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 [chez la guérisseuse - Libre]

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MessageSujet: [chez la guérisseuse - Libre]   Jeu 3 Juil 2008 - 19:30

Citation :
An 835, neuvième semaine.
Jour 2, milieu de matinée.

Le cheval marchait la tête basse, laborieusement, trébuchant de fatigue.
L’aube se levait triste sur le campement ravagé de la compagnie des mercenaires décimée.
L’étendard toujours planté de guingois flottait dans le vent jusqu’à ce qu’une main l’en arrache.
Sandrakar emporta avec elle ce dernier vestige de la compagnie ainsi que le corps inconscient de son sergent.
Elle s’éloigna dans les croassements sinistres des corbeaux aux becs ensanglantés qui faisaient des restes des soldats leur repas…les corbeaux pourpres…
Elle pressa autant qu’elle put, sans risque de la tue, sa monture épuisée. Le matin se leva et la plaine s’éveilla sous le pâle soleil. Les oiseaux chantaient et la vie reprenait le dessus, la nature insouciante des malheurs des hommes, des horreurs de la guerre, des corps étendus sans vie, le sang bu par la terre comme de l’eau de pluie.
Sandrakar poursuivit son chemin inlassablement en direction d’un proche village humain mais quand ses maisonnées de bois serrées les unes contre les autres apparurent à l’horizon, elle bifurqua vers le petit bois qui bordait le village et pénétra sous le couvert des arbres.
Monture et cavalière poursuivirent un moment sur le sentier étroit et enfin Sandrakar tira sur les rênes,
Le cheval après avoir renâcler et s’être ébrouer de surprise, resta là sans bouger, sans plus de force.
L’amazone se laissa glisser de sa monture en maintenant le corps du sergent pour le descendre à son tour.Il était brûlant, la fièvre le consumait, la plaie de son visage, rouge et boursouflée avait un vilain aspect mais au moins il était encore en vie.
L’amazone souleva le sergent et le chargea sur son épaule, transporter un homme inconscient de son gabarit n’était pas chose aisée mais elle n’avait que quelques mètres à parcourir pour atteindre la porte d’entrée de la masure de bois devant laquelle elle venait de stopper.
D’une main sans lâcher son précieux chargement elle frappa violemment du poing sur la porte de bois

Bang bang bang

Pas de réponse

Bang Bang Bang

Un raclement suivit d’un grincement l’avertirent que la maison n’était pas inoccupée et Sandrakar poussa un soupir de soulagement.
La porte s’entrouvrit.

-"Qu’est-ce que c’est ?"

Une voix d’homme mal réveillé.
Des effluves d’alcool.
La guerrière passa son pied dans l’ouverture pour empêcher qu’on ne lui claque la porte au nez

-"Je viens voir la vieille, pour un blessé"

-"Ah…entrez"

La porte se relâcha tandis que l’homme rentrait sans plus s’occuper de la femme et du blessé devant sa porte.
Il retourna au coin du feu, dans le fauteuil où il cuvait son vin.
Sandrakar cligna des yeux quelques secondes avant de s’accommoder à la pénombre de la pièce.
Elle transporta Vennegor dans la pièce à coté, la seconde et seule autre pièce de la masure. Elle déposa le sergent sur le lit et retourna à côté

-"Où est-elle ?"

Un grognement

-"Partie chercher l’eau au puits."

Le puits était en bordure du village.
Sandrakar hésita, mais elle ne voulait pas laisser le sergent seul, la tête de l’homme ne lui revenait pas. Il avait des yeux fouineurs et avides.
Elle retourna donc au chevet du sergent et entreprit de la déshabiller pour faciliter le travail de la vieille et voir s’il avait d’autres blessures que celle à la tête.
La veille femme ne tarda guère à rentrer.
Petite, voûtée, elle avait tout de la sorcière des contes pour enfants; elle portait un seau lourd chargé d’eau qu’elle amena près du feu sans que l’homme songea seulement à l’aider.
Elle ne sursauta même pas quand l’amazone parut dans l’encadrement de la porte.
Gudrun Maeralys guérisseuse de son état connaissait bien la compagnie des corbeaux pourpres.
Elle avait rafistolé plus d’un de ses membres quand c’était possible et apaiser leurs souffrances quand il n’y avait plus rien d’autre à faire.
Entre eux, ils l’appelaient la fileuse.
Elle entra donc dans la pièce sans un mot et hocha la tête quand elle vit Vennegor Morneplaine gisant sur le lit. Sandrakar posa alors une bourse pleine d’argent sur la table et elle vit luire les yeux de vieille et de l’homme. La vieille femme prit alors la parole

-"Urgue fainéant va donc à la pêche, tu feras quelque chose d’utile pour une fois"

-"Ouai ouai"

L’homme, son petit-fils ?, il y avait un air de famille dans leurs yeux trop rapprochés et avides, et leurs mentons étroits, partit vite, heureux sans doute de ne pas se voir assigner des travaux plus pénibles.

-"Et toi aussi, la belle, va donc voir dehors si j’y suis, j’vais regarder à ton compagnon mais j’ai pas besoin de toi dans mes pattes, allez ouste."

Sandrakar battit retraite à l’extérieur, c’était toujours ainsi avec la guérisseuse, elle oeuvrait loin des regards, inutile de supllier ou d'implorer, elle restait inflexible. La vie et la mort du blessé ne regardait plus qu'elle, et les dieux peut-être, une fois qu'il gisait dans son antre.
La guerrière alla voir le cheval, il avait les flancs couverts d’écume, et son pelage était secoué de longs frissons nerveux
Elle lui ôta sa selle et le bouchonna avec de la paille qu’elle trouva dans l’étable où il y avait une unique vache maigre, et lui donna avec parcimonie de l’eau et de l’avoine.
Ensuite pour s’occuper et éviter de tourner en rond à faire les cent pas, l’amazone se mit à couper du bois à l’arrière de la cabane.
Il restait juste à attendre tandis que la mort rodait.


Dernière édition par Sandrakar Ak'be le Jeu 3 Juil 2008 - 20:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [chez la guérisseuse - Libre]   Lun 7 Juil 2008 - 18:18

Citation :

Épuisé, je ferme les yeux…
Le violent coup d’épée résonne encore sur mon crane.
Le carreau d’arbalète fiché dans mon épaule me fait mal, mais ce n’est rien comparé à cette douleur sourde.
[i]La douce chaleur de mon propre sang coulant sur mon visage m’apporte un peu de réconfort.

J’entends à peine ces cris de joie...
Le bourdonnement est trop fort dans mes oreilles…
Il pulse au rythme des battements de mon cœur.

Lentement, je desserre l’étreinte de ma main sur mon arme.
Je sens la garde glisser doucement…
Mon épée… ma « Sauveuse »…
Elle tombe…

Les bras ballants, je profite une dernière fois du vent sur mon visage.
Au rythme de mon cœur qui palpite trop vite, je me vide…
De mon sang, de mes dernières forces…
Mes jambes me lâchent…
Je n’ai plus la force de tenir…

Pendant ce qui me semble une éternité, je tombe en arrière…
une chute silencieuse, lourde, sans retenue…
Allongé sur ce sol qui me parait frais, je suis bien…
Sous mes doigts, je sens les brins d’herbes qui commencent à perler leur rosée.

J’ai soif…
Il fait noir…
Je meurs seul…



Une douleur vive m’arrache à la mort.
Posé sur mon torse, un corbeau arrache des lambeaux de chairs de ma plaie.
J’ai envie de crier… de le chasser… mais je n’en ai pas la force…
Qu’on me tue ! Que j’en finisse…
j’ai mal…

Soudain, deux voix résonnent un peu plus loin…


- Regarde les bottes de celui-ci ! Elles m’iront à merveille !


