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 Arrivée d'un émissaire royal

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MessageSujet: Arrivée d'un émissaire royal   Lun 2 Juin 2008 - 18:48

Neuvième semaine de l'an 835, Jour 1, milieu de matinée




Sur les terres des ombres tu iras, porter ce message...

Tant de fois Selia avait entendu ces mots! Tant de fois elle avait ressenti l'ivresse des départs, la joie de chevaucher plus vite que le vent, assurée de trouver à l'arrivée la chaleur d'un toit sûr et la protection d'épais murs de pierre.

Sur les terres des ombres tu iras, porter ce message...

Désormais les mots tournaient dans sa tête avec des sonorités de funeste malédiction.
Lorsque son supérieur l'avait convoqué ce jour là, il n'avait pas croisé son regard, pas une seule fois. Il avait prétexté d'urgents préparatifs, le départ de la reine tombait à point nommé pour qu'il se débarassa de Selia. Sauf que la reine n'allait pas seule. Et que sa royale tête au sommet d'une pique serait du plus mauvais effet.
Tandis que la fin des jours de Selia, n'accablerait certainement personne de remords.

Elle l'avait compris, aux regards affligés des siens, qui la saluaient en sanglotant, la terreur au fond des yeux et la voix tremblante. Et ce sentiment n'avait fait que s'accentuer lorsqu'elle avait vu les regards haineux que recueillaient les armoiries des hommes sur les terres des Ombres.

Car d'ombre elle aurait aimée être faite. Se soustraire aux regards, et au cruel sort qui l'attendait. Simple formalité était sa tâche, mais le contexte... Grands dieux! Qu'avait-elle fait à Loki, à Odin, à Freija?

Entendre les lourdes portes de la forteresse se refermer derrière elle la rendit fiévreuse tant le grincement sinistre de ses gonds de fer trouvait un écho dans l'angoisse qui l'habitait.

Tout de noir vêtu, pareille au martinet tombé du nid trop jeune et incapable de reprendre son envol, elle s'avançait, vers son inéluctable destin, consciente qu'il se pourrait qu'elle ne voit jamais plus le bleu du ciel si pâle de la cité d'Yswllyra. Elle était prise au piège et sa liberté éphémère en ces terres hostiles, était un leurre qui mettait ses nerfs au supplice.

Plus d'une fois, elle fut tentée de prendre ses jambes à son cou, et de sauver ainsi sa tête, quite à condamner ses jours à se dérouler sur d'autres terres. Mais il n'y avait plus de terres où l'on ne murmurait pas contre le seigneur des Hommes, et leur engeance n'y était pas bienvenue.

Si Ardiosis Bennefoy avait réellement commis le crime dont on l'accusait, elle ne le savait pas. Mais elle était certaine qu'il n'y avait jamais de fumée sans feu. Et qu'il est plus facile de s'en prendre aux innocents qu'à de puissants coupables.

Faisant preuve de toutes les politesses nécessaires, elle enjoignit un valet à informer le roi des Ombres de sa demande. Et même si d'habitude il n'y avait là que les formalités et l'ennui de réciter un texte cent fois appris, en cet instant, elle y mettait ses dernières forces, et d'un regard suppliant, elle regard s'éloigner le valet. Sans trop savoir si elle espérait que le roi refusât ou acceptât de la recevoir. Ni ce qu'elle aurait du espérer pour sauver sa vie.

Elle s'efforçait à ne pas penser aux siens, à ne pas regarder les gens qui l'entouraient, ne pas attirer l'attention, comme si ainsi faisant, elle aurait pu disparaître aux yeux du monde et ne jamais revenir en ces lieux qu'elle aurait pu appréciés, mais qu'elle maudissait de tout coeur.
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MessageSujet: Re: Arrivée d'un émissaire royal   Mar 3 Juin 2008 - 10:00

