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 Singulière requête

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Ardiosis
Gwendirien
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MessageSujet: Singulière requête   Sam 2 Mai 2009 - 21:27

Semaine 11, Jour 4, Année 835
A l'aube


"Eleade."


Un murmure lâché dans le froid silence des tours. Le feu avait péri dans l'âtre, et les braises rougeoyantes ne suffisaient ni à faire refluer l'air glacial qui s'infiltrait sous les portes, ni à tenir tête aux premiers rayons qui baignaient la pièce avec parcimonie, la plongeant dans une douce pénombre aux teintes irréelles. Le vent même avait signé une trève, renonçant à faire gémir les pierres, dont les larmoiement stridents avaient tenu compagnie au roi une partie de la nuit. Seul régnait désormais le calme étouffant de l'hiver, aussi mortel et implacable que le tranchant d'une lame, et la voix qui ce jour briguait son emprise sur le crépuscule n'avait pas la chaleur d'antan, lorsque, honteux et confus, le jeune prince des Hommes osait tirer de ses songes sa tendre épousée pour le plaisir de ses bras ou juste un mot de ses lèvres.

"Eleade." répéta-t-il, sans que l'agacement ne poignit davantage que la glace.

Le sommeil de la reine, certainement plus intense que le sien, n'avait certainement plus la doucereuse candeur de celui des enfants. Sans doute avait-elle eu vent de la disparition de Telak, sans doute était-elle affectée au point de pleurer celui-là même qui n'était pas né de sa chair. S'il saluait la bonté d'âme de la reine, le roi n'y voyait pas moins une raison supplémentaire de mépriser Telak. N'ayant osé lui toucher mot de cela, retardant laconiquement le moment d'essuyer ses foudres, il doutait que l'annonce d'une récompense pour retrouver le sombre garnement ait apaisé Eleade. La reine n'était pas sotte, et avait certainement percé au clair cette démarche élégante : personne n'avait la moindre idée de l'endroit où se trouvait le jeune homme, ce qui, étant donné sa singulière prestance, s'avérait pour le moins alarmant.

"Réveille toi, soleil de mes jours, l'astre déjà t'a devancé et ma patience s'estompe..." déclara-t-il avec douceur, comme s'il n'était nul besoin d'élever la voix pour troubler l'immobilité des lieux, bercée par le souffle régulier de la reine, ou comme s'il n'avait cure de l'éveiller ou non.

"J'ai besoin de toi."
avoua-t-il sans fard, même si ces mots entre ces lèvres prenaient d'étranges tonalités, englobant un reste de passion, une amertume glaciale et une sourde plaisanterie.

Un rictus amusé naquit à ses lèvres. Il passa négligemment un bras sous les cuisses d'Eleade, comme s'il eut cherché à la dévêtir, avant d'affermir sa prise, et de, son autre main plaquée contre son dos, l'arracher à son lit. Qu'elle porta pour l'heure une chemise de nuit aussi légère que le permettait le froid assassin de leurs appartements ne semblât pas déranger outre mesure le roi, généralement si pointilleux sur les regards qui se perdaient sur les courbes de son épouse. Il n'avait d'ailleurs rien changé à son opinion sur ce point. Il cédait simplement à l'impatience, et quiconque croiserait leur route, s'il était de sexe masculin, regretterait certainement de n'être pas resté alité une heure de plus.
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Mar 26 Mai 2009 - 20:28

[Haha maintenant que j’ai bien appris à utiliser le subjonctif imparfait, je crois que tu peux constater sa présence à plusieurs endroits ;D)

Ce soir-là plus encore que les autres, une grande fatigue s’était emparée de la reine lorsque celle-ci était allée se coucher. Il lui avait suffi de s’allonger dans son confortable lit royal pour s'endormir immédiatement. Elle n’avait eu le temps de réfléchir, ce qui n’était peut-être pas plus mal… ! Rien, pourtant, durant la journée, n'avait différé de l'habitude. Comme bien souvent ces derniers temps voire même ces dernières années, elle n'avait vu son époux de la journée. Elle avait passé quelques heures dans l'endroit qu'elle préférait – le jardin – à ressasser les dernier incidents qui s'étaient imposés dans sa vie, à commencer par la fuite de son propre fils, Siran Bennefoy – elle devrait d’ailleurs être, à ce jour, habituée à de tels mouvements bousculant sa vie, elle qui ne faisait qu’en vivre en tout cas depuis sa rencontre avec son tendre et cher époux. Elle ne connaissait réellement ce que lui réservait alors le père de leur enfant et ne préférait peut-être en fait pas le savoir...! Elle se savait impuissante quant à certaines décisions qu'il pourrait prendre. Son fils avait, sans doute, commis l'irréparable. Et il était tout de même compréhensible que son géniteur lui en tînt rigueur.

