, décidément, il ne lui plaisait pas du tout. A lui seul, il incarnait tous les mystères qui drapaient l’orphelin et assombrissaient son aura.

Tandis que l’hilarité de Telak se calmait progressivement, Arvaël resserra étroitement les pans de son manteau contre lui, essayant de capturer la chaleur de son corps pour combattre l’humidité qui l’imprégnait.

L’écho de son rire encore présent dans l’atmosphère, l’orphelin adressa au jeune homme une réponse qui se rapprochait dangereusement de sa fâcheuse manie à conjuguer toutes ses phrases au futur. Comme s’il savait déjà ce qui allait se passer, de façon sûre et irrévocable, et s’amusait à distribuer au fil de la conversation autant de miettes afin d’allécher son interlocuteur. Et puis, qu’était-ce que cette allusion, à peine voilée, à son amitié avec Idril Calafas ? Une menace ? Une mise en garde ? Un simple constat ? Arvaël préféra ne rien répondre, émettant un bruit de gorge pouvant tout et rien dire à la fois. Certains sujets se révélaient un peu trop dangereux pour sa personne ces derniers temps, à sa grande colère.

Heureusement, Telak ne s’attarda pas sur le sujet. Peut-être était ce simplement une façon de s’affirmer, manier ainsi les mots de telle sorte qu’ils apparaissent lourds de sombres promesses ? Arvaël n’avait pas finit de s’interroger de la sorte, et il devait bien avouer que cette rencontre lui avait donné beaucoup de matière à réflexion. Tandis qu’il se perdait ainsi en conjectures, l’adolescent prit congé, prétextant ne pas vouloir être cause d’un rhume. Avec un grand sourire, le courtisan lui répondit :

- Je vous remercie de votre sollicitude, mais je crains malheureusement de ne pas y échapper. Ce maudit rabat joie connaissait bien son affaire, le drôle ! En tout cas, ce fut également un plaisir de vous rencontrer.

Cette dernière phrase était dite plus par politesse ; car bien que cette rencontre ne fut pas à proprement parler désagréable bien sûr, « plaisir » n’était peut-être pas le terme exact qu’aurait employé Arvaël. Déroutante. Déconcertante. Intéressante. Mais plaisante, …

Comme pour justifier ces pensées, la dernière action de Telak, ses dernières paroles murmurées dans le secret de la nuit vinrent confirmer ces impressions. Arvaël plissa les yeux, soudain méfiant. Mais qui était-il donc, ce garçon ? Que voulait-il ? N’était-il point le Page du Seigneur Nordique, son protégé, la prunelle de ses yeux ? Celui que le seigneur Bennefoy avait recueilli et adopté comme son propre enfant, l’élevant par là même aux honneurs les plus élevés ? Pourquoi diantre voudrait-il comploter ? A moins que ce ne fut un piège ?

La méfiance envahit de nouveau le gentilhomme, qui retrouva le même état d’esprit qu’au début de cette étrange rencontre : déconcerté par son interlocuteur, et sur ses gardes, tous ses sens en éveil. Cela ne lui disait vraiment rien qui vaille. Son sourire resta affiché sur son visage, mais se crispa quelque peu. Afin de faire bonne figure, il ajouta sur le même ton enjoué que précédemment et réussit même à placer une dernière boutade, comme si de rien n’était :

- Au revoir Telak Firdor, et au plaisir de vous revoir bientôt ! Au prochain bal qui sait ?

Un léger rire accompagna ces ultimes paroles, tandis que la silhouette de l’enfant et du corbeau s’effaçaient rapidement dans la ruelle, ombres parmi les ombres. Même dans ses adieux, l’adolescent n’avait pu s’empêcher de mentionner le Destin, qui avait plané au dessus de toute la conversation. Oui, vraiment un étrange garçon.

Arvaël resta encore quelques instants immobile, plongé dans ses pensées, puis se détourna et reprit d’un pas vif le chemin de sa demeure, pressé de se réchauffer devant un bon feu de cheminée et de siroter un verre de vin pour méditer au calme sur les évènements de la journée. Il en avait le plus grand besoin.
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