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 Au nom d'Ardiosis Bennefoy

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MessageSujet: Au nom d'Ardiosis Bennefoy   Mar 3 Juin 2008 - 8:58

An 835, 9ème semaine, jour 2, l'après-midi




C'est le coeur léger qu'Alsyn s'avança dans la salle du conseil. Certes, de sombres rumeurs avaient terni son voyage, mais c'était avec une joie non feinte qu'il avait de nouveau franchi l'orée de la forêt d'Ellendwraï. Et il était une fois de plus ébloui malgré lui par le raffinement des lieux.

Qu'il soit mal accueilli après toutes les horreurs que l'on prêtait à son seigneur, c'était fort probable, mais essuyer la vindicte des nymphes faisait partie entière de son devoir.
Il n'était pas payé à déambuler parmi les cours, mais à transmettre d'importantes missives. Qu'elles ne soient pas toujours au goût de leurs destinataires il n'y pouvait rien.

Alsyn regrettait néanmoins de troubler le recueillement de ces terres en deuil. Pourquoi chercher le soutien d'une allégeance parmi les nymphes? Elles n'avaient jamais pris les armes! Pourquoi les accabler en ces temps de peine?
Cela il ne comprenait pas, mais de toute manière, les desseins d'Ardiosis Bennefoy s'inscrivaient au registre des choses qu'il préférait ignorer, et qu'il valait mieux qu'il ignorât.

Pardonnez ma venue si cela vous est possible. Je porte une missive de mon roi, Ardiosis Bennefoy, et désire m'entretenir avec votre reine de quelque urgente affaire. Mais je saurai comprendre qu'elle n'y ait pas le coeur, et attendrai sans rechigner que ses voeux me soient gré.

Alsyn avait parlé d'une voix calme et posée, légèrement grave, achevant de signifier à ceux qui eussent encore des doutes qu'il était un homme et non une femme. Ce qui n'était pas forcément évident, il portait d'amples habits de voyage, comme s'il avait hérité sa garde-robe d'un aïeul géant, et ses longs cheveux tombaient sur ses épaules en boucles indolentes.

Il n'était pas sûr qu'il lui soit permis de différer un entretien, la reine des nymphes eut-elle parlé en ce sens. Mais il était certain que dans une forêt perdue aux bords du monde, personne ne viendrait vérifier de quelle manière il s'acquittait de sa mission.

Alsyn se voulait compréhensif plus que compatissant, car si le malheur des nymphes l'accablait lui aussi, c'était davantage par crainte qu'elles reportent sur lui l'objet de leur rancoeur, que parce que la mort de leur reine le peinait réellement. Et Alsyn n'avait jamais compté l'hypocrisie au rang de ses défauts. Pas plus que l'impatience. Aussi attendait-il que la reine daigne lui faire savoir sa réponse.
Il se retint de scruter les visages qui l'entouraient. Eut-il endossé l'impolitesse de cet acte, qu'il en eut mesuré toute l'inutilité, il ne connaissait pas les traits de la nouvelle reine, et il était bien trop dangereux de prêter la couronne à quelque dame de sa suite.
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MessageSujet: Re: Au nom d'Ardiosis Bennefoy   Mar 3 Juin 2008 - 13:17