Avait suivi cette séparation la mort de son mentor, Rekhôr, un homme qu'Ardiosis n'avait sans doute jamais connu. S'était-il ne serait-ce que douté qu'elle s'envolait certains soirs pour apprendre à combattre ? Si tel avait été le cas, ne lui aurait-il pas fait part de son mécontentement ? A coup sûr il n’aurait accepté qu’elle renouvelât ses escapades nocturnes. Mais désormais, cela avait pris fin. Et Eleade jugeait préférable de ne jamais en parler à son mari qui trouverait en cet aveu un nouveau sujet de dispute. Ils en avaient déjà bien assez.
Le très cher souverain des contrées nordiques avait d’ailleurs bien changé. Mais l'amour qui le liait à sa femme, lui, avait gardé la même puissance. Peut-être que toutes personnes de l'extérieur pouvaient douter de son existence-même. Mais le plus important pour Eleade était qu'elle et son mari connussent la réelle vérité. Qu'elle fût officieuse ou officielle n'avait d'importance pour elle.

Pour revenir sur les sujets qui avaient retenu l'attention de l'épouse du roi ce jour-là, la mystérieuse disparition de Telak, cet étrange jeune homme qu'elle avait eu beaucoup de mal à accepter, au début, ne l’avait laissée indifférente.

Lorsqu'elle avait émergé de ses longs songes, Eleade s'était promis de passer outre ses malheurs pour se concentrer sur des choses plus positives. Elle craignait que son moral n’en payât le prix si elle continuait à penser à de si tragiques épisodes. Il lui fallait trouver un divertissement gai. Son mari pourrait sûrement l’aider à en trouver au moins un.

***

Alors que la reine était plongée dans un sommeil sans rêve, son époux tentait de la réveiller. Mais elle y était trop profondément ancrée pour se réveiller dès les premiers appels. Elle ne sortit de sa transe que lorsque, l'impatience l'emportant, il la sépara de la chaleur de ses draps et la porta. Cette dernière action eut, bien heureusement, l’effet escompté : gentiment Eleade ouvrit les yeux. Quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver dans les bras d'Ardiosis ! Un sourire amusé naquit bien vite sur ses lèvres, remplaça l’expression étonnée qu’elle avait en premier lieu arborée. Elle déclara alors d'un ton doux:

" Que me vaut l'honneur d'être portée par le Seigneur Nordique en personne? "

Elle ne s’attendait pas à rester indéfiniment dans ses bras et se préparait déjà à ce qu’il la posât sur le sol. Elle se permit tout de même, avant qu’il ne pût même répondre, de lui voler un baiser, joignant, un court instant, ses lèvres aux siennes.
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Ardiosis
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Mar 2 Juin 2009 - 16:54

Malgré sa physionomie égale, le roi s'était attendu à la colère d'Eleade, née de l'incompréhension et de l'irritation qu'elle ait pu concevoir d'être ainsi tirée du sommeil. Il s'était emparé d'un brasier assoupi, et de ce fait, il avait jugé plus prudent de craindre la brûlure de ses indolentes flammèches plutôt que d'espérer s'en tirer à bon compte. Au lieu de quoi, le coeur de la reine s'enflammait de sentiments plus doux, et son baiser le surprit tant et si bien qu'il lui rendît en chancelant, ses pieds traitreusement empêtré dans le tapis qui jonchait le seuil de leurs appartements, succombant au désir inconscient de ne pas quitter ce nid de délices pour la froide austérité de l'observatoire.

"Un honneur, vraiment?"
répéta le roi sur un ton distrait, feignant de n'avoir pas saisi de quoi elle parlait.

Un sourire vint néanmoins envahir ses lèvres boudeuses, souvenir d'un temps où un cortège joyeux avait escorté cette même reine qu'il tenait dans ses bras jusqu'à leur couche nuptiale, les noyant de voeux de bonheur et de bénédictions. Une pensée l'attrista et l'amusa à la fois : heureusement que son mariage n'était pas à refaire, il prendrait des allures de procession funèbre, à l'image, admit-il malgré lui, du marbre glacial de l'observatoire, plus à sa place sur une stèle mortuaire que dans le palais d'un roi. Avec délicatesse, il finit par reposer Eléade au sol, prétextant l'inconvenance de leur situation lorsque les gardes les verraient. Il y avait bien des années qu'Ardiosis ne se souciait plus des regards d'autrui, mais sous ces étranges apparences, il avait de trop le pressentiment de conduire Eleade vers un dernier sommeil, avec, à défaut de voile nuptial le poids d'un froid linceul.

°La pierre n'a jamais tué...°
se répéta-t-il pour lui même, cherchant le réconfort dans le déni, la raison dans la démence, le salut dans une magie plus maligne que la nuit la plus sombre.

Des morts, sûrement pas, ou alors l'histoire avait préféré taire le nom de ceux à qui Loki refusait ses faveurs. Mais des gens, ivres de folie, croyant voir des chimères et gémissant en attendant la mort, recroquevillés dans leur demeure, il y en avait eu. Et voilà, alors qu'il connaissait les tenants et les aboutissants de l'usage de la pierre, qu'il s'apprêtait à confier au dieu démon celle qui lui était le plus cher... Peu le savait... Mais dans ce monde éphémère et complexe, qui peut jurer de ce que savent les dieux ?