Noires ailes, noires nouvelles… C’est ce qu’avait pensé le Roi, lorsque ses gardes l’avaient informé de l’entrée d’une petite ombre noire au sein de la citadelle, et c’est ce qu’il pensait désormais, maintenant que l’un des valets lui rapportait qu’une jeune femme portant les armoiries humaines désirait s’entretenir avec lui. Il avait attendu ce moment, il savait que lorsqu’il arriverait, il devrait prendre une décision, mais ce n’était pas si facile pour autant.
Sur un mot, il allait jouer la vie de son Peuple. Un mot, un seul, déciderait du destin de toute une nation. Et malgré les conseils, malgré les recommandations, ce mot, c’est Morzan qui allait le prononcer, et lui seul. Un instant, dans un espoir puéril, il songea à refuser de recevoir la messagère, la faire exécuter et prétendre qu’il ne c’était jamais rien passé. Un instant qui ne dura qu’une seconde, juste assez pour lui rappeler qu’il n’était plus un enfant : il était Roi à présent, et le Destin se présentait à lui. Il ferait face.

Morzan donna quelques ordres, destiné à faire reposer la monture et la jeune cavalière. Cette dernière serait sans doute empressé d’aller rapporter la nouvelle chez son maître… mais pourtant, Morzan ne parvenait guère à lui en vouloir. A quoi lui servirait de la faire exécuter, si ce n’est apaiser, pour un temps, la colère de ses sujets ? Une exécution en place publique d’un messager serait du plus bel effet, certes, mais risquait fort de le mettre au même niveau que celui qu’il s’apprêtait à défier. Quoique lui ne serait pas autant étouffé par les scrupules.
Les messagers étaient sacrés, du moins, il l’était aux yeux du Roi Erin, ce qui suffisait pour son neveu. Mais l’étaient-ils aux yeux du Parjure ? Rien n’était moins sur…mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir envoyé un pigeon ? Etait-ce un test, pour savoir de quel bois étaient fait ses adversaires ? Et pour réussir ce test, Morzan devait-il se résoudre à tuer une pauvre innocente ?

Idril Calafas avait bien raison : il pensait trop. Il cherchait le piège là où il n’y en avait pas, mais, avec Ardiosis Bennefoy, comment savoir ? Morzan devait se résoudre à rester dans l’expectative, du moins pour l’instant : si le Roi des humains avaient marqué des points, il le saurait sans doute bien assez tôt.
Le jeune monarque plaça sa couronne sur sa tête, refusant l’aide de ses valets. Il était assez grand pour mettre la couronne d’argent lui-même, et ce geste avait le don de le réconforter, lui rappelant qu’il était Roi, mais surtout serviteur de son Peuple. Il accepta d’une grimace l’aide d’un autre valet pour enfiler sa cape et boucler son baudrier, avant de se diriger d’un pas lent vers la Salle du Conseil. C’est là qu’il avait demandé que l’on introduise la messagère, en spécifiant bien que, tant qu’elle serait sur les terres des Ombres, elle serait sous sa protection. Si Ardiosis voulait tester son sens de l’honneur, et bien, il serait servi. Car Morzan n’ignorait pas que pour un messager, l’ordre de se rendre sur les terres des monarques tombés signifiait une condamnation à mort.
Lui avait décidé que cela ne serait pas le cas, mais il parlait en son nom propre. Il plaignait celui qui devait se rendre en terre nordique…

