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 Un dîner mouvementé [Arvaël *]

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Idril Calafas
Souveraine Colérique
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MessageSujet: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Ven 28 Aoû 2009 - 21:27

Quatrième jour, douzième semaine
Début de soirée



La journée avait été quelque peu éprouvante pour la jeune femme qui s’était assoupie dans un fauteuil aux teintes crème, disposé près d’une large cheminée de marbre où crépitaient quelques flammes paresseuses. Tout ne s’était pas déroulé comme elle l’aurait souhaité, et tout particulièrement lors de la réunion avec son Conseil, elle avait dû reconnaître que ses propres idées n’étaient pas des plus adaptées à la situation. Force était de constater que son inexpérience lui jouait quelques tours parfois, bien qu’elle réussissait à s’acquitter honorablement de sa tâche. Surtout si l’on prenait en compte le fait qu’elle était la plus jeune personne du Gwendir à porter la couronne. Idril faisait des erreurs et elle en ferait encore, c’était inévitable. Le poids de la royauté pesait lourd sur ses frêles épaules, mais elle s’évertuait à ne pas montrer à son entourage qu’elle se sentait épuisée. Le deuil de sa mère n’avait pas pu être fait correctement, son devoir l’accaparant beaucoup trop pour qu’elle puisse se laisser aller à son chagrin. Et l’absence de Morzan, lui aussi monopolisé par sa tâche, ne faisait qu’accentuer cette impression de fatigue et de lassitude qu’elle éprouvait quand elle se retrouvait seule. Face à ce fardeau psychique, elle sombrait souvent dans un sommeil léger et agité, perturbé par des rêves troublés. Ce fût ainsi qu’elle se retrouva recroquevillée dans son fauteuil, la tête ballante et les mains serrées sur ses genoux. Elle sursauta violemment lorsqu’une domestique vint la réveiller pour la préparer pour le banquet du soir, auquel plusieurs nobles importants avaient été conviés par la Reine elle-même ou par une connaissance relativement influente à la Cour.

Idril troqua sa robe pourpre aux rubans crème contre une toilette plus élaborée ; une robe longue et large, faite dans un tissu couleur lapis-lazuli et orné d’étoffes écrues pour le corset et le devant du jupon. Le corset, sophistiqué et décoré de dentelles fines et travaillées, mettait en valeur les formes généralement peu généreuses de l’Amazone, chose rare et peu appréciée par la suzeraine. La forme de la robe était telle que ses épaules n’étaient pas recouvertes par du tissu, ce qui accentuait la beauté de la jeune femme. Ne voulant pas déroger à ses habitudes, mais possédant tout de même un sens esthétique aiguisé, elle réajusta la chaîne portant son médaillon d’émeraude, de sorte que le bijou ne soit pas visible mais bien présent autour de son cou. Ses cheveux, préalablement peignés avec délicatesse par sa femme de chambre, furent élégamment ramenés en un chignon travaillé d’où s’échappaient quelques mèches rebelles, conférant un charme naturel au portrait de la reine. Puis après avoir été parfumé à l’aide de fragrances florales boisées, elle sortit de ses appartements devant lesquels deux soldates et un héraut l’attendaient patiemment. Après s’être confondu en révérences courtoises, le domestique la conduisit dans l’aile ouest du domaine, vers la salle des Fêtes, l’une des plus somptueuses pièces de la demeure royale. La tradition voulait que la Reine arrive la dernière, permettant aux portes de se refermer sur son passage et marquant ainsi le début du banquet. Lorsqu’Idril pénétra dans la salle au décor familier, elle remarqua tout de suite un petit homme replet, visiblement trop serré dans son veston aux teintes vermillon, portant une moustache aussi caricaturale qu’impressionnante, qui se dirigeait avec empressement et vélocité vers elle. Lord Ezelmyr, la fine fleur de la Cour. Un homme vraisemblablement puissant et influent, qui aimait s’attirer les bonnes grâces des autorités supérieures, politiques ou religieuses, et qui était assez apprécié pour son humour et sa bonne humeur. Cependant, on lui prêtait facilement une haine viscérale de tout ce qui n’était pas conforme aux bonnes mœurs amazones. Un fieffé conservateur comme Idril les fuyait avec hargne. Pourtant, la rencontre semblait inévitable. Il s’approcha de sa suzeraine, la salua courtoisement et se fondit en révérences aussi pompeuses qu’inutiles. Après avoir présenté ses « hommages, votre suprême magnificence », il se pencha vers elle, et lui souffla quelques mots :

« Que les yeux de sa Majesté ne se posent sur le fond de la salle, ou il pourrait vous en coûter beaucoup de désagrément. Un de ces barbares d’Humains a réussi par je ne sais quel moyen à se faire convier à votre Banquet. Si je tenais le freluquet qui a osé souiller votre réception en invitant ce … ce … Vous devriez peut être intervenir pour faire chasser ce vaurien de votre domaine. Qu’en dites-vous ? »

De nombreux regards s’étaient tournés vers eux, non seulement parce qu’Idril était la Reine mais aussi parce que le Lord avait fini par hausser le ton, et que beaucoup se doutait de la requête qu’il venait de faire. Beaucoup attendaient de voir la réaction de la souveraine apprenant qu’il y avait un Humain dans sa Cour. Idril, aux dires du noble bouffi, avait jeté un coup d’œil vers le fond de la salle et avait repéré une silhouette familière qui l’observait discrètement. Lord Ezelmyr la regardait avec des yeux attentifs, prêt à boire ses paroles. Mais son teint se décomposa rapidement lorsque la suzeraine reporta son attention sur lui. Autour, le silence s’était imposé et tous semblaient attendre la réponse de la reine. Cette dernière, impérieuse et droite, fixait le noble de son regard d’émeraude. Inflexible et glacial, il transperçait le petit homme dont le front perlait à présent de sueur. Puis, aussi brutale qu’elle l’avait été la première fois avec Arvaël, la langue de la jeune femme se délia pour déverser un flot de propos glaciaux :

« Dois-je comprendre que vous, Lord Ezelmyr, vous vous donnez le droit de surpasser le jugement de votre Reine et que vous seriez prêt à malmener ceux que votre Souveraine a personnellement convié à sa table ? »

Le regard scrutateur, elle observa le petit homme se décomposer puis devenir aussi écarlate que son uniforme, avant qu’il ne se fonde en excuses aussi maladroites que précipitées. Elle finit par dépasser le noble qui avait ravivé sa mauvaise humeur, comme s’il eut jeté de l’huile sur le feu, sans lui accorder un regard. Elle se déplaça jusqu’à l’autre bout de la pièce, pour atteindre sa place attitrée, en bout de table. Lorsqu’elle fut arrivée, elle resta debout et invita les convives à s’installer. Avant de s’asseoir, elle tourna la tête vers le Seigneur Arvaël qu’elle n’avait pas regardé depuis qu’elle l’avait fait en écoutant le Lord à présent honteux, et d’un signe du bras, elle l’invita à prendre place non loin d’elle ; non pas à ses côtés, mais à quelques distances raisonnables d’où elle pourrait lui parler sans trop hausser la voix. Quand tous furent assis – ou presque – et quand Idril eut fini de saluer ses voisins proches, elle chercha le regard du courtisan humain rencontré le matin même. Peu désireuse de se soucier davantage de l’étiquette pour ce soir, elle lui parla en ces termes :

« Vous comprenez sans doute mieux mes paroles : être Humain à la Cour Amazone n’est pas toujours bien vu ces temps-ci. »

Le regard espiègle, elle attendit la réponse de son interlocuteur tout en attrapant délicatement du bout des doigts la coupe en argent dans laquelle un domestique zélé venait de verser de la liqueur de cerisier

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Arvaël Al'Nyr
Gwendirien
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Dim 30 Aoû 2009 - 11:09

- Encore un peu de vin monsieur ?
- Non merci. Je ne vais pas tarder à y aller.

Le sieur Arvaël congédia d’un sourire absent accompagné d’un geste négligeant de la main le domestique qui s’était avancé avec une carafe à la main. Installé dans un salon de la demeure de son hôte amazone, il attendait qu’arrive l’heure de prendre congé de ce dernier pour se rendre au dîner auquel Idril l’avait convié.

Idril … en repensant à son aventure de la matinée, le jeune noble ne put empêcher un léger sourire d’étirer ses lèvres. Qui aurait pu deviner qu’en se perdant malencontreusement dans les méandres du Palais amazone, l’Humain tombe sur la Reine en personne ? Et encore plus, que les deux jeunes gens aient dans une certaine mesure sympathisés malgré le gouffre béant qui les séparait ? Toute la journée, Arvaël s’était demandé comment les courtisans de la souveraine allaient digérer le fait que cette dernière l’ait invité à dîner au même titre que l’un de ses nobles. Il ne doutait pas l’ombre d’une seconde que des complications allaient subvenir, les relations entre leurs deux peuples étaient bien trop tendues pour que les choses se déroulent sans heur.

Néanmoins, il attendait la venue du repas avec une impatience qu’il peinait à dissimuler à son entourage, et encore plus à s’expliquer à lui-même. Oui, il avait hâte de revoir la jeune femme, de discuter avec elle comme ce matin là. Enfin, pas tout à fait … si les sujets à connotation politique pouvaient être évités, il ne s’en porterait que mieux, d’autant plus qu’il ne bénéficierait plus de la relative intimité qu’il avait eu le privilège de partager avec la Reine dans la matinée.