- Veille surtout à ce qu’il soit bien mort, et dans le doute, refile lui un coup de pique.


Schlack !

La pique de guerre d’un des deux charognards vient se planter dans un cadavre à mes côtés.
Cela ne fait même pas fuir le corbeau…
Je voudrais pouvoir lui crier de ne pas m’oublier, et de m’achever moi aussi



- Waaah.. Mate-celui là ! Il est en train de se faire bouffer par un corbac !


- Magne toi, on n’a pas beaucoup de temps. Les troupes rebelles vont bientôt revenir, et on doit finir de s’assurer qu’aucun mercenaire n’a survécu.


- ouaiis.. ouaii…vas-y, j’arrive… …
toi, je vais te laisser crever doucement, pour que tu le sentes bien passer.


J’essaie d’entrouvrir l’œil qui me reste... voir la face de rat de celui qui me fait ça…
Ma paupière est lourde…ma vue troublée…
je ne distingue à peine qu’une silhouette, de dos… vêtue d’un tabard de l’empire…

Puis mon regard la tête du corbeau, un morceau de peau sanguinolent dans le bec.
Il me regarde avec son œil noir et rond, et pousse un croissement en plantant ses serres dans mon torse et en battant des ailes, comme s’il voulait m’arracher le cœur…
je pousse un râle…
je replonge lentement dans les ténèbres.



Est-ce donc ceci la mort ?
Une chute chaotique sans fin dans les ténèbres ?
Voilà des heures que je suis balloté, chahuté, torturé…
Chaque seconde me fait découvrir une nouvelle douleur…
Non... ceci n’est pas la mort… c’est surement l’enfer…



Enfin… ma chute est finie… de nouveau, je suis allongé…
Pas sur de l’herbe cette fois… je ressens la dureté d’une planche de bois…
Et ces effluves… qu’est-ce donc ? Des odeurs d’encens et de plantes…
une fumée âcre qui emplit ma bouche et mes poumons…
Et ces chants… litanie incessante de borborygmes gutturaux issus d’une langue impie…

Cela faisait maintenant près de quatre heures que, dans une ambiance sombre et nimbées de volutes et d’odeurs diverses, la vieille luttait pour ramener Morneplaine aux portes de la vie.

Tout d’abords, elle s’était occupée des plaies…
Elle avait grossièrement rincé à grandes-eaux son visage, puis l’avait frictionné vigoureusement à l’aide d’un linge imbibée d’alcool de plantes qu’elle distillait elle-même.
Elle se doutait que cela devait faire atrocement mal, mais elle s’en fichait bien.
De toute façon, vu l’état du sergent, on ne pourrait pas lui reprocher à elle de ne pas l’avoir sauvé…
Ensuite, elle laissa Seth, son chat, finir le travail de ce côté.
Une espèce de teigne miteuse aux crocs moisis…
Durant de longues minutes, consciencieusement, il lécha de sa langue râpeuse la plaie…
Pendant ce temps, elle s’occupa du carreau d’arbalète, toujours planté dans l’épaule de Vénégor.

Là, elle n’eut pas bien le choix…
Elle cassa, non sans mal, le court empennage, puis s’acharna à faire transpercer le carreau au travers de l’épaule.
Heureusement que le sergent n’avait pas la force de réagir pensa-t-elle. Pourtant, il était conscient de tout ce qu’il endurait, car elle le voyait tenter de réagir… mais en vain, il était trop faible.

Pour apaiser un peu les souffrances du mercenaire, et pour soulager sa propre conscience, elle leur accorda à chacun une grande rasade d’alcool aux plantes médicinales avant de continuer.
Cela faillit étouffer Morneplaine… mais au point où il en était…
Une fois le carreau passé, elle versa une grande liché d’alcool dans la plaie, qui ressortit dans une mélange carmin de l’autre côté de l’épaule. Puis jugeant que c’était suffisamment désinfecté, elle cautérisa la plaie à l’aide d’un brandon ardent.
Le sergent Morneplaine esquissa un soubresaut de douleur, signe qu’il était sur la voie de la guérison se dit-elle.

Après avoir finit de le déshabiller, elle s’occupa des divers plaies et contusions qu’il avait récolté durant la bataille. Ici un doigt retourné, qu’elle fixa avec une attelle à son voisin, là une méchante entaille à la cuisse, et quelques autres blessures qui semblaient bien bénigne par rapport à celle du visage...

Seth ayant terminé son ouvrage, la vieille examina de nouveau la blessure.
Elle écarta les chairs, et s’assura que le crane n’était pas fendu.
Heureusement non, et même si l’os gardait la trace de l’impact de la lame, il ne semblait pas fendu plus que ça.

Ensuite, elle s’attarda sur l’œil.
Là, Venegord avait eu moins de chance. Car même si le coup d’épée ne l’avait pas touché directement, le corbeau lui, y avait trouvé un morceau de choix…
Quelle misère, elle détestait faire ça ! Pourtant… elle fit ce qu’il fallait, et à l’aide d’un couteau à la lame chauffée, elle cicatrisa le nerf après avoir vidé la cavité… Ma foi, pensa-t-elle, il lui en reste toujours un autre !
Le reste de la blessure n’était qu’une entaille, certes vilaine, mais qu’une entaille.
Ce ne serait bientôt plus qu’une cicatrice.
Elle versa une dernière rasade d’alcool sur la plaie, puis entama un point de croix des plus soignés, histoire de faire en sorte que la balafre soit réussie.

Voilà… la première partie des soins étaient finies…
Maintenant, il fallait qu’elle prépare Morneplaine pour la nuit. Elle savait que s’il passait la nuit, il survivrait. Mais encore fallait-il qu’il passe la nuit…
Elle débarrassa la table des linges, compresses, et autres accessoires dont elle avait usé les heures précédentes.
Elle jeta un grand saut d’eau par terre pour enlever le gros du sang, et fit en sorte de retrouver un peu d’ordre dans cette pièce.
Puis elle alla chercher un pot d’herbes sur la cheminée, et une longue pipe en os qu’elle bourra copieusement.

Avant de l’allumer, elle déposa l’objet quelques instants pour aller chercher un autre pot, rempli d’une sorte d’encre très noire à la composition inconnue, mais surement douteuse…
Elle s’équipa enfin d’un pinceau en os finement ciselé et sculpté, dont les poils étaient faits d’après elle, de la crinière d’une licorne.
Elle alluma alors la pipe à herbe, et se mit à l’œuvre.

Tout en tirant des grandes bouffées de fumées qu’elle recrachait abondamment au visage du sergent, elle dessina des runes anciennes sur tout le corps de Morneplaine en psalmodiant des incantations dans une langue inconnue. Après une heure de rituel ininterrompu, elle avait pratiquement noirci tout le corps du mercenaire.
Elle le regarda alors longuement, avant de le recouvrir d’un linge blanc.

Puis elle sortit s’assoir sur un petit banc sous un chêne devant sa bicoque, non sans avoir emporté une bouteille avec elle.
Maintenant, il fallait être patient, et attendre pour savoir si les esprits viendraient prendre Morneplaine…
Citation :
An 835, neuvième semaine.
Jour 2, tombée de la nuit.


Dernière édition par Venegor Morneplaine le Dim 13 Juil 2008 - 19:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [chez la guérisseuse - Libre]   Mar 8 Juil 2008 - 18:09

Citation :
An 835, neuvième semaine.
Jour 2, tombée de la nuit.

