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 Au clair de Lune *

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Ectoplasme
¤ Incarnation du Destin ¤
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MessageSujet: Au clair de Lune *   Dim 22 Aoû 2010 - 21:05


|Au Clair de Lune|

Soir du sixième jour


Sont cordialement invités à participer à ce post :

Melindaë Gordonian, Niarus Faldor, Nillviem Fenril, Aelalia Fenril, Afedia Fenril, Asandir Noctariam
Toute personne susceptible d'être présente aux funérailles
(Aleald Aestehan, Lawena Morrigan, les représentants d'autres royaumes...)


Le coeur des enfants de Mani était lourd en cette soirée du sixième jour, alors qu'une nouvelle tragédie s'était abattue sur le royaume. Aussi violente imprévisible, la mort du souverain tant aimé avait pris au dépourvu un peuple déjà endeuillé par la perte récente de leur précédente reine. Une blessure qui n'avait pas encore cicatrisé, et sur laquelle on venait de jeter du sel. C'était un drame auquel les Druides ne s'étaient pas préparés et la morosité des visages présents aux abords du temple n'avait d'égale que le désespoir qui enserrait les cœurs ce soir là. Car non content d'avoir pris leur souverain, les dieux s'étaient également amusés à faire fuir leur Prince, celui qui aurait pu porter la couronne. Le doute et l'incertitude concernant le futur du royaume étaient de mise pour la cérémonie, présidée par la Grande Prêtresse Gordonian. Tout comme la douleur et le chagrin. La Lune éclairait de ses pâles rayons Unae, seul soutien de Mani à ses enfants éplorés...

_________________

Je suis votre passé, votre présent, votre futur.
Je suis le seul maître de votre Destin.
Vous ne pourrez pas m'échapper ...
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Afedia Fenril
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Lun 30 Aoû 2010 - 19:30

Éclairés par la pâleur de la lune, il était temps pour les enfants de Mani de rendre un dernier hommage au Souverain disparu, car Galdor Fenril était finalement mort.

Cette nouvelle tragédie ne pouvait laisser indifférent que peu de monde, comme le témoignait le nombre important de personnes présentes pour rendre un dernier hommage au Roi. Le peuple était au rendez-vous, comme la noblesse, qui était venue en masse se repentir. Naturellement, les grandes personnes du Royaume étaient réunis en ce funeste jour. Tous les visages étaient marqués par cette tragédie. Les pleurs, les expressions de tristesses, de douleurs s'affichaient sur la majorité des frimousses, contrairement à l'indifférence qui peuplait, tout de même, quelques visages. Sans surprise, Afedia faisait plutôt partie de la seconde catégorie de personnes.

La Druide avait encore un peu de mal à croire à cette disparition. Elle avait encore plus de mal à imaginer qu'elle avait une chance de lui succéder. Cette dernière pensée la hantait sans relâche depuis qu'elle avait appris la mort de son cousin, depuis qu'elle avait quitté son ami Ardiosis... Se rongeant nerveusement les ongles à l'encontre de toutes formes d'élégances, Afedia ne pouvait se contenir davantage. Elle ne savait pas si le Seigneur Nordique était rentré en contact avec Niarus Faldor... La lapine attendait désespérément des nouvelles de l'un ou de l'autre, mais rien ne venait pour le moment. Attendre sans savoir devenait insoutenable... D'autant plus que la rumeur disant que le Prince Nillviem avait finalement renoncé officiellement à la couronne semblait exacte, ce qui n'empêchait pas pour autant sa présence lors de cette funeste nuit.

Ôtant ses doigts de la bouche, la noble soupira bruyamment, se demandant ce que la Grande Prêtresse attendait pour commencer cette satanée cérémonie. Elle aussi semblait être affectée par la mort du souverain. Dans ce cas, il valait mieux ne pas la brusquer si on ne voulait pas la voir fondre en larme au beau milieu de sa procession... Chose normale, Galdor était un bon Roi et tout le monde allait le regretter, sans exception... même elle. Plus que la mort de Galdor, c'était peut-être une sorte de malédiction qui faisait souffrir les enfants de la lune... comme si le peuple de Mani était maudit au point de ne pas pouvoir garder un souverain vivant. Jamais deux sans trois disait le proverbe... Cette pensée arracha un grand sourire à Afedia qui était prête à se battre contre toutes les malédictions de la terre ! Avec un peu de chance, les superstitions éloigneraient ses éventuels concurrents...

Passant l'assemblée au peigne fin, elle remarqua finalement Niarus Faldor qui visiblement ne faisait pas cas de sa personne. Les représentants des Royaumes alliés et voisins étaient également présents aux funérailles dont la fille du Grand Conseiller Druidique. Il lui semblait qu'elle était Chef des armées Amazones. Cette bâtarde et son père risquaient d'avoir un futur difficile. Afedia doutait que l'avenir soit en faveur des leurs retrouvailles. Les différents qui opposaient leurs deux Royaumes pouvaient les mener, sans nul doute, à la guerre, même si la maladie du bétail fou avait forcé les deux races à s'entendre et à s'entraider pour lutter contre le mal qui les rongeait de l'intérieur. Mais... pour combien de temps ?

Afedia réfléchirait à cette question en temps et en heure car pour l'instant, elle préférait admirer la douce pâleur de la lune.
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Elea Faldor
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Mar 31 Aoû 2010 - 18:31


La fière amazone était arrivée vers midi chez les druides. Dès qu’elle était parvenu à Sudorna, les gens sur son passage l’avaient dévisagée d’une drôle de manière. Mais sous cette méfiance se cachait l’accablement des récents évènements… Après la disparition de leur reine Faldora, ils se retrouvaient face à la mort de leur regretté souverain. Cela faisait quelques semaines qu’Ardentia Calafas, défunte reine de son peuple, était partie elle aussi, et Elea se rappelait parfaitement la première douleur qui l’avait enserré quand le messager était venu l’annoncer à la cour. Ainsi l’amazone savait et comprenait les habitants de la pâle cité, à les voir comme ça, c’était comme traverser une ville de tristes fantômes. Elle ne croisa pas d’enfants en train de jouer dans les rues, aucun rire sur sa route, ni la moindre voix la saluant. L’heure était aux doutes et à la menace, druides et amazones étaient tout deux dans une situation délicate. Les deux peuples allaient peut-être se heurter violemment un jour… Tout basculait dans le continent. C’est pensive qu’Elea parvint au Bastion de la cité, tremblante sous ses vêtements. Elle savait combien sa présence ici en ce jour était importante, c’était l’occasion de prouver la bonne foi de ses confrères aux druides qui enchaînaient les drames. L’occasion de représenter sa reine malade. Et surtout, l’occasion de revoir son père… Niarus. Depuis combien de temps ne s’étaient-ils plus parlés autrement que par lettres ? Depuis combien de temps l’amazone n’avait plus vu le visage sage et autrefois réconfortant de sa figure paternelle ? Elle ne se rappelait même plus le temps où sa vie était encore simple et paisible. La fille de Freyja s’arrêta un long moment devant la porte, faisant signe aux gardes d’attendre, se perdant dans ses pensées. Il était là… juste derrière cette porte… Juste derrière…



Le soir s’était levé dans le ciel mauve, les étoiles brillantes apparaissaient lentement… Il fallait qu’elle se prépare. Elle refit sa coiffure qui avait été défaite par sa course depuis les Plaines de Fazor, voulant être présentable pour cette dure cérémonie. Revoir son père lui avait été douloureux quelques heures plus tôt, et sans s’en rendre compte, elle se découvrit en train de chercher ses traits sur son propre visage. Il y avait bien quelque chose… mais quoi ? Elle ne le trouvait pas. Cela faisait déjà un moment qu’elle ne se considérait plus réellement comme une druide, sans doute parce qu’elle n’était venue que très rarement chez eux, et qu’elle avait été élevée comme seule un amazone pourrait l’être. Pourtant, c’était certain… Il y avait quelque chose qui appartenait aux druides en elle. Et cela avait beau être juste sous son nez : elle ne le voyait pas. Elea avait prit des vêtements différents pour la cérémonie, elle se voulait la plus digne possible devant le peuple blessé. Elle enfila la robe aux couleurs de son royaume, le bleu et l’or, tout en se regardant dans la glace. Elle était maintenant prête à représenter les siens.

Un peu plus tard, elle se rendit devant le temple de Mani, où les plus hauts dignitaires du royaume druide s’étaient déjà rassemblés, préférant être en avance qu’en retard. Elea inspira longuement et les rejoignit, se fondant dans la masse. La lune était haute dans le ciel, comme si elle était venue pour le roi… C’est sans doute quelque chose comme ça qu’aurait dit sa mère à sa place. Que la magie était parmi eux ce soir là. L’amazone y croyait elle aussi, pour avoir été longtemps bercée de contes et de légendes merveilleuses. Mais même si une quelconque magie était là, elle n’effaçait pas la mine basse des druides tout autour d’elle, ni le gouffre béant créé par le deuil dans leur poitrine. Elea se demandait maintenant quelle tournure allait prendre les évènements… Elle savait que son père était temporairement régent, mais pour combien de temps ? Avec le prince des druides disparut, qui diable allaient-ils choisir ? Intérieurement, l’amazone espérait que son père resterait à sa place encore longtemps. Qui saurait être plus honnête et juste que lui, tel qu’elle le connaissait ? Il était sans doute le plus digne pour cette position, et qui plus est… qui plus est… Elea baissa la tête un moment, prise d’une vague de doute. Non, son père ne pourrait pas se faire influencer par ce traître d’Ardiosis… L’amazone se refusait à imaginer Niarus sous le contrôle de cet homme, pervers, mauvais, cruel et écoeurant. Se pourrait-il que… que son père se joigne aux humains pour la guerre qui s’annonçait ? Ce n’était certes pas la première fois que cette idée lui traversait l’esprit, mais l’horreur qui se joignait à cette vision la faisait taire. Elea ne voulait pas y penser. Elle avait beau les garder pour elle, elle avait tant de souvenirs heureux en compagnie de cet homme… Il avait toujours été droit et bon avec elle, quant bien même il ne la voyait pas souvent. Et elle le savait : Niarus avait aimé sa mère comme personne. L’amazone l’avait vu lui prouver plus d’une fois. Il ne s’était même jamais remarié après elle ni n’avait jamais eu d’autre descendance qu’Elea… L’amour de Niarus pour sa famille l’empêcherait-il de donner à Ardiosis le commandement d’un nouveau peuple ? Le cœur d’Elea battait comme un tambour sous sa tunique… Elle jeta un regard à son père, à deux ou trois mètres. Entrer en guerre contre lui, sa seule famille… Commander ses armées contre lui… Non… Non…
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Melindaë Gordonian
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Mer 1 Sep 2010 - 13:12