C’est ainsi que plongé dans ses réflexions, à moitié affalé dans un fauteuil agréablement rembourré, le jeune Al’Nyr triturait machinalement un des nombreux rubans qui ornaient ses vêtements. Il s’était littéralement surpassé ce soir-là, passant près de deux heures à peaufiner chaque détail de sa toilette ; il flamboyait littéralement avec son pourpoint d’un rouge vif, richement brodé de motifs floraux au fil d’or, sa chemise d’un jaune canari qui perçait à travers ses manches bouffantes à crevées, les nombreux rubans qui maintenait le vêtement en place, ses chausses du même rouge que le pourpoint, et ses bottes d’un cuir couleur brique. Une rose aux pétales vermeil, tout juste éclose, ornait sa poitrine. Un nombre conséquent de colliers, de bracelets, de bagues, de boucles d’oreilles venait rehausser le tout. Enfin, il laissait flotter après son passage une délicate fragrance fruitée, seul détail de sa personne à n’être pas surchargé. Et pourtant, alors que sur un autre l’ensemble eut confiné au ridicule, la haute taille et la fière prestance d’Arvaël lui permettaient de porter cet accoutrement avec une grâce qui lui était propre.

Enfin, vint l’heure tant attendue du départ. Le jeune homme se rendit au Palais dans un carrosse prêté par son hôte, et sauta prestement sur le pavé dès que les chevaux eurent fait halte, sans laisser le temps à son cocher de lui ouvrir la porte. Mais une fois devant le Palais, il retint ses ardeurs, conscient que son apparition publique à la table de la Reine allait requérir de sa personne des trésors de sang froid et de diplomatie s’il voulait s’en sortir sans dommages. Inspirant profondément, il se laissa guider par un serviteur qui ne cacha pas sa haine pour le noble humain malgré les instructions précises qu’il avait manifestement reçues. Arvaël ne s’en formalisa pas, s’attendant à ce genre de réaction. Mais à mesure qu’il s’approchait de la Salle des Fêtes où allait se dérouler le banquet, il ne put s’empêcher de ressentir une pointe de la même anxiété que celle qui l’avait envahie le matin même auprès de la Reine. Cependant, il s’interdit de laisser cette tension s’installer. Ce soir, il allait devoir déployer tous ses talents de courtisan, et n’avait pas l’intention de partir dans cet état d’esprit.
C’est ainsi que lorsque les deux grandes portes s’ouvrirent, il s’apprêta à affronter vaillamment la Cour Amazone.

Un lourd silence s’abattit dès qu’il eût mis les pieds dans la salle. Le sourire aux lèvres, le Seigneur Arvaël Al’Nyr de la Cour Humaine d’Yswllyra s’avança lentement, à pas mesuré, laissant tout loisir aux autres invités de l’observer.

-Non mais vous avez vu ?
-Que vient faire ce traître ici ?!
-Comment ce jeune prétentieux a-t-il pu entrer ? C’est une honte !
-Quel outrecuidant ! Avez-vous vu cet insolent étalage de richesse ? Il n’y a vraiment que les Humains pour avoir aussi mauvais goût !


Tandis qu’il avançait entre les beaux messieurs somptueusement vêtus de soieries et les ravissantes dames qui paradaient dans leurs belles robes, le jeune homme captait par bribes les propos scandalisés que s’échangeaient à couvert les autres invités de la Reine. Il soutint chaque regard, aussi haineux fut-il, et grava dans sa mémoire chaque visage. Son sourire se crispa légèrement lorsqu’il constata que les personnes présentes s’écartaient sur son passage, comme s’il eût été porteur d’une maladie particulièrement contagieuse. Enfin, après un temps qui lui parut incroyablement long, il parvint au fond de la salle. Les convives qui y attendaient le dévisagèrent sans vergogne, mais Arvaël n’en tenait déjà plus compte. En se retournant pour se trouver face à la grande porte et attendre l’arrivée d’Idril, il songea un bref instant à détendre l’atmosphère par l’une des pitreries dont il avait l’habitude, mais y renonça rapidement. L’atmosphère malsaine qui régnait dans la pièce l’en avait dissuadé avec efficacité.

Les minutes qui suivirent resteraient gravées dans sa mémoire comme l’un des moments les plus pénibles de son existence. Bien que les conversations aient petit à petit repris, même un aveugle aurait remarqué la tension qui pesait comme une chape de plomb sur les nobles amazones. Cependant Arvaël refusa tout de go de laisser la situation l’emprisonner dans le rôle de l’invité non désiré. La Reine elle-même avait requis sa présence à ce banquet tout de même ! Il faudrait bien que les autres se fassent une raison et acceptent sa présence parmi eux ! C’est donc en apparence tout à fait décontracté que l’Humain déambulait parmi les courtisans, distribuait les sourires, échangeait – tout du moins tentait d’échanger – des paroles aimables avec les convives. Quelques uns lui répondaient avec une politesse glaciale, et certains réussissaient même à afficher un sourire de façade, plus ou moins crispé. Mais les autres se contentaient de répondre par monosyllabe pour se détourner tout de suite après, quand ils n’exprimaient pas ouvertement leur hostilité à son endroit.

Décidément, la soirée allait être bien longue.

Tout à coup, les portes s’ouvrirent à nouveau et la Reine Idril Calafas pénétra dans la Salle des Fêtes. Bien qu’il fut à ce moment tout au fond de la vaste pièce, Arvaël eut le souffle coupé devant le spectacle qu’offrait cette souveraine si jeune, si sûre d’elle, vêtue avec une recherche typiquement féminine et dont chaque détail mettait en valeur sa beauté naturelle. La jeune femme rayonnait littéralement, et le gentilhomme humain se sentit doublement honoré d’avoir la chance de dîner en sa compagnie ce soir.

Mais à peine la souveraine eut-elle mis les pieds dans la salle qu’un petit individu tout de rouge vêtu et le visage orné d’une ridicule paire de moustaches se précipita sur elle. Arvaël n’entendit pas le début de la conversation mais les paroles qui suivirent furent nettement audibles pour tout le monde.

Le sang du jeune homme ne fit qu’un tour. Ses doigts se crispèrent sur le verre qu’il tenait à la main tandis que toute couleur déserta d’un coup son visage. Qui était donc ce petit insolent, qui osait l’insulter ainsi devant tout le monde et la Reine de surcroît ? S’il ne tenait qu’à lui, il se serait déjà précipité sur l’outrancier personnage pour lui faire ravaler ses propos mais les circonstances le contraignaient au calme. De plus, Idril venait de croiser son regard, l’incitant doublement au sang-froid. Allait-elle prendre sa défense devant tout le monde ? La Reine du premier peuple à avoir affirmé sa résistance aux Humains allait-elle prendre sous sa protection l’un des leurs devant ses propres nobles ? Le cœur d’Arvaël battait à tout rompre en attendant le verdict, mais à en juger par le regard glacial avec lequel elle fusillait le petit fat ainsi que ce qu’il avait appris de son caractère le matin même, il devinait la réponse.

Et en effet, la réplique cinglante de la souveraine fut à la hauteur de ses espérances. Idril venait de moucher proprement l’un de ses propres courtisans pour affirmer clairement le droit d’un Humain à s’asseoir à sa table ! Voilà qui allait faire jaser …

Un léger soupir de soulagement s’échappa des lèvres du jeune homme tandis qu’il regardait la Reine s’avancer dans sa direction et prendre place à l’extrémité de la table. Lui-même fut agréablement surpris de constater qu’il se trouvait à faible distance de la souveraine, un autre signe de la faveur dont il bénéficiait. Déjà, les autres invités se mettaient à discuter faiblement entre eux en lui jetant des regards à la dérobée. Certains lui adressaient quelques sourires, sans doute ceux à qui la prise de position de la Reine suffisait pour accepter le noble humain parmi eux, et pourquoi pas, s’attirer ses faveurs.

Après quelques minutes que la souveraine mit à profit pour saluer poliment ses voisins, elle s’adressa à Arvaël sans plus se préoccuper du protocole, comme s’ils étaient seuls à table. Le jeune homme répondit avec un large sourire :

- J’ai en effet pu constater cet état de fait. J’en suis d’ailleurs fort peiné. Mais il est vrai que je ressemble tellement à un barbare sanguinaire et sans pitié prêt à massacrer hommes, femmes et enfants qu’il ne faut pas trop en vouloir à vos nobles sujets de chercher à éviter un si grossier personnage.

Le jeune homme avait parlé suffisamment fort pour que ses voisins l’entendent, parmi lesquels un vieux barbon qui ouvrit la bouche en un « oh ! » indigné et silencieux, tandis qu’une damoiselle à peu près du même âge que l’Humain s’empourpra fort joliment.

Sans se préoccuper du petit effet qu’il venait de provoquer, le malicieux gentilhomme continua sur sa lancée :

- Mais que Votre Majesté se rassure. Pour vous agréer, je veux bien faire une exception pour ce soir ; vos convives n’ont rien à craindre de ma part …

Arvaël marqua une pause pour prendre son verre et boire son contenu, en prenant tout son temps.

La tension des dernières minutes s’était totalement évaporée. Le jeune homme était dans son élément ; à table entouré de nobles courtisans, il se sentait à son aise. Après avoir reposé son verre, tout sourire, il se tourna vers Idril, se leva, décrocha la rose qui ornait son pourpoint, et la tendit galamment à la souveraine :

- J’espère, Votre Altesse, que vous voudrez bien accepter ce modeste présent d’un barbare humain qui malgré tous ses défauts, se sent des plus honorés de s’asseoir à votre table.