Le bruit régulier des bûches qui se fendent bercent Sandrakar au rythme de ses coups de hache et de ses pensées.
Le soir commence à tomber, jetant une ombre grise et froide sur le décor. Une silhouette apparaît dans la vision périphérique le mercenaire qui s’arrête de couper le bois. L’homme revient de la rivière avec des poissons piqués sur une branche, il pénètre dans la maison.
Sandrakar pose la hache contre le mur de la masure et s’essuie les mains sur son pantalon de toile. L’amazone est en nage, les muscles fatigués et endoloris. Elle sent la sueur lui couler dans le cou, s’insinuer sous le tissu de sa chemise de lin et glisser le long de sa peau moite.
La nuit va tomber dans peu de temps, une heure à peine, les ombres s‘étirent, c’est l’heure où les chiens et loups rodent sans que l’on puisse les distinguer.

Sandrakar avait ôté son armure et son baudrier, et les avaient laissé dans la maison pour pouvoir travailler à l’aise à la maison de la vieille, autant pour s’occuper l’esprit que pour aider la guérisseuse.
Elle s’était rendu au puits près du village et avait ramené de l’eau pour les bêtes et la réserve constituée par un gros tonneau de bois qui récupérait les eaux de pluie du toit et que le peu de précipitations des dernières semaines avait asséché.
Dans l’après midi, elle s’était occupée du misérable potager aux légumes rabougris, avait aéré la terre, arrosé les maigres plantations et ramassé quelques légumes pour le repas du soir.
Sandrakar aperçut la vieille assise sous un chêne, une bouteille de gnôle à la main et se dirigea vers la partie réservée aux animaux, toute petite cabane de bois qui tenait lieu d’étable. La vache qui y logeait est morte depuis bien longtemps et l’amazone avait pu, au prix d’un peu de nettoyage, y loger le cheval épuisé. Elle apportait un sac d’avoine pour le nourrir et allait pour vérifier son état quand la faible lumière passant par la porte fut obstruée par une présence derrière elle. Une main brutale la saisit à la taille, la plaquant contre un torse râblé tandis que l’autre main lui pétrit brutalement la poitrine.

-"Alors ma jolie, viens t’amuser avec moi"

L’homme sentait le poisson et la crasse, son haleine fétide était rauque contre le cou de l’amazone.
Mais pas longtemps.
D’un cou de coude dans le foie, elle l’écarta d’elle sans difficulté et tandis qu’il était plié en deux de douleur le souffle court, elle se retourna dans un demi-arc de cercle gracieux, le saisit à la gorge et le plaque contre le mur de bois, le couteau qu’elle garde dans un étui de cuir lié à sa jambe gauche déjà en main. Elle l’observa de ses yeux froids, aux iris verts sombres et fixes comme le regard d’un serpent mortel, appuyant la lame d’acier contre la pomme d’Adam de l’homme qui transpirait abondamment à présent, osant à peine déglutir.
D’une voix posée, elle lui expliqua

-"Je vais mettre les choses au point et tu va m’écouter.
Je ne suis pas ta Jolie et si tu me touche encore, je te tue
La seule raison pour laquelle je te laisse une chance c’est la vieille sinon je t’aurais déjà tranché ce qui te tient lieu de virilité
Si tu as compris hoche la tête"


L’homme hocha la tête lentement et la lame mordit légèrement la peau de son cou.
Une goutte de sang perla.
Sandrakar le relâcha et regarda le sang sur la lame avant de l’essuyer nonchalamment sur son pantalon. La haine brûlait dans le regard que lui jeta l’homme avant de sortir à reculons, en trébuchant presque et l’amazone eut un sourire féroce.
Ses mains ne tremblèrent pas quand elle ramassa le sac d’avoine tombé au sol et l’accrocha au box, le cheval y fourra aussitôt son museau et elle le caressa machinalement, cela faisait bien longtemps qu’elle avait appris à se défendre contre ce genre « désagrément », on n’est pas femme mercenaire sans être régulièrement confronté à des hommes saouls ou brutaux voire les deux.
Sandrakar termina de s’occuper du cheval, le brossant et le bouchonnant avec de la paille tandis que celui-ci mangeait indifférent.
Elle remplit son abreuvoir d’eau et en profita pour se rincer le visage et les bras à grande eau avant de rentrer dans la maison.
La vieille était rentrée et maintenant elle était assise dans un fauteuil à bascule devant la cheminée où crépitait un feu sur lequel reposait un chaudron de fonte noire. Dans un coin de la pièce, sur un plan de travail en bois patiné, traînaient des restes des poissons et des peluches de légumes. Une bonne odeur de soupe chaude se répandait dans la pièce, l’estomac de la mercenaire se contracta, lui rappelant qu’elle n’avait pas mangé depuis la veille au soir. Sandrakar ignora cette injonction naturelle et s’approcha de la vieille femme qui dardait un regard noir et perçant sur elle, tout en bourrant une longue pipe d’herbes sèches.
Il n’y avait pas trace de l’homme.

-"Il est parti au village"

La voix sèche de la vieille fit légèrement sursauter Sandrakar. La phrase répondait tellement à sa question intérieure que l’Amazone se demanda si la guérisseuse n’avait lu dans son esprit, elle en était sûrement capable la vieille chouette.
Elle demanda d’une voix basse.

-"Comment va-t-il?"

La vieille ricana.

-"Il est en vie…pour le moment.
Cette nuit il devrait combattre les esprits des morts venus l’emmener.
Mange et va lui tenir compagnie, ta présence l’aidera…peut-être."


Sandrakar s’assit par terre près du feu et se servit un bol du ragoût de poisson mais la faim l’avait désertée.En soldat habitué aux campagnes, qui ne sait quand il aura l’opportunité d’avaler un repas chaud, elle mangea sa portion, lentement, soufflant sur les gros morceaux de chair blanches qui se détachaient par lambeaux. Elle traîna un peu au coin du feu et comme le soleil se couchait à l’horizon, plongeant la pièce dans la pénombre éclairée de la lueur jaune-orangée des flammes, elle se leva enfin et gagna la chambre du sergent.
La pièce était plongée dans l’obscurité et elle alluma une bougie
Vennegor gisait étendu le dos, recouvert d’un drap blanc, le moindre centimètre de peau visible était noircie de signes cabalistiques qui firent frissonner la mercenaire.
La magie était à l’œuvre ici et cela mit la guerrière mal à l’aise, elle pouvait se battre contre des adversaires visibles de chair et de sang mais que pouvait-elle contre des esprits tourmentées et avides de vengeance ? Mais elle ne pouvait faire défaut au dernier membre de la compagnie, son sergent, aussi s’assit-elle sur l’escabelle près du lit qui avait été débarrassé de son matelas et monta-t-elle la garde.
La lumière de la chandelle vacilla et Sandrakar sursauta, s’était-elle assoupie ?
La porte et la fenêtre étaient closes et pourtant un souffle d’air parcourait la pièce. Une angoisse sourde serra la poitrine de la mercenaire, elle était à présent bien éveillée tous ses sens alertes. Malgré cela elle fit un bond en arrière en se relevant quand le corps de Vennegor se tordit en une série de spasmes violent, un son rauque, surnaturel, effrayant s’échappant de ses lèvres parcheminées.
Le tabouret tomba au sol dans ce qui sembla être un vacarme assourdissant, rompant le silence pesant de la chambre.
Avant que Sandrakar ait le temps de réagir, le battant de la porte s’ouvrit et la vieille Gudrun entra d’un pas vif, presque alerte malgré les âges. Elle pointa un doigt impérieux vers le sergent en hurlant

-"Maintient-le sur le lit de tout ton poids !"

