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 In Cauda Venenum

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MessageSujet: In Cauda Venenum   Lun 5 Mai 2008 - 9:19

3ème jour de la 8ème semaine
An 835.
Crépuscule.




Le territoire des Ombres est Terre hostile, flanquée de sommets escarpés et enneigés, battue par les Vents et livrée en maints endroits à la fureur des Eléments. Rien ne saurait changer cet état de fait et Hilja devrait en faire les frais durant la chevauchée qui la menait vers l’Ouest des Montagnes Infernales. La neige tourbillonna sans cesse, redoublant de force la seconde journée, tant et si bien que le petit groupe - formé par la Prêtresse, deux acolytes qui devaient parfaire leurs connaissances en magie et deux soldats affectés à leur garde – remerciait sincèrement la parcelle de forêt qu’ils traversaient de les protéger quelque peu. En plus de leur offrir un raccourci appréciable, sans lequel leur voyage eut été rallongé d’un jour supplémentaire.

Eviter autant que possible les dangers qui guettaient par delà la frontière des terres de l’Est, voilà qui était le crédo de sa garde rapprochée momentanée. Bien qu’elle n’en laissait rien paraître, Hilja ne prenait guère de plaisir à leur compagnie. Les soldats n’étaient pour elle rien d’autre que des rustres, violents et trop portés sur la bouteille, dont la fréquentation ne pouvait amener que déception à quiconque aspirait à moins… de bassesse dans la satisfaction de ses instincts. Et malheureusement, ces deux là ne faisaient guère mentir son jugement. Bien que celui-ci fût tout à fait dénué d’objectivité, pour une fois. Trop de mauvais souvenirs, relayés par les paroles de sa mère et de ses frères durant son enfance, étaient rattachés pour la jeune femme au statut de militaire. Son père. Ne les avaient-ils pas abandonnés pour sa carrière ? Elle plus que tous les autres d’ailleurs, puisqu’il mourut l’année de sa naissance, sans qu’elle n’eut pu connaître cet homme, qu’elle aurait peut-être appris à comprendre.

Pauvre enfant, ne sais-tu pas que l’Ignorance est parfois le plus grand bienfait ?

Comment le pourrais-tu, toi qui arpente les sentiers de la Connaissance.

Tu devrais pourtant n’avoir aucun regret.


S’il s’était trouvé quelqu’un pour lui murmurer telles paroles et si elle avait connu Áed Väinämöinen par elle-même, Ô combien les aurait-elle trouvées sensées, pleines de vérité. Mais le passé ne saurait être changé et ainsi, c’est avec certaines réserves qu’elle supportait la présence de gardes armés. Il lui fallait quérir une herbe spécifique afin de concevoir un charme de protection pour le futur nouveau souverain du peuple des Ombres et la plante ne poussait que du côté Ouest de la chaîne montagneuse. L’on avait refusé que les femmes se rendent seules à cheval en territoire étranger. Le mot ennemi n’avait absolument pas été prononcé. Grand dieux non ! Mais le peuple Orthodoxe n’avait jamais non plus été ami du sien, loin s’en faut.

Les voisins s’observaient de loin la plupart du temps, depuis des temps immémoriaux. Etait-ce seulement la fragile Paix - aujourd’hui brisée - qui les empêchaient de se sauter à la gorge pour se massacrer ? Ou les Êtres sont- parfois réellement capable de bon sens ? Les temps à venir répondraient sans nul doute à cette anxieuse interrogation qui avait toujours été sienne. Les redoutables Mages protégés de Thor seraient-ils alliés ou ennemis déclarés des siens dans le conflit qui se préparait ?

Le fossé se creuserait ou se comblerait-il ?

Même la bien-aimée de Snotra ne pouvait s’avancer quant à la direction que prendrait la roue du Destin pour les peuples du Gwendir. Elle en conçut un malaise grandissant à mesure que la troupe pénétrait plus avant en ces terres. Le second jour, ils arrivèrent en Iboa et se rendirent - sur la demande d’Hilja – directement aux portes du Temple dédié à Thor.