Après-midi du 2ème jour,
9ème Semaine de l'An 835


Le soleil venait tout juste d'entamer sa chute vers l'horizon qu'un élan de murmures secoua le palais tout entier. Partout où ses pas le conduisaient, Epsilon pouvait entendre les servantes de la Cour parler d'un messager venu de l'est aux portes du palais. Était-ce seulement envisageable ? Au vu des derniers temps, oui. Il y avait fort à croire que l'ordre du monde était entrain de changer. Il fallait néanmoins qu'il ressente cette présence à défaut de pouvoir la voir de ses propres yeux. C'est donc d'un pas décidé mais toujours aussi noble que le conseiller royal s'engouffra à travers le dédale interminable de couloirs qui nourrissait le palais tout entier. Arrivé dans l'artère principale qui servait de grand hall d'entrée, il fut rejoint par une de ses homologues qui l'informa d'une présence humaine dans la Salle du Conseil. Epsilon ne perdit la moindre seconde, il s'inclina respectueusement devant son interlocutrice puis s'éclipsa aussi vite qu'il le put, direction la Salle du Conseil. Une fois sur place, il put ressentir cette effluve singulière, cette chaleur particulière que le corps humain laissait toujours dans son sillage. Un émissaire d'Yswllyra très probablement ou peut-être un homme perdu ? Car il n'y avait aucun doute sur le fait que l'individu en question était de sexe masculin, une femme aurait sans hésitation laissée un parfum plus raffiné. Une servante s'approcha alors et lui glissa à l'oreille les premières paroles que l'individu prononça en arrivant dans la salle. Il se disait porteur d'une missive du roi Bennefoy et semblait à même d'attendre qu'on puisse le recevoir. Ces informations indiquaient clairement au Demi Nymphe que cette missive n'était pas d'une urgence réelle mais qu'elle avait toute son importance pour que son porteur se tienne prêt à attendre le temps qu'il faudrait pour être reçut. De ce fait, Epsilon demanda à la servante de prévenir immédiatement la reine par le biais des gardes royaux. Une fois partie à sa tache, le conseiller s'avança à la sienne, jusqu'au centre de la vaste salle. Dans le tintement atypique de ses chaussures sur le marbre fleuri, il s'avança noblement vers son invité, car ainsi devait-il le considérer malgré la neutralité proverbiale qui subsistait entre les Nymphes et les autres peuples.

Une fois à sa hauteur, il s'inclina poliment et laissa ses bras tombés le long de son corps. Un silence troublant s'installa le temps de quelques instants. Le temps qu'il fallut au conseiller pour choisir son approche. Un léger courant d'air traversa alors de part en part la vaste salle. Ce qui eut le don de faire osciller sensiblement la chevelure blanche aux reflets vermeille du Demi Nymphe. Son visage tout entier dissimulé derrière son masque argenté, il déboutonna les manches de sa longue veste et se présenta de manière très simpliste à l'envoyé du monde des Hommes.

« Je me nomme Epsilon Dulce et suis le conseiller de la reine Alphaïde »

Cette courte présentation faîtes, Epsilon contourna l'homme et s'avança de quelques pas vers le trône. Les bras croisés dans son dos, il agença quelques pas gracieux en réfléchissant à la manière d'appréhender cette rencontre et surtout la nouvelle que pouvait contenir cette missive. Le royaume des Nymphes n'avait plus reçut d'émissaires humains depuis si longtemps que même au temps de sa mère, Epsilon ne savait si un seul représentant de cette race avait osé le voyage. Cela n'empêchait rien au fait que les Nymphes étaient tout au fait des rumeurs sur leur roi. Le temps n'ajoutait rien au charme de cette venue puisque le ciel s'était étrangement voilé depuis le début de la semaine. Fallait-il y voir un présage de mauvais augure ? Très peu pouvaient l'affirmer mais pourtant le doute subsistait. En plein coeur de l'affaire se trouvait Epsilon dont l'attention semblait plus que jamais braquée sur les faits et gestes de l'émissaire. Même s'il lui tournait momentanément le dos, il pouvait percevoir son souffle étonnement régulier comme si aucune peur, aucune crainte ne semblait l'occuper. Une attitude bien calme pour un voyageur unique en son genre. Ne voulant sauter aux conclusions peut-être trop hâtivement, le conseiller royal pivota sur ses talons et revint vers l'émissaire d'un pas toujours aussi gracile. Arrivé à sa hauteur, il se tint bien droit et lui demanda de cette voix noble et doucereuse à la fois :

« Veuillez me pardonner, mais quelle genre de missive peut amener un Homme à braver les frontières de ce royaume inviolé ? Il n'est guère coutume d'apercevoir un représentant des Hommes par ici. Encore moins pour porter le message d'une Cour qui ne s'est jamais souciée de notre peuple »

Immobile, attentiste, Epsilon attendit une réponse qui déterminerait très probablement le comportement à adopter en proportion de la nouvelle annoncée.
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MessageSujet: Re: Au nom d'Ardiosis Bennefoy   Mar 3 Juin 2008 - 17:28

Ma...ma...majesté, il est arrivé, il est dans la salle du conseil..., le sieur Dulce aussi...ils vous y attendent... oh c'est horrible...