Sandrakar se jeta sur le corps du sergent et tacha de le coller au matelas tandis qu’il se débattait, empêtré dans le drap blanc qui se teinta de rouge lorsque sa plaie à l’épaule se rouvrit. Son corps se cambrait violemment repoussant l’amazone qui revenait la charge tandis que Gudrun psalmodiait des incantations gutturales à vous coller des sueurs froides dans le dos. La vieille femme sautillait autour du lit infatigable, agitant ses amulettes, le visage éclairé d’une force surnaturelle et féroce.
La lutte durait depuis une bonne heure lorsque brutalement, le sergent retomba comme une poupée de chiffon inerte sur le lit. Des gouttes de sueurs perlèrent du front de Sandrakar et tombèrent sur le visage du sergent, diluant le charbon d’une rune. Gudrun immobile au centre de la pièce semblait vieille petite, rabougrie comme une pomme séchée, vidée d’énergie.
Elle se pencha vers le blessé et refit son pansement et dit à bout de souffle

-"Ca devrait aller maintenant, oui, c’est bien…"

La vieille femme sortit de la pièce en claudicant avec difficulté.
Par la fenêtre, Sandrakar pouvait voir l’aube se lever, d’or et d’argent.

Citation :
An 835, neuvième semaine.
Jour 3, l'Aube.
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MessageSujet: Re: [chez la guérisseuse - Libre]   Jeu 10 Juil 2008 - 16:29

Citation :
Je suis seul, debout au milieu d’un lac gelé au fond d’une vallée recouverte d’un manteau de neige…
Un vent froid cingle mon visage…
La lumière du soleil bas à l’horizon qui se heurte à la blancheur immaculée du paysage, m’aveugle, et me force à fermer un œil… le gauche…
Tout est calme, aucun bruit, juste le vent qui siffle à mes oreilles…

Que fais-je ici ? Où suis-je ?
Il me semble que j’attends… je ne sais pas quoi, ni qui, mais j’attends.
Le froid commence à engourdir mes doigts, mes mains, mes bras, mes jambes.
J’ai froid, et j’attends.

Au loin, le soleil disparaît lentement derrière une montagne, plongeant la vallée pendant un cours instant dans une pénombre flamboyante de couleurs chatoyantes.
Puis, lorsque le dernier rayon de lumière se meurt derrière le sommet, la nuit tombe brusquement, tout aussi brusquement que le froid qui s’intensifie à la disparition de la dernière source de chaleur.
Je peux enfin rouvrir mon œil, et pourtant, je ne vois toujours pas plus…
J’ai froid, de plus en plus froid, quand soudain…

Tout autour de moi, la glace se fend dans un bruit d’enfer !
Des jets de lumières vives jaillissent des crevasses qui se dessinent sur la glace forment peu à peu.
Je parviens difficilement à trouver mon équilibre sur le radeau de glace sur lequel je me retrouve maintenant.

Le calme revient doucement…
En silence, les rayons de lumières se transforment en longues silhouettes vaporeuses qui commencent à voler lentement dans une sorte de ballet sur toute l’étendue du lac.
Une silhouette qui cette chorégraphie et se dirige vers moi…
Au fur à a mesure qu’elle s’approche, je distingue son visage…
Je sens mes larmes couler sur mes joues.

Maman…

La forme ectoplasmique s’immobilise à quelques mètres de moi…
Le visage doux de ma mère me sourit tendrement…
Elle me tend les bras, et m’invite à la rejoindre…
Je vais pour faire un pas, mais je me sens perdre l’équilibre.
Je ne peux pas bouger sans risquer de tomber dans l’eau.
Je regarde le tendre sourire de ma mère.

J’aimerai tant la serrer dans mes bras, elle qui est morte alors que je n’étais qu’un enfant, elle qui m’a tant manqué toute ma vie.
Elle m’invite de nouveau à la rejoindre…
Mais je ne peux pas bouger !
Alors, son sourire s’élargit démesurément dans un rire strident, laissant apparaître de longs crocs acérés !

Le rire devient si fort qu’il semble emplir toute la vallée.
Bientôt, il est repris dans une cacophonie assourdissante par toutes les autres formes qui accélèrent leur danse de mouvements saccadés !
Je me bouche les oreilles avec les mains quand soudain tout s’accélère !

La forme ectoplasmique au visage de ma mère fond vers moi dans un cri strident.
Je l’esquive de justesse, et lutte pour retrouver mon équilibre et ne pas tomber dans l’eau gelée.
Au passage, la traîne de la silhouette effleure mon bras qui s’engourdit aussitôt.

Puis toutes les autres se mettent à leur tour à façon vers moi.
Ils en arrivent de partout !
Ici, Tancrède, mon ami d’enfance, mort noyé avant son douzième printemps…
Là mon bisaïeul, sur les genoux duquel j’ai passé tant de soirée d’hiver…
Ici encore, cet inconnu, qui fut le premier homme à mourir de mes mains…
Et là, un gigantesque corbeau au visage du capitaine…
Et tous les autres…
Ils sont si nombreux à m’appeler à les rejoindre…

Mais je ne veux pas !
Je me contorsionne dans de violents gestes d’avant en arrière pour éviter leur contact morbide.
Dans ma panique, je lutte pour ne pas perdre l’équilibre.
Je ne peux pas rester plus longtemps ici, je dois bouger !
Soudain, je me tasse sur moi-même pour éviter le fils du forgeron.
Je l’avais retrouvé pendu un matin d’automne dans l’échoppe de son père alors que j’allais y chercher une commande…

Je regarde de gauche à droite pour trouver une issue…
Je n’ai pas le choix… tout autour de moi, le lac commence à s’agiter dangereusement.
Il faut agir, et vite !
Je prends mon élan, et je me propulse sur un autre morceau de glace flottant, ballotté par les flots du lac.
De nouveau, je gesticule pour retrouver mon équilibre.

J’ai la sensation étrange d’être aidé, de ne pas être seul dans cette épreuve.
Comme si une force invisible, une main bienveillante, me guidait pour éviter que je tombe…
Et puis il y a ce chant aussi, sourd et grave, qui tranche avec les cris suraigus des formes ectoplasmiques.
Il me guide vers la rive, comme un cor de brume qui guiderait un navire pris dans une tempête en plein brouillard, là où un feu allumé au sommet d’un phare ne servirait à rien…

Fort de cette aide, je m’élance de nouveau, et j’enchaîne les bonds, de plaque en plaque.
Parfois, je suis tout près de tomber, et je me rattrape de justesse au bord de la plaque, hissant difficilement mes jambes hors des ondes glaciales.
Mais aussitôt, je me redresse, et prends mon élan vers l’îlot suivant.
Et toujours autour de moi, ces morts qui rôdent et me frôlent, n’aspirant qu’à me faire tomber dans l’abysse d’un lac que je devine sans fond.

Je ne sais depuis combien de temps je lutte, ni combien de sauts et d’esquives j’ai fais pour arriver jusqu’ici…
Mais maintenant, j’aperçois le ponton qui s’avance depuis les bords de la rive du lac, là tout proche.
Je bondis jusqu’à ce qui serra sans doute la dernière étape avant de rejoindre la terre ferme.
Mais au moment où mon pied la touche, la fine plaque de glace se brise en deux.