Puis il s’inclina et retourna s’asseoir, le plus naturellement du monde, pour attendre la réaction de la Reine, feignant de ne pas remarquer les regards stupéfiés des autres amazones.
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Idril Calafas
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Sam 5 Sep 2009 - 16:55

Le liquide carmin qui ondulait dans la coupe finement travaillée par des orfèvres ombres que la jeune reine faisait tournoyer lentement entre ses doigts fins dégageait des fragrances délicates. Lorsque le verre fut porté à ses lèvres, Idril en saisit toutes les subtilités et en apprécia allègrement les arômes. Après avoir reposé la coupe, elle adressa un nouveau regard pétillant à son hôte humain. Il se jouait des personnes peu ouvertes d’esprit et présentes à cette table d’une étrange façon, si bien que certains des convives marquèrent ouvertement leur surprise ou leur indignation. D’autres en revanche, plus proches de la Reine, émirent des rires discrets, hypocrites ou sincères. Idril elle-même s’autorisa un sourire amusé à la première allusion de son invité, concernant ses penchants sanguinaires et barbares. Elle avait eu raison de ne pas s’inquiéter pour le gentilhomme ; il savait parfaitement se mouvoir avec aisance dans une Cour peu engageante. Contre toute attente, il se leva et ôta la fleur qui ornait son costume pour la tendre à celle qui se tenait au bout de la table, sous les regards féroces de ceux qui s’étaient indignés auparavant et sous les regards suspicieux des autres. Idril fronça les sourcils, tandis que le seigneur Al’Nyr remerciait courtoisement son hôte de l’avoir convié à ce banquet. A mesure que le jeune homme s’expliquait, le visage de la reine se radoucit et elle esquissa même un demi sourire, tout en inclinant docilement la tête, en gage de remerciement. Elle ne tendit cependant pas la main pour recevoir le présent du courtisan. Bien qu’elle souhaitait apporter un vent nouveau sur les mœurs de sa Cour, elle n’était pas disposée à en modifier les usages. Aussi, elle s’abstint tout contact rapproché avec un courtisan, n’appartenant pas à sa suite qui plus est. Une fois que la rose fut déposée devant elle, Arvaël retourna s’asseoir après s’être incliné respectueusement. Enfin, Idril attrapa doucement la fleur et la porta près de son visage pour en humer le parfum. Elle sentait bon, comme elle aurait pu s’y attendre. Autour de la table, les convives s’étaient tus dans l’attente de percevoir la réaction de leur reine.

« Si Odin voulait donner une reine aux fleurs, la rose régnerait sur toutes *. Je constate que vous êtes de ceux qui aiment courtiser par les atouts les plus simples, mais pourtant les plus efficaces. Elle sent divinement bon. »

Après avoir savourer une nouvelle fois les effluves de son présent, Idril reposa avec délicatesse la rose sur la table. Les conversations reprirent doucement. Certains affichaient des mines déçues, pensant sans doute que la souveraine allait refuser les avances du nobliau humain. D’autres paraissaient clairement médisants et les chuchotements entre voisins furent légions durant le repas. Les nobles assis près de la reine étaient cependant plus agréables envers le gentilhomme et cette dernière ne douta pas un instant que certains de ces courtisans se montraient courtois pour s’attirer les faveurs royales. Cependant, d’autres se montraient réellement agréables de par leur nature sympathique et tolérante. Pendant un temps, alors que les domestiques apportaient sur des plateaux d’argent des mets aux odeurs alléchantes, Idril n’eut pas l’occasion de converser avec Arvaël, occupée à parlementer avec ses sujets. Elle surveilla néanmoins son hôte en lui adressant des coups d’œil furtifs et chaque fois, elle le vit en grande conversation avec quelques uns de ses voisins qui devaient certainement s’intéresser à son titre, son ascendance et sa fonction parmi les siens. Ou peut être à l’objet de sa visite en territoire amazone. De son côté, la jeune femme s’évertua à répondre aux interrogations de ses voisins sur ce qui avait été décidé ce matin par le Conseil et aux discussions sur les rumeurs au sein de sa Cour. Lorsque le repas fut bien entamé, alors que les assiettes vides qui avaient au préalable contenu des perdreaux agrémentés de noisettes étaient débarrassées par des domestiques, nombreux furent les nobles qui sortirent de table pour aller se rafraîchir ou discuter sur les balcons. Des musiciens arrivèrent dans le même temps et composèrent des sonates pour les convives restés dans la salle. Voyant le seigneur Arvaël seul à présent, Idril qui avait congédié ses voisins pour l’heure chercha à entamer la discussion.

« Le dîner et la musique sont-ils à votre goût, Sir Al’Nyr ? »





* Citation de Shappo, modifiée pour le contexte

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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Lun 7 Sep 2009 - 16:12

Un silence de plomb était tombé sur la table lorsqu’Arvaël offrit la rose à la Reine, chacun tendant l’oreille pour ne pas perdre une miette de la réaction d’Idril. Nul doute que bon nombre d’entre eux – Lord Ezelmyr le premier – espéraient que leur souveraine en profiterait pour remettre le courtisan humain à sa place. Peine perdue. Un léger sourire aux lèvres, la jeune Reine accepta gracieusement le présent, au grand dam des plus extrémistes de ses nobles, se gardant cependant de tout contact rapproché avec son invité.

Arvaël, quant à lui, exultait intérieurement. S’il affichait un air poli de façade et se contenta d’incliner la tête en réponse à la jeune femme, une douce euphorie s’était emparée de tout son être. Cette journée marquait un tournant certain dans son existence ; en moins de vingt-quatre heures, il était parvenu à se faire admettre, bon gré mal gré, à la Cour Amazone et avait conquis les faveurs de leur Reine en personne. Eu égard aux circonstances actuelles, ce n’était pas un mince exploit, et le jeune homme se sentait comme enivré. Adieu les angoisses qui le tenaillaient à peine une heure auparavant ! Comment même avait-il pu douter de lui-même ? La vieille arrogance du courtisan humain refaisait surface après avoir été bridée par des préoccupations plus immédiates, et bien que conscient qu’il serait malavisé d’abuser de la sympathie d’Idril, son inépuisable confiance en lui-même et tout ce qui allait avec reprenait possession de son être, reléguant loin derrière la prudence mesurée qu’il avait adoptée depuis le matin.

C’est donc avec une décontraction frisant parfois la désinvolture qu’Arvaël conversait avec ses divers voisins de table, retrouvant ses bonnes vieilles habitudes. Un commentaire par-ci, une pique par là, et ne voilà-t-il pas que pour un peu, il se serait cru de retour à Yswllyra ! Le vin et la bonne chère aidant, il ne se gênait plus pour décocher de bien peu discrètes œillades à la jeune courtisane assise à son côté, entre deux propos flatteurs à ceux qui recherchaient sa conversation, que ce soit pour plaire à leur Reine ou par sincérité. Se faisant peu d’illusions à ce sujet, Arvaël craignait cependant de méjuger de ces derniers, et gomma de ses réponses les traces d’ironie qu’il glissait habituellement à ses semblables humains. Tant qu’à faire, autant éviter l’incident diplomatique alors qu’il était en si bon chemin pour se faire de nouveaux amis – éphémères ou pas, l’avenir le lui dirait.

En effet, au fur et à mesure que le repas se déroulait et que les savoureux mets, d’une rare finesse, se succédaient dans les assiettes, les Amazones à portée de parole de l’excentrique Humain se détendaient quelque peu, après avoir été singulièrement interloqués par le comportement peu orthodoxe de leur hôte. Finalement, lorsque les desserts furent apportés, même le vieux barbon ne pouvait s’empêcher de sourire aux piques du jeune homme. En effet, Arvaël s’était mis en tête de dépeindre la Cour d’Yswllyra avec toute la causticité et l’humour dont il était capable. A chaque nouvelle anecdote, il imitait les protagonistes, modulait sa voix, et n’hésitait pas à se lever pour simuler une scène particulièrement cocasse. C’est ainsi que le repas s’acheva dans une hilarité générale dans l’entourage du courtisan, les Amazones charmés par sa prestation de conteur. Les mimiques et les talents indiscutables d’acteur du noble humain avaient plus faits pour le faire accepter par ses voisins que d’interminables discours tendant à démontrer sa bonne foi.

Puis, petit à petit, les convives prirent congé du jeune homme, et nombreux furent ceux qui l’invitèrent chaudement à leur rendre visite quand l’occasion se présenterait. Finalement, il se retrouva seul à table, constatant d’un coup qu’il n’avait pas parlé avec Idril une seule fois depuis le début du banquet. Tournant son regard dans sa direction, il vit qu’elle était également seule à sa place. Arvaël lui adressa alors un sourire chaleureux ; un indicible bien-être s’était emparé de sa personne. Les évènements s’étaient déroulés bien mieux que tout ce qu’il avait pu imaginer, et à présent, il se sentait comme sur un petit nuage. C’est donc tout à fait décontracté qu’il observait la jeune Reine, laquelle ne tarda pas à engager la conversation avec lui. Il répondit aimablement, tâchant tout de même de se redresser sur sa chaise où il s’était quelque peu affalé :

- Majesté, je dois dire que j’ai rarement passé une soirée aussi agréable, et je suis sincère ! La chère était divinement bonne, et Odin sait combien je suis difficile à satisfaire sur ce sujet ! Quant à la musique, ma foi … elle est vraiment agréable à écouter. Et que dire de vos nobles sujets ! Jamais je n’aurais espéré qu’ils fussent d’une compagnie si charmante, en tout cas, ceux qui étaient à mes côtés.

