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 Un conseil d'amie ?

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MessageSujet: Un conseil d'amie ?   Lun 19 Mai 2008 - 20:11

Début de soirée du septième jour,
Huitième semaine.

Dans un froufrou dont le seul son laissait présager de l'élégance de sa tenue, Lerith esquiva habilement un groupe de commerçants Orthodoxes qui venaient la saluer. Elle n'avait pas franchement le cœur à cela, à vrai dire. Toute la semaine, elle avait repensé aux divers évènements. A son ancien Seigneur devenu un Spectre errant, au nouveau roi qui venait d'être couronné, et en trame de fond à tout cela, au devenir du peuple des Ombres, en ces Terres Nordiques qui devenaient de plus en plus incertaines. Malgré sa relative jeunesse, Lerith avait un sens inné de la politique, des réflexions globales. C'était ce qui lui avait permis de rester célibataire, un statut pour le moins étrange dans son cas. Alors que ses pas la menaient vers la Forteresse, elle repoussa les pensées qui la ramenaient à des choses simples...A des questions qui commençaient par "Et si... ?". L'Ombre se répéta un leitmotiv imparable : "Dire le mot "si", c'est s'enfermer."

C'est toute absorbée par ce combat intérieur qu'aucun signe externe ne permettrait de remarquer que Lerith se retrouva enfin à l'entrée de la Salle du Conseil. Un jeune garde était là, et la regardait étrangement. Comme s'il se méfiait d'elle. Lerith lui fit un grand sourire, remettant en place sa robe de soirée d'un mouvement d'épaule élégant. Mais cela ne sembla pas satisfaire le jeune homme. La jeune Ombre leva alors le sourcil droit, l'air surprise, et son sourire s'affaissa lentement. Dans sa voix, qui restait malgré tout agréable à entendre, perçait une pointe de reproche.


Jeune homme, je désirerais entrer...Êtes-vous trop fatigué pour ouvrir ces portes ?

Le garde recula, de façon imperceptible à ceux qui n'étaient pas entraînés à repérer le moindre impair chez les autres. Lerith nota que c'était un bonhomme fort peu enclin à la prise d'initiatives, et repoussa le début de colère qui montait en elle en reprenant sur un ton plus doucereux que doux. Mais cette fois-ci, le jeune homme semblait avoir retrouvé sa langue.

Allons...Je ne vous mangerai pas, vous savez.
Heu...Ma Dame, avez-vous une audience ?

Un temps passa, puis Lerith éclata de rire. Un rire cristallin et léger, et qui avait le mérite d'être totalement sincère, lui. Elle posa ses yeux verts sur le garde, et sourit plus aimablement.

Allez, nous avons assez ri. Je suis Dame Lerith Treillian, mais j'imagine que tout le monde ne connaît pas la plus jeune des Ministres de notre bon Roi. Si toutefois il ne décide pas de me renvoyer auprès de mes parents ce soir.

Elle avait posé sa voix, et modulé ses intonations, en jouant comme d'un instrument - quoi de plus normal pour quelqu'un qui a appris à chanter comme si cela était primordial dans une éducation correcte ? Le jeune garde sut qu'il avait probablement fait une bêtise, et après avoir contacté ses confrères de l'autre côté de la porte, laissa passer Lerith en s'effaçant très humblement. A nouveau, elle nota mentalement ce détail, considérant qu'au moins, ce jeune homme était poli. Puis elle entra, tranquillement. Lerith fit une révérence appuyée à celui qui était son Roi depuis seulement deux jours, en signe de respect. Elle savait très bien que certains avaient pu répandre des rumeurs quant à son peu de goût pour l'alternance, mais au fond, tant que les décisions étaient prises et bien prises...

Lerith se permit un sourire, puis entama sa requête d'une voix maîtrisée, harmonieuse.


Sire, merci de me recevoir. Je ne désire pas prendre trop de votre temps, et pour ma part je suis invitée auprès de mes parents. Toutefois, les affaires du Royaume passent bien avant ma petite personne.

Elle prit une inspiration profonde, puis continua.

J'aimerais parler avec vous de la Reine des Amazones, Sire. Et de manière plus générale, de la réaction du Royaume face à l'Empereur Bennefoy. Je ne peux que me féliciter des liens particuliers qui unissent notre peuple à celui des Amazones. Mais je désirerais vous faire part de certaines de mes craintes qui sont, je le crois, partagées par d'autres. Je crains une opposition frontale à l'Empereur Bennefoy. Cet homme est, sans nul doute, inspiré par son Dieu, et sa sournoiserie est aussi grande que sa force brute. L'affronter de face, ce serait ouvrir la porte du Pandémonium.

Lerith fit une pause, mais reprit où elle en était, sans se démonter.

Bien entendu, je ne doute pas que vous ayez cela en tête, Sire. Je voulais juste pouvoir vous apporter mon point de vue, en tant que Ministre de feu votre oncle. Si vous désirez que je me taise et quitte cette salle, Sire, je le ferai dans l'instant. Mais je préfère vous avoir apporté mon conseil, avec toute l'honnêteté dont je puis faire preuve, que de laisser un doute planer.