Quelques jours étaient passés depuis la mort du monarque. Le temps semblait défiler lentement. Melindaë avait encore la larme facile. Elle n’avait pas terminé de pleurer son cher et tendre. Pourtant, elle essayait tant bien que mal de se retenir et de ravaler du mieux qu’elle pouvait cette boule désagréable qui se formait si souvent au creux de sa gorge. Personne ne devait connaître leur idylle. Et trop pleurer le souverain pouvait devenir suspect. Bien que la douleur se fût amenuisée depuis le décès du roi, elle était toujours là, présente sans aucune interruption. La Grande Prêtresse s’était dit que peut-être, cette douleur ne disparaîtrait jamais et qu’elle était le souvenir de son amour pour Galdor. Ainsi, au lieu de l’ignorer, Melindaë apprenait petit à petit à vivre avec. Cela lui donnait la sensation de garder un petit bout de son bien-aimé au creux de ses entrailles.

La Grande Prêtresse n’avait encore eu l’occasion de s’entretenir avec la famille royale. Aussitôt le décès du roi annoncé, il avait fallu préparer la cérémonie ce qui n’était pas de tout repos : préparer le sermon, orner le temple, préparer le corps, accueillir les hauts dignitaires des peuples. Tout cela en parallèle avec la virulence de l’épidémie qui continuait de s’abattre sur le peuple druide. Jamais cette épidémie ne nous laissera de repos, même le jour de la cérémonie funéraire…, avait pensé la Druide. Alors que ce jour était arrivé, la Grande Prêtresse dût encore le matin prononcer les derniers sacrements pour une famille de noble dévastée par l’épidémie la nuit précédente. La journée se déroula rapidement et la nuit tomba sur la cité d’Unae. Melindaë s’était vêtue d’une robe aussi sombre que les ténèbres. Sur sa tête, un voile en fine dentelle noire était accroché. Il retombait devant son visage et le voilait jusqu’au menton. Dans ses cheveux, des petites fleurs de jasmin étaient accrochées apportant ainsi une minuscule touche de couleur. Alors que la Lune était haute dans le ciel, la Grande Prêtresse pénétra dans le temple et s’installa derrière l’autel, fixant son assemblée. La cérémonie n’allait pas tarder à commencer.

Le temple de Mani était bondé. Des personnes de toute race, de tout horizon étaient venues faire un dernier adieu au feu souverain Galdor Fenril. Le corps du défunt avait été embaumé de diverses huiles afin de conserver le corps jusqu’à la cérémonie. On avait tenté de camoufler les traces de la maladie mais cela s’était révélé plus compliqué que prévu. Néanmoins, Galdor semblait serein. On aurait pu croire qu’il s’était simplement endormi. Vêtu de sa tenue officielle, il reposait dans un magnifique cercueil aux pieds de l’autel. Les rayons de la lune éclairaient ses cheveux d’une couleur argentée. On avait l’impression que Mani caressait de sa douce lumière le visage de son fils avant de l’accueillir à ses côtés, tout là-haut dans le ciel vide de nuages…

Le moment était venu. Il était à présent temps de débuter la cérémonie. L’impatience se faisait ressentir dans l’assistance. Melindaë s’agrippait fermement au rebord de l’autel pour y canaliser toute sa frayeur. Jamais elle n’avait parlé devant autant de personnes. La foule compacte la fixait. Des milliers d’yeux, noyés ou non dans les larmes, étaient braqués sur elle. Sa bouche s’ouvrit une première fois mais aucun son ne sortit. Elle leva alors le regard vers le ciel fixant la Lune d’un regard de détresse. « Mani, donne moi la force, je t’en supplie… » murmurra-t’elle tout bas. Elle prit une bouffée d’air et reporta son attention sur l’assemblée. Elle connaissait son texte, il lui suffisait juste de le répéter. Néanmoins, cela était plus facile face au miroir que face à la foule.

En cette nuit si paisible, nos cœurs ne peuvent trouver le repos. Notre monarque tant aimé nous a quittés. La douleur tenaille nos entrailles. Cette même douleur qui n’a pas eu le temps de disparaître. En effet, la disparition soudaine de la reine Faldora puis cette terrible épidémie n’ont point laissé de tranquillité à nos esprits. Qu’avons-nous fait pour mériter un tel châtiment ? Où les Druides ont-ils péché pour devoir souffrir à ce point ? Pourquoi Mani rappelle-t-il tous ses enfants auprès de lui ? Tant de questions sans réponse… Peut-être ne faut-il pas tenter de chercher une réponse mais plutôt tout simplement vivre et aimer ? Mais cette nuit, nous ne sommes pas rassemblés pour répondre à ça. Nos âmes sont réunies en ce lieu sacré pour offrir les derniers sacrements à notre roi Galdor Fenril. Avant de prononcer les paroles divines, si quelqu’un souhaite rendre un dernier hommage au monarque, qu’il se lève et vienne à mes côtés discourir quelques instants.

La Grande Prêtresse fit un pas de côté pour laisser place à celui ou celle qui viendrait honorer une ultime fois la mémoire de Galdor, ce monarque tant regretté…
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Nillviem
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Sam 4 Sep 2010 - 11:16


Maintenant que le moment véritable des funérailles était venu, Nillviem ressentait toute l’ampleur de l’évènement. Plus il s’approchait du temple, et plus l’air devenait froid et désagréable. Il avait retenu ses plus vives émotions durant ces derniers jours. Mais à présent il réalisait pleinement que les lieux étaient emplis d’une douleur sans fin. Il parvint au Bastion qui se dressait, humble et monotone dans le silence nocturne, projetant une étrange impression mettant le prince fortement mal à l’aise. Si quelques personnes erraient encore en dehors de la maison de Mani, le manque de vie qui imprégnait l’enceinte de la sombre forteresse était saisissant. Oui, de véritables fantômes parsemant les entrailles d’une demeure funeste. L’enfant qu’il avait délaissé il y a de cela de nombreuses années aurait été apeuré par une telle vision. Et il n’aurait pu se réfugier auprès de sa mère. Il laissa finalement cette sensation derrière lui lorsqu’il pénétra au sein du temple, dernière lueur parmi les ombres. Le prince fut étonné mais satisfait de voir que la mobilisation était conséquente. Il repéra aussitôt une immense silhouette. Une représentante amazone. Cependant ce n’était pas la Reine Calafas. C’était donc vrai, elle était malade. Il eut une pensée pour leur entretien. Difficile d’imaginer cette farouche détermination succomber à la maladie. Mais après tout qui aurait cru qu’elle viendrait à bout de la douce bonté du Roi ? Il se promit d’adresser une prière aux dieux pour son rétablissement.
Sa capuche soigneusement rabattue empêchait que l’on puisse entrevoir son identité sans pour autant l’isoler de la foule, dont plusieurs membres avaient également décidé de couvrir leur visage. D’une démarche souple qui le caractérisait tant, il se faufila plus profondément dans le temple afin de détenir une bonne vue de l’autel tout en restant fondu dans la masse. La chaleur des corps rassemblés faisaient pâle figure face à la concentration de tristesse qui les assemblait ici.

Ses yeux de fauve ne quittaient plus le cercueil émeraude, dont les reflets argentés étaient accentués par le regard de Mani. Nillviem redressa finalement la tête vers celui-ci, songeant que son cousin se trouvait désormais à ses côtés, tout comme sa mère… Une curieuse sensation s’agrippa brusquement aux tripes du jeune homme. Encore une fois il se retrouvait seul alors que Galdor était avec sa mère. Non, il n’était pas seul. Mais où était-elle ? Où était Aelalia ? Le prince reporta son attention vers l’autel, une expression brisée sobrement peinte sur son visage. Pourquoi était-il mort ? Après tous les efforts que sa mère avait daigné accorder à son neveu, il trépassait pas même six semaines après sa montée sur le trône. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Mani contestait-il la décision de la précédente reine ? Voulait-il épargner à son fils les troubles qui frappaient le Gwendir et qui ne semblaient pas prêts de laisser les druides en paix ? L’impuissance que soulevait ce manque de réponses aurait pu être sujette à la colère. Mais depuis la mort de Galdor, la colère avait quitté Nillviem. Il ne lui restait que des regrets.

Et ce n’est pas cette lumière dans le ciel qui réussissait à les chasser. Surplombant ses enfants, elle assistait à cette veillée funèbre et instaurait un semblant de réconfort dans leurs cœurs. Mais ce n’était qu’une illusion face à la réalité des morts qui s’ensuivaient. La Grande Prêtresse brisa le silence. Le regard vague du prince, dérivé par ses pensées se reporta alors sur elle. Tout son être semblait vibrer d’émotions. Cette tenue si noire pouvait-elle cacher la même personne dont l’aura était d’un éclat si blanc ? Où était passé le rire cristallin qu’il avait pu entendre sous un clair de lune bien rond ? Où était la légèreté de la jeune femme dans ses pas et dans sa voix ? Effacés. Réduits à néant par les évènements. Comme tout un chacun ici présent. Nillviem en ressentit un profond émoi. La joie pourrait-elle à nouveau remuer le cœur des druides ? Les paroles de la prêtresse donnèrent suite aux pensées de la panthère. Elles étaient même l’écho de l’esprit de tous. Viendrait un temps où il faudrait aux druides des réponses.