Sans même avoir le temps de pousser un cri, je plonge dans l’eau gelée.
Aussitôt, je sens des dizaines de mains s’agripper à moi et m’entrainer vers le fond.
Le ponton est si proche ! Je le vois, je pourrais presque le toucher !
Je tends le bras en me débattant en vain pendant que l’eau commence à emplir ma bouche comme j’hurle de terreur, Je m’enfonce lentement… inexorablement…

Puis, c’est le salut !
Une main plonge dans l’eau et agrippe mon bras tendu.
Je la sens me tirer vers le haut, m’aider dans la lutte !
Cette aide mystérieuse se matérialise au meilleur moment.
Quand ma tête sort enfin de l’eau, j’aspire une grande bouffée d’air tandis que l’eau ruisselle sur mon visage.
Je n’arrive pas à distinguer le visage de celle qui met en œuvre toutes ses forces pour m’extirpe de la mort…

Je suis maintenant allongé sur le bois dur et froid du ponton.
Je tourne la tête vers le lac pour y voir les formes vaporeuses entamer une dernière chorégraphie : dans un cri infernal, elles se rassemblent toutes dans une spirale qui s’accélèrent au fur et à mesure qu’elle s’amplifie au centre du lac.
Puis soudain, tous se figent dans un immense trait de lumière qui disparait aussitôt, comme aspiré par les profondeurs du lac.
Le calme d’une longue et froide nuit d’hiver revient alors sur la vallée.

A bout de force, ma vue se trouble, mes paupières se ferment.
J’ai le souffle court. Je suis transi de froid.
Je sens une main chaude et réconfortante se poser sur mon front.
Je me laisse sombrer dans le sommeil, assuré maintenant d’être à l’abri.

Citation :
An 835, neuvième semaine.
Jour 3, Milieu de journée.

Venegor se réveilla juste avant l’heure du midi.
Il était nu, couvert d’un drap blanc taché du sang qui avait coulé de son épaule, et de l’encre qui le recouvrait presque entièrement.
Il lui fallu un moment pour trouver ce qu’il n’allait pas…
Il porta douloureusement la main à son visage, et sentit la cicatrice et les points de suture qui barraient son visage.
Il s’assit sur le bord de la table sur laquelle il était allongé.

Où était-il ? Ses pensées étaient confuses.
Il avait de vagues réminiscences des souvenirs, mais avait encore du mal à faire la part entre le vécu et l’imaginaire.
En tout cas, ses blessures étaient belles et bien réelles, et lui arrachèrent une grimace.
Après un petit moment, il parvint enfin à remettre un peu d’ordre dans ses idées, et il en vint à la conclusion que les derniers événements réels dont il se souvenait étaient la chute de la compagnie des corbeaux pourpres, et le coup d’épée qu’il avait reçu au visage.
Sur ce dernier point, il avait de bonnes certitudes !
La balafre qui barrerait son visage jusqu’à la fin de sa vie, en témoignait.

Quelqu’un l’avait donc sauvé… mais qui ?
Il le découvrirait peut-être dans la pièce avoisinante.
Il se leva difficilement, et chercha ses vêtements du regard dans la pièce.
Il découvrit à quel point il était difficile de ne voir que d’un œil…
Venegor les trouva enfin, en boule, dans un piteux état, sous le pelage crasseux d’un chat miteux qui s’était niché.
Il reconnut cette teigne de Seth, et sut alors où il était.
Il n’était pas venu si souvent que ça pourtant, mais on n’oubliait pas Seth si facilement, surtout quand on avait essayé de le caresser…

Venegor s’habilla du drap blanc, le nouant autour de sa taille, et chassa le chat du bout du pied.
Le chat cracha d’un regard sombre, mais finit par consentir à aller s’installer ailleurs.
Le sergent ramassa ses effets, marcha à pas lents jusqu’à la pièce voisine.
Il y trouva la « Fileuse », et son, rejeton.
Ils étaient attablés autour d’une soupe, silencieux.
Il avança vers la porte de sortie sans troubler ce silence.

- Il pourrait dire bonjour... et merci ! Lança l’homme la bouche pleine dans le dos de Venegor qui avait atteint le palier de la porte.

- Pourquoi ? T’as fait quoi toi ? Rétorqua la vieille guérisseuse.
La fille nous a payé pour mes soins ! Il a fait le reste.

Sans se retourner, Venegor esquissa un sourire qui se termina en grimace sous la douleur.

- Elle a dit qu’elle partait faire un tour, mais qu’elle revenait vite. Qu’il fallait l’attendre...


Le sergent hocha la tête lentement, et sortit pour se diriger vers un vieux lavoir.
Il remplit un seau d’eau claire ; qu’il se renversa sur la tête.
Il serra les dents pour étouffer un cri, et s’ébroua dans un violent frisson.
Puis, à l’aide du drap qu’il détacha de sa taille, il commença à se frictionner pour enlever toute trace d’encre.
L’eau se colorait légèrement de rouge quand elle passait sur ses blessures encore fraîches.
Du sang perlait encore un peu, mais rien d’alarmant.
Ses blessures ne seraient bientôt plus que quelques cicatrices de plus.
Et pour son œil… de toute façon, plus rien à faire…

Une fois qu’il eut finit de se laver, il rajusta le drap à sa taille, et entama le nettoyage de ses affaires.
La vieille n’y était pas allée de main morte…
Elle avait taillé une grande entaille dans sa veste, sûrement pour dégager le vêtement du carreau d’arbalète.
Il lui faudrait le réparer plus tard.

Il passa une bonne partie de l’après-midi à cette lessive.
Bien sûr, il aurait pu demander à la vieille de le faire contre quelques pièces supplémentaires, mais il avait préféré le faire lui-même.
Cela lui avait laissé le temps de repenser aux événements récents, tout en se forçant à bouger un peu.
Car il le savait d’expérience : les blessés de guerre qui restaient trop longtemps alités finissaient morts ou pire, amputés...

Il ne rentra dans la chaumière qu’en fin d’après-midi.
Il n’avait pas souffert du froid, et cela l’inquiétait un peu : il devait avoir beaucoup de fièvre.
D’un autre côté, c’était un peu normal vu son état.
Il alla étendre ses vêtements près de la cheminée pour les faire sécher, et s’installa lui même sur une chaise à côté de l’âtre.
La vieille vint lui apporter un bol en bois contenant une mixture fumante.

- Bois, tu as besoin de force. Et si tu trouves ça pas bon, c’est normal. J’ai ajouté de la poudre contre les fièvres.

Le sergent inspecta d’un air suspicieux le rata à l’odeur douteuse, puis en avala une gorgée.
Il grimaça en se demandant si la fameuse poudre était bien nécessaire pour que cela ne soit pas bon…
Puis, entre deux gorgées, tout en regardant les flammes danser, il dit ses premières paroles depuis qu’il était revenu à lui :

- La mercenaire, est-elle blessée ?

- Ah non ! Elle respire la santé, à croire qu’elle a bouffé un griffon ! Elle a passé la journée d’hier à couper du bois et à transporter de l’eau ! Elle est partie tôt ce matin, avec son cheval.
Elle m’a demandé de te montrer ça quand tu te réveillerais…


La vieille se leva et traina ses guêtres jusqu’à une sorte de buffet duquel elle ramena un paquet qu’elle tendit au sergent.
Venegor n’eut pas besoin de le déplier pour reconnaitre l’étendard de la compagnie.
Son regard se perdit un long moment sur ce morceau de tissu épais.
Quand il leva la tête, ce fut pour regarder la vieille qui lui tendait une bouteille d’alcool.
Il déclina l’offre en secouant la tête, et demanda :

- Sais-tu où est mon arme ?