Les gardes eurent le bon goût de s'incliner et de détourner le regard du passage de leur seigneur et de sa dame en tenue plus légère que ne le voulaient les bonnes mœurs.

"Eleade..."
débuta Ardiosis une fois que les vastes portes noires furent refermées derrière eux.

"Je sais de source sûre que notre fils s'est enfui de son plein gré..."


Il grimaça, la situation l'exigeait, mais il n'était toujours pas désireux d'aborder le sujet.

"...tandis que Telak a disparu sans que nous parvienne le moindre écho à son sujet."


Il évita soigneusement les yeux d'Eleade, craignant d'y lire les mêmes reproches qui s'y ancraient toujours lorsqu'il était question de Telak. Elle le haïrait sûrement pour oser passer si rapidement sous silence le sort de leur enfant, mais si Ardiosis ne s'était pas donné la peine d'écarter préalablement le cas de Siran de la conversation, elle aurait prononcé tôt ou tard le nom de son enfant...

"Peut-être que... si tu regardais dans la pierre tu parviendrais à le localiser, ou à glâner quelque information à son sujet..."
suggéra le roi, évasif, comme s'il eut voulu que l'idée pernicieuse vînt d'elle et non de lui.

Il ne lui indiqua pas la pierre, ne l'avertit en rien. Si Eleade n'avait pas été élevée en princesse des Humains, son époux lors de son règne naissant l'avait entretenu longuement au sujet de la pierre enchantée par Loki, par crainte qu'il puisse périr sans que nul ne se souvienne de la magie que recelait l'objet.
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Sam 11 Juil 2009 - 23:48



Eleade suivit son homme hors de leur chambre à coucher. Et alors qu’ils passaient devant les gardes, elle s’efforça de le rattraper pour glisser sa main dans la sienne. En même temps qu’elle effectua ses quelques pas de course, sa robe de chambre se souleva légèrement. Mais elle ne fit guère attention à ce petit détail que ferait en tout cas semblant de ne pas avoir remarqué les hommes au service du roi, en tout cas pour ceux qui tenaient à la vie… La femme royale ne fit donc point attention à l’attitude qu’adoptèrent les soldats à leur passage. Elle lui importait peu. La preuve était qu’au contraire, ils se virent entièrement ignorés. Elle avait d’autres sujets de préoccupations que pareilles futilités. Par exemple ce qu’allait lui demander Ardiosis. Tout était possible avec lui. Voilà pourquoi elle ne pouvait se faire ne serait-ce qu’une idée sur ce qu’il lui demanderait.

La démarche de la femme du roi restait souple et légère malgré qu’elle fût tout de même un peu fatiguée. Elle n’était pas encore totalement réveillée, à vrai dire…Le sommeil dans lequel elle s’était il y a d’ailleurs peu de temps abandonnée se trouvait être quelque peu trop profond pour qu’elle en émergeât rapidement.

Le Seigneur des contrées Nordiques attendit que les portes se fermassent derrière eux avant de prendre la parole…Immédiatement, les sourcils de l’interpellée se froncèrent. Pourquoi donc lui parlait-il de leur garçon ? Pour qu’ils fassent ne serait-ce qu’allusion rien qu’à son existence révélait déjà, si l’on pouvait appeler cela ainsi, l’« aspect » de sa requête. Les poings de la reine Bennefoy rejoignirent ensuite ses propres hanches lorsqu’il prononça le nom de Telak. Parler de ses deux fils, l’un biologique et enfui, l’autre adoptif et envolé, lui était sûrement désagréable. Il devait avoir une bonne raison de le faire…Et la reine allait bientôt être fixée sur laquelle.

La première pensée qu’eut Eleade lorsqu’il lui rappela l’existence de cette fameuse pierre l’amena à lui demander, alors qu’elle affichait inconsciemment une mine suppliante :


-Me serait-il également possible d’y voir notre fils ?

Elle se faisait, bien qu’elle sût que son fils pouvait très bien se débrouiller tout seul désormais et qu’il n’était plus un bébé, beaucoup de soucis pour cet enfant qu’elle avait elle-même porté. Elle ne passait pas une seule journée sans une pensée pour lui, sans que son cœur ne se permît quelques battements précipités témoignant de son angoisse. Voilà déjà quelques semaines qu’Eleade n’avait revu Siran. La reine avait l’impression de ne plus avoir vu le prince depuis bien trop longtemps. Son absence se faisait beaucoup sentir et s’avérait fort désagréable pour elle, mère aimante. Ardiosis Bennefoy ne parlait que rarement de lui. Cependant, son image revenait bien souvent dans l’esprit de la souveraine.