Les gardes devant lui ouvrirent la porte, dévoilant une salle lumineuse où veillaient quelques soldats, les armes à la main. Au centre, petite silhouette noire perdue au milieu de la lumière, la messagère attendait. Calmement, en apparence du moins, car Morzan devinait sans peine ce qu’elle devait ressentir : sans doute s’attendait-elle à ce que ce message soit le dernier, et Morzan n’allait pas la détromper tout de suite. D’une voix qui ne laissait apparaître aucun des tourments qui l’habitait, il ordonna qu’on les laissa seuls. Certes, la petite messagère pouvait très bien se révéler être un tueur, et, à vrai dire, cela ne l’aurait guère surpris. Mais Morzan désirait lui parler, et la présence de ses gardes n’incitait guère à la confidence : seul Vent-Gris, fidèle gardien à quatre pattes, demeurait à ses côtés, prenant sa place habituelle derrière les talons de son maître.
Lorsqu’il ne resta plus que le Roi, le chien et la jeune fille, Morzan lui fit signe d’approcher. Il restait sur ses gardes, néanmoins, la main posée sur la poignée argentée de son épée… et qu’importe si la jeune fille pensait sa dernière heure arrivée. Quel âge pouvait-elle bien avoir ? Elle semblait si jeune, si frêle, innocente comme un agneau… comment pouvait-elle servir un tel homme ? Mais Morzan ne parvenait pas à lui en vouloir : comment aurait-il réagi, lui, si son Roi s’avérait être un tyran ? Comment trahir la confiance, l’adoration que l’on éprouve pour quelqu’un ? Pouvait-on haïr les humains à cause de leur loyauté ?
Observant la jeune femme d’un regard songeur, le jeune Roi finit par prendre la parole:


Tu m’as demandé audience… parles, je t’écoute. Et que cela soit bref.


Sa voix semblait inflexible, ses yeux brillaient d’un éclat dur, mais pourtant, le souverain des Ombres ne pouvait s’empêcher d’éprouver une certaine pitié pour la frêle créature devant lui : même si le rôle de Roi, et de rebelle dans quelques instants, était difficile à porter, il n’aurait pas voulu être à la place de la jeune fille.
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MessageSujet: Re: Arrivée d'un émissaire royal   Mar 3 Juin 2008 - 18:07



Selia suivit sans mot dire le garde qui l'introduisit dans la salle du conseil. Elle cligna des yeux devant cette brutale luminosité, comme si ses yeux avaient oublié jusqu'à l'éclat d'un soleil matinal, et qu'elle avait arbitrairement décidé que ne se lèverait plus sur ces terres que de sombres croissants de lune.

Elle se sentait minuscules, entourées par les garde, nimbée de lumière. Le soleil lui-même se voulait témoin de sa perte, lui barrant dans d'exquis traits de lumière l'espoir dément que l'on oublie sa présence.

C'est alors qu'il s'avança. Majestueux, le roi imposait par sa présence ce que d'autres imposaient par la force et l'effroi. Morzan Terinfiel lui inspirait un respect infini, et elle avait l'étrange sentiment, qu'il en aurait été de même s'il n'avait pas été écrit que sa vie devait se jouer en ces lieux.

Elle osa croiser son regard, le temps d'un battement de cil, et la durêté qu'elle y lut la tétanisa. Se resaisissant, elle s'inclina bien bas devant le roi des Ombres. Peut-être mourrait-elle, mais il n'était pas dit que ce serait elle, qui déshonorerait les Hommes.

Quelle ne fut pas sa surprise quand elle l'entendit congédier ses gardes. C'était davantage que l'imprudence de la requête, son côté impromptu, qui l'étonna. Ardiosis Bennefoy n'était pas connu pour ne prendre que des décisions hautement et durement réfléchies, aussi à cela, elle était habituée. Mais qu'il renonça à faire de son sort un exemple, ou à clamer à la vue de tous ce qu'il pensait de son ancien suzerain, cela la surprenait.

Une pensée cruelle lui vint. Qu'importait le royaume, ne pouvait-elle pas occire cet Ombre, et sauver sa vie? Pure démence, d'une part elle n'était pas sûre d'y parvenir. D'autre part, les gardes ne manqueraient pas de la cueillir dès qu'elle aurait franchi le seuil, et elle n'aurait fait en un sens que hâter sa fin.
Et il fallait qu'elle accomplisse son devoir. Elle n'avait pas risqué sa vie pour faillir si près du but. Et même si l'honneur des Hommes n'avait pas reposé sur ses frêles épaules, même si son sort l'eut révolté au point qu'elle méprisât les siens, elle aurait ressenti une profonde disgrâce à l'idée de lever la main sur Morzan. Qu'avait-elle à lui reprocher? Rien. Néant. Elle ne le connaissait pas.