Le jeune homme marqua une pause, prenant le temps de finir le contenu de son verre. S’il n’était pas ivre, l’alcool ne faisait qu’ajouter à la douce chaleur qui avait envahi son être. Quand il reposa sa coupe sur la table, il releva la tête et plongea ses yeux de glace dans les prunelles émeraude de la jeune femme :

- Croyez bien que je garderai un souvenir impérissable de mon séjour parmi les Amazones … ainsi que de leur Reine …

Il soutint le regard d’Idril quelques instants sur ces paroles puis détourna le regard. Les notes de musique s’envolaient dans la salle, légères et aériennes, créant une douce atmosphère. Un léger sourire sur le visage, il reprit la parole peu après :

- Sinon, depuis notre heureuse rencontre de ce matin, j’espère que Votre Altesse n’a pas passé une trop mauvaise journée ?

Pour ma part, j’ai eu le plaisir d’acquérir définitivement le jeune étalon dont nous parlions tantôt. Je n’ai, hélas, pas eu le temps de tester ses compétences, mais je compte bien profiter de la journée de demain pour y remédier. Je pourrai en outre visiter ainsi un peu plus amplement la région. Je dois dire que j’en ai vu bien peu depuis mon arrivée ici, et je brûle d’en découvrir davantage.


Arvaël se tut à nouveau, attendant la réponse d’Idril à sa question très formelle, tout en se laissant bercer par la musique. Ses pensées avaient un peu de mal à se fixer sur un sujet précis, conséquence traditionnelle d’une soirée telle que celle-là. Cependant, il restait suffisamment sobre pour réfléchir – un peu tard – aux conséquences de son comportement au cours du dîner. Car si la plupart de ses voisins s’étaient rapidement déridés après avoir échangé entre eux des regards gênés face à ses frasques, il en fut certains pour rester silencieux mais qui le fusillaient du regard entre deux bouchées de perdreau. De plus, emporté qu’il était par son élan, il n’avait pas réfléchi au fait que les coutumes des Amazones entraient peut-être en contradiction avec son exubérance.

- J’espère que ma présence à votre table ne vous posera pas trop de tracas. Nombre de vos sujets n’avaient certes pas l’air enchantés de me voir, et j’ai bien peur de n’avoir pas amélioré mon image aux yeux de certains d’entre eux …

Toute exubérance envolée, le jeune homme observait Idril, une lueur interrogatrice dans ses yeux posés sur elle, tout en faisant tournoyer le vin que venait de verser un domestique dans son verre.
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Idril Calafas
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Lun 14 Sep 2009 - 11:42

Les coups d’œil furtifs que la reine Idril avait lancé au courtisan humain au cours du repas lui avaient permis de constater avec soulagement, mais peut être aussi avec une pointe de regret, que le seigneur Arvaël était le parfait représentant des nobliaux qui rayonnaient en société. Maniant humour, ironie et dérision avec une habilité déconcertante, l’hôte humain était de ceux qui parvenaient à briller parmi leurs semblables grâce à une verve irréprochable et inépuisable. Cette impression fut renforcée quand la jeune femme observa son invité, seul à sa table, la mine réjouie et le regard satisfait. L’ombre d’un instant, elle se demanda intérieurement si, en définitive, Arvaël n’était pas aussi fade que les nombreux courtisans de sa propre cour, obnubilés par le Paraître et le Pouvoir. Lorsque ce dernier se tourna dans sa direction et qu’il vit que son hôte était vraisemblablement libre, un large sourire aussi radieux que spontané vint illuminer son visage, l’alcool versé tout au long de la soirée aidant certainement. Idril oublia aussitôt ses interrogations précédentes, charmée par la fraîcheur et la sincérité de son invité. Après quelques secondes de silence, elle chercha à entamer la conversation et s’enquit du bien-être de son convive, lui demandant si la musique et la nourriture étaient à son goût. A cela, le jeune homme répondit avec amabilité, louant les merveilles de la cour amazone et la courtoisie de ses nobles. Son éloge terminé, il se tut quelques secondes pour savourer à nouveau le contenu de son verre, puis reprit d’une voix assurée, plongeant son regard de glace dans celui de la jeune reine qui l’observait poliment. A ses compliments, Idril répondit d’un signe de tête courtois, tout en expliquant :

« La Cour de mon royaume est ravie d’avoir pu accueillir dignement un hôte tel que vous, Sir Al’Nyr. Il aurait été fort regrettable que vous soyez déçu de votre voyage. »

Elle soutint son regard, ses prunelles ayant adopté un éclat moins provocateur qu’à l’accoutumée, bien que son visage ne traduisait aucune émotion particulière. Elle brisa l’échange tacite lorsqu’un domestique se présenta à ses côtés, pour verser un peu de vin dans sa coupe vide. Elle refusa poliment, en plaçant deux doigts au dessus de sa coupe et le domestique s’inclina, recula et se dirigea vers Arvaël pour le servir à son tour. Ce dernier, un léger sourire dessiné sur ses lèvres, s’interrogea sur le contenu de la journée de son interlocutrice. D’un air absent, se contentant de fixer les musiciens qui entamaient une nouvelle sonate, Idril répondit par pure politesse à son hôte.

« Je doute fort que mes occupations royales soient plaisantes à narrer et surtout à entendre. Le contenu de ma journée s’est principalement limité à des réunions diplomatiques avec mes conseillers. Mais parlez-moi plutôt de la vôtre. »

En énonçant sa dernière phrase, Idril avait reporté son attention sur Arvaël. Elle n’avait guère voulu s’éterniser sur ce qu’elle avait pu faire de sa journée, celle-ci ne s’étant pas tout à fait révélée agréable, ni même satisfaisante. Elle était plutôt curieuse de savoir ce qu’avait pu faire son hôte et ce dernier lui expliqua qu’il avait fait l’acquisition de l’étalon dont ils avaient parlé le matin même, mais qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de le monter pour tester ses capacités. Pendant une fraction de seconde, la jeune femme pensa convier son invité à une balade équestre le lendemain, mais elle se retint de justesse en se mordant la lèvre inférieure discrètement. Si l’idée lui paraissait alléchante, elle devait bien avouer qu’elle était tout bonnement irréfléchie et inconcevable. Que penserait-on si la reine s’amusait à folâtrer avec un étranger, un humain qui plus est ? Mieux valait éviter d’envenimer une situation qui pourrait déjà s’avérer délicate ; la prestation d’Arvaël n’avait peut être pas séduit tous les nobliaux amazones et des reproches fuseraient sans doute d’ici les prochains jours. Au lieu de céder à la tentation d’une promenade à cheval, elle indiqua d’une voix monocorde qui dissimulait mal ses émotions présentes :

« Je vous conseille de visiter Eralo, qui n’est située qu’à une dizaine de minutes à cheval du Palais, si ce n’est déjà fait. Il s’agit de la capitale du monde amazone et c’est une ville magnifique, portant le nom de la première amazone ayant foulé le Gwendir, le saviez-vous ? Vous pourriez peut être ensuite pousser votre monture vers le Sud-Ouest, vers la cité portuaire d’Erelad. Mais peut être devriez-vous vous faire accompagner, les chemins ne sont plus aussi sûrs qu'auparavant. »


Idril observa son interlocuteur dont la mine s’était renfrognée, pour afficher un air sérieux et pensif. Une lueur interrogatrice dans le regard, il se tourna vers la jeune femme avec qui il conversait et s’inquiéta de son comportement, espérant ne pas avoir troublé l’ordre établi au sein de la cour amazone. Idril ferma les yeux quelques secondes, secoua doucement la tête en signe de négation, rouvrit les yeux et rassura posément son hôte.

« Il est des nôtres qui ne supportent pas la moindre entorse aux bonnes mœurs amazones, vieilles de plusieurs décennies. Que votre bon plaisir ne soit pas gâché par de si sombres pensées, car des mécontents, toujours notre cour en sera pourvue. Dans l’ensemble, je crois avoir pu observer que vos voisins se flattaient d’être placés à vos côtés, ne croyez-vous pas ? »

Une lueur amusée brillait à présent dans les prunelles d’émeraude de la souveraine, qui observait son interlocuteur d’un air malicieux. Sans laisser le temps à ce dernier de répondre à sa question, elle se leva et ceux qui étaient encore attablés se levèrent en signe de respect. Elle les invita à se rasseoir, tout en les saluant d’un signe de tête. Se tournant vers Arvaël, elle lui proposa :

« Peut être seriez-vous disposé à m’accompagner ? La nuit me paraît assez douce pour aller profiter du confort de nos balcons. »

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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Sam 19 Sep 2009 - 10:22

La musique et le vin aidant, une douce léthargie s’était emparée d’Arvaël, qui se sentait partir lentement mais sûrement vers d’autres cieux. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’avait pas l’alcool joyeux, mais tendait plutôt à s’endormir sur place quand il avait trop bu. Bien qu’il n’ait pas encore atteint ce stade, il était indubitable qu’il n’était plus aussi sobre qu’il le voudrait bien, et la douce voix d’Idril, pourtant proche, lui parvenait comme si elle survolait une longue distance pour atteindre son oreille.

En écoutant ses réponses, il se secoua mentalement, en jetant un vague coup d’œil à son verre qu’un domestique peut être un brin trop zélé venait de remplir à nouveau. Arvaël fronça légèrement les sourcils et reposa sa coupe, bien décidé à arrêter l’alcool pour ce soir. Inutile de se ridiculiser devant la Reine en se mettant à ronfler sur place.