Les songes d’Eleade se poursuivirent vers un tout autre problème qui s’était posé au même moment que le premier : la pierre. Elle n’avait sûrement guère besoin de le dire pour que son époux le sût : elle ne portait pas Loki dans son cœur et l’idée de se servir d’un objet ayant un quelconque lien avec le dieu ne pouvait que la déplaire. Pourtant, elle savait pertinemment qu’elle ne refuserait point la demande de son mari. Pour lui, elle était prête à tout, même si sa vie devait lui être enlevée. Mais elle n’avait de soucis à se faire au sujet de ce dernier point : jamais le Seigneur Nordique ne lui demanderait quelque chose dont la conséquence serait sa mort. Elle en était persuadée. Peut-être avait-elle tort d’en être si sûre. Mais cela ne changeait rien pour elle.

Sans même chercher du regard l’objet dont elle devrait bientôt faire usage, Eleade profita de l’absence de tout autre individu pour se caler dans les bras de son conjoint, prétextant la fraîcheur de la salle dans laquelle ils se trouvaient.



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Ardiosis
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Lun 20 Juil 2009 - 10:30

Eleade avait suivi son époux sans autre protestation que ce qu'évoquait de reproches diffus ses yeux ensommeillés. Non sans quelques remords devant l'odieuse facilité avec laquelle il se servait d'elle selon son bon vouloir, il lui prit la main avec douceur.

Comme il s'y était attendu, la reine se montrât contrariée lorsqu'il mentionna le nom de leur enfant. Peut-être à la vérité l'avait-elle toujours été en s'efforçant de lui cacher? Etait-il coupable de n'y avoir pris garde ou lui reprochait-elle de ne s'en soucier que si tard ? Ou pire encore, pouvait-elle, sa reine de miel, trésor d'honnêteté et de confiance, avoir par avance déjoué le piège qu'il avait tissé ?

De ses multiples interrogations n'émergeât qu'une ombre dans ses yeux d'eau gelée, trop commune pour qu'aucun s'en étonnât. Voilà des années que les rêves et les jours du roi paraissaient plus agités qu'ils n'étaient. Mais sur un point il ne pouvait la tromper : elle avait vu l'amertume dans son regard, lorsqu'il parlait de ses fils, et, s'il lui dissimulait la colère sourde qui menaçait de l'envahir, il ne pouvait occulter ses réticences à honorer de son nom son fils indigne, et à parler de celui qui symbolisait à ses yeux l'incarnation de ses fautes à celle qu'il eut voulu pour toujours éloigner de Telak. Le laisser errer par les routes lui permettait d'assouvir ce souhait informulé, mais il se sentait responsable du sombre orphelin plus qu'il ne le serait jamais plus pour son fils renégat. Siran dès l'instant où son ombre s'était détaché de la noire silhouette effilée de la Tour n'avait plus été son fils mais son ennemi. Mais pour Telak, les choses avaient été différentes, et il craignait de voir les dieux se jouer de ce singulier enfant, qui était peut-être à ce jour le seul qu'il lui restât.

"Non."
répondit le roi avec plus de sécheresse qu'il l'aurait voulu, de ce ton sans appel avec lequel on dispense les ordres et les mises à mort.
"Non." reprit-il avec de plus clémentes intonations,
"Voilà qui ne serait pas prudent. Je ne peux te cacher n'être pas en bons termes avec Loki..."

Il grimaça.
"C'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle je ne puis me risquer à poser les yeux sur la sphère. Mais lorsque toi, qui malgré le lien et l'amour qui nous lie n'est pas mon sang, y plongera le regard, tu seras fort inspiré de n'y pas chercher celui qui à ce jour demeure la chair de ma chair, et d'attirer sur lui l'attention maléfique du dieu-démon..." l'avertit le roi, animé d'une convaincante mélancolie.

Le souverain adressa à sa tendre épouse un regard désolé, pas tant du sort de leur enfant que de lui mentir de la sorte. La vérité n'était pas si éloignée de ses dires, mais s'il avait réellement voulu retrouver Siran, ou si les jours d'Eleade s'étaient vu menacés, il n'aurait pas hésité une seconde. Telak, était un fardeau confié par le destin, un tour mesquin des dieux à son encontre, et il agissait davantage par crainte de leur courroux que par désir de récupérer un enfant dont il n'avait jamais voulu. A la vérité, il serait bien aise qu'Eleade ne vit rien dans la pierre même si le moral de sa reine dut en prendre un coup.

Il mena Eleade à la pierre, négligemment posée sur un coussin de velours sur un vaste autel de pierre. La sphère ne faisait pas l'objet de l'attention qu'elle eut réellement méritée mais elle dégageait une telle aura de malignité que déments eurent été les voleurs cherchant à s'en emparer. On disait la pierre maudite, damnée à siéger à tout jamais dans la sombre enceinte de l'observatoire, de telle sorte que le hasard le plus troublant la ramenait toujours en ces lieux, sur son piédestal de pierre gravée. On racontait que parfois, un fou déjouait la veille des gardes, et qu'on le retrouvait, hagard, scrutant jusqu'à ce que mort s'en suive la pierre lisse étourdissante.