Si la protection de bras de chair armés l’agaçait, il n’en allait pas de même pour celle des Dieux qui était de la plus haute importance à ses yeux. Rien d’étrange en cela, elle était Prêtresse et suivait les voies de la Déesse depuis des années. En rien la jeune femme, qui entra dans le sanctuaire tête nue comme il sied à ces lieux, n’espérait la bénédiction du Dieu sur eux. Seulement voulait-elle lui présenter ses respects afin de ne pas attirer son courroux. Seule, silencieusement agenouillée devant l’autel, elle s’adressa pieusement à lui en son nom et celui de Snotra, treizième des Ases et égale du maître de la Foudre.

Alors qu’elle se relevait et pivotait pour regagner la sortie, des pas résonnèrent dans la nef. Un religieux s’approcha d’elle et se figea un instant, les yeux écarquillés de stupeur lorsqu’il les posa sur elle. Hilja n’avait certainement pas réalisé la pâleur surnaturelle qui était la sienne ce jour là. Fatiguée par le voyage et n’ayant eut que peu le loisir de veiller à sa santé pour cause de deuil et de préparation d'un couronnement dans sa contrée, elle était exsangue. Affamée aussi. La faim se rappela subitement à elle quand son regard saisit l’inquiétude dans les yeux de l’homme. Les siens passèrent en un éclair du noir le plus profond au bleu le plus clair, ce qui n’eut pas pour effet de rassurer le patriarche, bien au contraire. Elle prit plusieurs profondes inspirations pour se calmer. Le bleu glacier de son regard fondit lentement, comme neige au soleil et l’ébène regagna ses prunelles. Elle parla la première, dans le court dialogue qui les impliqua ensuite tous deux :

- Veuillez accepter mes hommages, serviteur de Thor. Je me nomme Hilja et suis la Voix de Snotra. Je suis venue présenter mes dévotions à votre Guide, puisqu’en ses Terres je suis entrée.

- Votre attitude vous honore et me ravi. Mais nos Terres auront également un nouveau dirigeant de chair. Avez-vous songé à lui présenter de même vos respects ?

- Cela va de soi. Je pensais me rendre au Palais dès mes prières achevées. Les Dieux au dessus des hommes, c’est pourquoi je vins ici en premier lieu.

, mentit avec aplomb la Prêtresse de Snotra. Bien sûr que non, elle n’y avait pas songé et ne l’avait pas un instant désiré. La seule Loi qu’elle respectait sincèrement était celle des Divinités. Si elle se pliait à celle des hommes, ce n’était que par nécessité. Le religieux acquiesça d’un signe de tête et lui demanda de patienter un petit moment. Avait-il été dupe ? Aucun moyen de le dire. Toujours est-il qu’il revint et lui remit un parchemin scellé de cire et portant le sceau du Temple.

- Une recommandation pour un audit auprès du Prince Erendil, ajouta-t-il.

Munie du rouleau, toujours flanquée de sa garde et ses disciples chevauchant à ses côtés, Hilja atteignit le Palais à la nuit tombée. Les prières à Thor n’avaient apparemment pas été vaines. A en juger par l’air méfiant et inhospitalier des gardes aux portes de la résidence royale, même en s’annonçant comme Prêtresse de Snotra et en prouvant son identité, il n’était de loin pas certain qu’elle fut bien traitée. Encore moins autorisée à entrer.

Ses gardes et les deux jeunes apprenties furent priés de rester à l’extérieur. C’est seule, encadrée par trois masses de muscles et de métal, que sa silhouette portant encore les couleurs du deuil (pour une fois se déplaçait-elle dans une autre tenue que la robe et la cape argentées rituelles) fit ses premiers pas dans le hall débordant de luxe du Palais. On la mena à travers un dédale de couloir. Hilja n’eut que le temps d’apercevoir les somptueuses tapisseries et autres richesses qui habillaient ici la pierre et en cachaient, selon elle, la noblesse.