Dirigeant toute sa concentration sur la conversation, il sourit légèrement à la jeune femme lorsqu’elle lui suggéra des destinations de promenades pour faire sortir son étalon fraîchement acquis. Mais pendant qu’elle vantait les mérites de sa capitale, il nota un léger trouble dans sa voix, dont le ton monocorde contrastait avec la décontraction dont elle faisait preuve à peine un instant avant ; que se passait-il ? Légèrement perplexe, l’Humain lui jeta un regard interrogateur, mais fit comme s’il n’avait rien remarqué. A la dernière phrase qu’elle prononça, il faillit répondre du tac au tac : « Et pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi ? » mais il retint de justesse ces mots malencontreux alors qu’ils s’apprêtaient à franchir ses lèvres comme mus d’une volonté propre. Il savait pertinemment que malgré toute sa bonne volonté, Idril ne pouvait se permettre de s’afficher trop fréquemment en compagnie d’un Humain, ses nobles ne le permettraient pas. Et pourtant, rien n’aurait fait plus plaisir audit Humain ! Fermant brièvement les yeux, Arvaël s’imagina galopant sur son fougueux étalon, le vent jouant dans ses cheveux tandis que retentissait le clair rire d’Idril à ses côtés, partageant leur même amour des chevaux …

Stop. Le jeune homme se pinça violemment le bras sous la table pour mettre fin à ces dangereuses rêveries. Jamais, au grand jamais il ne pouvait se permettre d’entretenir de telles aspirations. Inspirant légèrement, il marqua une pause le temps de se reprendre, puis sur un coup de tête, répondit à la Reine avec un petit sourire :

- Je suivrai donc votre conseil et m’entourerai de quelques compagnons … Qui sait, peut-être que ma route croisera de plus celle d’un ou d’une des ami(e)s que j’ai eu l’occasion de rencontrer en ce Palais ? On ne sait jamais ce que les dieux nous réservent …

Arvaël avait dit cela sur un ton malicieux, sans quitter la jeune femme du regard et marqua une pause.

Au bout de quelques instants de silence, Idril répondit aux inquiétudes que le jeune Humain avait manifestées, puis conclut sur une petite touche joyeuse. Cependant, avant qu’il n’ait le temps de lui répondre, elle se leva brusquement, entraînant une réaction similaire de la part des courtisans encore attablés. Ils se rassirent pourtant à l’injonction de leur souveraine, qui se tourna vers le jeune homme et l’invita à l’accompagner dehors.

- Mais avec grand plaisir Majesté. Je dois d’ailleurs dire qu’un peu d’air frais me fera le plus grand bien après ce succulent repas !

Avançant à la hauteur d’Idril, et un grand sourire aux lèvres, il s’inclina profondément et offrit son bras à la jeune femme. Puis ils s’avancèrent vers l’un des balcons qui cernaient la Salle des Fêtes.

Dehors, l’air était frais mais parfaitement supportable. La nuit était tombée depuis un petit moment, drapant de son noir manteau le paysage alentour. Le ciel scintillait doucement, piqueté de millions d’étoiles au milieu desquelles s’épanouissait en un rond parfait l’astre nocturne. Arvaël s’accouda à la balustrade du balcon où personne ne se tenait à l’arrivée des deux jeunes gens, leur garantissant ainsi une relative intimité. Certains se mettaient déjà à parler entre eux, mais de toute façon, c’était inévitable. Fermant les yeux, l’Humain inspira profondément, se délectant des senteurs émanant de la terre qui s’épanouissaient une fois le soleil disparu à l’horizon. Il distinguait les délicats effluves floraux qui provenaient sans doute d’un jardin tout proche. Les murmures des conversations et quelques notes de musique leur parvenaient faiblement.

Au bout de quelques instants qui parurent être une éternité, Arvaël se redressa et se tourna vers la Reine qui se tenait à ses côtés. Il ne pouvait s’empêcher d’admirer sa beauté mais aussi la force et la grâce qui semblaient animer chacun de ses gestes. Oui, c’était une souveraine qui méritait qu’on la suive, qui, malgré les inévitables erreurs de la jeunesse, méritait plus le titre de monarque que celui qui siégeait à la Tour Sombre.

Elle l’avait accueilli, elle avait surmonté ses répugnances initiales, elle l’avait même invité à sa propre table ! Qu’aurait fait Ardiosis à sa place ? Nul doute que l’Amazone qui aurait eu la folie de mettre un pied en son palais croupirait déjà au fond d’une geôle, s’il était encore même en vie.

Plongé dans ses réflexions, Arvaël se laissait envahir par la douce sérénité de cette nuit et ne s’était pas rendu compte du silence qui s’était installé. Se redressant brusquement, il se tourna vers Idril et lui sourit :

- Je vous prie de m’excuser ma Dame, je crains d’avoir eu un moment d’absence. La nuit est véritablement superbe ici. J’aime observer le ciel étoilé, me perdre dans sa contemplation et rêver à ce qui se trouve au-delà …

C’était bien la première fois que le jeune homme faisait ce genre de confidence à quelqu’un ; à Yswllyra, il serait passé pour un doux rêveur. Ah il était loin, le courtisan cynique, arrogant et superficiel que tout le monde connaissait !

- Cette soirée est décidément parfaite en tout point …

Ces paroles s’échappèrent des lèvres d’Arvaël presque par inadvertance, à la limite des sons audibles. Ce faisant, son regard s’était une nouvelle fois égaré sur la jeune femme, et il détourna les yeux, reportant ses prunelles sur l’horizon.

- Décidément, il va m’être bien difficile de quitter votre Cour si chaque journée se déroule de façon aussi exquise. Permettez-moi de vous remercier une nouvelle fois pour votre accueil. Je vous aurais bien proposé de me rendre visite à Yswllyra pour vous rendre la pareille, mais j’ai bien peur que les circonstances actuelles ne contrecarrent ce projet.

Arvaël avait retrouvé son ton malicieux, et son habituel sourire illuminant son visage, il marqua une pause, attendant la réponse de la jeune femme.
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Idril Calafas
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Sam 26 Sep 2009 - 13:39

Les dieux sont joueurs. A la remarque du courtisan humain, Idril ne répondit que par un sourire un peu plus franc que les précédents. La tournure que prenaient les choses était parfois des plus surprenantes et par un étrange revirement de situation, Arvaël qui aurait pu subir le courroux d’une jeune reine offensée s’était retrouvé finalement convié à sa table. Qui aurait pu prédire que son comportement irréfléchi lui aurait permis de gagner les faveurs d'une suzeraine déclarée publiquement hostile à son peuple ? Peu de gens en réalité, si ce n'est personne. Mais les dieux sont effectivement joueurs.

Finalement, après quelques paroles échangées avec son hôte, Idril se leva avec grâce et puissance, soufflant à chacun de l'imiter pour saluer son départ. Mais la jeune femme n'avait pas encore l'intention de regagner ses appartements ; aussi, elle n'hésita pas à inviter le courtisan humain à l'accompagner pour une promenade, non pas sans avoir au préalable intimé l'ordre à ses nobles de se rasseoir. Toujours assorti de son habituel et large sourire, Arvaël qui s'était levé comme le reste de la cour, acquiesça avec entrain et bonne humeur. Il rejoignit rapidement l'Amazone de sang royal qui l'attendait, et lui proposa son bras avec une courtoise charmeuse. Idril inclina la tête et déposa sa petite main sur l'avant bras de son hôte, et tous deux s'en allèrent en direction des immenses portes-fenêtres qui donnaient accès aux balcons entourant la salle. Au dehors, un léger vent frais soufflait allègrement et lorsque les portes furent ouvertes par deux domestiques, une bourrasque s'engouffra doucement dans la pièce pour atteindre les deux jeunes gens et jouer avec la chevelure dorée de la reine. Cette dernière eut un léger frisson après avoir franchi le seuil de la porte, bien que la soirée se révélait extrêmement douce pour la saison. Elle ramena sur ses épaules nues une étoffe assortie à sa robe et s'avança en compagnie d'Arvaël jusqu'à la balustrade où, étrangement, personne ne vint les déranger. Le jeune homme s'accouda à la rambarde et observa l'horizon obscurci avec un silence qui ne lui était pas familier. Idril s'approcha avec une douceur inhabituelle et posa ses mains sur la pierre froide, restant fière et droite même en ces circonstances, mais relativement proche de l'humain. Tout aussi muette que son cavalier, elle scruta le paysage qu'elle devinait plus qu'elle ne voyait réellement. Les bruits de la soirée lui parvenaient comme s'ils étaient à des kilomètres et elle se détacha progressivement de l'ambiance mondaine qui régnait si près d'eux. Ses pensées vagabondèrent au gré de leurs envies, la suzeraine profitant de ce moment d'accalmie pour faire le vide et décompresser. Son regard plongé dans le vide, elle ne remarqua qu'au moment où le courtisan prit la parole qu'il s'était redressé et qu'il lui souriait avec délicatesse. Elle lui rendit son sourire, avec une sincérité nouvelle, tandis qu'elle écoutait les confidences de son hôte. Elle détourna son regard comme pour chercher quelque chose dans la nuit et avoua à demi-mot :

« Je rêve aussi parfois de pouvoir m'évader au delà des murs de ma forteresse ... mais Freyja m'a offert une existence que je ne peux ni renier, ni regretter. »

Elle reporta son attention sur le courtisan humain et lui sourit presque timidement. Sans s'en rendre compte, elle lui parlait comme elle l'aurait fait avec Morzan. Sans se mentir à elle même, ni même se contenir de par son statut. Elle conversait avec lui plus comme une jeune femme que comme une souveraine. Les deux gens semblaient aller de confidences en confidences et Arvaël exprima son regret de devoir quitter le royaume de son hôte. Idril qui évitait toujours son regard par pudeur, hocha la tête pour montrer son accord. Elle aussi éprouvait des difficultés à admettre cette idée, l'alcool ingurgité brouillant sans doute quelque peu ses émotions. La compagnie d'Arvaël était rassurante, et en quelque sorte salvatrice, permettant à la jeune femme d'oublier son rôle quelques instants. La touche d'humour qui teintait les dernières paroles du courtisan fit relever la tête de la jeune femme, ses pupilles d'émeraudes scrutant le visage de son compagnon. Un sourire malicieux s'était dessiné naturellement sur ses traits et Idril sourit à son tour, avant de répondre avec espièglerie.