"Après vous, ma reine"
, s'inclina Ardiosis, tournant résolument le dos au maudit artefact, sinistre héritage de ses pères.
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Mer 22 Juil 2009 - 17:49



Cette pierre n'était finalement pas si intéressante que ça. Le seul vœu de la reine étant de voir son fils qu’elle aimait et dont elle n’avait eu de nouvelles depuis bien trop de temps, elle eut bien de la peine à se montrer ne serait-ce qu’enthousiaste de rendre service à son époux. Elle ne pourrait rien tirer de ce petit service. Et bien que ce ne fût guère son but, cela ne pouvait que la déplaire. A quoi bon observer dans une pierre la place d’un personnage si ce n’était pas pour s’assurer du bien être d’un être cher ? Bien sûr qu’elle s’inquiétait pour Telak. Eleade avait, et cela était bien connu, un cœur tendre et s’avérait bien trop sentimentale. Ce n’était pas toujours un avantage. La souffrance était un sentiment que l’on ressentait plus souvent…
Finalement, Eleade Bennefoy décida d’insister un peu :

-N’y a-t-il aucune chance que je puisse voir Siran ? Même un autre jour ?

De lourds regrets pouvaient se lire dans ses yeux lorsqu’elle parla. Elle fixait son mari dans les yeux. La souveraine Nordique se mit alors en tête que si sa réponse se trouvait être négative, elle ne se gênerait pas pour venir tenter l’expérience une nuit, lorsqu’Ardiosis serait endormi. Elle ne se doutait pas alors qu’il ne fermait peut-être pas vraiment l’œil de la nuit. Et qu’elle risquait fort de se faire prendre. Mais peu importait les risques, elle était prête à les prendre si c’était pour pouvoir enfin revoir son fils. Elle se sentait prête à tout pour ressentir cette joie de le voir revenir à la maison. Car Eleade estimait que le palais dans lequel ils vivaient restaient et resteraient à jamais son foyer. L’opinion de souverain des contrées Nordiques lui importait peu quant à ce sujet-là. Elle le trouvait bien trop dur avec leur enfant. Il était tout de même son père ! Et quoi qu’il eût fait, y avait-il réellement une raison, pour un parent, de ne plus aimer son propre fils ? De ne plus l’accepter ?
Soudain, ce qu’elle jugeait être les excuses dont avait usé son mari pour qu’elle ne regardât son ou plutôt leur fils lui revinrent. C’est pourquoi, elle déclara :

-Pourquoi donc m’attirerais-je les foudres de cet ignoble dieu ? Siran ne lui a rien fait, à ce que je sache. Et moi, mis à part le détester, non plus.

Eleade savait pertinemment qu’Ardiosis avait toujours le dernier mot. Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de lutter pour que ce qu’elle souhaitait fût.
Elle se laissa mener à la pierre, qu’elle ne trouvait plus si belle. Elle avait perdu tout son charme d’est l’instant ou Ardiosis avait répondu négativement à son interrogation et maintenant qu’elle ne pouvait assouvir ses envies. La reine bailla, ce geste trahissant son, désormais, ennui devant cet objet sans intérêt. Et puis, elle était encore un peu fatiguée. Elle tenta de se motiver en pensant que cela rendrait service à l’homme qu’elle aimait. En premier lieu, elle posa l’une de ses mains sur la pierre. Elle n’avait de réel but en faisant ce geste. Mais elle avait juste envie de la toucher…Finalement, elle posa enfin ses yeux sur elle. D’abord, rien ne vint. Elle tenta d’accroître son envie de revoir le mystérieux disparu…Puis, subitement, le visage de Telak lui apparut. Surprise, la reine fit un bond en arrière. Elle ferma les yeux en respirant calmement pour reprendre ses esprits et, tenant cette fois la main d’Ardiosis, elle regarda une nouvelle fois l’objet magique. A nouveau, l’image de l’orphelin se fit attendre. Elle était prête…Et cette fois, elle ne sursauta pas. Au contraire, elle se concentra davantage pour pouvoir percevoir un maximum de chose.

[Désolée, pas rès long ... en plus, j'avais aussi la flemme de me relire, étant trop fatiguée par ma journée de travail! x)
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Lun 27 Juil 2009 - 14:24

Le Roi du prendre sur lui pour masquer son impatience. Rendant ses regards plus acérés et ses mots plus coupant, elle se muait rapidement en amère colère s'il n'y prenait pas garde, et son épouse le connaissait trop bien pour qu'il put lui cacher son humeur. Il avait toujours traité Eléade comme son égale, en dépit des convenances, et il ne gagnerait rien à la molester. Le petit peuple se plaisait à voir en elle la douce épouse recluse dans sa tour d'obsidienne, mais la reine des humains savaient se montrer plus butée qu'une mule revêche pour peu qu'elle aperçut le fil qui suspendait la carotte.

Siran. Le nom flottait dans l'atmosphère, hantant le regard accusateur et fuyant de la reine. Peut-être n'était-ce pas la vérité. Mais le prince qu'il avait été l'accablait parfois de temps de remords qu'il ne pouvait concevoir qu'il n'en fut pas ainsi. N'aurait-elle pas préféré l'avoir perdu lui plutôt que son fils ? N'était-elle pas mère, au point de préférer perdre la vie que celle de son enfant ? Il se rembrunit. Qu'importe, il faudrait qu'elle soit prévenante pour deux, il fallait qu'il retrouve trace de Telak.