Elle se surprit à guetter la réaction de Morzan. Bien qu'ayant vu cet homme grandir - à six ans d'écart -, et bien qu'ayant pu apporter parfois son aide lors de son éducation, elle le connaissait définitivement moins bien que son oncle. Avant la traîtrise de Bennefoy, elle aurait pu prédire à peu de choses près les réactions du Roi, au moins dans leur ensemble. A ce moment précis, et pour la première fois depuis longtemps, Lerith se sentait démunie devant son Roi. Comme la première fois qu'elle avait croisé la route d'Edin Terinfiel.
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Mar 20 Mai 2008 - 16:00

Morzan se frotta les yeux, avant de s’appuyer sur le dossier de son siège. Pour cette réunion informelle, il avait délaissé son trône et se trouvait seul avec son chambellan, occupé à lui passer quelques traités qu’il relisait attentivement avant de signer, y apposant ensuite son sceau. Sans doute une des tâches les plus ennuyeuses de son métier de monarque : l’administration. Entériner les jugements, répondre aux demandes de la noblesse, certifier qu’il y avait bien tant de grain dans les greniers, et tant de cochons dans les porcheries… bref, pas du tout ce qu’il avait envie de continuer pendant des heures.
Mais malheureusement pour lui, la pile à signer était encore haute, et son chambellan ne lui laisserait guère le loisir de s’y soustraire. Il avait déjà trop attendu, alors, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même.
Le Roi allongea ses jambes sous la table, mais rencontra une résistance poilue et un jappement de douleur. Il se pencha avec un sourire, pour voir Vent-Gris qui, le nez entre les pattes, le dévisageait d’un air outré. Morzan éclata de rire et le chien loup, vexé, se leva avec dignité pour gagner l’autre bout de la salle. Le jeune monarque le suivit des yeux, l’air amusé, avant de tourner la tête en direction des portes qui pivotaient : les deux gardes qui les protégeaient venait d’accompagner le mouvement de la porte, l’ouvrant sur une demoiselle vêtu à la dernière mode du royaume, qui lui allait à ravir.

Il accepta la révérence de la jeune femme d’un signe de tête, avant d’indiquer à son chambellan que le reste des parchemins attendraient demain. L’homme s’apprêta à protester, mais la lueur qui brillait dans les yeux de son Roi lui fit comprendre que c’était inutile. Il prit congé d’une brève révérence et se retira, les gardes fermant la porte derrière lui. Alors, Morzan se tourna vers la nouvelle venue : Lerith Treillian, une des ministres préférées de son oncle Erin.
A vrai dire, le jeune Roi ne la connaissait pas personnellement. Il avait eu l’occasion de la croiser lorsqu’il assistait aux Conseils de son oncle, mais guère plus. Leur différence d’âge, des occupations et des motivations bien différentes ne leur laissait guère le temps de se côtoyer. Pourtant, Morzan savait ce qu’il avait à connaître à son propos : conseillère douée et tenace, les autres conseillers la tenaient en haute estime, même s’il la craignait un peu. Elle avait une réputation de jeune femme froide et rancunière, qui avait pour habitude d’être assez directe lorsque la situation l’exigeait.

A dire vrai, Morzan appréhendait un peu ce qu’elle allait lui dire. Il avait conscience qu’il s’agissait d’une réaction purement enfantine, et qu’elle n’allait certainement pas lui taper sur les doigts, il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu angoissé. Après tout, il n’était pas Roi depuis bien longtemps, et avec la guerre qui approchait, une confrontation ouverte avec ses Ministres n’étaient pas la meilleure chose qui puisse lui arriver. Certes, il était Roi, et ses décisions avaient figure de loi, mais il ne pouvait se permettre de se heurter trop violemment à l’opposition. Pourtant, il s’efforçait de cacher sa nervosité, tandis qu’il regagnait son trône d’un pas lent, avant de s’y installer et de jeter sur la jeune femme un regard curieux.
La demoiselle lui indiqua qu’elle n’était pas décidée à lui faire perdre son temps, et que de toute manière, elle aussi était attendue. Esquissant un sourire, le jeune monarque se demanda si la mention de ses parents étaient un calcul de la part de la jeune femme, histoire de lui rappeler qui elle était et, surtout, quel poids représentait sa famille. Méfiant, il décida de surveiller sa langue, et de bien montrer à la Ministre qu’elle ne pourrait influencer ses décisions. Sans doute connaissait-elle bien Erin, mais il fallait que, comme tous les conseillers, elle se rende bien compte qu’Erin Terinfiel ne régnait plus, et que dorénavant, ce serait avec son neveu qu’il faudrait compter.

Il décida d’ailleurs qu’une petite remise en place s’imposait, mais pour l’instant, sans mot dire, il écoutait attentivement ce que lui expliquait Dame Treillian. Comme il s’en doutait un peu lorsqu’elle s’était présentée devant lui, elle lui annonça que, malgré les liens qui unissaient le peuple des Ombres et celui des Amazones, une entrée en guerre était sans doute légèrement précipitée. Elle disait vouloir lui apporter ses éclaircissements en tant que Ministre du Roi Erin, mais Morzan ne put s’empêcher de se sentir grondé, comme un enfant qui se fourvoierait parce qu’il n’aurait pas pris en compte toutes les données du problème.
Mais il ne se laissa pas décontenancé, et choisit avec soin ses mots avant de répondre d’une voix grave, où perçait une pointe d’autorité.