Pourtant il lui paraissait sympathique. D'une certaine manière il lui ressemblait. Plus élancé que puissant de carure, un regard profond, accablés tous deux des fardeaux que le seigneur du Nord faisait poser sur leurs maigres épaules. N'étaient-ils que des marionnettes entre ces mains? Non certainement pas. C'eut accordé trop de noblesse à Ardiosis que d'imaginer qu'il se souciait du sort des messagers qu'il envoyait.

Elle chassa ces pensées de son esprit, elle ne serait pas parjure à son peuple. Et elle se prépara mentalement à faire face au roi. Menaçant, implacable, sa simple présence la paralysait. Elle avait l'impression d'être une enfant prise en faute confrontée au courroux de son père. Au détail particulier et non négligeable qu'il fallait inclure sa mort potentielle à cet aspect des faits.

Elle trouvait risible qu'une telle pensée lui soit venue, alors que la seule arme dont elle disposait était un fin poignard émoussé, qui de part cette particularité même, faisait un meilleur instrument de torture qu'une arme apte à ôter aisément la vie. Sans compter que Morzan, contrairement à elle, savait certainement manier une arme.
Et autre détail à ne pas négliger, Selia ne retrouva comment on bougeait un membre seulement lorsque Morzan lui indiqua de s'avancer.
Elle s'éxécuta aussitôt, comme si obéir était chez elle une action réflexe.

Elle se crispa légèrement, comme elle vit le roi poser le pommeau de son épée.
Elle attendit que le roi prenne la parole, une minute tout au plus qui lui parut durer mille ans.

Oui. Comme il vous plaira, bredouilla Selia.

Pour ce qui était de la brièveté elle s'était surpassée. Mais ce n'était pas pour dire cela qu'on l'avait envoyé par delà les montagnes. Elle se reprit aussitôt, retrouvant pour quelques instants l'aplomb d'une dame de cour :

Ardiosis Bennefoy, vous enjoint à vous rendre à Yswllyra, afin d'y renouveler le serment d'allégeance qu'a bafoué votre père.

Certes ce n'était pas dit de manière politiquement correct, et avec une heure de disponible, Selia aurait tourné un discours adroit, vantant les mérites des Ombres, et présenté la réception comme une invitation polie. Mais on lui avait demandé d'être brève. Et elle avait le sentiment que ni l'hypocrisie, ni la flatterie ne la sauverait en cet instant.

Peut-être aurait-elle, en d'autres circonstances, rougit de honte d'avoir proféré de telles paroles. Mais désormais, elle n'était plus que glace et pierre à la fois. Désormais, tout était dit, sa mission achevée, elle n'avait plus ni valeur aux yeux des Hommes, ni valeur aux yeux des Ombres.
Il avait certainement cédé à la tentation d'apprendre le contenu de son message, et sa curiosité rassasié il n'aurait plus besoin d'elle.

Sa présence même était un affront. L'avancée incidieuse de deux cases d'un pion insignifiant sur l'échiquier du monde. La première et la seule. Ou peut-être pas. Il lui faudrait être méfiant. Après tout il y a des guerres qui se gagnent avec des corbeaux...

Merveilleux, maintenant je peux mourir tuée par l'un des plus grands rois du Gwendir.

La terreur qui jusqu'alors s'était emparée d'elle laissait place à une cynique résignation. Après tout, elle avait eu le privilège d'un tête à tête avec lui -à condition de faire abstraction du chien-, peut-être d'autres auraient tué pour cette faveur.