"Loki est capricieux par essence. Peut-être me présentera-t-il un plus riant visage un autre jour et t'offrira-t-il fortune. Mais ce jour tu ne peux prévoir, et je ne saurais tolérer que cet objet dévora l'esprit de ma reine. Des hommes plus jeunes et plus avisés que toi y ont déjà succombé." rétorqua Ardiosis, implacable.

Il se détourna, feignant de mépriser la pierre, tandis qu'il cherchait simplement à se dérober au regard blessé de la reine. Faiblesse de femme, se tempéra-t-il. Sans parvenir à occulter ses propres regrets. Non pas pour son traître de fils, mais pour le serment bafoué, lui qui s'était promis de ne plus lui mentir, pour la peine que ses actes une fois de plus, imprimaient dans ses yeux.

"Siran est mon fils. De ce fait, le dieu-démon ne saurait lui être favorable."
répondit le monarque avec patience et cette fois avec sincérité.
"Il n'a que faire de ce que tu penses de lui, il est au-dessus de cela, sois en sûre."
ajouta-t-il sans oser ajouter qu'elle n'était qu'une femme, issue de la petite noblesse, mariée au roi des Humains et d'anéantir sa confiance en l'estime qu'il lui portait.

Il la chérissait pour ce qu'elle était, et il était prêt à renoncer à se désoler que sa cour n'en fasse pas de même pour peu que Loki oublia dans ses frasques le soleil de ses nuits. Une partie plus mesquine et plus pragmatique de son esprit souligna qu'occulter ce point dissuaderait peut-être la reine de revenir à la pierre.

Il évita tout commentaire devant l'engouement manifeste de la reine pour l'objet, qui semblait aussi déterminée à le sonder du regard qu'à se jeter du haut de l'observatoire. Il sursauta de concert avec son épouse, et, se mordillant la lèvre, ne retint ses questions que lorsqu'il la vit s'approcher de nouveau de la pierre. Les princes toujours se croient plus hauts et plus invincibles que les rois, et il se souvenait, dans un lointain passé, avoir scruté des étendues si lointaines, que l'hiver et la neige n'y établissaient pas domaine.

Observant Eleade avec intensité, il attendit que celle-ci lui fit part de ses observations, ainsi qu'il le faisait jadis de ses généraux d'armes, reconnut-il avec un sourire amusé.
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Mer 19 Aoû 2009 - 18:18

Eleade observait Telak depuis un moment lorsqu’une autre personne fut visible à ses côtés. Ce fut d'abord une silhouette floue dont on ne pouvait distinguer le visage.
Au fur et à mesure que l'image se fit plus nette, la reine sentit son cœur battre de plus en plus vite. Et soudain, il rata même un battement. La surprise qu'elle ressentit à ce moment-là ne pouvait s'expliquer. Elle en oublia même pourquoi elle se trouvait dans cette pièce et ne fit plus attention à autre chose que le visage si familier qui lui faisait face. Son fils, Siran Bennefoy, se trouvait en pleine conversation avec l'orphelin qui fugitif. Elle ne pouvait entendre ce qu'ils se disaient. Mais elle pouvait voir son fils, ce qui était au delà de ses espérances. Elle qui avait cru toutes chances de le voir ce jour-même envolées devait bien admettre qu'elle s'était trompée. Et cela pour son plus grand plaisir.

Telak arborait toujours le même visage sombre et fermé qui lui était propre. Quand ce dernier, s'il comptait le faire, rentrerait, il n'échapperait pas aux interrogations de la reine qui avait désormais tant de choses à lui demander. Et celle-ci ne le laisserait guère partir sans qu’il eût satisfait sa curiosité. Il avait vu le prince Bennefoy: il se devait donc de lui donner les informations qu'elle désirait. Ce qu'elle souhaitait le plus connaître, évidemment, était sa situation et s’il se portait bien, cela bien que ce qu’il n’y avait rien d’inquiétant dans ce qu’elle voyait dans la boule.

Le prince, aux côtés de son frère adoptif, semblait plus déterminé que jamais. La conversation qu'ils échangeaient ne devait sûrement pas lui déplaire. Elle ne le semblait pas, en tout cas. Mais que pouvaient-ils bien avoir à se dire? Eleade en voulait un peu à celui qui était l'héritier de converser avec le jeune Telak alors qu'il ne lui avait donné aucune nouvelle. Cependant, elle savait aussi qu'il ne pouvait lui en donner car la présence de son père à ses côtés l'en empêchait...

L'épouse du Seigneur des contrées nordiques savait pertinemment qu'elle ne devait s'attarder, Ardiosis attendant une réponse de sa part. Elle ne pouvait être sûre qu’il aurait la patience d'attendre encore un moment si elle se décidait à regarder Siran davantage. Mais finalement, ne pouvant se résoudre à détacher son regard de la boule, elle se laissa aller à son désir. N'ayant d'yeux que pour son cher fils qui était parti de la maison, elle observa attentivement toutes les parties de son visage, ses traits, sa bouche, ses yeux...pour ensuite observer son corps tout entier. Il était toujours le même: le désormais jeune homme qu'elle avait aimé et choyé depuis le début.

