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 Le début du printemps

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MessageSujet: Le début du printemps   Mer 18 Fév 2009 - 9:47

Matinée,
Du premier jour,
De la onzième semaine.


Oc' se délassait comme un chat.
Entièrement nu et encore sale de la nuit d'amour qu'il venait de passer, il prenait le soleil devant la fenêtre, ouverte en grand par ses soins. La lumière de la fin de la matinée inondait le corps cuivré du jeune vagabond, qui s'étirait avec une lenteur jouissive. La vie ne se refusait pas à lui, ces derniers temps, il était bien forcé de le reconnaître. S'assouplissant avec indolence dans l'une de ces maisons bourgeoises qui jouxtaient le quartier commerçant, il profitait du manque de tendresse d'une jeune matrone et de l'absence de son mari pour dormir sous un toit. Et entre les bras jaloux d'une maîtresse chaleureuse.

Le jeune garçon avait pris la mauvaise habitude de séduire toutes les jolies femmes qui pouvaient lui offrir un foyer pendant les longs séjours d'hiver qu'il passait loin des forêts de son Totem. Jouant de son sourire enjôleur pour qu'on lui ouvre les portes des demeure, le petit garçon n'avait pas tardé à comprendre que l'innocence disparaissait peu à peu de ce sourire, lequel, de plus en plus, laissait place à un il ne savait quoi de désarmant qui lui ouvrait également les bras de ses hôtesses généreuses. L'hiver pouvait se montrer si cruel, et les maisons semblaient si chaudes de l'extérieur !

Mais l'hiver se terminait à présent, et l'Erastide, la frontière naturelle de la froide saison se rapprochait à grands pas. Le printemps renaissait, faisant place aux chaudes journées, aux courtes nuits et, à nouveau, au vagabondage ! Il jeta un regard exalté à son amante. Terrassée par la fatigue d'une nuit qui avait longtemps dédaigné le sommeil, il pouvait contempler son dos nu et la rondeur de ses galbes blancs. Son corps d'albâtre constrastait avec les draps pourpres (une petite fortune !) du lit qui l'avait accueilli pendant près d'une semaine. Dame Isia avait quasiment deux fois son âge. Comment un gamin avait-il pu l'hypnotiser à tel point qu'elle le garde constamment dans sa couche ? Oc', lorsqu'il errait avec les autres enfants des routes, émettait la théorie selon laquelle toutes ces jeunes mères, à qui l'on arrachait trop tôt leurs fils, cherchaient un exutoire à leur tendresse. Une tendresse qui se transformait vite en passion. Car les jeunes mères, clouées sur la croix du mariage, étaient aussi frustrées par leurs maris, qui ne restaient jamais vraiment les amants fougueux que quelques rares élues avaient pu connaître. La routine prenait le pas. Et alors Oc' venait frapper à la porte.

Alors qu'il s'était détourné de la jeune mère pour la lumière du quasi-zénith tout en faisant craquer sa nuqe avec une délection que venait renforcer l'habitude de ce petit rituel, il entendit la porte du rez de chaussée s'ouvrir en fracas et une lourde voix, pleine d'une joie vulgaire, crier.

"Isiaaaa ! Je suis rentrééé !" Le mari de Dame Isia, un itinérant, un mercier faisait sa fortune par le voyage et les absences, était, en effet, rentré. Le tumulte sourd qui s'élevait d'en bas laissait présager que les compagnons du marchand, des cousins, des frères et son fils, l'avaient suivi jusque chez, comptant sûrement sur le mari pour leur offrir un festin digne des Hommes, non pas cette tambouille que mangeaient les druides !

Une flamme dans les yeux, le regard d'Oc' s'était tourné vers Dame Isia qui s'était levé en sursaut et tentait tant bien que mal de remettre sa chevelure d'un rouge flamboyant en ordre. Cette maîtresse du foyer, pendant cette semaine de fête s'était laissé aller à une indolence coupable, se contentant du strict minimum quant aux tâches ménagères. La séduisante matrone cherchait des vêtements à mettre. Elle n'avait plus rien d'immobile, et lorsqu'elle ne tâtonnait pas frénétiquement les tas de tissus qui s'était amoncelé pendant toute cette semaine, elle jetait des regards suppliants à son amant.

Ca finissait souvent comme ça. Trop souvent, pensait Oc', qui lui adressa un regard peiné et bascula sa tête sur un côté comme le ferait un chaton cherchant quelque appitoiement de la part de son maître. L'imitation qu'il faisait de sa maîtresse était cruelle en cela qu'elle était pleine d'à propos. L'espiègle garçon n'insista pas et, entendant les lents pas du mari dans l'escalier de bois, il pressa même le pas. Se saisissant des quelques frusques qui lui appartenait, il mit tout autour de son cou et se plaça dans l'embrasure de la fenêtre.

Les deux amants s'admirèrent un ultime instant, elle dans la pénombre à moitié habillée et encore fraichement ébouriffée, lui entièrement nu, baignant dans le soleil de midi. La porte de la chambre s'ouvrit en grand, laissant apparaître un solide gaillard à la bouille joyeuse quoi que crottée par un long voyage. La figure riante de l'homme disparut.