Dernière édition par Armée Humaine le Ven 6 Juin 2008 - 17:22, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Arrivée d'un émissaire royal   Jeu 5 Juin 2008 - 14:49

Morzan avait conscience de paraître sévère et impressionnant… après tout, il s’était vêtu en conséquence, non ? Il aurait été plutôt malvenu que la messagère ne paraisse guère impressionnée. Elle restait immobile, sans bouger, tandis qu’il l’observait de son regard dur. Il regrettait presque les paroles qu’il avait prononcé, lui enjoignant d’être brève. Cela démontrait-il son impatience, le fait qu’il ne soit pas encore tout à fait à l’aise dans son rôle de Roi ? Et cette jeune fille décryptait-elle tout cela ? Après tout, le jeune monarque doutait qu’elle ne soit qu’une simple messagère, et pas une espionne. Il lui semblait stupide à Ardiosis de confier une telle tâche à une simple gamine tout juste bonne à chevaucher du point A au point B.
Mais après tout, il ne connaissait rien de l’Empereur du Gwendir, ou si peu. Certes, les rapports de ses espions étaient pleins de détails, mais pour savoir comment pensait un homme, ne valait-il pas mieux le connaître ? Hors, Morzan ne l’avait vu qu’une ou deux fois, et il était encore très jeune. Comment aurait-il pu deviner ce qui se cachait dans la tête de l’assassin de son oncle ? Et comment aurait-il pu savoir si cette jeune fille n’était pas là pour rapporter le moindre de ses faits et gestes ?

Peut-être devait-il la tuer. Peut-être que la laisser en vie révélait une grave erreur tactique, peut-être qu’elle s’empresserait de faire son rapport, de disséquer ses paroles, ses gestes, ses relations avec ses soldats. Peut-être… mais peut-être pas. Il n’aimait pas l’idée de tuer une innocente, bien que cette gamine ne le soit probablement pas tant que ça. Mais, surtout, il n’aimait pas l’idée de n’être qu’un jouet entre les mains d’Ardiosis. Pourquoi avoir envoyé cette fille, si ce n’était pour se débarrasser d’elle… à moins que le Roi des Humains ne soit tout à fait stupide, il se doutait bien que lui ordonner de porter son message ici, en territoire Ombre, signifiait une condamnation à mort. Or, Ardiosis ne semblait pas stupide, et, chaque fois, Morzan en revenait à la même chose : il s’agissait d’un test. Ou d’un jeu, ce qui était sensiblement la même chose. Morzan lui rendrait surement service en exécutant la petite messagère, et il n’était guère dans les intentions du jeune Roi de servir à la propagande du Seigneur nordique.
Un fin sourire se dessina sur le visage de l’Ombre. Sa décision était prise : il laisserait repartir la messagère, libre comme l’air. Une marque de faiblesse peut-être, mais il espérait que cela ne se retournerait pas contre lui. Pouvait-il faire confiance à cette jeune fille vêtue de noir ? Malheureusement, si Snotra avait entendu sa question muette, elle ne lui adressa aucune réponse.

L’envoyée prit la parole, d’une voix bafouillante d’abord, puis avec plus de conviction tandis qu’elle lui délivrait un condensé du message. Morzan se douta bien que ce n’était pas exactement ce qu’elle avait prévu de faire, surtout si elle craignait son courroux : les mots prononcés n’étaient en rien fait pour lui plaire. Elle semblait rassurée, après avoir débité cela. Rassurée, ou tout simplement résignée ? Le Roi ne savait pas, et il n’était guère en mesure de se poser la question, occupé à clamer la colère qui lui déchirait les entrailles.
S’il avait pu, il aurait hurlé. Sorti son épée, transpercé de sa lame le corps de celle qui avait osé proférer des paroles aussi ignobles. La jeune fille pouvait-elle lire la haine et la fureur qui habitait son regard ? Pour l’éviter, le Roi détourna les yeux, vers le chien-loup qui grognait faiblement. Avait-il ressenti la colère qui habitait son maître ? Pourtant, Morzan sentit sa haine refluer, en contemplant ce qui représentait à ses yeux le dernier cadeau de son oncle : de petite boule de poils reçue quelques mois auparavant, l’animal était devenu un magnifique jeune adulte. Caressant les oreilles du chien loup, tout autant pour le calmer que pour se calmer lui-aussi, Morzan se tourna à nouveau vers la messagère immobile.