« Effectivement, une petite escapade à Yswllyra n'aurait pas été désagréable. Mais je crois bien que ma présence en votre domaine aurait de très lourdes conséquences pour votre sécurité. Enfin, vous pourriez toujours bénéficier de l'asile politique en mes terres par la suite. »


Un rire discret, léger et cristallin s'échappa des lèvres de la jeune femme. Les épreuves qu'elle avait subies ces derniers temps l'avaient empêché de se distraire sans éprouver de la honte ou de la culpabilité. Mais ce soir, elle se sentait sereine, apaisée et quelque peu joviale. Après quelques secondes, elle plongea ses yeux dans ceux d'Arvaël et lui souffla :

« Je crois que votre bonne humeur manquera à notre Cour. J'espère sincèrement que vous reviendrez nous voir et nous raconter d'autres histoires comme celles de ce soir. J'en serais très certainement heureuse. »


Son visage était impassible et ses lèvres n'avaient pas esquissé l'ombre d'un sourire, bien que son expression fût relativement bienveillante. Pourtant, dans ses pupilles inflexibles se lisait un désir profond de revoir le courtisan qui avait égayé sa journée et sa soirée.

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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Dim 4 Oct 2009 - 19:12

Le petit vent frais qui soufflait rafraîchissait agréablement l’atmosphère, mais rappelait également que l’hiver ne faisait que toucher à sa fin, et que les chaudes journées d’été se feraient encore attendre. La reine frissonnante avait ajusté un châle sur ses épaules, tandis qu’Arvaël se félicitait de l’épaisseur de son pourpoint qui l’isolait de la brise.

L’ambiance intimiste créée par le balcon et l’isolement relatif des deux jeunes gens semblaient avoir fait tomber les barrières sociales qui les séparaient, les laissant libre de se parler normalement, sans tous les salamalecs requis par la société. Que cette simplicité était douce ! songeait le jeune homme. Certes, la vie de Cour réservait ses plaisirs, ses surprises, et il se coulait naturellement dans ce moule artificiel, mais là, à cet instant précis, rien au monde ne l’aurait persuadé de quitter de son plein gré les quelques mètres carrés qui lui permettaient de converser avec Idril de cette façon.

Et à la proximité physique s’ajoutait un rapprochement amical, encouragé par les confidences que s’échangeaient à présent l’Humain et l’Amazone. Sans s’en apercevoir, ils avaient glissé des échanges mondains et polis à des propos plus personnels, révélant à l’autre une petite parcelle de leur cœur. Cette expérience était inédite pour Arvaël, qui toujours avait évolué dans la haute société avec dédain et cynisme, considérant ses semblables avec un recul teinté de mépris. Jamais personne n’avait réussi à franchir la barrière de ses sarcasmes, de ses propos outrageusement flatteurs et de ses remarques mordantes. Jamais personne n’aurait songé venir se confier à ce jeune paon dont le seul plaisir était de tourner en dérision chaque faiblesse de ses congénères. Mais çà, c’était avant sa rencontre avec la reine du peuple de Freyja.

Et elle était là, cette reine, à quelques centimètres de lui, ses prunelles d’émeraudes fixant l’horizon. Oubliées ses manières froides et distantes de ce matin-là ! Oublié le dur sarcasme avec lequel elle avait pris conscience de la présence d’un Humain en son Palais ! Etait-ce vraiment la même jeune femme, qui à présent lui confiait ses rêves d’évasion ? Oui, et le poids de la royauté devait être bien lourd à porter pour une si jeune personne, et que dire des circonstances dans lesquelles ce fardeau lui avait été imposé ! Arvaël chercha les mots qui pourraient montrer son soutien, sa compassion, mais les vapeurs d’alcool dispersaient ses pensées. Maudits soient le vin capiteux des Amazones et leurs domestiques trop zélés ! Pourtant, après quelques instants de silence, il répondit doucement :

- Et c’est en digne fille de Freyja que vous avez su endosser cette existence sans vous laisser détruire par elle. Trop nombreux sont ceux qui se laissent écraser par leurs responsabilités ou bien enivrer par le pouvoir qui leur est confié …

Le jeune homme se tut brusquement, soudain conscient du double sens que ses paroles pouvaient receler. Sans le vouloir, il n’était pas passé loin de dévoiler ses véritables pensées sur des sujets sensibles.

Mais heureusement pour lui, la conversation rebondit ensuite sur une hypothétique visite de la reine en son humble demeure, et Idril répondit avec espièglerie à son audacieuse invitation. Son rire s’éleva dans les airs, pur et clair, et Arvaël ne put s’empêcher de rire avec elle, de rire de joie tout simplement, de partager chaque seconde de complicité avec elle comme s’il s’agissait du plus précieux des nectars. Il répondit ensuite malicieusement :

- Prenez garde ma Dame, ne me donnez pas de mauvaises idées ! Je pourrais bien vous prendre au mot. Jamais asile n’aurait été demandé avec plus de joie au cœur de la part du requérant …

Puis un petit silence s’installa, et ce n’est que lorsqu’Idril plongea franchement ses magnifiques prunelles dans les siennes que le jeune homme se rendit compte qu’elle avait jusque là évité plus ou moins de croiser son regard. D’une voix douce, il répondit à ses dernières paroles :

- Et croyez bien que pour vous, je ne serai jamais à court d’histoires si celles-ci vous plaisent. Si çà ne tenait qu’à moi, je reviendrais bien vite …

Après une petite pause, il reprit sur un sourire :

- Mais pour le moment je suis encore là n’est-ce pas ? L’aube est loin, vous êtes à mes côtés, alors je ne veux pas penser aux lendemains qui m’attendent.

Arvaël se tut, laissant ses yeux dire ce que taisait sa langue. Qu’il regrettait sincèrement de devoir partir si vite. Qu’il maudissait cette guerre imminente qui divisait leurs deux peuples et rendait sa présence en ces lieux délicate. Qu’enfin, il se désolait du gouffre que leurs positions sociales avaient creusé entre eux. Mais aussi l’espoir qu’une amitié sincère puisse fleurir malgré tous ces obstacles.

Pour la première fois, le jeune homme ne trouvait pas ses mots pour exprimer ce qu’il voulait. Dans le silence qui s’était installé, on entendait distinctement les notes de musique émanant de la Salle des Fêtes, qui leur parvenaient paradoxalement comme venant de très loin, comme si, sur leur balcon, ils se trouvaient dans un îlot de paix.

Arvaël fut soudain pris d’une brusque inspiration. Son sourire s’élargit, et jetant un coup d’œil à Idril, se lança à l’eau. Il recula avec grâce d’un ou deux pas, s’inclina profondément, puis avec un clin d’œil malicieux, proposa à la jeune femme :

- Reine Idril, la musique de vos talentueux artistes est véritablement splendide. Veuillez excuser mon impardonnable audace, mais me feriez-vous l’honneur de cette danse ?

Le jeune homme se tenait, tout sourire, à trois pas de la jeune femme, sa main tendue en une invitation à esquisser quelques pas en sa compagnie.
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Idril Calafas
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Jeu 15 Oct 2009 - 10:56

Le rire clair et sonore du courtisan vint se mêler avec allégresse à celui de la souveraine amazone qui prenait plaisir à la conversation aux allures de moins en moins officielles, créant une complicité insoupçonnée entre les deux jeunes gens. En l’instant, Idril paraissait enchantée, radieuse. Son masque austère et froid était tombé au fur et à mesure de la soirée, sans qu’elle n’ait eu envie de le remettre à un moment. Si on lui avait demandé ne serait-ce que la veille si elle pensait pouvoir se comporter comme elle le faisait ce soir en la présence d’un noble, la jeune femme aurait sans doute blâmé son interlocuteur pour une question si saugrenue ; et d’autant plus s’il avait mentionné les origines du dit noble … Et pourtant, Idril n’aurait échangé sa place pour rien au monde. Malgré les frontières sociales, culturelles et politiques, elle avait réussi à trouver beaucoup de plaisir en la compagnie du jeune homme qui répondait à présent avec malice aux propos précédents de son hôtesse. Cette proximité relative ne plairait pas à sa Cour et elle aurait à affronter les piques de ses détracteurs très rapidement, mais pour l’heure, peu lui importait son comportement. Elle agissait avec spontanéité, succombant au plaisir de ne pas réfléchir aux conséquences de ses actes. Car ce qui lui pesait le plus dans son devoir, c’était de n’avoir aucune liberté d’action, aucune liberté de parole. Tout ce qu’elle pouvait faire ou dire était soumis aux opinions critiques de la Cour. Et cela lui pesait énormément.