L’invitation retentit, déclenchant un peu d’agitation au sein de la foule. Le prince baissa immédiatement les yeux au sol. Il ne pouvait pas. Il serait aussitôt reconnu. Garder un visage couvert devant tant de monde aurait apporté nombre de soupçons et sa voix était familière à certains. Il ne pouvait pas rejoindre la prêtresse et dire à quel point il avait été stupide d’avoir écouté un cœur frustré plutôt qu’un désir de collaboration. Il n’osait imaginer quel profit le peuple aurait pu tirer du fruit de leurs efforts. Il avait été si égoïste en agissant ainsi. Et pourtant Galdor ne lui en avait jamais voulu, pas même dans ses derniers instants, au contraire. Il était ainsi. Lui était aveugle. Il n’était pas capable de prendre du recul, de séparer ses désirs de ses devoirs, ni même de les distinguer parfaitement. Et tout ceci n’était qu’une preuve de plus. Incapable de quoi que ce soit. Il ne pouvait pas affronter leur regard et leur visage dénués d’espoir. Sinon il n’aurait jamais la force de partir, de les laisser. Pitoyable et sans courage. Le peu de maintien qu’il lui restait l’empêcha probablement de s’affaler sur lui-même. Le garçon se sentit brusquement seul et désemparé. Combien de temps le royaume druide allait-il tenir avant de s’effondrer sous les coups mortels du destin ? Niarus était chargé de le maintenir, mais pas de le redresser. Il n’était pas Roi. Même s’il détenait de nombreuses qualités que certains monarques n’avaient pas. Il était un homme qui se consacrait à son devoir car le destin avait bien trop meurtri son cœur et les affres du temps son corps. Mais qu’était-il lui ? Qui était-il ? Un druide ? Un soldat ? Un prince ? Un Roi ? Un homme ?...

Un individu se départit de la foule pour se placer aux côtés de la religieuse, rompant le fil de ses pensées. Nillviem reconnut immédiatement Malrick, le paysan dont le fils avait été le premier druide frappé par le fléau. Replié sur lui-même, il ne semblait plus être qu’une pâle ombre de ce qu’il était, un homme brisé. Mais c’était un homme courageux et qui, après quelques instants et une profonde inspiration, prit la parole devant tous de sa voix faible mais affirmée.

- Voilà des Lunes que le sommeil m’enlève tout repos. Je ne peux pas même plus les compter. Mon fils est mort de la maladie, et aussi maintenant notre souverain. C’était le seul.. le seul qui a pu ranimer une petite flamme en moi après tout ça. Celle de la dévotion d’un sujet pour son bon Roi. Il a veillé sur moi dès que je suis venu le voir. Et je sais qu’il veille sur mon fils à présent. Alors que Mani veille sur eux deux désormais.


Il abaissa la tête, puis retourna se mêler à la foule les yeux rougis. Sans doute avait-il déjà versé tout ce qu’ils contenaient auparavant. Le paysan avait fait forte impression, surtout pour ceux qui n’ignorait pas les détails de sa propre tragédie. Nillviem soupira et plongea à nouveau dans un mutisme qui semblait avoir gagné toute la salle. Il était tout bonnement sans-voix. Son esprit s’était tu mais son corps brûlait d’une douleur qui n’était plus seulement la sienne. Il craignait devoir assister à un défilé d’âmes en peine, et ne savait s’il allait pouvoir le supporter.
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Sam 4 Sep 2010 - 15:50

Depuis la mort du souverain, le Conseil était agité. La perte du Roi, si peu de temps après la disparition de la Reine, avait poussé la patience de chacun à bout. La colère, la tristesse, le désespoir, voilà quels étaient les sentiments qui abritaient le Bastion à présent. La fuite du Prince n’avait fait qu’aggraver la situation. Plus que la tristesse, c’était la colère qui primait : plusieurs conseillers blâmaient la famille royale. Peu importait que Galdor avait été injustement frappé par l’épidémie qui rongeait les terres, que la Reine n’ait pas disparu de son plein gré, que les malheurs qui s’abattaient sur le peuple soient d’origine naturelle, il fallait un coupable. La première fuite de la princesse, puis celle du prince, avaient achevé le travail : la confiance en la famille royale, si forte était-elle, était à présent irrémédiablement ébranlée. Si Niarus avait été assez compréhensif et indulgent pour pardonner au Prince et pour prendre la tête du royaume le temps de trouver un nouveau souverain, la plupart des conseillers ne possédait pas les mêmes qualités et ils se sentaient tout particulièrement abandonnés par ceux en qui ils avaient eu confiance.
C’est ainsi que depuis quelques jours, Aleald était entouré de visages tristes et rancuniers. Un rapide coup d’œil autour de lui lui montra que les cœurs de ses homologues étaient toujours aussi amers. Réunis au devant de la foule, les conseillers se tenaient droit et silencieux. Certains avaient un visage fermé et n’éprouvaient aucune difficulté à cacher une tristesse qu’il ressentait à peine, tant leur rancœur était grande. D’autres tentaient de masquer leur larmes : d’un accord tacite, ils avaient décidé de montrer au peuple une détermination rassurante, au lieu d’avouer aux yeux de tous la détresse dans laquelle le conseil était plongé. Il était inutile d’inquiéter d’avantage le peuple druidique.

Aleald se redressa un peu afin de regarder rapidement la foule. Dépassant tous ses confrères d’au moins une tête, la tâche ne fut pas difficile et il lui fallut à peine une seconde pour repérer les visages qu’il voulait voir. La délégation amazone se trouvait à quelques pas de lui, un peu plus près se trouvait Niarus, près du cercueil s’avançait la Grande Prêtresse, un peu plus loin dans la foule le conseiller réussit à apercevoir sa propre famille. Il était certain que se trouvaient quelque part le Prince et la Princesse. Où, il ne le savait pas, mais il était impossible qu’ils ne soient pas venus rendre un dernier adieu à leur cousin.
Puis, Mélindaë Gordonian prit la parole et Aleald reporta son attention sur la cérémonie. Ce n’était pas la première fois qu’il assistait à des funérailles, mais la tristesse qui habitait la voix de la Grande Prêtresse logea une boule dans sa gorge. Il dévisagea la jeune femme, se demandant si quelqu’un d’autre dans la foule avait comme lui ressenti le désespoir de son discours qu’elle parvenait difficilement à cacher. Aleald fut prit de l’envie d’aller la serrer dans ses bras pour la consoler. Il aurait voulu l’aider, lui dire d’aller s’asseoir, de fermer les yeux, de ne pas s’inquiéter… Mais il ne le fit pas, bien sur. Il baissa les yeux, honteux de ne pouvoir rien faire.

Lorsque résonna la voix du paysan, Aleald eut l’impression qu’une enclume avait dégringolé dans son estomac. Il se souvenait parfaitement de cet homme, de son fils qui avait été le premier à mourir de l’étrange maladie. Il était présent lorsque la nouvelle avait été annoncée, il avait été un des témoins de la détresse du paysan. Aleald eut envie d’aller le serrer dans ses bras, lui aussi, pour le rassurer. Mais il ne pouvait pas. A la place, il fit ce qu’il savait faire de mieux : il conserva son visage confiant. Après tout, tout allait finir par s’arranger, n’est-ce pas ? Bien sur, Mani ne ramènerait pas les morts qu’avait fait l’épidémie, mais bientôt, la joie et le bonheur reviendraient, Aleald en était certain. Il n’y avait aucune raison pour que Mani punisse d’avantage son peuple. Tout irait mieux, bientôt.

Le conseiller aurait aimé insuffler aux autres la confiance et l’optimisme qui l’habitaient, mais c’était impossible. Il se contenta de lancer à Niarus un regard qui exprimait tout son soutien et adressa à la Grande Prêtresse –même si elle ne pouvait certainement pas le voir- un sourire rassurant.
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Dim 5 Sep 2010 - 14:50



Lawena Morrigan

L'émoi avait agiter la capitale, les provinces, le royaume tout entier. Les clameurs avaient cessée, les chants des pleurs avaient fini par s'éteindre aussi brusquement que la nouvelle était apparue. Le trépas si vif et irrémédiable avait surpris tout le monde, le roi jeune et vigoureux s'était vu terrassé par cette épidémie comme beaucoup d'autres de ses sujets. L'impuissance, c'était la réaction du peuple fasse à ces malheurs qui semblaient s'enchaîner et se suivre. La loi des séries, une malédiction peut-être ou alors tout simplement la fatalité. Les causes et les raisons de tout ceci importaient peu, et même la désignation d'un coupable dans toute cette agitation en comptait pas, seule restait la douleur et l'indécision. Que faire ? Quand ? Comment ? Des questions sans réponses, c'est tout ce que laissait derrière lui Galdor. Lawena poussa un soupir et d'un pas souple elle se dirigea vers le temple, édifice qui n'avait que rarement pu reconnaitre sa présence. La demoiselle eu presque le regret de devoir le découvrir en pareille occasion. La soie de sa robe glissa en un bruissement imperceptible sur les dalles de marbre, le silence était de mise même si une grosse partie de la population était rassemblée en ce funeste jour. Le temps maussade comme à l'accoutumée renforcée la pesante atmosphère de deuil et de tristesse. Le visage impassible elle continua sa marche, immuable, continue, pour avancer au lieu de stagner dans l'incertitude. Malgré les nuages Mani avait laissé planer une luminosité forte, qui accentuait la pierre blanche du temple, celui-ci digne phare dans l'obscurité de la souffrance semblait comme le dernier rempart de l'anarchie.