Dame Treillian, je suis assez grand pour prendre mes propres décisions, et mon amitié avec la souveraine des Amazones n’influence en aucun cas ma décision de m’opposer au Seigneur Ardiosis. Je comprends les doutes qui vous assaillent, mais comme vous le dites si bien, j’ai déjà réfléchi au problème.
La neutralité n’est pas une option, Madame. Et je préfère voir venir le tyran les armes à la main, que de me montrer trop prudent et de le voir envahir mes terres sans moyen de les défendre. Il y a des risques, je ne l’ignore pas, mais les Ombres sont de fiers combattants, et nous ne nous soumettrons pas à celui qui a trahi son serment de protéger les Terres Nordiques.


Morzan marqua une pause, et reprit d’une voix radoucie.

Néanmoins, j’apprécie votre franchise, et votre dévotion envers le Royaume. Je n’ai nulle intention de vous renvoyer, Dame Treillian, et j’espère que vous continuerez à me servir aussi fidèlement que vous avez servi mon Oncle. Je ne suis pas Erin Terinfiel, mais je suis tout autant disposé qu’il l’était à écouter vos précieux conseils.

Morzan n'insista pas sur le fait qu'il devait pouvoir compter sur ses conseillers, et sur leur union. Lerith le comprendrait surement seule, si elle était à la hauteur de ce que les rumeurs disaient sur elle.
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Mer 21 Mai 2008 - 17:53

Lerith hésita un moment, écoutant les paroles du nouveau Roi d'un air très concentré. A sa façon, elle "l'enregistrait", essayait de comprendre sa façon de voir les choses. Ce qui n'était pas forcément que destiné à s'en servir contre lui : connaître Morzan lui permettrait de mieux réagir en adéquation avec ce qu'il attendait. Car, comme il le lui rappelait d'une manière dont elle s'indigna presque intérieurement, il était le monarque. Et elle, une conseillère. Alors que le Roi continuait, Lerith forma la résolution de le suivre pendant quelques temps. Pour le comprendre. Et aussi parce qu'il allait se retrouver au centre d'évènements importants.

Dans les mouvements de corps de Morzan, elle retrouvait un peu de l'oncle disparu. Comme si, malgré leur différences d'âge et de caractère, ces deux-là avaient vraiment au fond d'eux la même force pour avancer. Cela, plus que les paroles rassurantes du nouveau Roi, convainquit Lerith qu'il fallait aller dans son sens, quitte à bouleverser ses certitudes. Le doute, rationnel et naturel, devait avoir une part à lui en son esprit, et elle la lui céda sans rechigner. Elle devait aussi considérer que Morzan n'avait pas totalement tort, même si cela l'ennuyait au plus haut point. Bien sûr, l'alliance des Amazones et des Ombres était forte. Et sans doute n'étaient-ils pas les seuls à en vouloir au chouchou de Loki. Cela dit, question combat, l'Empire la faisait trembler d'avance. Et ça n'avait rien à voir avec le fait qu'elle ne soit pas elle-même une combattante.

Pensant et repensant à ce qu'ils s'étaient déjà dit, et qui, pour un initié à la politique tels que tous deux pouvaient prétendre l'être, représentait déjà un échange prolifique. Notant que Morzan avait peu apprécié son ton, Lerith se dit qu'elle avait laissé parler une trop grande habitude de l'ancien souverain, et mit plus de contrôle dans sa réponse. Elle se fendit au préalable d'une révérence tout ce qu'il y avait de plus gracieux.

Sire, votre confiance m'honore réellement. La confiance d'un monarque est son bien le plus précieux, et que vous décidiez de me l'accorder me conforte dans ma volonté de servir le Royaume. Je voudrais malgré tout parler de la neutralité, Sire. Je ne suis pas d'accord avec vous. Sur le long terme, vous avez tout-à-fait raison, il arrivera un jour où l'on ne pourra plus se cacher. Et il est clair que l'assassinat scélérat des Rois de Gwendir ne peut nous placer que dans le camp de ceux qui oseront s'opposer à l'Empereur Bennefoy. Ne voyez pas dans mes propos précédents une quelconque volonté d'amitié avec un tyran qui commence son triste règne en tuant ses pairs.

Un brin de lassitude passa sur son visage, de la lassitude ou plutôt de la fatigue. Malgré tout, elle continuait son travail de ministre, consciencieusement. Ces derniers temps, agités, forcément, avaient été emplis de voyages, et elle ressentait doucement le retour de bâton. Mais tant pis. L'Ombre remit une mèche de cheveux derrière son oreille.

Je vous expliquerai donc mes propres réflexions, Sire, afin que vous ayiez la vision complète de ce que j'ai pensé. Pour ma part, je ne crois pas que le Seigneur Bennefoy nous attaquera frontalement. Ce faisant, il dresserait contre lui des peuplades qui, autrement, resteraient plutôt neutres. Je pense, mais cela ne reste que mon opinion, que c'est de son côté que sont les risques. Il peut bien croire que telle ou telle peuplade sera son allié, mais nous savons que même parmi les alliés les plus fidèles d'un tyran, il y aura toujours une résistance. A sa place, si je désirais continuer sur ma lancée, j'essaierais d'espionner les autres souverains. Voilà mon analyse, Sire. Le Seigneur Bennefoy devrait essayer de savoir, en sous-main. Il me semble douteux qu'il puisse vouloir se lancer à la guerre trop vite...Ca n'est...Pas son genre. J'ai étudié ce que nous avions sur lui, et je l'ai même croisé plusieurs fois. J'en retire l'impression d'un homme étrange, mais sûrement pas d'un fou.