- heu… non… L’amazone m’a pas laissé d’arme pour toi… Et t’en avais pas sur toi non plus quand elle t’a amené, sauf ça…


La veille désigna du menton la paire de botte de cavalier posée près du feu.
Un long poignard était rangé dans un fourreau fixé à même la botte droite.
Venegor hocha la tête lentement, puis remercia la guérisseuse.
Il s’installa du mieux qu’il put dans cette espèce de siège avec des accoudoirs, et tenta de se reposer en attendant le retour de Sandrakar.
Avant de s’assoupir, il passa un long moment à bouger lentement sa main devant son visage, pour commencer à s’habituer à son nouveau champ de vision.

Citation :
An 835, neuvième semaine.
Jour 3, fin de journée.


Dernière édition par Venegor Morneplaine le Dim 13 Juil 2008 - 19:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [chez la guérisseuse - Libre]   Dim 13 Juil 2008 - 19:13

Citation :
An 835, neuvième semaine.
au coeur de la nuit entre le jour 3 et 4

Sandrakar tenait le cheval par la longe et la jument attachée à celui-ci suivait-elle aussi.
Le chemin forestier était faiblement éclairé par les rayons de lune et les étoiles scintillantes passant au travers de la frondaison des arbres, suffisamment pour que l’amazone décide de poursuivre sa route de nuit.
Elle marchait à côté de l’imposante monture de guerre et la tenait fermement, la ramenant avec patience dans le chemin quand elle renâclait, impatiente et rebelle. Elle ne s’était pas risquée à la monter dans l’état de fatigue dans lequel elle se trouvait car le cheval dressé pour la guerre devrait vraisemblablement s’habituer à son nouveau cavalier avant de l’accepter. Elle aurait pu essayer de trouver une monture plus docile comme la jument mais la bête de guerre valait une fortune à elle seule et elle conviendrait bien à Vennegor.
Le cheval était marqué sur la croupe, marque que la guerrière n’avait pas reconnu, croissant de lune noire, pas de l’empire en tout cas, et rien qui ne puisse se maquiller au fer rouge. La jument était une bonne monture aussi, robuste et au pied sur, certainement croisée avec une race des montagnes car elle était plus petite et trapue, elle conviendrait à Sandrakar. Elle avait abandonné l’autre cheval, trop fatigué et épuisé, il ne s’était jamais remis de la chevauchée forcée que lui avait fait subir la mercenaire la nuit où elle avait ramené Vennegor chez la fileuse.

Sandrakar attacha les deux montures devant la maison de bois et après avoir tapé vigoureusement ses bottes crottées pour les débarrasser de la terre, entra. Le feu était presque mort dans l’âtre, une silhouette dans le fauteuil devant le feu se tourna dès que la porte couina sur ses gonds.
Un œil brilla dans la pénombre. Sandrakar vint s’asseoir par terre près de Vennegor sur la peau de vache étendue devant l’âtre et entreprit de raviver le feu pour pouvoir réchauffer l’espèce de ragoût que la vieille avait préparée comme dîner.
Les traits tirés de l’amazone témoignaient de sa fatigue, elle n’avait pas dormi beaucoup ces derniers jours, répugnant à laisser le sergent seul avec la vieille et surtout l’autre homme, trop longtemps. Elle tourna le visage vers le sergent qui l’observait en silence, suivant de son unique œil ses mouvements lents et précis tandis que le tisonnier fouaillait les bûches et les braises. Un bref sourire étira les lèvres pleines de l’amazone, dévoilant des blanches et régulières, surprenantes qui adoucit un instant son visage austère. En retour elle reçut un long regard intense et un sourire en coin, une compréhension silencieuse passa entre les deux compagnons d’armes, les mains du sergent reposaient sur l’étendard plié sur ses genoux..
Ils savaient tous deux qu’il n’y aurait rien de plus, ni merci ni parole de réconfort prononcé, c’était ainsi, les membres de la compagnie des Corbeaux pourpres avaient toujours su qu’ils pouvaient compter les uns sur les autres sans parole inutile, sans démonstration de sentiments.
Derniers guerriers combattant dos à dos face à la horde des ennemis s’amassant en flots de plus en plus pressant, quand l’espoir de survie est passé, quand il ne reste plus que l’honneur d’emporter avec soi le plus possible d’ennemi. Derniers carrés de vétérans contenant les soldats de l’autre armée, désignée comme cible par leur employeur actuel et qui hier ou demain pouvaient-être leurs alliés, selon les caprices des négociations et des contrats.
Mercenaires.
Elle était heureuse de voir son sergent en vie et commençant même à aller mieux, il s’en sortirait. Il avait peut-être les pommettes trop rouges et les yeux trop brillants signes de fièvres mais la vieille rebouteuse savait soigner cela et le sergent était du genre à s’accrocher à la vie.
La mort, la vieille faucheuse familière et ricanante avait ratée son heure et s’en était repartie bredouille de la cabane de la fileuse cette fois. Le sergent prit la parole, d’une voix rocailleuse mais ferme

-"Qu’as-tu trouvé ?"

Dans l’âtre les flammes se ravivèrent éclairant de lueurs orangées les prunelles verts sombres de la mercenaires, un incendie insolite dans des marécages verdoyants des jungles sub-tropicales.