En effet les tensions à l'aube de la décision de succession était de plus en plus grande, Lawena ne siégeant lors des réunions importantes que lorsque l'on requérait sa présence pouvait déjà le sentir. Le conseil divisé bataillait déjà pour avancer ses pions et avoir des avantages dans le choix du futur monarque, et bien peu gardait encore une confiance immuable en la famille royale. Fermant les yeux Lawena se fit l'image d'un château de carte qui s'écroule, car c'était en cet instant la situation druidique, les lambeaux de la dynastie Fenril auraient peine à conserver leur grandeur. Tout ceci tombait pour ne plus se relever, les fuites du prince et de la princesse avait anéanti la confiance du peuple, la mort de la reine l'avait profondément meurtrie, et à présent le décès du tout juste nouveau roi faisait s'effondrer la dernière miette de pouvoir et d'autorité qui conservait l'harmonie en territoire druidique. Que faire alors ? Dans un tel climat beaucoup retournait vers la terre mère, reprenant une forme animale pour échapper au chaos grandissant, d'autres plongés dans l'incertitude restaient passifs se contentant d'observer et de subir, les derniers enfin proposaient des solutions et jouaient de tout leurs atouts pour tirer parti de cette situation. Lawena avait préférer le premier groupe, tout gardant le commandement des Dragons ainsi que Nillviem le souhaitait. Nillviem... lui avait préférer fuir, ne laissant pour nouvelle qu'une note peu explicite qui avait suffit à profondément blessée la jeune femme. Un sentiment d'abandon l'avait conduite à s'isoler de nouveau, à refuser d'adresser la parole aux nobles et conseillers demandeurs de soutiens de la part de cette femme forte et presque aussi solide que la pierre. Elle lui en voulait, certes et bien plus qu'elle n'osait le penser, mais d'un autre côté son absence était source d'un tourment constant. Refusant de partir dans une exploration de ses sentiments la jeune femme s'empressa de sortir de son esprit le jeune prince qu'elle avait peu d'espoir de croiser à ces funérailles.

L'arrivée de la demoiselle fut assez remarquer, tout d'abord en raison de ses relations avec le prince, qui malgré les rumeurs était le candidat désigner à la succession de son cousin, ensuite pour l'air parfaitement neutre qu'affichait son visage malgré la pâleur inhabituelle de sa peau et enfin par la tenue simple mais qui mettait parfaitement en valeur le corps frêle de la demoiselle. La longue robe noire avait malheureusement déjà servie pour les funérailles de la bien aimée reine Faldora. La soie noire affinait la taille marquée de la jeune femme et la rehaussait par une ceinture d'argent. Le bustier en rien provocateur finissait le tout. N'écoutant pas les recommandations de ses parents sur l'importance de montrer sa puissance lors de tels évènements la demoiselle n'était en rien comme les autres nobles de la cour parée d'or et de diamant. Ne laissant rien voir des pensées méprisant qu'elle pouvait entretenir à l'égard de ces homologues de la haute société la demoiselle ne fut en rien dérangée par tout ses regards sur sa personne et les ignora magnifiquement. Prenant rapidement place aux côtés de la grande prêtresse elle écouta en silence celle-ci démarré la cérémonie. Les iris vert parcoururent la foule avec un fol espoir, s'arrêtant sur chaque animal, sur chaque visage espérant reconnaitre son ami disparu. La colère couvait dans le cœur de la demoiselle envers cet être cher qui avait oser louper un tel évènement même si les relations qu'il pouvait entretenir avec son défunt parent étaient loin d'être des plus chaleureuses. Il en fut ainsi pendant tout le discours emprunt d'une émotion certaine qui resta un long moment imprégné dans l'air. Lawena ne glissa qu'un regard furtif vers cette religieuse qui semblait réellement affectée par la perte de ce souvenir juste et bon. Il faut dire qu'ils l'étaient tous, même si peu pouvait se vanter d'avoir connu personnellement le personnage royal. Lawena n'avait jamais eu cet honneur et les rares échanges qu'elle avait pu avoir avec le souverain n'était que pour des questions capitales. Malgré cela un profond respect était né en elle pour lui, elle admirait sa droiture et sa capacité de décision, les nerfs d'acier et la pensée libre de ce roi éphémère. Grandement pleuré par le royaume il n'avait pourtant pas eu longtemps pour faire ses preuves et remettre dans le droit chemin un royaume bancale et divisé par les rumeurs.

Une grande nostalgie et un petit désespoir coula dans l'esprit de la demoiselle qui regrettait ce roi capable de grandes choses et d'audace. Qualité que peu de monarque avait su utilisé à profit. Soudain une demande de parole fut prononcée par Melindaë, la douceur de cette voix presque brisée par la tristesse était comme un appel irrésistible. Mais que dire ? Rien de ce que la jeune femme pourrait déclamer sur le souverain n'apaiserait les tensions, ni ne lui rendrait justement hommage. Perdue dans l'indécision elle observa un courageux paysan se dresser devant le peuple pour honorer Galdor. Cet homme elle l'avait déjà rencontrer, et le récit de la perte de son fils avait bousculer l'âme de la guerrière. Il en fut de même cette fois, les mots maladroits mais juste perçaient les cœurs et faisaient naître l'approbation. Lorsque le silence retomba une petite note d'optimisme parcourait les rangs, mais la tristesse planait toujours dans le crépuscule. Tous étaient perdues dans leurs pensées mais Lawena ne pouvait rester inactive plus longtemps. Prenant la place du courageux père endeuillé elle aussi se dressa devant le peuple. Et son estomac pour la première fois se serra à l'idée de parler devant autant de monde, de faire connaitre sa pensée, et dans un sens de révéler ses sentiments vis à vis de cette perte. Prenant une grande respiration elle planta ses iris dans les yeux d'un vert pâle qu'elle crut reconnaitre. Ses yeux lui donnèrent la force, et même si ils appartenaient certainement à un étranger totalement dissimuler derrière un capuchon elle ne pouvait s'empêcher de penser à Nillviem, et en cela elle trouva le courage nécessaire pour déclamer d'une voix douce mais puissante sa pensée.

- Mes frères, mes sœurs. Une fois encore nous subissons la perte d'un être cher. Une fois encore Mani nous retire notre chef, notre guide et notre protecteur. Pourtant l'amour et le respect que nous avions pour ce monarque bon et juste ne disparaitra pas avec lui. C'est en nous soutenant les uns les autres que nous l'honorerons. C'est en surmontant cette nouvelle épreuve que nous lui prouverons que nous étions digne de lui. Cette mort est injuste et survient au plus mauvais moment. Galdor Fenril a réussi à nous redonnez confiance, à rétablir un semblant d'harmonie et en cela notre bien aimée reine Faldora aurait été fière de lui. Cependant il n'aurait pas voulu nous voir nous disputer pour le pouvoir. Nous sommes une famille.... nous sommes un peuple, et même si nous avons perdu ce soir un être cher nous garderons toujours en notre cœur sa mémoire. Avançons mes frères, mes sœurs, car nous sommes tous nés sous la même lune et nous finirons tous par retrouver nos êtres perdus dans sa clarté.

Elle n'était pas sûr d'avoir honorée par ses paroles la mémoire du roi, mais Lawena savait que le peuple était en besoin de réconfort. s'apitoyer n'était pas une bonne solution. Laissant planer ses mots elle quitta le devant de la scène pour retourner dans l'ombre, au passage elle guetta une approbation de la part de Niarus. Quelque peu déstabilisée et tremblante la demoiselle repris sa place et chercha de nouveau les iris qui l'avait guidée lors de son discours, soutenue aussi ou tout du moins l'avait-elle pensée.
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Afedia Fenril
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Jeu 16 Sep 2010 - 11:36

Lorsque la cérémonie débuta et que la grande prêtresse réussit, tant bien que mal, à entamer son discours en l'hommage du souverain disparu, le silence fut total. Cela ne dura que quelques instants, le temps que les mots prononcés par la religieuse agissent sur les cœurs meurtris, avant que les pleurs ne reprennent le dessus. C'était un joli discours certes, mais qui restait sans effet sur Afedia. Par contre, peut-être que ces mots allaient être bénéfiques pour cette masse de mouton en quête de réponses...

Fixant toujours la grande prêtresse, Afedia fut surprise par sa proposition. L'invitation qu'elle fit aux enfants de Mani, pour rendre un dernier hommage individuel au souverain, agita quelque peu la foule. Certains voulaient s'avancer pour témoigner du chagrin qui les habitait, tandis que les autres se refusaient cette fantaisie. Certainement trop touchés par cet événement, rare furent ceux capables de prendre la parole... Un homme s'avança finalement et ce fut un paysan. Pâle, peu sûr de lui, Afedia reconnut à ses paroles le paysan dont le fils fut la première victime de la maladie. Exprimant son désarroi en quelques phrases, il reprit place dans les rangs, tout en faisant face aux regards pleins de compassion qui ne le lâchaient pas.

Après le paysan, ce fut un soldat qui se prépara à vider son sac. Soupirant, Afedia espérait que ce défilé de désespérés n'allait pas durer toute la nuit, car à ce rythme-là, ils seraient encore présents demain soir. La jeune femme qui faisait maintenant face à la foule, entama un long discours, digne d'un soldat fidèle à son Roi. Par contre, quelque chose dérangea la lapine : elle doutait fortement que Faldora soit fière de Galdor. Afedia connaissait bien l'ancienne Reine et elle n'était pas certaine que cette voleuse de couronne soit favorable au Seigneur Nordique... contrairement à son cousin.

Plusieurs nobles prirent tour à tour la parole, un autre paysan étala maladroitement son chagrin tandis qu'Afedia se demandait si elle devait, elle aussi, aller dire deux ou trois mots... Elle se remémora alors sa conversation avec Ardiosis survenue quelques jours plus tôt, et ils étaient arrivés à la conclusion que rester dans l'ombre n'était pas la meilleure des solutions. Si elle espérait un avenir radieux, elle devait se montrer, belle et forte, pour que son visage, ses paroles restent dans la tête des sujets et des nobles qui pourront l'appuyer le jour où elle en aura besoin. Seulement, elle n'avait rien préparé à l'avance. Cherchant au plus profond d'elle ses mots, la jeune femme n'avait ni peine, ni émotion pour l'aider dans cette tâche. Tous parlaient du fond du cœur, elle, devait simuler la douleur.

S'avançant avec assurance, avant de prendre la place du paysan qui la précédait, Afedia jeta un regard perdu à travers la foule qui la fixait dorénavant. La reconnaissaient-ils ? Certainement pas. Hormis les nobles, le peuple ne savait pas à qui il avait affaire et elle se voyait mal déclarer en guise d'introduction « C'est moi qui est réouvert bon nombre de maisons closes dans vos quartiers messieurs ! ». Non, elle devait rester simple, modeste et attendrissante...