Voilà pourquoi, Sire, je pense que l'affronter ouvertement serait prématuré. Avec nos alliés Amazone, je pense que nous devrions essayer de préparer le terrain, en douceur. Savoir qui a quelles intentions...En privé. Pour l'instant, il ne coûte rien au Royaume de faire comme si de rien n'était, de faire comme si nous fermions les yeux sur ce suppôt de Loki. Et quand nous saurons plus précisément ce qui est, alors nous pourrons nous déclarer ouvertement contre cet Empire renégat.


Inclinant le buste, Lerith indiqua ainsi qu'elle avait terminé son explication de texte. Il lui tardait d'entendre la réponse de son Roi : dans tous les cas, ce serait très instructif, à n'en pas douter. Puis elle sembla se rappeler de quelque chose, et releva la tête.

Oh, avant que je n'oublie...Sire, si vous le désirez, vous êtes invité à la réception que donnent mes bien-aimés parents demain soir. Cela dit, la refuser serait loin d'être une offense. Je vous envie cette chance, à vrai dire.

Un petit sourire amusé se joua des traits fin de Lerith, alors qu'elle se disait qu'il valait mieux que cela ne sorte pas de cette salle...Si elle ne voulait pas avoir de scène avec ses parents le soir même.


Dernière édition par Lerith Treillian le Ven 23 Mai 2008 - 18:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Jeu 22 Mai 2008 - 16:18

Morzan ne put s’empêcher de sourire intérieurement devant l’ironie de la situation. Il y a quelques jours, dans cette même salle, c’est lui qui s’efforçait de convaincre la Reine Amazone des dangers que représentait une entrée en guerre trop précipitée. Et maintenant, les rôles étaient inversés : sa ministre essayait de le convaincre, à force d’arguments, du risque de s’opposer trop directement à l’Empereur de Gwendir. Idril en aurait sans doute éprouvé quelque satisfaction…
Certes, la Reine Calafas voulait combattre immédiatement, et Morzan, quant à lui, prônait une entrée en matière plus délicate. Mais si l’on y réfléchissait bien, les deux discussions présentaient bien des similitudes. Le jeune Roi se fit d’ailleurs la réflexion que Dame Treillian n’avait pas été présente à la réunion qui avait été prévue pour l’arrivée de la Reine amazone : rien d’étonnant à ça, puisque Erin l’avait envoyé en mission les Dieux seuls savaient où, et qu’elle n’était rentrée que depuis quelques jours. Sinon, elle aurait sans doute su qu’il avait déjà, sans le savoir, accéder à sa requête : les espions qu’il avait envoyé, dans le but justement de connaître ceux qui risquaient de se rallier à la cause de l’empereur du Nord, étaient rentrés il y a quelques heures. Il songeait d’ailleurs qu’il ne devait pas tarder à écrire une missive à Idril, pour l’aviser des dernières informations. Mais avec la paperasse qu’il avait à remplir, il ne pouvait guère s’y mettre avant ce soir… voire bien plus tard.

Lorsque la jeune femme reprit la parole, rien n’indiquait que la petite remise en place de Morzan ne l’avait vexé. Mais le contraire eut été étonnant, vu sa réputation de femme qui ne perdait pas le contrôle d’elle-même. Le Roi apprécia pourtant la révérence parfaite qu’elle exécuta comme une sorte de reconnaissance de son autorité, et esquissa un bref signe de tête, écoutant attentivement les arguments de sa ministre. Encore une fois, elle faisait preuve de franchise, lui qui trouvait que, depuis qu’il avait une couronne sur la tête, nul n’osait plus lui servir que d’abjectes civilités. Lerith, elle, ne faisait pas preuve de cette prudence qui lui tapait sur les nerfs : elle n’hésitait pas à se déclarer contre ses idées, gardant néanmoins assez de savoir-vivre pour ne pas s’opposer sans arguments valables.
La jeune femme avait l’air épuisée. Morzan la comprenait : lui non plus, depuis la mort d’Erin, n’avait pas beaucoup dormi. Sans y penser, le jeune Roi remit en place sa couronne, brillant éclat d’argent sur ses cheveux bruns, signe révélateur du fait qu’il réfléchissait. Le poids du cercle d’argent ne lui était pas encore familier, il devait le reconnaître.