"Eh bien ? Qu'y a-t-il ? Pourquoi me fais-tu une tête pareille ?" s'enquit le mari, étonné par le regard rempli d'effroi de sa femme. Celle-ci jeta un coup d'oeil vers la fenêtre. Le jeune vagabond avait disparu. Elle souffla sans le vouloir, tandis que son mari, ne prêtant guère attention à ce que faisait sa douce et tendre, observait d'un air intéressé le corps à demi-dénudé et la chevelure indomptée de la mère de ses enfants. "Oh... toi !" se contenta-t-il de dire tout en se débraillant avec brutalité.


Dernière édition par Awemon Ogmios Celtchar le Mer 18 Fév 2009 - 21:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le début du printemps   Mer 18 Fév 2009 - 21:10

Accroché à l'embrasure de la fenêtre, le jeune voleur se hissa d'un mouvement du bras, d'une acrobatie de son corps, sur la rembarde du toit. Se laissant délicatement tombé sur toit de tuile de la maison bourgeoise, il se gorgea un instant de soleil, fermant les yeux et se laissant aller à entendre le bruit que faisait son coeur. Ce dernier battait à la chamade, frappant comme un garde frappe sur la porte d'une auberge dont le tenancier aurait la main trop lourde quant au partage de ses deniers avec la milice. Il s'était rué hors de la chambre au dernier moment, et exécutant une pirouette périlleuse. Une glissade, une traîtrise de ses muscles, et il serait allé embrasser une dernière fois le sol pavé de l'artère marchande juste après avoir fait une chute de plusieurs mètres, tête la première.

Goûtant ainsi au plaisir de risquer tout ce qu'il avait (c'est-à-dire sa vie), il ronronnait presque, étendu sur les tuiles du toit inondé par un soleil qui promettait un printemps radieux. Rassassié de lumière, il secoua son corps leste et se maintint un instant sur le haut de son dos, se soutenant avec ses coudes. Les jambes en l'air, il plia ces dernières pour y enfoncer ses braies bouffantes et brunes. Une fois le bas de son corps couvert, il se remit sur pieds en un petit bond et contempla le vide qui l'invitait. Le zénith du soleil était là, et le trafic s'était calmé. On mangeait et on buvait, semble-t-il, à cette heure-ci.

Le jeune homme se rendit compte qu'il avait fin. Se jetant d'un saut majestueux sur le toit qui lui faisait face, il parcourut les chemins de tuiles pendant quelques minutes, s'enfonçant toujours plus au coeur du quartier commerçant. Il ne tarda pas à rejoindre, en quelques sauts et escalades de poutres, la grand-place. Si l'affluance s'était réduite, les commerçants qui occupaient, ou les fils qui remplaçaient leurs pères partis boire et se restaurer, n'en criaient que plus fort, essayant tant bien que mal d'attirer les derniers badauds. Parmi ceux-ci se trouvait une petite troupe. A la marge du marché ouvert, c'était un groupe de petits bohémiens et autres traîne-savate. La jeunesse des rues impériales prenait l'ombre sous l'un des auvents de tissu qu'offrait un marchand de fruit. Il sautilla en leur direction, descendit la façade d'une auberge à l'aide son écriteau et les rejoignit après quelques enjmabées.
"Hé, Oc'," constata l'un d'eux, un adolescent au vieux que lui mais un peu moins grand. Tout l'assemblée braqua son regard sur lui et entonna un "Hé, Oc" à son tour. On fit les salamalèques habituelles des voleurs en herbe, parla des choses qui n'en valaient pas la peine puis retourna à sa semi-sieste. Il alla, avec l'adolescent cité, voler quelques marchands et en rendre fou d'autre. Une fois sa panse pleine, il s'affala à son tour ave le reste des gamins, fixa son comparse d'un air sarcastique.
"Quoi ? l'interrogea l'autre, qui était resté debout et avait pris un air mi-menaçant mi-soupçonneux.
Quoi quoi [/i]? sourit Oc'.
"Comment ça "quoi quoi" ?" renchérit l'autre. La conversation dura ainsi plusieurs longues, très longues minutes, accompagnées par quelques provocations et un ou deux coups taquins. Ceci fait, Oc' se releva et demanda au filou si une caravane mettait le cap dans le nord, vers le royaume ombrageux.
[i]"Il y a bien une caravane, celle du vieux Diachos, affirma le comparse. Quoi tu nous quittes ?"
demanda-t-il après avoir saisi l'implicit de la question. Les gosses des rues ne comprenaient pas pourquoi Oc' bougeait tout le temps. Il était si dur de s'intégrer dans une autre ville, rejoindre une autre bande, et la plupart du temps, les nouveaux venus étaient mis en charpilles. Ils avaient beau être des marginaux, c'était de vrais bourgeois, habitués à se mouvoir derrière les murs solides de la cité ; l'idée même de traverser les portes réveillaient en eux des vieux contes sur les monstres qui peuplaient les landes et autres terres mystérieuses extra muros.

Oc' balaya la question d'un sourire, fit ses adieux à la vitesse de l'éclair et disparut aussi sec. Il n'avait pas l'habitude de s'éterniser. Et l'hiver l'avait coincé dans cette cité pendant trop longtemps. Il rejoignit la caravane dont on lui avait parlé, s'engagea comme charretier et partit en direction du mont Eray.
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