« Peuple de Mani... Je partage votre chagrin en cette funeste nuit. Nous ne méritions pas de perdre notre Roi et lui ne méritait pas de nous quitter si tôt... Galdor Fenril était un bon Roi et nous le regretterons, soyez en certain. Aujourd'hui nous le pleurons, mais demain il faudra se relever. Pour lui, nous devons continuer à nous battre, à vivre, à aimer pour ne pas que son enseignement disparaisse dans l'oubli, pour continuer à entretenir la flamme de son amour. Il doit être fier de nous, autant que nous le sommes de lui et pour cela, il faut achever ce qu'il a commencé. Il faut en finir avec cette épidémie, plus personne ne doit en souffrir à l'avenir... Nous devons faire face à notre destin tout en préservant les volontés de notre regretté souverain... Nous devons lever la tête et continuer à suivre la voie qu'il a tracé pour nous et nous commencerons demain. Car cette nuit, nous l'accompagnons ensemble lors de ce dernier voyage... »

Elle espérait avoir été convaincante.

« Que Mani le garde...»

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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Dim 19 Sep 2010 - 11:23



Aelalia Fenril


Sombres pensées. Non, pas sombres…tristes, teintés d’amertume et de colère, la rage de l’impuissance. Nuée à l’opalescence sauvage, crisatux de glace embrumé.
La princesse ramena derrière son oreille une mèche écarlate qui s’était échappée de sa coiffure ouvragée alors qu’elle se mordait la lèvre, fuyant son propre regard dans le miroir. Repoussant la chaise sur laquelle elle était assise, la druide rejoignit la fenêtre dans un bruissement d’étoffe et l’air frais caressa son visage pâle, endeuillé. Inspirant profondément, Aelalia appela sa camériste cette dernière pu finir de s’occuper de la demoiselle alors que la princesse restait profondément abîmée dans ses pensées. Galdor avait succombé à la maladie, elle l’avait appris pendant son exil mais quelque part la druide avait refusé de le croire. Comment un être si bienveillant, ne voulant que le bien de son peuple avait pu périr, céder sa vie à cette maudite maladie ? Comment Mani avait t-il pu permettre à une telle tragédie de ravager les cœurs encore endeuillés de la perte de leur Reine ? Et qui reprendrait la couronne à sa suite ? Qui saurait réunifier le peuple Druide après la malédiction qui s’abattait tour à tour sur les Fenril ? Une légère pression de la main de la camériste sur son épaule lui indiqua que cette dernière en avait terminé et lorsque la princesse tourna à nouveau son visage vers la glace, elle put voir que ce dernier était à moitié masqué par un voile, c’était mieux ainsi. Remerciant la jeune druide, Aelalia sortit de sa chambre descendant les escaliers quatre à quatre alors que sa main frôlait la rampe de pierre, ignorant éperdument les regards qui se tourner vers elle et se glissant à son tour dans la foule qui se dirigeait vers le Temple de Mani, vers l’enterrement.

Aelalia détourna les yeux de l’édifice, le cœur serré avec une impression désagréable de déjà vu. L’enterrement de sa propre mère n’était pas si lointain, et elle se rappelait alors que les larmes lui étaient monté aux yeux et que ce jour là, si elle s’était appuyée sur Nillviem pour ne pas s’effondrer, Galdor lui avait été seul à affronter cette épreuve. Comme avaient-ils pu être aussi stupides pour rejeter leur cousin en même temps qu’ils avaient rejetés leur mère ? Son regard azur flotta sur la foule et un petit groupe de conseiller se démarquer des passants, attendant sans doute le calme pour faire leur entrer et la belle croisa le regard fatigué de Niarus, qui lui fit un léger signe de tête. Sentant sa culpabilité redoubler, Aelalia fut parcourue d’un frisson alors que les druides ne pouvaient retenir des regards insistants sur son passage, sur elle la fille de la Reine, Cousine du défunt Roi et surtout celle qui avait quitté son peuple pour rejoindre les Résistants Ombres.

Des nobles la reconnaissant s’écartèrent sur son passage à l’entrée du Temple mais la princesse ne leur accorda pas un regard car ce dernier était occupé à balayer la salle et les visages désœuvrés qui ne pouvaient détourner leur attention de leur monarque, baigné par les rayons de lune. Lentement tous prirent place, et la princesse rejoignit les membres de la Cour et désirant se poster au côté de Niarus, avec qui elle s’était entretenu quelque jour plus tôt et qui l’avait mis au courant des dernières affaires qui avait animé le Bastion, l'épidémie qui ravageait leur terre et puis la plus récente ascension à la Cour de l’une de ses cousines éloignée Afedia que la princesse voyait d’un mauvais œil. D’après Niarus, Afedia avait des vues sur le trône et sa volonté d’y accéder sembler appuyer par le Roi humain Ardiosis en personne, de quoi contrarier la jeune princesse.

Mais alors que ses pieds foulaient les dalles du temple, la carrure d’un Druide légèrement courbée attira son attention, des épaules qu’elle aurait reconnues d’entre toutes. Nillviem. Son cœur rata un battement alors qu’elle s’arrêtait au milieu de la foule, perdue quant à la marche à suivre. La cérémonie commença alors et son regard se tourna vers la Grande Prêtresse qui ouvrit l’office, et la princesse ne put que remarquer que cette dernière n’était plus que l’ombre d’elle-même, cherchant désespérément l’étincelle de vie qui animait d’habitude la jeune femme mais elle s’était éteinte, perdue en même que celle de leur souverain dans la nuit si noir dans laquelle s’enfonçait les Druides. Après un discours prononcé d’une voix se voulant affirmée mais trahissant sa douleur, la prêtresse proposa aux peuples de Mani de venir rendre un dernier hommage à leur souverain et du coin de l’œil, après un instant d’hésitation Aelalia put voir qu’un paysan gravissait l’allée jusqu’à l’Autel, prenant la parole d’une tremblante et gauche, mais dans laquelle résonnait une sincérité désarmante. Les doigts de la princesse se crispèrent sur le tissu de sa robe alors qu’elle se mordait la lèvre de ses canines trop longues ne pouvant détacher ses iris de l’homme qui avait pris la parole alors que son cœur se serrait dans sa poitrine. Une guerrière le suivit plus réservée qui tenta par ses mots d’apaiser les cœurs et sans la connaître réellement la princesse lui en fut reconnaissante. D’autres Druides prirent tour à tour la parole, soldats, artisans comme noble et bientôt les hommages se firent plus rares sans que la princesse ne puisse se résoudre à franchir la distance qui la mènerait jusqu’à l’Autel. Elle ne le pouvait pas, elle ne méritait pas de se dresser face à son peuple en ses lieux et de demander pardon à Galdor alors qu’elle n’avait pas été là pour son cousin lorsqu’il s’était battu contre la maladie. Sombre, elle vit une femme se dirigeait vers l’Autel et elle mit quelques instants à reconnaître sa cousine Afedia, ne pouvant pas y croire. Elle n’allait tout de même pas…

Et pourtant. Avec une tristesse qu’Aelalia savait feinte Afedia prit la parole, enchainant les lieux communs avec une seule idée en tête : Apposer sa marque à la cérémonie, gagner les faveurs sinon du peuple des nobles qui lui permettraient de gagner le trône. Comment osait-elle ? Aller jusqu’à tourner un enterrement à la cause du parjure humain, fouler du pied les derniers hommages à Galdor au profit du Seigneur Nordique et à sa propre cause. Comme nt pouvait-elle être si égoïste ? Sachant pertinemment que la princesse ne pouvait se permettre de s’opposer directement à sa cousine, les yeux d’Aelalia se braquèrent vers Nillviem. Se frayant un chemin entre les druides présents, la princesse se posta au côté de son frère effleura son bras pour attirer son attention.

« Tu dois y aller, Nillviem ».

Les mots étaient sortis, murmure qui s’effaça dans le silence de l’église. La princesse ignora l’étonnement de son frère, continuant sur sa lancée.

« Tu ne peux plus fuir Nillviem, que tu le veuilles ou non nous sommes les héritiers de la défunte Reine Faldora et cousins du Roi Galdor. Dresse-toi devant notre peuple, montre leur que les sacrifices de Galdor n’auront pas été vain. On ne peut pas laisser Afedia entacher sa mémoire, elle est allée trop loin en prenant la parole ici. Galdor n’avait prêté allégeance au Seigneur Nordique que pour protéger les Druides, pas pour les asservir à la volonté d’un tyran. La Princesse marqua un arrêt, lançant un regard assassin à un druide qui s’était retourné pour lui intimer le silence avant de revenir à sa frère alors qu’elle reprenait la parole alors qu’une boule douloureuse se formait dans sa gorge, nous avons fait des erreurs Nillviem, la mienne a été de fuir notre Roi mais le temps des regrets est révolu, tu te dois de reprendre le flambeau. »

La main d’Aelalia étreignit le bras de son frère, alors que ses yeux suppliant chercher désespérément dans le regard de son frère la force d’assumer aujourd’hui sa charge. Aelalia avait peur, terriblement peur qu’à cet instant son frère tourne à nouveau le dos à elle, à Galdor et à tous leur peuple car s’il le faisait, ce serait sans doute pour lui le point de non retour. Aelalia releva la tête vers l’Autel priant silencieusement Mani de leur montrer à tous la voie. Quant à Afedia… il faudrait un miracle pour que la princesse ne saute pas à la gorge de la lapine pour lui faire regretter ses mots.