Lerith venait de lui exposer ses arguments, et Morzan devait reconnaître que sa vision des choses était particulièrement perspicace. Elle n’avait pas tous les éléments en main, néanmoins, mais son avis était plein de bon sens. Erin ne l’avait pas choisi par hasard : il savait sentir les gens, il savait reconnaître leurs capacités, même si eux-mêmes les ignoraient. Etait-ce la raison qui l’avait poussé à faire de Morzan, son neveu, l’héritier du royaume des Ombres ? Malgré ses doutes sur le fait de pouvoir mener son peuple aussi bien que l’avait fait son oncle, le jeune Roi ne pouvait s’empêcher que ce choix était intentionnel. Et jamais encore il n’avait vu son Oncle se tromper sur quelqu’un…
Morzan écarta ces pensées mélancoliques pour observer la jeune femme qui se tenait devant lui, et qui venait d’ajouter qu’il était le bienvenue lors de la réception donnée par ses parents, bien que son refus ne soit pas le moins du monde discourtois. Mais, tout comme Erin avant lui, le jeune monarque avait besoin de l’appui de ses nobles, et les parents de la jeune femme étaient une force avec laquelle il devait composer. Il ne pensait pas les rencontrer sitôt, mais puisque l’occasion se présentait… quoi qu’il en soit, il décida de d’abord répondre aux arguments de la jeune femme, avant de lui faire part de sa décision concernant l’invitation. Le travail avant le plaisir…


Votre analyse est parfaite, Dame Treillian, et rejoins justement la mienne. Je sais désormais quels sont les peuples qui risquent de se rallier au Parjure : il n’est pas le seul à posséder des espions, les miens sont rentrés dans la matinée. Je ne suis pas crédule au point de penser que les espions Ombres ont réussi, la où ceux d’Ardiosis auront échoué. Il sait bien que l’amitié qui unit notre Peuple à celui des Amazones est sans faille, et désormais, il doit être à peu près sur que nous nous opposeront à sa tyrannie.
Pourtant, vous n’avez pas tort : nous devons attendre. Il ne nous attaquera pas maintenant, pas avant d’être sur, et pour ça, il devra convoquer les autres monarques du Gwendir : là seulement seront dévoilés alliances et opposants. Seulement, je ne peux me permettre de répondre favorablement à sa demande, et une résistance ouverte est, hélas, mon seul choix. Croyez bien que s’il était possible de retarder encore ma décision, je le ferais, mais les Dieux ne m’en laissent guère le loisir : lorsque ses messagers arriveront, je devrais refuser sa proposition. Je ne peux forcer mon peuple à se soumettre à ce tyran.

Et ne craignez rien, je connais votre dévouement à notre royaume, Dame Treillian, et je sais que jamais vous n’auriez suggéré une telle alliance.


Morzan inclina la tête sur le côté, fixant la jeune femme d’un regard bienveillant. Il ne s’imaginait guère à quel point il ressemblait à son oncle, ainsi, et reprit la parole d’une voix plus enjouée, une lueur pétillante dans ses yeux bruns.

Concernant votre invitation, j’accepte volontiers. On dit que les réceptions du seigneur Treillian sont les plus fastueuses de la région, et c’est l’occasion idéale de le vérifier. Je suis désolé, mais vous n’allez pas pouvoir compter sur mon refus pour vous y dérober : que dirais votre père, de toute manière, si la plus jolie dame de la soirée n’était pas présente ? Mais ne craignez rien, votre Roi sait tenir sa langue.

Il lui jeta un regard amusé, suivit d’un sourire complice : il n’avait pas l’intention de divulguer cette information au seigneur Treillian.
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Sam 24 Mai 2008 - 18:04

Lorsque Morzan évoqua la réunion des monarques, la bouche de Lerith se fendit un un O parfait, un court instant, le temps d'intégrer cette donnée. Cela leur donnait un peu de temps avant d'entrer en résistance. A vrai dire, plus elle y réfléchissait, plus elle avait le sentiment qu'ils pouvaient faire plus que ça. Son esprit vif avait conçu, de façon inconsciente, un plan qui n'était pas encore arrivé à la surface de sa conscience. Une sensation étrange, mais que tous ont déjà ressenti au moins une fois dans leur vie.

Chassant cette pensée, elle laissa son esprit vagabonder un peu, en arrière-plan, alors que le Roi continuait son explication. Lerith se permit un hochement de tête : cet Ombre-là était loin d'être bête. Tant mieux, du reste. Sa main droite vint masser une tempe légèrement douloureuse, et soudain l'idée lui vint, lumineuse, incandescente, comme tous les plans de ce genre. Lerith s'en voulut presque de ne pas avoir su deviner plus tôt ce à quoi elle avait pensé. Simple, mais qui pouvait se révéler diaboliquement efficace. Un sourire rusé se joua des lèvres de l'Ombre, alors qu'elle développait son idée intérieurement. Toutefois, Morzan la surprit en acceptant l'invitation. Enfin, "surprit" n'était pas le mot, mais ces soirées étaient pour elle une sorte de corvée familiale, alors que lui y voyait sans doute l'expression d'un devoir. Ce qui est tout de même nettement plus noble.

Lerith se redressa, observant le Roi. Combien de temps lui faudrait-il pour le comprendre en profondeur ? Difficile à dire. Elle se dit qu'après tout, ça n'était pas forcément vital. Qu'il fallait déjà que le peuple des Ombres surmonte les épreuves qui l'attendaient. Et pour cela, les gens comme elle ne devaient pas ménager leur peine.

Se reculant d'un pas, Lerith sembla hésiter une fraction de secondes, avant de reprendre, souriante.


Soit. A charge de revanche, Sire, je saurai vous faire payer cet affront. Quoi que votre compliment me touche réellement, vous êtes un mauvais menteur, je vous l'assure. Mais ça n'est pas grave, je vous pardonnerai. Vous ferez un grand honneur aux Treillian en nous rendant visite.