Alphaïde regardait médusée la petite nymphe. Elle était arrivée en trombe dans ses appartements, avait lâché (et haché) son message et tentait maintenant de reprendre son souffle. Un message d'ailleurs pas très clair auquel la reine n'avait pas compris un traitre mot. Apparemment, quelque chose d'affreux était arrivé dans la salle du conseil, le conseiller Dulce et ladite chose l'y attendant. De deux choses l'une : soit la petite servante avait mangé quelque chose qui était mal passée, soit l'émotion rendait la délivrance du message plus que floue. Alphaïde opta dans un premier temps pour la seconde hypothèse et tendit un siège à l'essouflée.

Houlà, du calme jeune nymphe. Assied-toi. Là.
Alors qu'est-ce qu'il se passe ? Qui est arrivé dans la salle du conseil ?


La petite commençait à retrouver une respiration normale et le rouge lui descendait un peu des joues. Pour un court instant. A peine la reine eut elle posé sa question que la jeune nymphe s'anima de nouveau.
Elle vaquait à ses occupations non loin de la salle du conseil quand il était arrivé. Puis, elle avait croisé le conseiller Dulce qui lui avait demandé de faire prévenir la reine par un garde royal. Mais terrorisée par la seule idée de leur présence, la petite nymphe avait jugé plus prudent de laisser les gardes là où ils étaient et de porter le message elle-même. S'en est suivi une course à travers les couloirs et escaliers du palais qui avait épuisé la messagère. Ce qui l'avait amené sur un tabouret, dans les appartements de la reine.

Hum je vois... Non en fait je ne vois pas : qui est arrivé ?

L'émissaire humain Majesté. Il dit qu'il veut s'entretenir avec vous au nom de son roi, qu'il comprend que vous n'ayez peut-être pas le coeur de recevoir et qu'il attendra le temps qu'il faudra.

Ah. Un homme.

Le front d'Alphaïde se plissa. Alors comme ça, il était arrivé ce messager que l'on attendait sans l'espérer. Et il semblait disposé à attendre le Ragnarok si il le fallait pour être reçu. Ah oui, et il comprenait que la reine n'ait pas le cœur à traiter d'une affaire urgente, et au vu du commanditaire, d'une affaire capitale. Car Alphaïde ne pouvait s'imaginer Ardiosis Bennefoy envoyer ses messagers aux quatre coins du continent pour simplement féliciter les nouveaux monarques, ou quelques ronds de jambes de ce style. Et pourquoi pas inviter tout le monde à une grande fête pour célébrer l'évènement aussi ?

Bref, quoiqu'en pense le messager, il allait être reçu, et pas plus tard que maintenant. Enfin, le temps pour Alphaïde de rejoindre la salle du conseil.


La reine ne dévalant plus les escaliers comme au temps insouciant de son enfance, le messager dû se contenter encore un temps de la compagnie du conseiller Dulce.
Du conseiller et d'une partie des dames de la Cour. C'est ce qu'Alphaïde put constater à son arrivée dans la pièce. Elle fit un léger signe de tête dans leur direction, gratifia son conseiller d'un salut plus prononcé tout en se dirigeant vers son trône. Ce n'est qu'une fois assise qu'elle posa les yeux sur l'envoyé des Hommes. Un instant, elle le fixa, sans un mot. Cherchait-elle à percer le secret de son âme à travers le bleu de ses yeux ? Peut-être mais le messager restait insondable. Alphaïde mit alors fin au silence qui régnait.

Soit le bienvenu sur nos terres, messager.
J'ai cru comprendre que tu voulais m'entretenir d'une affaire urgente qui pouvait néanmoins attendre mon bon vouloir ? Alors dis-moi, à moins que la présence de mes dames ne te gêne, pour quelle raison le seigneur Bennefoy t'a-t-il fait traverser le continent ?
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MessageSujet: Re: Au nom d'Ardiosis Bennefoy   Mar 3 Juin 2008 - 19:08



Alsyn s'inclina en réponse au conseiller de la reine.
Le silence s'installa, il ne le rompit pas. Il avait, il y a des années de cela, appris à ses dépends que le silence n'était pas un mal, et qu'il pouvait parfois s'avérer éloquent, ou tout du moins poli et respectueux.

Le courant d'air le dérangea à peine plus que les regards rivés sur lui. Alsyn n'était pas insouciant à proprement parler. Et s'il était si confiant en cet instant, c'est qu'il savait évaluer à sa juste le valeur le danger encourru. Et son instinct lui disait, qu'en ces lieux, au milieu des nymphes, il avait moins de chance de périr qu'endormi dans son lit à Yswllyra.
Il gardait néanmoins les yeux baissés, ne désirant pas que les nymphes voient dans son attitude hardiesse et arrogance.