Spoiler:
 


Dernière édition par Aelalia Fenril le Sam 25 Sep 2010 - 10:22, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Jeu 23 Sep 2010 - 0:01

Spoiler:
 


De la chaleur suffocante que dégageaient les bûchers, aux effroyables effluves de chair calcinée, Asandir avait finalement choisi; mieux valait avoir chaud. Ainsi, debout, contemplant le balais infernal qui se jouait en bas de la colline, le chef des armées se dressait fièrement face à la plus grande ruine que son peuple ait connu. L'œuvre, vue de haut, était d'une beauté réellement malsaine. D'ailleurs, le maître musicien de la cour, s'il n'avait pas été trop occupé à pleurer son fils, en serait resté coi de stupéfaction. Asandir en était certain. Au premier abord, lorsque l'on arrivait sur les collines écarlates -nom que les soldats attribuaient à ce lieu-, l'on entendait que la plus cinglante cacophonie. Combinaisons de sons dont même un sourd aurait été apte à deviner l'horreur.
Et puis l'on s'y faisait.
Alors seulement, comme si l'enfer lui même désignait, dans son orgueil, qui des mortels était digne de contempler sa beauté, l'ordre se dessinait. Un ordre qui n'avait rien à envier à la discipline militaire. A l'aube, il n'y avait que le vent jouant avec les braises mourantes des précédents brasiers. Un vent cristallin qui riait, et riait encore de ce que les druides appelaient « une sombre tragédie ». Ce vent là, Asandir avait appris à le haïr avec une virulence qui ne cessait de l'étonner. Tout le monde savait qu'il ne servait à rien de s'emporter contre les éléments, ils n'étaient pas responsables. Seuls les fous ou les enfants maudissaient le vent, et on les regardait parfois avec pitié, parfois avec amusement. Oui. Car tout le monde savait qu'ils n'étaient pas responsables.
Mais ce vent agaçant finissait par fuir. Lui aussi avait-il peur de l'effroyable vérité qui s'avançait là, sur des charrettes tractées? Peu probable. Mais malgré tout, Asandir trouvait ici une satisfaction certaine. Parce que lui ne fuyait pas. Parce que le duel qui l'opposait à ce Requiem immonde ne faisait que commencer. Le grincement des roues. Le Chant des prêtresses. Le choque sourd d'un corps que l'on place dans la fournaise. Que faire contre cela, quand les seules partitions que l'on maîtrise se jouent avec l'acier?

Le chef des armées n'avait pas encore trouver de réponse satisfaisante. Alors il restait là, une lance dans une main, un bouclier dans l'autre, comme un simple fantassin. Comme le simple mortel qu'il était. Loin des épidémies classiques, celle là avait au moins pour elle le fait de mettre tout le monde sur un pied d'égalité. Cela était d'ailleurs à des lieues de rassurer la population. Non, le peuple n'était pas stupide. Lui aussi avait pris conscience que Sudorna ne livrait pas bataille contre une maladie, mais contre la Mort elle même. Celle qui avait cueilli le bétail comme le roi.
Galdor Fenril...
D'un coup sec, Asandir planta sa lance au sol et dégaina son cimeterre. Une arme magnifique. Sans ornement, sans gravure, rien que de l'acier de bonne qualité. Le jour de sa nomination, le Roi n'avait d'ailleurs ni souris, ni déclamé de jolies paroles en la lui remettant. Un simple regard dur mais bienveillant. C'était assurément là la marque du monarque grandiose que Galdor aurait fait. On ne décorait pas ce qui servait à arracher des vies. On ne félicitait pas non plus l'homme qui recevait pareil présent. Car ce n'était plus tout à fait un homme. Non pas qu'il devenait mauvais, absolument pas. Son destin serait simplement marqué par le sang et les larmes. Ainsi allait l'existence des gens de l'acier, et Galdor le savait très bien, malgré ses jeunes années. Oh oui... Un monarque grandiose.

« Ils ne t'attendront pas, général. »

Le retour à la réalité fut assez violent. Dar'khan, un magnifique sleipnir, possédait un timbre de voix très étrange. Il n'avait jamais besoin d'élever le ton pour se faire entendre, ce qui était surement une qualité. Asandir fixa un instant le fauve au pelage blanc, hagard, se massa les tempes en joignant l'index et le majeur, puis se décida enfin à monter en selle. Il n'avait nul besoin de donner quelque ordre que ce soit à sa monture, c'était un animal intelligent. Du moins son odorat était suffisamment développé pour conclure qu'Asandir avait besoin d'un bain. La chair calcinée n'était pas une senteur assez raffinée pour ce genre de cérémonie.
Quelques minutes suffirent à Dar'khan pour atteindre le bastion, et il alla lui même chercher un palefrenier. Asandir le regarda s'éloigner, pris d'une étrange mélancolie. Il aurait fallu à un soldat au moins quatre années de soldes pour se payer ne serait ce que la selle du Sleipnir... Et, depuis qu'il était entré en sa possession, le chef des armées ne s'en était jamais vraiment occupé. Erreur qu'il faudrait rectifiée, plus tard. S'il survivait du moins.
Tournant les talons, Asandir se dirigea directement vers ses appartements, heureux de découvrir les couloirs déserts. Il était en retard, mais aurait la paix durant quelques minutes. Arrivé à ses quartiers, il eut la joie de découvrir qu'un bain avait déjà été préparé. L'eau était tiède, mais au vu de l'enfer où Asandir avait passé sa journée, c'était presque une bénédiction. Le général ne perdit cependant pas de temps et effectua une toilette dans les règles de l'art avant d'aller enfiler ses vêtements. Un magnifique loup blanc ornait le centre d'un tabard couleur ébène. Qui donc traitait les militaires de rustres sans goûts? Le chef des armées sourit à cette pensée qui ne lui serait jamais venu à l'esprit en temps normal... Puis se rappela à regret qu'il était déjà en retard. Adoptant sa forme de chimère il atteignit le Temple de Mani assez rapidement.
L'endroit était bondé de monde, et le Temple était déjà plein à craquer. Les gardes cependant reconnurent leur général et lui frayèrent un chemin. Asandir arriva lorsque la Grande Prêtresse de Mani invita tous les druides à manifester leur chagrin. La foule s'agita, chacun dévisageant son voisin avec une question clairement exprimer sur le visage; « Qui donc ira en premier? ». Le chef des armées profita de cet instant pour repérer quelques têtes familières dans l'assistance. Il ne reconnu personne. Aucun ami en tout cas. Par les sept dieux... Ses relations sociales étaient donc aussi piètres? La vérité faisait peine à voir. Il y avait cependant Elea Faldor, Chef des armées Amazones, qu'Asandir avait fait discrètement surveiller depuis qu'elle avait posé pied en Sudorna. Savait-on jamais... Un « accident » était très vite arrivé, et il était hors de question qu'elle meurt au sein du Royaume druidique. Ce serait une tragédie pour les druides aussi bien que pour les amazones. Que feraient les autres royaumes s'ils voyaient que Sudorna était trop faible pour assurer la sécurité d'un seul invité de marque? Et pire encore, qu'adviendrait-il de la santé mental de Niarus si sa fille se faisait assassiner dans l'enceinte même d'Unae? Non, Asandir avait joué la carte de la sureté, quitte à froisser un peu l'Amazone si elle venait à le découvrir. Enfin, en matière de discrétion, les soldats druides étaient tout de même bien placés.
Finalement, la foule se calma quand un homme fit ses premiers pas aux côtés de la Grande Prêtresse.

Asandir se pétrifia, comme glacé instantanément de l'intérieur. Le paysan... POURQUOI CET HOMME ETAIT ENCORE EN VIE?! Le général regarda à droite, puis à gauche, se demandant quand quelqu'un sortirait pour hurler qu'il y avait là quelque chose qui n'était pas clair! Son fils était mort de la maladie, pourquoi n'avait-il pas été infecté? D'après ce qu'il savait des derniers déplacement du Roi, il était hautement probable que cet homme soit le seul contact que Galdor ait eu avec un potentiel malade. Et si Galdor était déjà malade quand le paysan avait demandé audience, comme se faisait-il qu'il se tenait là, debout, respirant comme si de rien n'était? Cet homme était peut-être une clef, la plus flamboyante lueur d'espoir des druides! Et personne ne réagissait? C'était hallucinant... Complètement absurde! Mani envoyait à ses enfants la preuve qu'il ne les avait pas abandonnés, il fallait saisir cette opportunité tout de suite. Pour le salut de Sudorna!
Par chance, un garde était toujours à ses côtés, le regard triste mais captivé par la scène.

« Toi! Que tous les soldats surveillent l'homme qui vient de parler, qu'ils ne le quittent surtout pas des yeux! Quand la cérémonie sera terminée, je veux que vous l'escortiez directement aux appartements du médecins hébergé au Bastion. S'il mange quelque chose, je veux en être informé, s'il boit n'importe quoi qui lui appartient, j'exige la liste complète des ingrédients. Est ce clair soldat? »

Hébété, le garde finit tout de même par se mettre au garde à vous. Asandir n'y croyait toujours pas... La roue était-elle entrain de tourner? Rien n'était moins sur, et mieux valait attendre l'examen complet du médecin pour être fixé. Cependant, c'était un espoir, et il n'y en avait plus eu depuis quelques semaines à présent... Se sentant plus léger qu'une plume, Asandir écouta presque avec plaisir les discours débités par chaque quidam. Plusieurs minutes s'écoulèrent -à moins que ce ne fussent des heures? Le général n'aurait su le dire- avant qu'une des tirades tire son épingle du jeu. Un discours fait pour raviver les cœurs, digne d'un héritier du trône. Asandir ne connaissait pas la jeune femme qui le récita, il fut donc incapable de dire s'il s'agissait d'une habile manœuvre politique ou d'une allocution vraiment emplie de courage et de tristesse. Peut-être un mélange des deux. Dans tous les cas, c'était étrange. Cette harangue aurait dû être prononcée par Nillviem... Ce même Nillviem qui avait pris la fuite. Asandir fronça légèrement les sourcils. Si l'ami qu'il était, comprenait parfaitement le geste du jeune prince, le chef des armées considérait cet acte comme frisant la trahison. Ne préférant pas réfléchir sur ce tiraillement, le général le chassa de ses pensées et se reconcentra sur la jeune femme. Nul doute qu'elle ferait parler d'elle après pareille allocution. Nul doute non plus qu'éclairée ainsi par la lumière la lune, aux côtés de la prêtresse, elle incarnait parfaitement bien le pouvoir. Peut-être y avait-il quelques défauts dans le ton qu'elle employait, mais au moins, elle était bien là. Asandir enregistra ce visage dans un coin de sa mémoire, il fallait se renseigner sur cette jeune femme. Pourquoi ne pas demander à Niarus? Tenaient-ils là la Reine qui manquait tant à Sudorna?
L'avenir s'annonçait peut-être meilleur pour les druides...