Lerith fit une pause, contrôlant sa respiration. Puis, dans un réflexe un peu idiot mais très humain, elle tourna la tête pour observer autour d'elle. Ce qu'elle voulait dire à son Roi ne devrait pas sortir de cette pièce, si possible. Sa voix était elle aussi bien contrôlée. Quelques inspirations ponctuèrent ses propos.

Si je puis...Une dernière proposition avant de vous laisser, Sire. Une proposition qui vaudra que vous et moi y réfléchissions un moment, je le pense. Ce sont des pensées audacieuses, et je ne verrais pas le moindre problème à ce que vous les refusiez tout de go. Je vous demande simplement d'écouter cette idée jusqu'à son terme.

Nous savons que l'Empereur Bennefoy nous laissera le répit, au moins jusqu'à cette réunion. Pour la suite, je rejoins votre analyse, vous ne pourrez plier l'échine. Ni vous, ni la Reine des Amazones ne pouvez ne serait-ce que l'envisager. Mais si un conflit devait éclater, cela concernerait les armées. Les civils n'ont rien à voir là-dedans. Et surtout, un conflit ouvert vous priverait de la possibilité d'affronter l'ennemi de l'intérieur. Il y a peut-être une solution à ce problème-là, Sire. Laissez-moi vous trahir.


Elle s'accorda un court sourire, avant de reprendre.

Je n'ai pas fait mystère de mes intentions, dirons-nous, "pacifistes". Je ne crois pas que l'Empereur Bennefoy verrait forcément une reddition menée par moi-même du peuple des Ombres d'un mauvais oeil. Sans doute se dirait-il même que cela l'arrange, puisque nous vous priverions du support du peuple. Que l'armée des Ombres, alliée à celle des Amazones, lui résiste. Et pendant ce temps, la population resterait ici, sous ma garde. Je pourrais me présenter comme une vassale à l'Empereur. Et par après, le Royaume pourrait lui infliger un terrible revers.

Chassant ces paroles lourdes de sens d'un mouvement de tête gracieux, Lerith finit de se placer à distance "réglementaire" du trône. Sa voix resta claire et agréable.

Mais bien entendu, tout cela n'est vu que dans un cas désespéré. Dans le cas où les troupes des Ombres devraient se retirer. J'espère que nous n'aurons pas à en arriver là...
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Lun 26 Mai 2008 - 10:05

Morzan se permit un léger sourire lorsque la ministre répliqua d’une voix joyeuse qu’elle saurait lui rendre la monnaie de sa pièce. Elle ajouta avec un sourire qu’il était plutôt mauvais menteur, et le roi rougit, baissant la tête comme un gamin pris en faute. Certes, il avait encore des progrès à faire… concernant son nouveau rôle, et sa relation avec les demoiselles. Il avait toujours été un jeune homme plutôt timide, n’hésitant pas à s’imposer lorsqu’il le fallait, mais préférant écouter et analyser. Idril avait réussi à le faire sortir de sa réserve, mais pourtant, elle n’avait pas disparu complètement.
Il ferait un grand honneur aux Treillian… le jeune Roi n’en doutait pas. Quoi de plus flatteur pour l’ego que de recevoir le Roi à dîner, quoi aussi de plus rentable pour les affaires ? Mais Lerith semblait l’avoir compris, ce n’était pas pour faire bonne chère que le Roi se déplaçait. Morzan allait avoir besoin de soutien et, surtout, d’argent, pour mener à bien la guerre qui s’annonçait. Et les parents de la jeune femme, sur ce point, n’avaient guère à se plaindre. Morzan avait besoin de leur aide.

Soudain, la jeune femme se fit plus fébrile, et sembla observer les alentours. Morzan n’avait rien remarqué d’extraordinaire : les deux gardes de factions n’avaient pas bouger, toujours hors de portée d’oreille de la conversation, et Vent-Gris continuait de bouder dans son coin. Ce qu’elle s’apprêtait à dire devait sûrement être important, vu les précautions qu’elle semblait prendre, aussi le jeune Roi se pencha vers elle, l’écoutant attentivement.
L’entrée en matière était plutôt étrange, mais Morzan acquiesça. Il allait la laisser parler, puisqu’elle semblant tant désireuse d’aller au bout de sa pensée. Tandis qu’elle parlait, le jeune Roi conservait un visage de marbre, s’efforçant de ne pas trahir les émotions qui le traversaient à la faveur de ce discours. Des pensées audacieuses… le jeune Roi aurait plutôt utilisé « subversifs », mais chacun son vocabulaire, n’est-ce pas ?

La ministre finit par achever son discours avec des airs de conspiratrice, et… le jeune Roi éclata de rire. Un rire franc et ouvert, pas le moins du monde moqueur. Il riait de bon cœur, sans pouvoir s’arrêter, le son rendant un écho étrange dans la salle déserte. Finalement, Morzan parvint peu à peu à calmer son hilarité, ignorant si Lerith s’en trouvait vexé. D’une voix pleine de gaieté, ponctué de quelques éclats de rire incontrôlables, le Roi finit par prendre la parole.