Idril pria son interlocuteur de croire que sa présence lui manquerait, n’hésitant pas à plonger ses prunelles d’émeraude dans les pupilles glacées de ce dernier pour renforcer ses propos. Il soutint son regard avec conviction, avant de lui souffler que pour le moment, il était encore présent à ses côtés et que c’était ce qui comptait en cet instant. Idril hocha la tête doucement, avant de détourner son regard du courtisan pour fixer à nouveau les lignes de l’horizon obscurci. Imperceptiblement, elle esquissa un mouvement en vue de se rapprocher un peu plus du seigneur humain redevenu silencieux. Elle avait d’abord été frappée par son impudence le matin même, avant de devenir rapidement fascinée par la gaité et la spontanéité du courtisan. Maintenant, elle se sentait attendrie par le comportement de son invité et relativement proche de cet humain que pourtant tout lui opposait. Les jeux de séduction de la Cour étaient imprévisibles ; Idril était conquise par le parfait genre de courtisan qu’elle détestait le matin même.

Les deux jeunes gens restèrent côtes à côtes en silence, permettant aux notes de musique de s’échapper de la salle de réception et de venir s’attarder jusqu’à leurs oreilles. Une mélodie traditionnelle que la nouvelle reine affectionnait particulièrement venait d’être entamée par les musiciens. Elle resta prostrée quelques instants, songeuse et fixant le paysage sombre au loin, avant d’apercevoir qu’Arvaël la regardait avec un sourire prononcé. Elle pivota légèrement pour le regarder de face, une lueur interrogatrice brillant dans son regard. Le courtisan, avec une espièglerie exagérée et une grâce mesurée, recula d’un pas et s’inclina humblement devant la jeune femme qui l’observait, amusée et curieuse. Ponctuant ses propos d’un clin d’œil malicieux, le noble sollicita avec une politesse qui lui ressemblait de plus en plus son hôte pour qu’elle lui accorde le privilège de quelques pas de danse. Idril le jaugea un instant, réticente aux premiers abords. Puis, hésitante, la jeune femme leva son bras avec délicatesse et laissa sa main en suspens dans les airs, à mi-chemin pour rejoindre celle tendue de son convive qui la regardait avec un sourire enjôleur. Prise à un cruel débat intérieur, entre le désir d’accepter la proposition du seigneur Arvaël et l’incapacité à pouvoir se détacher de son rang complètement, Idril resta quelques secondes immobile, prête à basculer dans un camp comme dans l’autre. Elle appréciait le courtisan et elle ne voulait pas le blesser en refusant son invitation, mais ils étaient à portée de vue de tous et que dirait l’opinion publique d’un tel rapprochement ? Et en même temps, qui irait lui reprocher d’avoir accordé quelques pas de danse à un noble qui lui en avait fait la demande ? Personne sans doute, mais il était aisé de savoir que beaucoup l’en blâmerait. La jeune femme ramena son bras vers elle avec une lenteur démesurée, avant de plonger à nouveau ses prunelles dans celles du courtisan humain. Avec une vivacité insoupçonnée, elle déplia son bras dans la direction opposée à celle qu’elle venait de lui faire prendre et posa ses doigts fins dans la main que lui tendait Arvaël. Plissant légèrement les yeux, elle lui offrit alors le plus naturel des sourires et répondit d’une voix enjouée :

« Ce sera un honneur et avant tout un plaisir.

Elle effectua une légère génuflexion pour s’en remettre à son cavalier sans le quitter du regard un instant, se releva et se plaça avec grâce devant lui, sa main toujours placée dans la sienne. Le visage illuminé par un sourire malicieux, Idril confessa dans un souffle :

- Il y a une éternité que l’on ne m’a pas fait danser, Seigneur Arvaël. Promettez de ne pas vous moquer de ma prestation. »

Son sourire était le plus sincère qu’elle n’eut jamais donné à une personne qu’elle connaissait si peu, depuis la mort prématurée de sa mère. Véritablement, c’était la première fois qu’elle s’autorisait à sourire ainsi publiquement depuis sa montée sur le trône. Arvaël ne pouvait pas le savoir, mais inconsciemment, Idril lui offrait un cadeau unique en lui souriant ainsi. Et elle-même n’en était pas consciente. Les jeux de séduction de la Cour étaient vraiment imprévisibles …

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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Lun 19 Oct 2009 - 17:57

Les notes de musique s’envolaient avec légèreté, s’évadant de la vaste salle des Fêtes par la porte-fenêtre restée entrouverte, encerclaient les deux jeune gens en un tourbillon gracieux qui enchantaient leurs oreilles.

A deux pas de la reine, à moitié incliné, la main tendue vers elle, Arvaël attendait, ses yeux de glace plongés dans les vertes prunelles d’Idril. Il y lisait l’étonnement, la confusion, l’envie aussi. Oh ! que d’émotions traversaient ces iris, que d’émotions alors que pas un seul trait de son visage ne tressaillait ! et ce bras, si fragile, qui se tendait vers lui, si près et pourtant si loin, les longs doigts fins prêts à rejoindre ses doigts, ce bras qui ne demandait qu’à venir à sa rencontre, symbole du cruel dilemme qui déchirait la jeune femme … Le noble courtisan prenait garde à ne pas faire le moindre geste, ne pas émettre le moindre bruit, que dis-je, le moindre souffle, tant il craignait de rompre par sa maladresse l’enchantement de cet instant. Combien il était conscient des préoccupations qui taraudaient sa compagne ! Il entendait déjà les murmures des autres Amazones qui s’étonnaient de voir leur souveraine s’attarder en la compagnie de l’Humain étranger, lui accorder une faveur que beaucoup recherchaient depuis bien longtemps et se voyaient ravir par un fils de Loki. Oh oui, il les entendait, ces langues de vipère, ces fourbes et sournois seigneurs qui s’empresseraient de répandre de viles calomnies dès qu’ils en auraient l’occasion. C’est pourquoi il n’en voudrait pas à Idril si elle refusait de se prêter au jeu, il ne voulait pas être cause de dissensions au sein de sa Cour.

Tant de pensées eurent le temps de traverser son esprit, tant de doutes et tant d’espoirs … Et pendant ce temps, ses yeux étaient immuablement rivés à ceux d’Idril, l’incitant de toutes ses forces à venir vers lui, à laisser son bras franchir ces quelques centimètres qui semblaient des lieux …

Stupeur ! La main se retire, les doigts s’éloignent, la désillusion envahit le jeune homme. Les vils seigneurs ont gagné, la reine ne dansera point, elle respectera son rang jusqu’au bout … une sourde déception s’empare de tout son être, aussi perçante qu’un coup de poignard.

Figé dans sa position d’invite, Arvaël ne bougea point, ne parla point, espérant encore, sa vieille assurance, son sixième sens de courtisan lui soufflant que rien n’était encore joué …

Et puis, le miracle s’accomplit : ce bras, si mince, se tendit résolument vers lui, ses doigts se posèrent sur sa paume. Le jeune homme en resta un instant interdit, tant le revirement de situation fut brutal. Alors ses doutes s’évanouirent et s’étonnant même vaguement de ce déferlement d’émotions contradictoires auxquelles il n’était pas habitué, il reprit le contrôle de lui-même et referma doucement sa main sur celle d’Idril.

Son autre main vint se poser tout naturellement sur la hanche de sa compagne, afin de la guider dans la danse requise par le morceau entamé peu de temps avant. A la demande exprimée par la jeune femme, il se pencha et lui glissa à l’oreille :

- Comment pourrais-je me moquer quand c'est de vous dont il s'agit? Mais ne craignez rien ma Dame, je vous guiderai.

Puis, sans ajouter une parole de plus, Arvaël les entraîna tous deux dans la magie de la danse, son regard dans le sien. Que son sourire était lumineux ! Depuis ce matin-là, jamais il n’avait vu de sourire aussi radieux éclairer ses traits. Enfin détendue, enfin oublieuse de ses obligations, Idril était véritablement stupéfiante.

Tournent, tournent les deux danseurs … deux pas sur le côté, un pas tout droit, quart de tour ; et deux pas sur le côté, un pas tout droit, quart de tour. Profondément conscient de la proximité de la jeune femme, de sa main dans la sienne, de son subtil parfum, de l’éclat de ses yeux, de son sourire charmant, Arvaël se sentait partir dans un monde de sensations d’où les mots étaient bannis. Deux pas sur le côté, un pas tout droit, quart de tour. Les étoiles au dessus de sa tête, le murmure de la brise tout autour d’eux, le doux froufrou de la robe d’Idril suivant ses mouvements, tout se mêlait aux pleurs des violons. Deux pas sur le côté, un pas tout droit, …

- Reine Idril, vous dansez merveilleusement bien …

A peine un souffle à l’oreille de la jeune femme, un soupir aussi vite évanoui qu’il était né.

Le temps s’était arrêté, le temps avait été aboli. Plus rien d’autre ne comptait que leur couple tournoyant sur le balcon, totalement oublieux du reste du monde, absolument aveugle aux regards choqués que leur envoyaient certains Amazones depuis l’intérieur de la salle sans oser venir les interrompre. Car ils étaient beaux, ainsi, totalement envoûtés par leur danse, incarnation de la jeunesse et de la joie de vivre, symbole vivant de l’absence de fatalité dans le déchirement de leurs races. Oui, ils étaient beaux, et au bout de quelques instants, les nobles commencèrent à se détourner, comme s’ils épiaient malhonnêtement quelque scène qui leur fût interdite.

Le rythme s’accéléra, la danse également. Arvaël guidait d’une main sûre sa compagne, la soutenant quand une hésitation la prenait. Ils tournèrent de plus en plus vite, tellement qu’à un moment, le jeune homme marcha malencontreusement sur un pan de la robe d’Idril, ce qui les fit basculer et tomber à la renverse alors même que le morceau de musique s’achevait.