Soudain, les images s’effacèrent et plus rien ne fut visible, si ce ne fut la boule en elle-même. La reine ne pouvait s’empêcher de regretter de n’avoir pu regarder encore un peu l’être cher qui y figurait. Mais elle était déjà tellement heureuse d’avoir pu le voir un instant. Peut-être pouvait-elle le revoir en observant à nouveau dans la boule et en se concentrant davantage encore… ?
Elle ne pouvait par contre se permettre de faire attendre son mari plus longtemps. Lentement, elle se tourna vers lui. Elle se trouvait dans l’incapacité d’empêcher à un sourire qui trahissait sa joie d’étirer ses fines lèvres. Sa respiration était calme et régulière. Son cœur, par contre, battait encore trop vite comparé à la normal. Cela n’était pas seulement dû à ce qu’elle venait de voir, mais aussi au fait qu’elle craignait que, lorsqu’elle aurait avoué au roi avoir vu leur fils, il ne put contenir sa colère.

Elle se résigna finalement enfin à lui faire part de ses observations. Elle ne pourrait lui dire grand-chose sur le lieu dans lequel elle avait vu les deux jeunes hommes, ne connaissant pas l’endroit. Elle se contenterait de révéler ce qu’elle jugeait important.

-Mon amour, ce que je vais te dire va te surprendre.

Elle se permit un pas vers lui avant de continuer sur le même ton posé…

-J’ai, comme tu le désirais, cherché à voir Telak. La première chose qui m’est venu est son visage. Puis à suivi celui de notre fils, Siran Bennefoy. Il se trouve qu’ils étaient en plein conversation. Je ne peux, par contre, te dire ce qu’ils disaient : tout comme toi où tu te trouvais, c'est-à-dire à quelques mètres de moi, je ne les entendais pas.

Elle ponctua ainsi, attendant une réaction de la part de son époux.
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Jeu 20 Aoû 2009 - 20:25

La patience. L'une des rares qualités qu'on concédait encore au monarque des Humains. Lorsque partager sa compagnie n'impliquait pas encore les périls qu'on imagine, il avait coutume de répondre en riant, si on le flattait sur le sujet, qu'il s'était préparé à attendre une vie durant pour monter sur le trône. Le destin, disait-il, était fourbe, et le fil du temps se déroulait toujours trop vite pour peu qu'on y prenne garde. Ainsi était le jeune Seigneur du Nord en son temps de gloire, bien qu'il ne reconnaîtrait jamais que son apogée appartînt au passé : humble, narquois et conscient que son règne, aussi prestigieux qu'il le voulait ne serait qu'éphémère.

Non pas qu'il songeait au trépas lorsqu'il observait, le souffle coupé, le regard figé de sa reine sur la pierre maudite, même il ne souffrait pas d'attendre qu'elle en détache les yeux, certain qu'il savourerait d'autant plus de la voir revenir à la reine paisible et souriante qu'il avait épousé, celle-là qu'il revoyait toujours à l'évocation de son épouse, par son nom ou un mot, par l'écho de ses pas sur le marbre froid, par le murmure de l'étoffe de sa robe sous les brises pernicieuses.

Ardiosis demeurait immobile, animé par la certitude que rien de ce qu'il dirait ou ferait n'arracherait Eléade au spectacle qui vivait dans l'âme lithique pour ses seuls yeux. La reine se méprenait donc, en imaginant que son époux prendrait ombrage qu'elle s'attarde dans la contemplation du jouet du Dieu-Démon. Certes, chaque minute qui s'écoulait ravivait les inquiétudes du roi quant aux dangers de Söndra, mais son visage glacé ne laissait rien filtrer de ses émotions qu'elles soient nobles ou non. Ainsi, Eléade n'avait pas entièrement tort d'admettre, que son époux n'était plus exactement l'Homme qu'elle avait épousé.

La surprise se peignit sur les traits de la reine, le soulagement aussi, et le roi n'eut besoin de mots pour déduire qu'elle avait entrevu quelque chose. Un sourire victorieux planait à ses lèvres lorsqu'elle se détourna de la pierre de vision. Et peut-être au nom de la connivence qu'ils avaient partagé jadis, lorsqu'il gratifiait Eleade de ses confidences, mais il sut qu'elle l'avait vu. Peut-être refusait-il de croire la reine capable d'aimer ce qu'elle prenait pour l'enfant d'un adultère inavoué de son époux, mais il déduisit qu'elle n'aurait pu voir en Telak tel sujet de réjouissances.

"Tu n'as jamais cessé de me surprendre."
répondit le roi avec un sourire mutin, illuminant son visage blafard.