Alsyn profita de la présentation d'Epsilon, pour observer plus attentivement ce dernier et assouvir sa curiosité. Avait-il conscience des rumeurs qui courraient sur son compte? Certainement.
Mais même s'il portait bien cet étrange masque dont parlaient les rumeurs, Epsilon n'en demeurait pas moins étrange aux yeux d'Alsyn.

Je me nomme Alsyn, et suis honoré par votre accueil.

Il se doutait bien que ses hôtes se souciaient comme d'une guigne du nom d'un émissaire envoyé par les hommes. Mais il avait été éduqué de telle sorte qu'il accordait de la puissance aux noms, et qu'il était politesse de ne pas maintenir des hôtes distingués dans l'ignorance.

Voir le conseiller déambuler d'un pas lent, perdu dans ses pensées l'étonna tout autant. Mais il s'abstint d'en sourire. Sur son visage serein, rien d'autre ne se lisaient que de placides pensées suivant leur cours comme une rivière paisiblement endormie dans son lit.

Epsilon finalement, tourna les talons pour se rapprocher d'Alsyn.

Etrange que vous me disiez cela. Vous n'êtes pas vraiment des leurs, pourtant?

Je comprends votre étonnement, répondit Alsyn.

Car à dire vrai, il n'est qu'un faible reflet du mien.

Il ne m'appartient pas de juger de la pertinence des messages que l'on m'ordonne de livrer.
Si ma présence en ces lieux vous fait figure d'affront, veuillez pardonner mon ignorance. Car il n'a, de mémoire d'hommes, jamais été interdit de franchir l'orée de la forêt d'Ellendwraï.


Interdit non, mais je commence à saisir toute la démence de la manoeuvre.

Qu'il fut encore en vie, il se l'expliquait tant bien que mal, par le fait que sans doute, quelque puissance se sentant dépérir d'ennui, avait décidé de le prendre sous son aile.

Pardonnez aux Hommes, d'être prompts à changer de roi et d'us au fil des siècles, et de paraître aussi changeant qu'un ciel d'automne capricieux.

Il s'abstint ainsi, par de polies tournures de phrases, de préciser que jusqu'à ce que cette mission lui soit confiée, il doutait fortement qu'Ardiosis se soucia des nymphes.

Alsyn s'était depuis longtemps fait à l'idée que l'impatience était l'apanage des puissants et des êtres immortels, et qu'au commun des mortels dont il se faisait l'humble représentant, il appartenait d'être patient. La reine des nymphes entrant dans les deux catégories sus-nommées, il fut même supris de la voir arriver aussi vite.

Qu'elle ne le salua pas avant de s'être assise sur son trône, voilà qui arrangea grandement Alsyn, il était ainsi sûr d'échapper à toute méprise, les nymphes n'étant pas réputées pour faire ce genre de plaisanterie. Jord n'avait jamais eu l'humour piquant et parfois mortel de Loki.

Il soutint sans peine le regard de la reine. Quel danger dans l'opale de ses yeux, dans l'éclat sombre de ses prunelles?
Il ne le vit bien qu'après, lorsqu'elle eut pris la parole, et troublé par le regard de la reine, il fut bien en peine de saisir le sens de ses propos. Il avait le sentiment étrange qu'une partie de son esprit avait chercher à le fuire, comme si en détachant son regard de lui, la reine aurait pu lui arracher une partie de lui même.
Il chassa bien vite une telle idée de son esprit, qui a elle seule pouvait déchirer le fragile voile de sécurité qu'il s'était vu tisser en ces lieux.

Il remercia poliment la reine pour son accueil, et se présenta de nouveau. S'il avait eu affaire à ses semblables et non à des nymphes, il aurait vu une grinçante ironie dans un tel accueil, mais la nature même des nymphes interdisaient qu'on les suspecta d'une telle hypocrisie.

Ne vous méprenez pas sur mes propos. L'urgence n'est que relative, ainsi que toute chose. Vos dames ne me dérangent pas.

Et c'était vrai, si le poids des regards avaient pu le clouer au sol, il aurait fait menuisier et non messager.

Mon seigneur, Ardiosis Bennefoy, désire convier ses loyaux vassaux à Yswllyra, au dernier jour de cette semaine.
Voilà la seule raison de l'urgence, j'aurais été gêné de vous remettre un tel message dans une semaine.