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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Sam 25 Sep 2010 - 14:05


    Le visage blême et éteint du Roi brillait avec lassitude dans les rayons bleus de la Lune. Il était droit, et même aussi froid que la pierre, il restait d’une beauté exceptionnelle. Niarus apprécia le travail funéraire de la Grande Prêtresse. Galdor paraissait dans un profond sommeil. Il était plutôt injuste de penser qu’il avait été victime d’un terrible fléau : il représentait, aux yeux du vieux conseiller, un des hommes les plus respectables qu’il lui avait été donné de rencontrer. Il était jeune, plein d’idées et d’énergie, serviable et incroyablement loyal. Mais pourquoi diable Mani avait décidé de le reprendre ? Pourquoi n’avait-il pas préféré la vielle carcasse du Conseiller ? Un soupir déchira sa poitrine et ses yeux se perdirent dans le vague. Une brise légère souleva délicatement sa longue chevelure brune. Il était cintré d’un lourd manteau sombre, et l’unique couleur qui contrastait avec ses sombres vêtements était le vert de ses yeux, intelligents et perçants.

    Il croisa le regard de soutien du jeune Aleald. Bien qu’il senti dans ce regard une douceur et une chaleur de compassion, Niarus ne parvint pas à le lui rendre. Il glissa son regard sur le sol quelques instants, et revint à la contemplation du corps, emplit de sérénité, du défunt Roi. La fatigue et la lourde tristesse tiraient le visage ridé du Conseiller, qui semblait crouler sous les poids. Son regard avait quelque peu perdu de sa brillance et sa posture était légèrement voûtée. Il avait désormais mal au dos et il avait du prendre une canne pour marcher le matin même, lors d’une balade matinale qu’il avait pourtant l’habitude de faire.

    Il fit un pâle sourire à Lawena qui venait de parler. Il les trouva bien courageux, tous autant qu’ils étaient, de venir face aux autres et de parler. S’il ne s’en était pas sentit obligé, Niarus n’aurait plus bougé jusqu’à la fin de la cérémonie. Il avait la gorge sèche et ses yeux piquaient. Ses mains ridées tremblaient et son cœur s’était serré avec force. D’ailleurs, il ne se sentait pas la force de regarder sa fille, qui, tout près de lui, semblait très mal à l’aise. Il fallait qu’il s’occupe d’elle, il le sentait, il le savait, mais il savait que la situation ne s’y prêtait pas du tout. Il déglutit avec difficulté, plongeant dans les mots qu’Afedia prononça.

    Il se réveilla quelque peu en entendant son discours à peine compatissant et sa volonté à peine dissimuler de passer à autre chose. Il ne lui en voulait pas. D’ailleurs, songea le Conseiller, ce qu’elle dit n’a rien de faux. Il ne faut pas pleurer le Roi trop longtemps, les temps sont durs et nous aurons tout le temps pour pleurer si nous survivons tous à l’épidémie et à la guerre.
    Un mouvement à ses côtés le tira de ses pensées. Aelalia semblait n’apprécier que moyennement le petit discours de sa cousine Afedia. Elle invita avec insistance son frère à parler.

    Niarus posa un regard doux sur la princesse et tourna la tête vers Nillviem. Même s’il se sentait un peu faible et perdu, Niarus murmura doucement, alors que sa gorge semblait en feue t que sa voix était rauque et cassée.

    « Prince Nillviem, je pense que vous devriez dire quelque chose… »

    Il ne sut pas très bien quel fut l’effet de son conseil, mais il se promit que se serait ensuite son tour de parler. Il était temps de montrer à tous ceux qui comptaient sur lui qu’il était prêt à reprendre en main le royaume et à leur trouver un leader digne de ce nom, qui puisse les guider sur la voie tracée par Galdor, car il était hors de question que Niarus, vu son âge avancé, continue de guider les Druides… Sa santé en dépendait…
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Mar 5 Oct 2010 - 20:43

Sitôt la Prêtresse laissa la place près de l’autel, qu’un homme s’approcha de celui-ci pour prendre la parole. L’aspect de l’homme lui enserra le cœur. Même les personnes qui n’avaient pas été contaminées par l’épidémie avaient une apparence aussi amaigrie et faible que les malades. Melindaë ne put que reconnaître l’homme à ses côtés : c’était le père de la première victime. L’homme avait bien changé depuis la dernière fois, néanmoins on pouvait facilement reconnaître les traits de son visage. La Grande Prêtresse savait ce qu’il pouvait ressentir : perdre un être qu’on chérissait était la chose la plus terrible qu’elle connaissait. Posant une main sur son épaule durant toute la durée de son discours, elle souhaitait qu’il sache que Mani et ses enfants étaient avec lui et le soutenaient dans sa peine…

Les discours s’enchainaient les uns après les autres. Militaire, paysans, nobles : tous voulaient rendre un dernier hommage au Roi. Se soutenir et garder la foi en un avenir meilleur étaient le principal objectif que les Druides devaient garder. Melindaë ne connaissait pas toutes les personnes qui avaient parlé mais au fond d’elle-même, elle les remerciait chaleureusement. Leurs paroles ne pouvaient qu’être bénéfiques au peuple. La Grande Prêtresse aurait aimé que certaines puissances politiques se prononcent et rassurent les populations mais elle ne pouvait les y obliger. Prendre la parole devant toute cette tribune devait être un acte volontaire et dénué de tout intérêt personnel. Du moins, Melindaë l’espérait-elle.

Alors qu’une énième personne allait se lever pour prendre la parole, la Grande Prêtresse jugea que qu’il était maintenant temps qu’elle reprenne sa place derrière l’autel. Elle fit un léger signe à la personne qui se rassit aussitôt, déçue de n’avoir pu s’exprimer à la vue de tous. Melindaë mémorisa le visage de cette personne afin d’aller s’excuser expressément auprès d’elle. Elle n’aimait pas refuser la parole à ses fidèles mais parfois elle n’avait point le choix, comme à cet instant. Avec un léger pincement au cœur, elle se réinstalla derrière l’autel. Prenant quelques bâtons d’encens entre ses doigts, elle les fit tourbillonner dans les airs selon un rituel bien précis qu’elle avait appris durant son initiation. Reposant les bâtons, elle prononça plusieurs prières afin que l’âme de Galdor trouvât non seulement la paix mais aussi son chemin jusqu’aux côtés de Mani. Les bras levés vers le ciel, le visage tourné vers la Lune, elle implorait Mani d’accueillir pour l’éternité son enfant au sang noble, disparu trop jeune. Puis, une fois terminé, elle reporta son attention sur l’assemblée, silencieuse…

Enfants de Mani, il est à présent temps de dire adieu à notre regretté souverain. Gardez en vous l’image d’un monarque généreux et dévoué à son rôle de monarque. Vous pourrez venir vous recueillir devant sa dépouille jusqu’à la naissance du jumeau de feu de notre dieu. Ensuite, le corps du monarque sera transporté auprès de celui de notre feu reine, Faldora. Bien entendu, votre présence est la bienvenue. Je vous invite aussi à vous recueillir entre vous et vous soutenir les uns et les autres.

Que Mani vous bénisse et soulage votre peine, mes enfants.


La cérémonie touchait à sa fin. Melindaë aurait aimé aller se réfugier dans son vestibule mais elle savait qu’elle avait encore des obligations auprès du peuple druide. Sa douleur patienterait bien encore plusieurs heures.
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MessageSujet: Re: Au clair de Lune *   Mer 13 Oct 2010 - 17:52

Spoiler:
 
Les yeux rivés vers le sol et les multiples bottes qui le foulaient, une bulle s’était formée autour du jeune homme. Si le silence reconnaissant qu’avait suscité l’intervention du paysan se mua rapidement en une chaleur compatissante, l’esprit du druide était incapable d’agir. Il ne se sentait pas digne de monter sur l’autel et de prendre à son tour la parole. Heureusement pour lui, le paysan semblait avoir déclenché un élan de courage au sein des personnes présentes, et il en fut certaines qui n’hésitèrent plus à s’élever devant tous. Ressentant à nouveau les mouvements qui agitaient la foule, il reporta son attention sur l’autel. Son cœur se serra douloureusement lorsqu’il vit sa chère amie prendre place aux côtés de la prêtresse. Le doute qui subsistait malgré tout dans les motivations du druide était en partie dû à la jeune femme. Il avait premièrement refusé de la laisser ainsi derrière lui, puis s’était convaincu peu à peu qu’il n’avait pas le choix. Il s’était surpris maintes fois à souhaiter qu’elle l’accompagne, qu’ils ne restent pas seuls chacun suivant leur route, tout en sachant que cela état impossible. Sa présence était nécessaire pour les soldats, surtout après son propre départ. Et il avait besoin, plus que tout, qu’elle demeure à leurs côtés. Nillviem s’était donc résolu avant de partir à lui laisser un simple mot en guise d’au revoir. Il n’avait pu qu’imaginer quelle serait sa frustration en lisant ces quelques lignes.

Lawena,
je n'ai aucune excuse qui puisse être valable pour une personne qui m'est aussi chère.
Mais j'ai mes raisons, et je suis navré de ne pouvoir te les fournir.
Je te laisse le commandement des Dragons en mon absence, tu es de loin la personne la plus capable pour une telle responsabilité.
Et je te fais entièrement confiance.
Ce n'est que jusqu'à mon retour alors ne t'emballe pas mon amie. Je sais que tu m'en voudras, aussi j’espère que tu me pardonneras.
Avec regrets,
Nillviem



Même si ce n’était guère dans les habitudes de celle-ci de prendre la parole devant autant de monde, il ne s’en étonna point. C’était une femme forte qui, lorsqu’elle le jugeait nécessaire, exprimait ses pensées sans nuances. Alors qu’il appuyait sur le poids des décisions qu’il avait prises, le prince tiqua brusquement quand le regard de son amie croisa le sien. Instantanément il se figea et baissa la tête. Son être se contracta, attendant un quelconque évènement susceptible de le percer à jour. Mais finalement il ne vint pas. Il ne s’autorisa aucun soupir car il ne ressentait aucun soulagement. Il écouta le discours du sergent avec une attention et une reconnaissance particulière, en tentant quelques brefs regards dans sa direction. Son honnêteté et sa détermination transparurent parfaitement au travers de ses propos, et au fond du jeune homme s’installa comme un sentiment de fierté, mêlé d’un réconfort commun à la majorité. Lorsqu’elle eût terminé, il ajusta d’une main distraite son capuchon et le foulard qui couvraient la majeure partie de son visage.