Citation :
L’amazone avançait à pas feutrés.
Elle avait laissé le cheval attaché dans le couvert du sous bois à quelques centaines de mètre de là
La ville des rebelles était en vue.
De nouveau.
Elle avait le sentiment de revivre la scène des jours précédents.
Un sortie prudent du bois pour constater de nouveau que le silence avait envahit la plaine et ses alentours,
Mais cette fois la ville n’était pas désertée et à la garde de quelques soldats et femmes, non, cette fois la ville était ravagée, comme un écho au campement des mercenaires que Sandrakar avait soigneusement évité.
Elle n'avait pas voulu voir les corps de ses compagnons, en décomposition, à moitié mangée par les charognards qui devaient faire un festin morbide.
Les palissades éventrées du village fortifié rebelles dévoilaient les cabanes de bois à moitié brûlées, sauvés sans doute par la pluie d’un orage providentiel.
Des corbeaux planaient sinistrement au-dessus de la place désolée et déserte.
Sandrakar aurait pu s’en réjouir, voir ceux qui avaient tué ses camarades baigner à leur tour dans le sang aurait pu, du ?, réchauffer son cœur mais en vérité elle n’éprouvait rien, ni joie revancharde, ni compassion.
Elle s’avança à découvert et déambula dans la place, cherchant à comprendre comment ils avaient pu en arriver à ce désastre.
Les rebelles devaient attaquer plus tard et être prises à revers par les troupes de l’empire, mais celles ci étaient-elles jamais arrivées ?
Que s’était-ils passé ?
Avaient-ils été trahis et par qui ?
Les réponses se trouvaient peut-être ici.
Sandrakar déambula à travers les rues jonchées de cadavres, humains rebelles cueillis par les carreaux d’arbalètes ou les épées de leurs ennemis, figés dans des poses grimaçantes de souffrance ou de stupeur comme étonnés d’être mort.
C’était un véritable carnage, la mercenaire en avait vu des combat et des campagnes et elle avait elle-même tué nombre d’hommes et de femmes, soldat et parfois civils jouant aux héros, mais elle avait toujours tué proprement sans prendre plaisir à infliger la mort qui n’était que son métier.
Elle avait rarement vu un massacre s’enfonçant aussi loin dans le sadisme et les souffrances inutiles infligées.
Corps dépecés et démembrés, brûlure et tortures gratuites, femmes à soldats violées puis tués, elles aussi.
Brusquement l’amazone se figea à la vue d’un homme se balançant doucement au bout d’une corde, au rythme du vent capricieux. Pale, figée, les yeux exorbités, la langue pendante bleue et gonflée, elle était difficilement reconnaissable et pourtant Sandrakar la reconnut immédiatement. Le sergent Jenkin avait vécu sa dernière heure ici dans cette ville, loin de ses camarades, comment était-ce possible ?
La mercenaire fronça les sourcils et s’arrêta les pieds du sergent se balançant devant son visage. Elle dégaina son couteau et coupa la corde d’un geste vif.
Le corps s’écroula dans u bruit sourd.
Sandrakar se pencha et récupéra le pendentif de son ancien compagnon d’arme, un croc de loup attaché à un lien de cuir, petit butin négligeable, elle le fouilla ensuite sommairement mais le reste avait été pillé, même les bottes de cuir épais du sergent.
Comment s’était-il retrouvé ici, au lieu d’être avec ses compagnons ?
Sandrakar se souvenait à présent, elle n’avait pas vu son corps là bas, quand l’avait-elle vu pour la dernière fois? Plusieurs heures avant son propre départ en mission, lui semblait-il, il avait été affecté à la première patrouille de garde.
Une question la taraudait, les avait-il trahis ?
C’était difficile d’accepter cette possibilité. Le sergent faisait partis depuis longtemps de la compagnie, il n’était pas de première jeunesse, grande gueule et querelleur parfois au bord de la mutinerie mais vaillant au combat, discipliné dans l’action, sachant mener son escouade jusqu’à la mort s’il le fallait. Elle avait peine à l’imaginer en traître, et pourtant… Et s’il avait été fait prisonnier et ramené ici par les rebelles, puis pris pour l’un d’entre eux et pendu comme tel par les soldats de l’empire ?
Mais cette théorie souffrait quelques lacunes. D’abord les rebelles n’avaient pas eu l’air de vouloir faire de prisonnier, en témoignait le massacre du campement. Et deuxièmement, le sergent se balançait au bout d’une corde et non tué dans le combat.
La corde, signe d’infamie….
Sandrakar redressa la tête, il fallait qu’elle rapporte sa trouvaille à Vennegor. Elle s’éloigna du cœur de la ville et la contourna une dernière fois pour embrasser le spectacle dans son entier. C’est alors que la chance ou les dieux se manifestèrent. Dans la plaine, elle aperçut deux chevaux qui broutaient, un brun massif au chanfrein blanc, et une jument pommelée. Sandrakar se passa une main sur son visage fatigué, réfléchissant au moyen de les attraper. Elle avança doucement à découvert, se mettant dans le champ de vision des deux bêtes, sans geste brusque, si le cheval brun renâcla à son approche et hennit, les oreilles couchées, agressif, la jument, elle sembla l’attendre, attentive. Sandrakar délaissant l’étalon, se concentra sur la jument.
Elle sortit sa gourde et versa de l’eau dans le creux de sa main, l’animal approcha avec prudence, attiré par l’odeur du liquide qui lui faisait défaut et lécha la main de la mercenaire qui attrapa sa longe.
Elle emmena la jument vers la ville, et du coin de l’œil, vit le mâle suivre de loin. Sandrakar trouva une réserve d’eau et désaltéra sa nouvelle monture. Le cheval brun finit par s’approcher à son tour et plongea son museau dans l’eau de l’abreuvoir mais quand l’amazone tenta d’attraper les rênes qui pendaient sur son cou, il tourna violemment la tête pour la mordre et la guerrière ne dut qu’à ses réflexes d’éviter les dents qui claquèrent.
Finalement Sandrakar réussit à attraper les liens de cuir après plusieurs essais infructueux, et le cheval se laissa faire, peut-être trop fatigué.
C’était un cheval de guerre, à l’équipement de cuir et d’acier bien entretenu, son cavalier devait vraisemblablement être mort car personne n’aurait laissé une telle monture seule.
Sandrakar sourit, oui la chance, capricieuse, commençait à tourner de nouveau en sa faveur.

Sandrakar tira le pendentif de sa poche et le laissa tomber dans la main de Vennegor.
Les flammes de l’âtre jouèrent sur l’ivoire jaunâtre du croc avant que les doigts musclés du sergent ne se referment dessus. Il savait à qui il appartenait. L’amazone dit d’une voix basse

-"Je l’ai trouvé pendu à un arbre.
La ville des rebelles a été prise il y a deux ou trois jours par les troupes de l’Empire.
Il ne reste rien, hormis quelques baraques brûlées et des cadavres ci et là."


Un silence s'appesantit quelques secondes, pendant lequel une bûche claqua dans le feu.

-"Je nous ai trouvé deux montures…
Qu’est-ce qu’on fait …capitaine ?"


Selon les lois de la compagnie et puisque le capitaine et les deux autres sergents étaient morts, le sergent Vennegor devenait le plus gradé de la compagnie ou de ce qu’il en restait, par conséquent il en était dès à présent le capitaine.
Ainsi Vennegor ne pouvait que comprendre la situation, la compagnie des corbeaux pourpres avaient été décimées et il restait les deux seuls survivants...
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MessageSujet: Re: [chez la guérisseuse - Libre]   Mar 15 Juil 2008 - 12:58

Pour l'heure, nous allons dormir… sergent.

Sandrakar regarda Venegor un peu interloquée, puis sourit quand elle le vit hocher de la tête en souriant.
Elle comprit que Venegor avait surement un plan pour la suite des événements, mais qu’il n’était pas encore l’heure d’en parler.

Venegor s’essaya alors à un clin d’œil, ce qui eut pour effet de faire exploser la mercenaire d’un franc rire.
Il se demanda un moment pourquoi elle se moquait de lui tout à coup, avant de se rendre compte qu’il devait avoir l’air ridicule quand il tentait de cligner d’un œil quand l’autre était cousu et barré d’une cicatrice.
Il allait falloir qu’il oublie les clins d’œil s’il voulait rester crédible.
Il partit alors lui aussi d’un bon rire.
Après plusieurs jours difficiles, le calme du moment leur permettait enfin de relâcher un peu la pression.

Ils avaient perdu la seule famille qui leur restait, leurs seuls amis. Et il allait falloir comprendre pourquoi, et faire en sorte de les venger si nécessaire.
D’autres moments difficiles à venir…
Alors cela faisait du bien de décompresser un peu, et la fatigue aidant, d’oublier le temps d’un instant tout ceci.
Il accompagna la mercenaire qui s’était versé un verre d’alcool.
Ils trinquèrent… à qui ? à quoi ?... il y avait tant de bonnes raisons de le faire, des bonnes, comme des mauvaise.
Ils trinquèrent donc en silence, et retrouvèrent difficilement un peu de sérieux pendant que Sandrakar se sustentait.

Quand elle eut fini, Venegor lui lança :

Allez, je te dispense de tour de garde pour cette nuit. Repose-toi un peu, tu en as besoin.
Demain est un autre jour, et il te faudra être en forme.
Nous partons à l’aube.