Pardonnez-moi si je vous ai vexée, croyez moi, ce n’était guère mon intention. Mais c’est la première fois que quelqu’un se propose de me trahir, et d’entraîner mon peuple avec lui, d’une voix si confiante !

Morzan rit à nouveau, un petit rire amusé qu’il réprima à nouveau, se penchant vers Lerith avec un sourire.

Vous savez que je pourrais vous faire exécuter sur-le-champ pour avoir tenu de tels propos ? Néanmoins, cela ne serait pas dans mon intérêt : j’aime vos idées. Certes, on dit de vous que vous êtes directe, mais à ce point, cela défie l’imagination !
Quoi qu’il en soit, vous aviez raison : bien que le raisonnement soit plutôt bon, je ne peux pas accepter. Erin vous tenait en haute estime, il avait une confiance absolue en vous… mais je ne peux en dire de même. Vous êtes très intelligente, Lerith, et je soupçonne que vous comprenez les raisons de mon refus.

J’ai juré protection et fidélité à mon Peuple… lui, en revanche, m’a juré sa loyauté. Même si ce n’était qu’un stratagème, je ne veux pas me retrouver avec une guerre civile sur les bras : les partisans de la révolte, et ceux qui désirent rester passifs. Le devoir d’un Roi est d’unifier son Peuple, et c’est ce que je m’emploie à faire, sous les bannières de la guerre. Certes, c’est une décision difficile, mais je l’ai prise en mon âme et conscience.
Lorsqu’on part en guerre, il faut toujours croire à sa victoire… et il me semble prématuré d’imaginer un tel revers. Mais s’il devait arriver quelque chose, soyez sure que je ferai appel à vous. C’est une promesse que je vous fais, Dame Treillian.


Morzan la fixa d’un œil pénétrant, semblant la mettre au défi de répliquer quelque chose. Même s’il était Roi depuis à peine quelques jours, il était seul décideur, et ce malgré les conseils que l’on pouvait lui donner. Même si le jeune homme n’avait rien d’un enfant gâté, il devait parfois prendre seul les décisions impopulaires. Les Ombres étaient un peuple de guerriers, certes, mais avait-il pour autant le droit de mener son peuple à la bataille ? Même si celle-ci se déroulait sur les territoires humains, les conséquences pour chaque Ombre seraient sans doute bien difficiles.
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Lun 26 Mai 2008 - 21:35

Bien sûr. Lerith se demanda si elle espérait vraiment que Morzan accepterait, ou si au contraire elle ne cherchait qu'à voir sa réaction. Un peu des deux, bien sûr. Qu'il refuse lui fournissait encore plus d'indications sur lui que s'il avait accepté. Autant de données qu'elle aurait tout loisir de traiter. En fin de compte, cet entretien lui laissait une impression très mitigée. Elle ne savait pas trop quelle pouvait être le sentiment de Morzan à son égard, et cela importait, même d'un point de vue externe.

Haussant les épaules, elle gratifia le Roi d'un très beau sourire. Sans doute y avait-il au moins une part de franchise derrière celui-ci : on ne feint pas totalement ce genre de mouvement. Elle se redressa, et recula d'un pas. Soigneusement, elle remit sa tenue bien en place, avant de saluer le Roi d'une révérence appuyée.

Sire, si je vous disais que tout cela était un test, vous ne me croiriez sans doute pas, et vous n'auriez pas totalement tort, juste à moitié. Je ne vous proposerais pas un plan sans avoir pesé le pour et le contre, et si je me doutais de votre réponse, je devais vous le proposer. Au moins en gage de mon honnêteté. Je tiens à vous dire que vos décisions font bien loi pour moi, et que votre refus équivaut à un abandon de cette idée. Au moins aurai-je le cœur plus léger. Ne dit-on pas que de traîner une question commençant par "Et si" est la pire peine qu'un être puisse supporter ?

De nouveau, son sourire illumina son visage. Pendant ce court instant, les propos précédents du Roi quant à la beauté de sa Ministre étaient fondés. Puis le masque plus froid et habituel revint, et Lerith se redressa, toujours très lentement et respectueusement.

Votre réponse est pleine de bon sens. A vrai dire, je suis certaine que le Roi Erin n'aurait pas répondu autrement. Je vois en tout cas que votre décision est forte et irrévocable. Dans ce cas, Sire, vous savez sans doute que je suis tout sauf une combattante, et que tout ce que je puis faire pour vous aider est de prier. Comptez sur mes appels à Snotra pour vous porter chance, vous en aurez besoin. Tout le peuple Ombre en aura besoin.

Et si vous voulez mes conseils, vous savez que je suis disponible et honorée de répondre à l'appel de mon Roi, quel que soit son prénom.


Lerith semblait soulagée du déroulement de cette rencontre, et cela perçait un peu dans sa voix et dans ses postures. Elle savait qu'en jouant un jeu aussi franc, elle aurait très bien pu se condamner toute seule à la potence. D'un autre côté, elle avait acquis une certaine confiance en les Terinfiel, une certaine foi pouvait-on dire. Et elle avait décidé, en son âme et conscience, que ces temps troublés valaient bien que l'on prenne quelques risques. Elle inclina légèrement la tête à droite.