S’ensuivirent de nombreux discours, menés par tout un chacun, qu’il soit noble, fermier, soldat, marchand, religieux, le peuple entier sembla défiler sous les yeux de Mani et du défunt. Les paroles finirent par se ressembler et le prince fit face avec patience à ce cycle d’hommages continu. Son regard et son esprit devinrent vagues sans qu’il s’en aperçoive, et la notion de temps se volatilisa de ses pensées. Il ne réagit donc pas immédiatement lorsqu’une noble, et pas n’importe laquelle, se dressa devant tous. Sa voix suave tira la panthère de sa semi-conscience. Il reconnut sa cousine éloignée, Afedia Fenril. A quand remontait la fois où il avait pu la voir ainsi exposée à la lumière ? En effet à bien l’examiner désormais, il ne lui aurait pas accordé autant de printemps si on lui avait demandé des renseignements à son propos. A dire vrai, il ne la connaissait guère et n’avait pas cherché à le faire. Outre ses antécédents excessifs, sa place au sein du Conseil et son lien de parenté, il la savait seulement favorable à la politique humaine, mais il ignorait complètement à quel point. Il se méfiait d’elle comme il se méfiait de tout noble, et ne lui donnait en conséquence que peu de crédit. C’est tout de même avec une pointe de curiosité qu’il la regarda s’extirper des ombres où elle reposait depuis quelques années. La justesse de ses propos toucha étrangement le prince, et il baissa à nouveau le regard. Elle avait parfaitement raison, et un semblant d’approbation s’installa au sein de la foule. Lui se sentait davantage pitoyable et honteux. Il remercia intérieurement la conseillère pour une telle harangue, mais il regrettait par là-même de le faire. N’était-ce pas à lui, prince héritier, de rassurer son peuple ? Voilà qu’il en revenait aux problèmes et doutes qui l’assaillaient depuis son officielle disparition. Il les écarta comme il le faisait depuis le début, et se fondit à nouveau dans un trouble silencieux alors que les interventions suivaient leur cours.

Ce fut plus une odeur qu’un geste qui pétrifia soudainement le prince. A l’instant où un effluve délicatement parfumé atteint ses narines, son cœur rata un battement. La stupéfaction s’empara de lui avec une facilité déconcertante et il n’osa pas même se retourner. Etait-elle vraiment derrière lui ? L’évidence n’était pas assez forte, son espoir la déviait comme elle le poussait à en être sûr. Puis, un murmure parvint à lui dans un souffle inespéré. Le prince détourna la tête sans poser les yeux sur ce qui lui était le plus cher. Ses yeux agrandis de surprise niaient encore sa présence. Ses pensées défilaient à une allure inacceptable pour toute réflexion posée. Ses sentiments atteignaient leur paroxysme en une fraction de seconde et s’étouffaient dans une incertitude profonde l’instant d’après. Cette fréquence instable calquait sa respiration, qui se fit dès lors saccadée et insuffisante. Ses sens affolés résonnaient dans sa tête en un tintamarre incessant. Il ne réalisait pas ce qui se passait, et Aelalia ne lui en laissa d’ailleurs pas le temps. Ses propos retentirent dans son esprit mais n’eurent qu’un écho lointain, il les enregistra mais ne put réellement les analyser aussitôt. Un déluge d’émotions déferla dès qu’elle saisit son bras et il se retourna, faisant pleinement face à sa sœur. Il redressa la tête et d’un mouvement inconscient, rabaissa le foulard qui masquait la partie inférieure de son visage, laissant ainsi à découvert son expression stupéfaite et ses lèvres entrouvertes, muettes. Faisant abstraction de tout ce qui l’entourait, il dût faire un effort considérable pour ne pas s’empresser de la saisir dans ses bras. Il ne savait où poser son regard, qui cherchait à reconnaître tous les détails de la jeune femme qui l’avait quitté. Ses cheveux écarlates n’avaient jamais semblés aussi vifs qu’à présent, son teint semblait des plus pâles sans que la nuit froide y soit pour quelque chose. Elle semblait avoir grandi, et s’être affinée, encore. Ses yeux d’un bleu cristallin le transpercèrent avec une aisance qui leur était propre. Elle resplendissait d’une éclatante beauté féline, tellement digne des Fenril. Le regard suppliant qu’elle lui adressa provoqua en lui un émoi supplémentaire. Il prit une profonde inspiration, plus ou moins conscient du bruit provoqué par leur agitation. Par là même qu’il réalisait complètement sa présence, il chassa en un soupir parfait la confusion qui l’habitait et redevint le frère qu’il était. Le calme qui était son soutien, la protection qui était sa sécurité, tout ce qu’il incarnait pour elle lui revenait d’un ton naturel. D’un geste délicat il releva le menton de sa sœur et murmura d’une voix douce.

« Tu as mûri, petite princesse.. »

Un sourire bienveillant fendit ses traits alors que son bras revenait à sa place initiale. S’il y avait bien une personne capable de le reconnaître quelles que soient les conditions, c’était elle. Quoiqu’il fasse, impossible de se dissimuler à ses yeux complices. La joie qui l’imprégnait ne pouvait néanmoins pleinement l’habiter en vue des circonstances. Depuis combien de temps attendait-il cet instant ? Elle n’était partie que depuis plusieurs semaines, mais c’était des mois à n’en plus finir qui semblaient s’être écoulés tant son absence et les évènements survenus avaient été épuisants. A peine avait-il dû enterrer sa mère et couronner un proche étranger qu’il avait vu partir sa sœur. Mais maintenant elle était là, devant lui. Enfin il la retrouvait. Il se sentit idiot de ne pas avoir su détecter sa présence plus tôt, mais en trouva pourtant les raisons. Il y avait bien trop de monde, d’odeurs et de troubles pour qu’il ait pu la repérer sans l’avoir vue. Cette foule de personnes reflétait trop d’émotions similaires pour qu’il puisse discerner particulièrement les siennes, surtout quand il ne pensait pas le moins du monde la revoir ici. Certes, l’idée sans conviction qu’elle puisse se trouver aux funérailles de son cousin l’avait traversé, mais il avait été tellement plongé dans ses préparatifs et le pour et le contre de son départ qu’il n’avait pas du tout envisagé cette situation. Et quelque part au fond de lui, il avait cessé de la chercher ici, à chaque coin de rue, à chaque frémissement la nuit, à chaque fois qu’une porte s’ouvrait. Avec son départ avait bien sûr résidé l’idée de la revoir, de la trouver par lui-même. Mais s’il partait ce n’était pas pour intention de la ramener. Il comprenait son choix bien qu’il le regrettait, et même s’il agissait souvent comme le contraire, il la savait assez grande pour prendre ses responsabilités. Et lui-même avait pris des décisions auxquelles il devait se tenir. Cette pensée lui rappela pourquoi il était encore ici, et surtout pourquoi il devait se dissimuler aux yeux des autres. Mani avait décidé que le temps de leurs retrouvailles n’était pas encore venu. Mais comment allait-il pouvoir la quitter alors qu’il l’avait si près de lui ? Déjà que les raisons et envies contraires à ses motivations prenaient de l’ampleur chaque heure qu’il passait auprès des siens, il ne pouvait pas en plus se résigner à la laisser derrière lui.
La première fois qu’il l’avait fait n’était pour aucune autre raison que la protéger. Il s’isolait davantage chaque jour et avait tout fait pour ne pas l’inclure dans sa spirale de déprime, quitte à l’éloigner de lui. Il détestait son état et s’était haï pour en venir à ce point. Jusqu’à ce qu’il comprenne que ce n’était pas la solution et qu’il réalise son erreur. Il avait été tellement stupide et il s’en voulait encore. Il aurait dû partager la douleur et la colère qu’il ressentait à l’époque. Mais depuis ce jour où il avait réalisé cette erreur cruciale, il avait tout fait pour se rattraper. Et son état s’était quelque peu amélioré, jusqu’à ce qu’elles partent. Sa mère. Sa sœur.

L’heure n’était plus aux questions. Un sentiment de tristesse prit à nouveau possession des traits du jeune homme, et il répondit aux précédents propos de la druidesse.

« Je ne peux pas. Je ne suis pas prêt. »

Il aperçut immédiatement l’effet de ses brusques propos par l’étonnement et la détresse qui parurent sur le visage de sa sœur. Les paroles de celles-ci étaient empreintes d’une forte volonté, elles réussirent pendant un instant à enflammer les doutes de Nillviem. Mais sa détermination était tout aussi forte en ce même instant. Il baissa la tête, n’osant plus admirer ce visage doux qui le regardait avec une incompréhension légitime. La connaissant, il savait que ce sentiment allait probablement se muer en frustration sans tarder. C’est pourquoi il ne devait pas lui laisser plus de temps pour réagir. Ce n’était malheureusement ni l’endroit ni le moment pour demander des explications, et il était hors de question de troubler le repos du défunt Roi par une vive discussion. Trop tard, il était décidé.
Il étreignit sa sœur, profitant d’une chaleur qu’il avait désespérément souhaité retrouver depuis tout ce temps.

« Je n’abandonne personne. Je ne t’abandonne pas. Je te le promets. »


Ce doux murmure s’évanouit aux oreilles de la princesse. Empreint de son odeur et de son être, les souvenirs commencèrent à défiler dans l’esprit du druide, signe qu’il ne devait plus tarder. Avant qu’il perde les dernières forces qui lui ordonnaient de partir, il desserra sa prise et la contempla une dernière fois. Ecartant quelques mèches venues perturber son visage, il plongea ses yeux de jade dans le ciel azur et y grava ces propos.

« Protège notre peuple. »

Il déposa un baiser sur front, comme il l’avait fait si souvent, et se détourna d’elle, et de tous.

Puissiez-vous me comprendre et me pardonner un jour.
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