Alors qu'elle avançait vers lui, il se saisit de sa main et la porta à ses lèvres, comme il l'avait fait autrefois, lorsqu'elle n'était qu'une dame égarée et lui un chevalier errant par les chemins.

A la mention du nom de Siran, Ardiosis se redressa, une flamme gelée dansant dans ses yeux d'un bleu insaisissable.

"Siran... n'est plus mon fils."
rétorqua froidement Ardiosis comme énonçant une banalité, faisant volte-face pour ne pas voir l'indignation ou la douleur imprimer leur masque sur le visage si doux de la reine.

Que croyait-elle ? Qu'un parjure pouvait hériter de son royaume ? Que les liens du sang autorisaient à outrepasser les règles établies de ce monde ? Qu'il pouvait accueillir à bras ouverts un fils ingrat, qui ne rêverait sûrement plus que du jour où il lui transpercerait le coeur ?

Il s'abstint néanmoins de proférer ces paroles à haute voix, se contentant d'arpenter la pièce en silence, réfléchissant dès lors aux implications de cette double trahison, sans se soucier davantage d'Eleade que de la pierre de Vision.

Il savait ce qu'il voulait savoir. Regarder dans la pierre n'était pas mortel. Et Telak se rangeait lui aussi parmi les traîtres.
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MessageSujet: Re: Singulière requête   Dim 27 Sep 2009 - 11:51

Si le désir d'Ardiosis avait été d'éviter tous sujets délicats, c'était raté. Il se mettait à dire à son épouse que leur fils n'était plus le sien. Et puis quoi encore ? Oserait-il la déclarer comme n’étant pas sa femme ? Il ne le ferait sûrement pas. Ou du moins, elle l’espérait et l’idée qu’il le fît ne lui venait même pas à l’esprit. Mais alors pourquoi renier son propre fils ? Il avait beau avoir fait des erreurs, s’être allié à des ennemis de sa propre famille, il ne méritait pas l’abandon total, le refus qu’il fît parti de sa propre famille. Même si elle avait pu se douter que le roi ne pardonnerait pas de si tôt voire jamais à son fils de l'avoir ainsi trahi, elle resta pétrifiée par ses paroles, ces dernières la frappant de plein fouet. Comment osait-il prononcer de tels mots? Comment pouvait-il le faire sans que cela ne semblât l'atteindre plus que cela? Pourquoi réagissait-il ainsi?
Elle n'avait jamais cessé de le surprendre? Elle pouvait également lui retourner sa phrase: il n'avait jamais cessé et ne cesserait jamais, elle en était plus que sûre, de la surprendre. Pas que ce qu'il pensait de son fils fût ce qu’on pouvait nommer une réelle surprise. Mais elle ne pouvait s'empêcher d'être...épouvantée parce ce qu'il venait de dire. Bien que ce mot pût s'avérer un peu trop fort, il n'était pas totalement inadapté.
Une fois sortie de son état second, Eleade profita du fait que son mari lui tournait le dos pour prendre son courage à deux mains sans avoir à affronter son regard. Puis elle déclara d'un ton banal mais froid :

" Laisse-moi te rappeler que Siran est plus ton fils que l'est Telak. A moins que je me trompe...dans ce cas-là, je te prie de me corriger, Ardiosis. "

Elle qui, en temps normal, usait de surnoms affectifs lorsqu'elle s'adressait à son mari décida, cette fois-là, d'utiliser son prénom, dans l'espoir que ses paroles le percutassent davantage. Il allait, très certainement se mettre en colère. Mais la reine n'en resta pourtant pas là, risquant d'aggraver encore son cas :

" Quoi qu'il en soit, nous sommes les parents de Siran, que tu le veuilles ou non. Et nous ne sommes...ou en tout cas je ne suis pas la mère de…Telak. C'est comme ça, on ne peut changer ce qui est fait. Tu peux prétendre ne pas être le père de Siran qui porte d'ailleurs toujours notre nom, si je ne m'abuse. Cela n'empêche que c'est avec toi que j'ai eu cet enfant. Et avec personne d’autre. Tu es son père de manière physique. C’est une fatalité, c’est la vérité. "

Et bien qu'elle aurait pu encore en dire des choses, elle s'arrêta là, laissant la parole à son très cher époux. Ils avaient tous les deux eu cet enfant qui avait été la cause d'une si grande joie pour la reine qui n'en avait eu, malheureusement, qu'un. Elle qui adorait les enfants aurait volontiers mis un ou deux autres filles ou garçons au monde. Cela ne lui avait pas été offert… Quelle tristesse que le seul héritier eût décidé de se sauver et de se battre contre son père lui-même. Quelle déchirure cela avait engendré en Eleade Bennefoy qui avait aimé son fils avant même sa venue au monde. Cet amour ne suffirait pas à l'arracher des bras de l'homme de sa vie qu'elle ne quitterait pour rien au monde. Mais elle savait pertinemment que des morceaux d'elle-même lui manquait, s'était détachée et risquait de ne plus jamais se recoller. Quoi de pire pour elle que de voir les deux êtres les plus chers de sa vie se détester?
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