Je vais préparer ma réponse à ton maître. En attendant, mes gardes te conduiront aux cuisines, tu pourras t’y restaurer. Sois prête à repartir dès que je te remettrais la lettre, les humains ne sont guère les bienvenus ici. Et n’aie crainte, la nourriture n’est pas empoisonnée : pour tuer, nous avons des méthodes beaucoup plus tranchantes.

Il fit signe à un garde d’emmener la demoiselle, avant de se rendre dans un petit bureau attenant à la pièce. Sa colère était retombée, et lorsqu’il trempa sa plume dans l’encrier, avant de la poser sur la page de parchemin vierge, les mots semblaient se coucher d’eux-mêmes sur le papier :

Moi, Morzan Terinfiel, souverain du peuple des Ombres, à l’adresse du seigneur des humains.

Je vous remercie de votre gracieuse invitation, mais c’est hélas le cœur déchiré que je me dois d’y renoncer. Mais pour autant, sachez que ma loyauté envers le Gwendir demeure sans failles. Ce serait un immense plaisir pour moi que de vous rencontrez pour vous faire part de l’estime en laquelle je vous tiens. Vous pourrez ainsi constater que m’on oncle m’a donné une éducation digne de l’homme qu’il était.
D’ailleurs, comment se porte le Prince Siran, et dame votre épouse ? J’espère que les circonstances ne vous ont pas obligé à vous éloigner de votre famille.

Je vous adresse mes salutations, Ardiosis Bennefoy.



Morzan considéra quelques instants la missive puis, haussant les épaules, la cacheta. Se montrait-il trop flou ? Non, le seigneur Ardiosis comprendrait surement les allusions, mais cela laisserait aux Ombres et à leurs alliés quelques jours encore pour s’organiser. Il devait se rendre sur les terres nordiques dès que la messagère serait partie. D’ailleurs, il l’envoya chercher, assez pressé, à vrai dire, de se débarrasser d’elle.
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MessageSujet: Re: Arrivée d'un émissaire royal   Ven 6 Juin 2008 - 18:04



En d'autres situations, elle aurait rougit du profond manque de diplomatie de ses propos. Mais elle avait le sentiment, que peu importe comment elle aurait tourné les propos d'Ardiosis, Morzan les aurait pris tout aussi mal. Au détail près, que là c'était son seigneur qu'il blamait et non elle, et il ne pourrait pas lui reprocher de lui avoir fait perdre son temps.
Le peu de courage qu'il lui restait protestait en elle, elle aurait mieux de tourner contre elle la colère du roi, quitte à le payer de sa vie. Car il y avait bien davantage de chance que Morzan se trouve un jour confronté à Ardiosis que de chances que leurs chemins se croisent de nouveau.

Le roi détourna les yeux, et si elle n'avait pas vu le brasier de colère et de rage qui les habitait, elle aurait cru aisément qu'il méditait simplement ses propos. Elle trembla imperceptiblement. C'est une chose que d'être brave, une autre que d'être téméraire.
Le regard furieux du roi, lui faisait l'effet d'une plaie à vif sur laquelle elle venait de lancer une poignée de sel.
Et bien qu'elle regretta d'avoir croisé son regard, tant cet acte anodin lui semblait irrespectueux, presque indécent, elle savait que son silence même s'il parvenait à masquer la sourde révolte qui grondait en lui, était plus éloquent que toutes les réponses qu'il pouvait formuler.

Alors ce sera la guerre? La vie de mon seigneur pour celle du vôtre?

Selia gardait les yeux résolument baissés, attendait respectueusement que le roi lui adressa de nouveau la parole.

Elle remercia poliment le roi sans s'apesantir, et suivit le garde sans protester.
Elle ne trouva pas la force de manger, non pas qu'elle douta des propos du roi -même si l'on ne pouvait jamais être sûr de rien- mais les derniers événements lui avaient tout simplement coupé l'appétit.