Mon Seigneur, si vous n'avez pas de questions ou de demandes particulières, je vais me retirer et prévenir mes parents que le Roi se joindra à la fête demain soir.
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Mar 27 Mai 2008 - 16:12

Le sourire qu’adopta la jeune femme, à l’issue de sa réponse, décontenança légèrement le Roi : il semblait plus sincère, plus vrai que tout ce qu’elle lui avait dévoilé jusqu’à maintenant : une fissure dans la façade d’un rôle qu’elle se plaisait à jouer. Et Morzan s’interrogeait : elle aurait du réagir autrement, en entendant le refus du Roi, et son aveu qu’il ne lui faisait pas totalement confiance. Elle aurait du… il ne savait trop, mais elle n’aurait pas du réagir comme ça si sa proposition lui tenait vraiment à cœur. Elle qui resplendissait d’une telle confiance intérieure, n’aurait-elle pas du se battre pour quelque chose en quoi elle croyait ?
La réponse de la jeune femme, bien que fournissant quelques explications, le laissa sur sa faim. Certes, elle affirmait qu’il s’agissait en partie d’un test, et qu’elle n’avait aucun mal à se soumettre à sa décision. Pourtant, Morzan attendait… plus ? Un combat de mots, une étincelle farouche ? Il ne savait trop mais, au fond de lui, se sentait presque déçu d’avoir vaincu si rapidement. S’était-il trompé sur son compte, lui qui la voyait comme une farouche opposante ? Devait-il la ranger, comme les autres, dans la catégorie de ceux qui ne cherchait qu’à le flatter, et pas à lui donner de vrais conseils ?
Mais le jeune Roi chassa cette idée. Il était encore trop tôt pour porter sur un jugement, et Lerith semblait promettre bien plus qu’elle ne le laissait entendre. Erin ne se trompait que rarement sur les gens… alors, il attendrait avant de se faire une idée précise.

La jeune femme reprit la parole, dissimulant sous un masque froid la chaleur de son sourire, navrant sans le savoir le jeune homme. Etait-il condamné à n’affronter que des gens qui, pour lui, s’efforçaient de demeurer insensible ? Etait-ce de ça, dont son Oncle parlait en invoquant la solitude d’un Roi ?
Malgré lui, Morzan songea à Idril, sa sœur de cœur, sa meilleure amie. Elle était repartie dans les terres Nordiques, et pourtant, il sentait sa présence au fond de lui. Une présence chaude et rassurante, une présence vraie… dont le roi aspirait de tout cœur. Lorsqu’il s’était retrouvé, derrière le masque de leurs rôles respectifs, ils avaient renoué comme si rien ne s’était passé, discutant, riants…comme avant. Idril demeurerait-elle la seule à pouvoir lui parler sans contrainte ? Il priait Snotra pour que cela ne soit pas le cas.

Le jeune monarque combattit ses pensées moroses, s’efforçant de se concentrer sur les paroles de la Ministre qui lui faisait face. Lerith se pliait à sa volonté, lui affirmait que ses prières accompagneraient son Roi, et ses guerriers. Elle le rassura aussi, probablement sans le savoir, en lui assurant qu’Erin n’aurait sans doute pas répondu autrement. Une curieuse chaleur s’insinua dans le corps du jeune homme, une présence familière qui n’était pas sans rappeler celle de son Oncle. Est-ce que les fantômes existaient ? Etait-ce une manière pour le spectre de son Oncle de lui donner son approbation ? Ou était-ce simplement l’évocation d’un être aimé qui répandait en lui cette confiance ?
Quoi qu’il en soit, le Roi se redressa sur le trône, remerciant d’un signe de tête la jeune Ombre pour sa fidélité. Elle devait ignorer à quel point il lui importait de pouvoir compter sur des gens précieux en cette période de tourmente, et Lerith était, assurément, une personne qui s’avérerait essentielle. Il nota avec satisfaction que la tension presque indécelable qui l’habitait semblait disparaître doucement : elle aussi devait s’inquiéter de cet entretien, après tout, elle était dévoué au Peuple, et ne pouvait manquer de se demander quand au bois duquel était constitué Morzan. Etait-elle satisfaite ? Une lueur de curiosité pétilla dans les yeux bruns du jeune roi, mais il ne posa pourtant pas la question. Il finirait par connaître la réponse, de toute façon.
La jeune femme indiqua qu’elle désirait se retirer et, d’une voix douce, Morzan prit la parole.


Je vous remercie de vos prières et de vos conseils, gente Dame. Il est bon de constater que ce que mon Oncle me racontait était exacte : vous êtes une Ministre de valeur, Dame Treillian, et vos suggestions seront toujours bienvenues à ma Cour.
Vous pouvez disposer. Vous semblez exténuée, alors, faites-moi une faveur : reposez vous. Un esprit fatigué ne peut rendre que bien peu de services.


Le Roi frappa dans ses mains, et l’un des soldats s’avança. Morzan lui donna ordre de raccompagner la jeune femme, avant de se tourner vers son interlocutrice d’un air amusé.

Nous nous reverrons demain, Dame Treillian : je n’ose affronter le courroux de mes hôtes en négligeant de saluer leur fille cadette.

[The end?]
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MessageSujet: Re: Un conseil d'amie ?   Mer 28 Mai 2008 - 12:29

[On peut dire ça. Juste à temps, et même un peu à la bourre ! ^^]
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