Un porte de bois massif et sculpté s’ouvrit devant elle, puis se referma. Deux des gardes demeurèrent devant tandis que le troisième la surveillait dans l’antichambre. On avait fait mander sa Majesté lui dit-on, puis on la pria de patienter. Sans anxiété, mais avec une pointe d’appréhension –ayant ouï maintes rumeurs parmi les habitants croisés durant le voyage à propos du personnage qu’elle s’apprêtait à rencontrer – la Prêtresse préféra rester debout bien qu’on lui offrit un siège pour rendre l’attente plus agréable.

… Et le Temps parut s’écouler une Eternité durant dans le grand sablier ...
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MessageSujet: Re: In Cauda Venenum   Lun 5 Mai 2008 - 22:23

Erendil allait bientôt accéder à la charge suprême de l’Etat à la suite de son père, décédé dans des circonstances mystérieuses. La détention de la couronne ainsi que de la Sainte Relique la plus précieuse de son peuple, l’orbe d’invocation, seraient bientôt les symboles visibles de des liens invisibles qui par sa légitimité absolue le consacrait seul guide du peuple orthodoxe sous la bénédiction du dieu Thor. Cette description concise des événements aurait suffi à faire suffoquer n’importe quel homme normalement constitué. Le Prince Héritier Erendil, car tel était encore son titre vaquait aux tâches administratives qui exigeaient évidemment un traitement immédiat quelques soient les circonstances, fussent elles la vacance de la couronne. En effet en attendant son couronnement le protocole voulait qu’il fût également nommé régent par une lettre patentée préparée par le précédent roi le jour même de son couronnement ou de la naissance de l’enfant héritier si celle-ci intervenait après le premier événement.
L’aristocrate était loin de ces considérations qu’il fréquentait avec une telle familiarité que cela était devenu pour lui un automatisme dépourvu de toute réflexion, ces vérités étaient en lui comme un instinct, on avait fait de lui un roi depuis sa plus tendre enfance, c’était ce qui le distinguait du commun des mortels et qui faisait de lui le seul prétendant légitime à la couronne. Cette capacité à assimiler les traditions institutionnelles comme un instinct était quelque chose de très important dans la civilisation orthodoxe, c’est pourquoi la tradition y occupait une telle place, l’intériorisation des règles ancestrales de son peuple avaient été une préoccupation de tous les instants et à son âge il y était parfaitement formé.
Vêtu d’un pourpoint noir liseré de blanc et de violet le descendant des San’Veck arborait également une magnifique broderie d’or pectorale qui figurait un dragon protégeant entre ses ailes le blason de la monarchie orthodoxe ainsi que celui de sa famille [note personnelle : décrire lesdits blasons et demander à un être doté de qualités picturales et graphique de gentiment les dessiner]. Une délicate plume rouge vif virevoltait entre ses doigts pour former des lettres serrées aux courbes élégantes et typiquement nobiliaires, la calligraphie n’était pas un art à négliger pour une personne de son rang, l’apprendre avait été générateur d’apaisement, l’utiliser une intense source de satisfaction. Parfois à la lecture des missives qui s’étaient dangereusement accumulées depuis la mort de Gweon III, notre délicat visage princier se troublait, toujours de la même façon, par ce haussement de sourcil caractéristique. C’est au milieu d’un de ces plis coupable d’indisposer Erendil qu’un laquais pénétra dans la pièce. Un membre de sa liste civile personnelle, il l’avait reconnu par son habit de noir et d’or, probablement quelque chose d’important.


« Son Altesse Sérénissime est enquise pour une audience par prêtresse de Snotra, Hilja Väinämöinen. Une lettre de Monseigneur Calwanil la recommande à votre endroit. »

Le serviteur avait parfaitement exécuté sa mission, le titre, puis la personne et enfin ses éventuels garants. La tradition de son peuple portait une grande importance à la place des individus dans la société, plus d’ailleurs qu’à leurs qualités propres. L’ascenseur social était la magie, ceux qui étaient là étaient forcément à leur place, non pour ce qui faisait d’eux des êtres uniques mais par la voix de Thor qui parlait en eux, leur donnant sagacité, intelligence et esprit. Toujours est il que ce descendant d’une longue lignée de serviteur prenait pour fierté de connaître parfaitement les usages de la noblesse, son lointain ancêtre déjà était le métayer des San’Veck, avant même leur accession au statut de dynastie. Inconscient de cette fierté le futur souverain prit quelques instants pour mûrir une réponse, bien qu’il sache depuis le début en quoi elle allait consister.