Elle revint dès qu'il la fit mander, songeant que peu importait le message qu'il lui remettrait, elle en devinait le sens avant même d'y avoir posé les yeux -ce qui de toute manière n'arriverait jamais.
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MessageSujet: Re: Arrivée d'un émissaire royal   Mar 10 Juin 2008 - 9:53

Morzan paraissait calme quand la jeune fille réapparut, et toute trace de colère dans ses yeux avait disparu. Mais seuls ceux qui le connaissaient vraiment _et ses soldats ne furent pas dupes_ savaient ce qu’il ressentait au fond de lui, et qu’il s’efforçait de cacher. Sans doute, cela finirait bien par se calmer, sans doute aussi, la raison finirait par prendre le pas dans son esprit. Mais il n’oublierait pas la demande du Seigneur Nordique, et se ferait une joie de lui faire payer ces paroles quand ils se rencontreraient.
Ce qui n’allait pas tarder à arriver… il se remémora la conversation de la veille avec Lerith, sa conseillère. Avait-il eu tort en faisant ça ? Sans nul doute, elle lui aurait conseillé de se montrer plus diplomate, mais honnêtement, la seule chose que pouvait concéder Morzan en ce moment, c’était la vie de la messagère. Sans doute pas grand-chose pour Ardiosis, d’ailleurs.

La guerre. Il n’y avait pas vraiment songé jusqu’à présent, refusant presque de croire que cela allait arriver. La paix, que son Oncle Erin avait su préserver, plus ou moins, durant toutes ces années, venait de voler en éclats, seulement quelques jours après sa mort. Etait-ce une trahison de ce qu’on lui avait enseigné ? En un sens, oui. Mais Erin avait le droit d’être vengé, bien que la vengeance ne doivent pas être la seule motivation. Morzan n’oubliait pas que, pour l’instant, l’Empereur respectait les règles du Gwendir. Celui que les Rebelles surnommaient le Tyran était, à la vérité, plus respectueux des lois qu’eux : certes, ils avaient réduits les six autres monarques à l’état de spectres, mais ils complotaient pour le destituer. Ils avaient trahis, pas lui… et cela faisait une énorme différence.

Le jeune Roi finit par se souvenir de la présence de la messagère des humains, et, sans mot dire, ordonna qu’on lui apporte le pli scellé. Il attendit qu’un soldat présente la lettre à la jeune fille avant de les faire sortir de la salle. Comme tout à l’heure, il se retrouva seul avec la messagère, qui semblait ne pas oser croiser son regard, à moins que cela ne fût seulement du respect, celui de protocole, ou celui de lui-même. Il n’en savait rien, et s’en fichait un peu.
Il finit par prendre la parole, l’observant attentivement, se demandant s’il allait effectivement prendre la bonne décision. Il était encore temps de la retenir, de la questionner pour savoir quel pouvait être le but de sa mission. Elle ne pouvait tout de même pas être une simple messagère, cela semblait si…stupide ? Inutile ? Ou simplement offensant ?


Je te laisse retrouver ton maître. Peut-être est-ce une grosse erreur, mais il ne sera pas dit que le nouveau souverain des Ombres a bafoué la neutralité d’un messager, fut-il issu d’un peuple peu respecté en ce moment. Une escorte te conduira jusqu’à la frontière : il serait fâcheux que le Roi ne puisse lire ma missive.

Morzan détourna les yeux, avant de faire rappeler ses gardes, pour qu’il conduise la jeune fille dehors. Il s’était comporté en parfait monarque, ne se souciant pas plus du sort de la messagère que de celui d’une plante verte. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de se demander ce qui allait arriver à la demoiselle, de retour chez elle. Ardiosis serait-il content de la revoir, ou Morzan avait-il deviné juste, à savoir que le Roi espérait se servir de sa mort comme d’un prétexte à déclencher cette guerre qui couvait ?
Son refus de se rendre auprès du Seigneur Bennefoy ne pouvait pas être tenu comme une déclaration de guerre, simplement comme une rébellion. Le Roi déplacerait-il ses troupes pour ça ? Quoi qu’il en soit, cela laissant à la résistance le temps de s’organiser, et de voir venir les choses. Il ne pourrait se rendre dès ce soir en terre Amazone : il y avait cette réception donnée par les Treillian, à laquelle il se devait d’assister, ne serait-ce que pour obtenir le soutien de cette famille riche, et bien implantée partout dans le Gwendir. Mais demain, demain, les rebelles devraient se rencontrer pour s’organiser.