Sandrakar acquiesça en silence.
Elle s’installa un lit de fortune dans cette pièce, à même le sol, près du feu.
Rapidement, ses yeux se fermèrent.
Venegor la regarda s’endormir. Elle semblait éreintée.
Avait-elle dormi un peu depuis deux jours ?
Il en doutait.
Il pensa qu’un jour, il faudrait quand même peut-être qu’il la remercie… un jour…peut-être…

Quand elle fut endormie, il ressortit le pendentif qu’elle lui avait ramené.
Il le faisait balancer doucement devant la lumière du feu.
Ainsi, Jenkin avait trempé dans cette histoire.
Après coup, Morneplaine comprenait mieux son comportement des derniers temps, et à la lumière de cette informations, les choses lui parurent plus évidentes…

En effet, c’était le sergent Jenkin et deux de ses hommes qui avaient accompagné le Capitaine lorsqu’il avait dû se rendre à la capitale impériale pour y recevoir les ordres de la dernière mission.
C’étaient aussi Jenkin et ces deux mêmes larrons qui étaient partis en éclaireur pour choisir l’emplacement du dernier campement de la compagnie, et ils avaient assuré que l’endroit était sûr…
Mais au vu de l’attaque que le camp avait subit, il était difficile de croire qu’ils n’aient pas vu les troupes et les machines de guerres cachées aux alentours. Ils savaient donc…

Jenkin les avaient trahis, et au moins deux autres corbeaux devaient être au courant.
Il avait payé le prix de sa trahison, semble-t-il lui-même trahi par ceux qui l’avaient soudoyé.
Prévenu de l’attaque, il avait dû quitter le campement au profit de la nuit peu avant celle-ci.
Il y avait fort à parier que ses complices avaient fait de même… à moins qu’il les ait tués ? Peut-être…
Mais pour aller où ?... pour rejoindre qui ?...
Venegor résuma la situation pour essayer de comprendre...

La compagnie avait été contactée par l’Empire, pour faire diversion près d’une ville rebelle en provoquant une bataille rangée.
Les troupes impériales devaient profiter de la diversion de la compagnie pour fondre sur l’armée rebelle à revers.
Ensuite, elles devaient marcher sur la ville rebelle voisine, aidées par la compagnie.
Au final, les corbeaux s’étaient faits attaquer par surprise par les rebelles, qui les attendaient, prévenus de leur arrivée.

L’Empire avait semblait-il, décidé de passer directement à l’étape deux du plan, et avait profité de la diversion du massacre des corbeaux pourpres pour marcher sur la ville.
Donc, Venegor en conclut que l’armée impériale savait que la ville serait sans défense, et savait que les corbeaux allaient être attaqués par les rebelles.

Les rebelles eux avaient été prévenus de l’attaque, et attendaient les corbeaux, en masse.
Mais ils avaient été dupés eux aussi, laissant une ville quasiment sans défense.

Et Jenkin dans tout ça… ?
Cela devenait un peu plus clair.
Il avait du être contacté par l’Empire qui l’avait convaincu de trahir sa propre compagnie.
Venegor se demanda quels arguments l’Empire avait pu trouver pour le convaincre d’une telle chose.
Toujours est-il que Jenkin avait accepté de jouer les agents doubles, et de prendre le risque de contacter les rebelles pour leur vendre les intentions de la troupe des Corbeaux Pourpres.

Les rebelles étaient tombés dans le piège, et avaient envoyés leurs troupes pour contrer un plan impérial en tendant une embuscade aux mercenaires.
Pendant ce temps, les troupes impériales marchaient sur la ville rebelle, amputée d’une grande partie de ses défenses.

Au final, Jenkin avait du être rattrapé, soit par les rebelles pour trahison, soit par l’empire parce qu’il en savait trop.
Morneplaine penchait pour la deuxième solution, car c’est celle qui collait le mieux avec le dernier fait notoire à ses yeux : pendant qu’il agonisait sur le champ de bataille, Venegor avait vu des impériaux s’assurer qu’aucun mercenaire des Corbeaux pourpres ne survivrait…
Toujours en regardant ce pendentif osciller lentement, Venegor se dit qu’il ne devait pas être loin de la vérité avec ses hypothèses.

Il s’essaya pourtant à quelques variantes de raisonnement, comme par exemple un scenario dans lequel l’Empire n’aurait pas été l’investigateur de la traitrise, et dans lequel Jenkin aurait traité directement avec les rebelles.
Mais dans ce cas, comment expliquer que la ville avait été prise ? Comment l’Empire avait pu anticiper le départ des troupes rebelles qui constituaient sa défense. Et qu’auraient fait deux hommes à la livrée impériale sur les ruines fumantes du campement des corbeaux ?
Non, cela ne tenait pas. Sa première hypothèse devait bien être la bonne.

Morneplaine savait qu’au moins deux autres corbeaux étaient au courant de l’histoire.
Restait à savoir s’ils étaient encore en vie, et si oui, où ils étaient maintenant.
Mais il commençait à se faire plus que tard, et le feu était presque éteint : il verrait cela demain.
Il se calla dans le fauteuil et ferma l’œil qui lui restait.

Citation :
An 835, neuvième semaine.
Petit matin du jour 4

Venegor fut réveillé par Sandrakar qui rangeait quelques affaires.
Le jour n’allait pas tarder à se lever.
En silence, il se leva et entreprit de s’habiller.
Il grimaça un peu au moment d’enfiler une chemise : son épaule lui faisait encore mal.

Ils étaient attablés devant un déjeuner frugal et discutait de la situation quand la vieille sortit de sa chambre.
Morneplaine avait expliqué à Sandrakar ses théories sur les événements récents, mais se tut quand la fileuse s’approcha en trainant des pieds, encore embrumée de sa nuit.
Avant même qu’elle est finie de se réveiller, les mercenaires l’avaient salué, et d’étaient rendu à l’écurie.
Une longue journée les attendait.

Venegor marqua un temps d’arrêt devant le regard ombrageux que lui lança le destrier à son entrée.
L’amazone ne s’était pas moqué de lui, et lui avait ramené une sacrée monture.
Il fallait maintenant l’amadouer.

Après quelques essais infructueux, Morneplaine parvint à s’approcher du cheval de guerre et passa un bon moment à ses côtés, afin qu’ils s’habituent l’un à l’autre.
Puis, jugeant que le moment de savoir si le destrier accepterait de se laisser monter, Venegor se lança.
D’un geste décidé et précis, il passa un pied dans l’étrier, et se hissa sur le dos de sa nouvelle monture.
Le cheval se cabra, tentant de renverser Venegor qui tira sur les brides pour s’imposer.

S’en suivit des écarts et gestes d’humeur, mais le cheval finit par se calmer peu à peu.
Et bientôt, les deux mercenaires purent se mettre en route pour la capitale impériale.

L’avantage, c’est qu’ils n’étaient que peu chargés.
Le problème, c’est qu’ils avaient tous perdu, ou presque.
Un étendard miteux, un cheval et une dague de combat, c’est tout ce qu’il restait à Morneplaine.
Quant à Sandrakar, elle pouvait se féliciter d’avoir récupérer quelques-unes de ses affaires à la va-vite quand elle était revenu au camp dévasté, mais rien de bien folichon…
Il allait falloir survivre au début, et faire avec les moyens du bord.
Mais au début seulement…

Tout d’abord, il y avait le trésor de la compagnie.
Un joli paquet de pièces d’or amassées pendant toutes ces années, que le capitaine et les sergents avaient pris soin de mettre de côté pour les temps difficiles.
Et puis Venegor avait bien l’intention d’aller réclamer son dû à l’Empire.
La compagnie des corbeaux pourpres avait effectuée plusieurs missions pour lesquelles elle n’avait pas encore été payée.
L’argent ne serait bientôt plus un problème.

Chemin faisant, Venegor expliqua ses intentions à Sandrakar.

Arrivé à la capitale, nous chercherons qui en voulait suffisamment aux corbeaux pour souhaiter l’éradication de notre compagnie.
Mais il faudra être prudent. Nous le savons, nous avons des ennemis là-bas.
Je propose que nous nous installions à la « Licorne sans tête ».
On y sera en sécurité.
Qu’en penses-tu ?
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