« Veuillez faire attendre cette prêtresse dans la chambre bleue. »

Prince, il recevait une dizaine de visites par jour, cette moyenne quotidienne allait exploser après le couronnement, il en profitait donc pour recevoir toutes sortes d’émissaires étrangers. Sa formation en tant que diplomate lui avait enseigné à parfois se contenter de roturiers quand un Duc ne pouvait même le recevoir. Il faisait donc désormais peu de cas des origines de ses interlocuteurs tant que ceux-ci pouvaient lui être utiles dans l’exercice de sa charge. Il contempla avec un regard triste la pile de lettre qui prenait un malin plaisir à fondre avec une lenteur désespérante. Arrivé à la moitié il pourrait se permettre de recevoir les hommages de ce qui serait visiblement une ombre.
Le temps passa sans qu’il eut aucune prise sur le patient administrateur, sa vie entière était bercé par cet ennui qui au fil des années s’était transformé en une sensation indolore bien que malheureusement toujours sans saveur. Au bout de ce qui aurait pu être une heure comme le double il se leva patiemment pour tirer avec légèreté sur la lourde corde de satin qui pendait non loin, quelques minutes plus tard un laquais ouvrait la porte, sa livrée bleue et noire dénonçait son appartenance à la maison civile royale des San’Veck. Le jeune homme en question devait avoir une vingtaine d’année, cheveux mi longs d’un noir de jais cachait un visage juvénile mais empreint d’une beauté innocente. Il prit la tête de la marche, intimidé, cela faisait seulement un an qu’il travaillait au service du palais, et on lui avait accordé cette place uniquement parce que l’intendance était débordée avec l’approche du couronnement. Toujours incertain sur la voie à emprunter bien qu’il ne se trompa jamais Llewelyn rougissait à chaque fois qu’il croisait le regard du souverain. Il lui faudrait corriger ce défaut, on le chasserait sûrement s’il ne le faisait pas, malgré tout ce regard gris, toujours triste parfois glacial n’était pas pour le mettre tout à fait à l’aise. Aujourd’hui plus que d’habitude il semblait que l’humeur de son Altesse ne soit pas à la jovialité.
Ils étaient enfin arrivé, le trajet avait été relativement court bien qu’effectué au pas réglementaire. Les deux hommes pénétrèrent dans une antichambre discrète pour déboucher enfin sur le salon qu’il avait quelques heures auparavant nommé « Chambre bleue ». La pièce était en effet couverte de tentures de soie d’un cyan respirant le luxe et la pureté, l’ensemble des meubles et objets qui chargeaient la pièce avait été commandé pour afficher au moins une teinte de cette couleur. Le roi avait fait un choix original en choisissant cette pièce, généralement il recevait dans un cabinet prévu à cet effet ou encore dans le boudoir pourpre qui offrait une sobriété propice aux discussions. Etait-ce à cause du genre de son visiteur ? Peu probable vu le peu de considération qu’accordait Erendil à la galanterie, peut être sa race ? Peut être … Nul ne le saurait jamais.
Désormais, il n'attendait plus qu'une seule chose, l'arrivée de la prêtresse. La pièce était vide, malgré tout le jeune serviteur se tenait derrière la porte secrète de l'antichambre et les gardes surveillaient l'entrée conventionnelle. Ils seraient tranquilles mais sous contrôle, comme toujours en terre orthodoxe. A cet instant, un être longuement exercé par des années de pratique aurait pu percevoir l'esquisse d'un sourire sur les lèvres délicates et presque bleutées d'Erendil, il venait de songer que pour une profane cette pièce n'avait qu'une seule entrée, l'autre étant dissimulée, il attendait avec impatience de pouvoir observer son effet sur le visage de l'Ombre.

... La porte s'entrouvrit...
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