Il songea un instant à observer le départ de la petite messagère toute de noir vêtue, mais jugea cela complètement puéril. Qu’il la regarde ou pas, cela ne changerait pas grand-chose au fait qu’elle arrive en vie. Au moins, elle sortirait du territoire Ombre sans égratignures, et c’était tout ce que Morzan pouvait faire pour elle. Il se demanda, l’espace d’un instant, si elle irait réellement rapporter sa missive au Seigneur Bennefoy, ou si, comme elle le ferait si elle écoutait son instinct de survie, elle fuirait sans jamais se retourner.
Le jeune Roi sourit doucement : non, il ne pensait pas qu’elle fuirait. Comme lui, comme eux tous, elle avait une mission à remplir, et elle la remplirait. Du moins, il fallait l’espérer.
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MessageSujet: Re: Arrivée d'un émissaire royal   Sam 14 Juin 2008 - 10:37



Dissimulant avec peine son appréhension pour préserver le peu de dignité qu'il restait à son peuple, elle s'avança vers Morzan.

Elle n'avait pas consciences des pensées qui s'agitaient dans le crâne du roi. Pour lui il était, plus immobile qu'un roc et tout aussi solide. Inébranlable autant que ses convictions et valeurs. Car il l'épargnait après tout. Les Hommes n'auraient pu rêver plus noble adversaire. Et Ardiosis pire ennemi. Car il ne ferait pas de concessions, du moins pas à la légère, et ne ploierait pas le genou devant le seigneur du Nord simplement par crainte de l'issu d'une bataille.

Un soldat lui remit la missive, et elle s'inclina en remerciant le monarque.
Elle ne craignait désormais plus pour sa vie. Sans qu'elle le connut davantage, elle ne résistait pas à la tentation d'accorder foi aux paroles du monarque. Et pourquoi lui remettre une lettre pour la tuer ensuite?

Elle n'en resta pas moins extrêmement polie et respectueuse des protocoles. Elle garda respectueusement les yeux baissés -bien qu'elle aurait eu du mal à regarder Morzan en face, l'eut-elle voulu.
Elle lui laissa bien entendu le privilège de parler le premier.

Le roi lira votre missive. Et je veillerai autant qu'il me sera possible que votre honneur soit sauf aux yeux des Hommes, répondit-elle en s'inclinant.

C'était peu. Peut-être n'en aurait-il rien à faire. Mais elle n'était qu'une simple émissaire, qui voyait s'achever ce qu'elle avait pris pour son dernier voyage. Alors ne pouvait-elle s'empêcher d'éprouver quelque reconnaissance. A moins qu'il s'agisse de l'affection que l'on finit parfois par éprouver pour son geôlier?

Elle ne remarqua même pas la froideur dont il fit preuve à son égard, et s'inclina une dernière fois en guise de salut pour suivre les gardes. Elle avait l'habitude que l'on ne se soucie pas d'elle. Elle n'était qu'une ombre fugitive parmi les Hommes. Comment pouvait-elle être davantage qu'une misérable jeune fille en terre des Ombres?

Elle réalisa que pour une fois, elle se réjouissait de revoir de nouveau Yswllyra. Ce voyage aussi court fut-il lui avait paru durer mille ans. Elle avait hâte, de serrer dans ses bras ses amis de toujours, de les voir pleurer de soulagement. De se réfugier à Yswllyra. De ne plus jamais reposer les pieds sur les terres des Ombres.
De se débarasser de la missive auprès de son roi. Et de prier Loki pour que jamais l'armée de Morzan ne franchisse les remparts d'Yswllyra, si guerre il devait y avoir.

[HJ : Considérez que les émissaires arrivent à bon port et accomplissent leur devoir, je ne veux pas rp avec moi-même Rolling Eyes ]
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Prophétie Nordique  :: Chapitre 2-