Le messager avait retrouver son assurance, et s'exprimait d'une voix claire.

A dire vrai, attendre votre bon vouloir n'était que de mon fait, expliqua-t-il, embarassé.
Et sauf votre respect, mon seigneur se dispense de justifications, lorsqu'il s'agit d'expédier ma personne à l'autre bout du continent.
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MessageSujet: Re: Au nom d'Ardiosis Bennefoy   Dim 8 Juin 2008 - 17:30

Le prélude de la partition comprenait quatre temps. Deux classiques : remerciements et présentation ; deux plus adaptés aux circonstances : l'urgence du message à relativiser et l'indifférence face à la présence de la suite. C'était court, rythmé. Peut-être était-ce dû au léger trouble qui avait un instant froissé l'azur de ce regard humain. Discret, fugace. A tel point que la reine douta même de l'avoir entr'aperçu. Mais si trouble il y eut, il se dissipa rapidement au fur et à mesure que l'humain délivrait son message.

Le cœur d'Alphaïde manqua alors un battement. Une demi-seconde, elle eut l'impression que tout s'arrêtait : le temps, la vie... Puis, son cœur rebattit la mesure, sa respiration reprit son cycle. Cela s'était-il remarqué ? Elle n'aurait su le dire. Le messager continuait un discours que la reine n'écoutait que distraitement. Des questions autrement plus urgentes se pressaient dans sa tête.

Le seigneur Bennefoy les invitait, si cela était une invitation, dans sa cité impériale. Pourquoi ? Après un sextuple assassinat, quel intérêt avait-il à récidiver ? Cela n'apaiserait en rien les tensions naissantes, bien au contraire. Les honnêtes gens ne manqueraient pas de s'écrier haut et fort contre cette violation de l'hospitalité. Il perdrait toute crédibilité aux yeux des personnes pour qui il en possédait encore. Car enfin, on peut ergoter longtemps sur la légitimité d'occir des souverains venant vous déposer, mais dans le cas présent, la discussion était nettement plus tranchée : qui pourrait justifier qu'un hôte fasse passer ses convives de vie à trépas selon son bon vouloir ?

Alphaïde ne tenait pas Ardiosis Bennefoy pour si fou. Qu'un des souverains se foule seulement une cheville pendant son voyage vers la terre des humains et le continent entier gronderait son Seigneur. Oui, le séjour à Yswllyra s'accompagnerait d'un retour. Assurément.

La jeune reine savait qu'un jour où l'autre, Ardiosis chercherait à savoir qui seraient ses alliés et qui seraient ses ennemis. Elle avait simplement pensé que le Seigneur nordique utiliserait pour ce faire sa chancellerie. Au lieu de cela, il avait décidé que ce serait face à face que les alliances se noueraient. Ardiosis savait qu'il serait tellement plus difficile de lui dire non dans le blanc des yeux que par courrier interposé.
D'ailleurs, que lui dirait-elle, elle ? Sa position dans la guerre qui s'annonçait était prise. Mais face à l'imposante présence du seigneur Bennefoy, la tiendrait-elle ?

Malgré ce doute, Alphaïde pensait sa position plus défendable si elle l'exposait elle-même.
Refuser, même en termes choisis, n'était-ce pas déjà choisir son camp ? Les humains prendrait ce refus au mieux comme un aveu de lâcheté, au pire comme un acte de trahison. Dans les deux cas, il ne se gênerait pas pour considérer le Bois sombre comme quantité négligeable et l'envahir quand bon leur semblerait.
Présenter sa position de visu, c'était bien sûr prendre le risque d'essuyer la colère impériale, mais c'était surtout le meilleur moyen de la faire accepter. Et l'occasion de rencontrer cet homme qui faisait et ferait encore longuement parler de lui.

Plus elle réfléchissait, plus la nécessité de rencontrer le maître du Gwendir lui semblait évidente : il y avait plus à perdre à rester qu'à partir.

Combien de temps s'était-il écoulé entre le message et la réponse ? Elle n'en savait rien, et peu importait. En tout cas, l'assistance se tenait dans un silence pour le moins expectant. Sa décision prise, Alphaïde cligna des yeux, premier signe de vie sur sa silhouette immobile depuis l'annonce du messager. Comme une marionnette qui s'anime, elle tourna la tête en direction des grandes fenêtres : le soleil se couchait, flamboyant de ses derniers rayons. Dans un instant, il passerait derrière l'horizon et la lune deviendrait maitresse du Bois sombre. C'est donc avec le soleil que tomba la décision de la reine.

Alsyn, n'est-ce pas ? Et bien Alsyn, tu diras à ton seigneur que son invitation nous enchante et que c'est avec plaisir que nous acceptons de découvrir l'hospitalité des Humains.
D'ailleurs, la nuit tombe : à moins que tu ne tiennes à regagner ton foyer de suite, repose-toi ici cette nuit. Tu pourras faire part à ton roi de l'hospitalité des Nymphes.
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MessageSujet: Re: Au nom d'Ardiosis Bennefoy   Lun 9 Juin 2008 - 17:39




Alsyn, qui désormais évitait de croiser le regard de la reine -d'autant plus qu'il venait de lui faire preuve de l'audacieuse invitation de son seigneur-, devina bien plus qu'il ne vit l'embarras de la reine.
Sa mission, dès le départ lui avait parue malséant et déplacée, comment la reine des nymphes pouvait-elle ne pas être surprise sinon offensée par les actes d'Ardiosis?
Mais la politesse ainsi que la crainte respectueuse des yeux d'obsidienne d'Alphaïde suffirent à lui ôter toute certitude quand aux pensées de la reine. En eut-il était certain, qu'il ne se serait pas permis la moindre remarque. Il avait la langue bien pendue mais savait la tenir en présence d'une reine.

Alsyn laissa donc la reine perdue dans ses pensées, et s'égara un instant dans les siennes. Que ferait-elle? Nulle guerre n'était envisageable, aussi les jours d'Alsyn ne couraient pas grand danger. Auquel cas il aurait pris depuis longtemps la poudre d'escampette, une fois son message délivrer, plutôt que d'attendre nonchalemment, le bon vouloir de leur reine.

Qu'elle refuse, pour rester à Ellendwraï, quoi de plus naturel? Les nymphes avaient ici la paix séculaire des bois, qu'elles conservaient et entretenaient. Qu'était pour elle Yswllyra? Joyau aux yeux des hommes, il semblait à Aslyn que la grande cité n'avait rien à envier au bois sombre, selon les critères des nymphes.

Qu'elle accepte? Ardiosis verrait sûrement là une faiblesse. Ou une certaine force de caractère. Peut-être ne voulait-il que s'assurer que les nymphes restaient égales à elles-mêmes. Aslyn ne savait pas trop. A ses yeux les humains et les nymphes n'avaient nul bénéfice à tirer de leur présence mutuelle, aussi lui était-il difficile d'imaginer quel intérêt y voyait son seigneur. Surtout que si jamais guerre devait surgir, elle ne viendrait pas du bois sombre.

Mais le messager arriva bien plus vite que la reine à court de question. Pour la simple et bonne raison, que son avis important peu, il renonçait facilement à s'apesantir sur des événements à venir dont il ne serait qu'un impuissant témoin.

Il attendait avec une patience qui l'effroya. Il avait le sentiment que le temps s'écoulait sans qu'il n'en suive la course. Sauf que lui, ne vivrait sûrement pas aussi longtemps que les nymphes qui l'entouraient. Et il avait la désagréable sensation qu'il aurait du faire plus grand cas du temps qu'il perdait en ces lieux. Quitte à n'en faire part à personne, comme l'exigeait son rang.

Il vit la reine s'agiter, mais gardant les yeux résolument légèrement baissés, il attendit un instant de plus qu'elle prit la parole.

C'est un honneur pour moi que vous preniez la peine de retenir mon nom. Je ferai part de vos paroles à mon seigneur, sans en oublier aucun mot, soyez en assurée.
C'est avec plaisir que j'accepte votre hospitalité. Même si je n'ai pas besoin de cela pour assurer à mon seigneur que l'accueil des Nymphes est à la hauteur de la bienveillance, de la noblesse, et de la splendeur que leur prêtent les contes.


Une ombre fugitive passa dans ses yeux d'eau claire, qu'il dissimula en s'inclinant devant la reine, espérant de tout coeur qu'elle y verrait là le regret qu'il éprouvait à devoir bientôt s'éloigner des merveilles de sa cour.

Et j'implorerai Loki, de ne pas démunir Ardiosis de ce qu'il lui reste d'honneur...
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