Arvaël fut alors pris d’un fou rire, tellement puissant qu’il n’avait même plus la force de se relever. Réussissant à se calmer un instant, il se tourna vers la jeune femme et lui dit sur son habituel ton malicieux:

- Eh bien ma Dame, je crois qu’à présent, c’est à mon tour de vous prier de bien vouloir me prendre en pitié après cette bien piètre conclusion. En tout cas, je m’excuse bien humblement d’avoir ainsi fait choir votre personne de façon si peu seyante !

Parvenant à se redresser à demi, il tendit la main à la jeune femme pour l’aider à se relever, lui-même cependant encore soumis à un équilibre quelque peu précaire.
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Dim 25 Oct 2009 - 18:14

Il ne s’agissait plus d’une Reine et d’un courtisan, il ne s’agissait plus d’une Amazone et d’un Humain mais seulement d’une jeune femme et d’un jeune homme pris dans un tourbillon d’émotions inconnues et divergentes. Qu’était-ce si ce n’était pas un jeu de séduction résolument inimaginable et inattendu ? Les doigts de la suzeraine se posèrent sur la main tendue du gentilhomme qui se referma, peut être par peur de voir finalement repartir la main délicate de la jeune femme. Puis, tout s’enchaîna avec une facilité déconcertante. La main libre d’Arvaël vint se presser doucement contre la hanche d’Idril qui avait elle-même pris appui sur l’épaule de son cavalier. Au gré des notes qui s’échappaient toujours allègrement de la salle des fêtes, les deux jeunes gens se mirent à tournoyer autour de la piste improvisée. L’Amazone n’était guère à l’aise dans ce domaine, préférant briller au travers de la noblesse par son chant et sa musique, mais elle n’était pas aussi maladroite qu’elle le prétendait. Les paroles rassurantes d’Arvaël raisonnèrent à ses oreilles avec une douceur insoupçonnée et elle s’abandonna totalement à ses bons soins, se contentant de se laisser guider et il lui sembla que son cavalier était un excellent danseur. Les pas se succédèrent les uns après les autres, laissant opérer la magie du moment. Les yeux rivés dans les prunelles du courtisan, Idril sentit son cœur s’accélérer doucement, sans raison apparente. Elle pouvait ressentir la chaleur du corps de son compagnon à présent, ainsi que les subtiles fragrances de son parfum qui venaient lui chatouiller les narines, la main puissante mais délicate qui venait lui enserrer la hanche et son souffle chaud, lent et régulier. Qu’est-ce qui avait pu justifier une telle proximité entre le noble et la souveraine ? Elle n’aurait su le dire, mais pour l’heure, elle ne pensait nullement à ce genre de considérations. Elle se laissait emporter par le tourbillon incessant de la danse et des notes de musique. Elle se sentait à des kilomètres de son palais, de sa vie de monarque et des persifflages des nobles de sa Cour.

Le silence serein, enchanteur qui s’était peu à peu installé entre les deux jeunes gens était salvateur. Idril aimait ces instants où ne comptait que le regard de l’autre et elle crut presque se sentir aux côtés de Morzan, lorsqu’ils restaient côte à côte sans mots dire, se délectant de leur présence mutuelle. Comme un soupir, Arvaël laissa s’échapper un compliment destiné à sa compagne, qui baissa les yeux, avec un sourire timide et qui aurait presque pu se mettre à rougir. Qu’était-il advenu de l’orgueilleuse jeune femme qui gouvernait d’une main de fer sur les plaines de Fazor ? Se pouvait-il que ce soit la même jeune femme qui avait rabroué le comportement indécent d’Arvaël le matin même ou qui avait humilié devant toute sa Cour un personnage trop prompt à vouloir flatter l’ego de sa reine ? Etait-ce vraiment la même jeune femme qui bousculait à présent le protocole et qui ne se souciait guère des regards interloqués que lui lançaient certaines personnes depuis l’intérieur de la salle ? Les deux jeunes gens valsèrent sans se rendre compte de la confusion qu’ils avaient provoquée au sein de la noblesse conservatrice qui les observait, choquée, d’un œil discret. Ils incarnaient la fougue et l’illusion de la jeunesse, l’espoir d’une entente parfaite entre les peuples, malgré des us et coutumes contradictoires, malgré le fossé creusé par des différences culturelles et le gouffre instauré par des mœurs divergentes. Les motivations d’Idril prendraient sans doute un nouveau tournant après cette soirée, avec l’envie de restaurer ce que ses ancêtres avaient essayé de bâtir grâce à l’Ordre des Sept Compagnons. Elle prendrait conscience des véritables enjeux de cette guerre, et cela ne ferait que renforcer sa détermination. Son désir de Justice s’évanouirait peut être, pour laisser place à un désir de construction ou de reconstruction.

Mais pour l’heure, elle se laissait conduire par le pas certain de son cavalier qui la guidait avec douceur dans ses moments d’hésitation. Les notes s’accélérèrent, le rythme monta d’un cran et la robe d’Idril tournoya de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle se retrouva par terre sans savoir dire pourquoi. A ses côtés, Arvaël était pris d’un rire incontrôlable et ce fut à ce moment là qu’Idril prit conscience de sa beauté. Il était magnifique ainsi, riant de sa maladresse et de la situation. Profondément sincère. Idril se contenta de sourire, observant avec une certaine tendresse le gentilhomme qui ne parvenait pas à se contrôler et ne cherchant même pas à se relever. Il glissa d’un ton malicieux quelques propos qui firent davantage sourire la jeune femme ; mais avant qu’elle n’ait pu répondre quoique ce soit, les portes-fenêtres de la salle s’ouvrirent à la volée et des nobles soucieux accoururent en criant « Votre Majesté, Votre Majesté … ». Lorsqu’elle reporta son attention sur le courtisan, il était à moitié redressé et lui portait secours d’une main encore chancelante qu’elle accepta néanmoins de bonne grâce. Si bien que lorsqu’elle fut relevée, elle se tenait presque tout contre la poitrine d’Arvaël. Sentant une gêne fulgurante face aux nobles qui les entouraient à présent, elle distança le gentilhomme, maladroite, épousseta sa longue robe bleue et réajusta son châle sur ses épaules mécaniquement. Avec un sourire bienveillant, elle congédia les nobles avec une politesse certaine, leur assurant qu’elle se sentait parfaitement bien. Et aux quelques réfractaires qui refusèrent de partir de suite, elle n’offrit qu’un sourire mitigé et une courtoisie très limitée, leur rappelant qu’elle n’était pas faite de sucre. Lorsque les deux jeunes gens furent à nouveau seule, Idril se sentit libérée d’un poids et cessa de fixer les portes de la salle où les gens de sa Cour s’en étaient retournés. Elle reporta son attention à son hôte et le gratifia d’un signe tête. D’une voix douce et chuchotée, elle s’expliqua :

« Il y avait longtemps que je ne m’étais pas autant amusée, Sir Arvaël. Vous êtes un excellent cavalier, si l’on excepte cette chute malencontreuse, assura-t-elle non pas sans un rire léger et discret. Je crois que les effluves d’alcool auront eu raison de nos réflexes pour ce soir. Et il est temps pour moi de rejoindre mes appartements avant que je ne passe par-dessus la balustrade, ce qui, assurément, n’aurait pas fini de faire jaser ma Cour.

Elle s’avança vers Arvaël dont elle s’était éloignée quelques minutes auparavant et plongea ses prunelles d’émeraude dans son regard de glace. Elle se pencha vers lui, après avoir vérifié au préalable par-dessus son épaule qu’on ne les observait plus, et lui murmura au creux de l’oreille :

- J’espère que vous avez eu au moins autant plaisir que moi et que cette soirée vous donnera l’envie de revenir me voir. »

Elle reprit sa place initiale, jeta à nouveau un rapide coup d’œil vers la salle et fut satisfaite de constater qu’aucun curieux ne lançait des regards indignés dans leur direction.

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Arvaël Al'Nyr
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Ven 30 Oct 2009 - 22:02

Encore soumis à de sporadiques éclats d’hilarité suite à sa chute grotesque, Arvaël fut heureux de voir qu’Idril ne s’offusquait pas de l’incident. Au contraire, le radieux sourire qu’elle lui offrit ôta de son esprit les craintes qu’il aurait pu concevoir à ce propos. Les joues légèrement roses, le regard scintillant, sa cavalière d’un moment avait complètement abandonné son masque de souveraine pour n’être plus qu’une jeune femme comme les autres, heureuse de profiter de cette douce soirée.

Mais le charme fut soudainement rompu par l’arrivée impromptue et oh ! combien indésirable des gens de la reine, l’air aussi bouleversé que si Idril venait de perdre un bras. Il sembla même à l’Humain que l’un de ces nobliaux le fusillait d’un regard qui n’avait rien d’amical, ce à quoi il répondit par un grand sourire et un petit clin d’œil, comme s’il venait de repérer un ami avec qui il partageait l’incongruité de la scène. Le freluquet, furieux, se colora d’une délicate nuance pourpre et retourna rageusement dans la salle des Fêtes sans un regard en arrière. Non mais quand même ! Qu’est-ce qu’il croyait celui-là ? Qu’il avait volontairement fait basculer Idril ? Que pour une raison obscure il avait attenté à sa personne ? Et puis quoi encore ?! L’incident ne dura que quelques secondes, et lorsqu’Arvaël reporta son attention sur la reine, il chassa l’importun de son esprit pour aider la jeune femme à se relever.

La proximité engendrée mécaniquement par son redressement, au vu et au su des nobles accourus, créa un petit flottement. Le jeune homme savoura ce bref moment où elle était presque appuyée contre sa poitrine, quelques mèches de ses cheveux venant lui chatouiller le cou, mais ce moment fut éphémère, et Idril laissa place à la reine. Elle s’écarta de lui pour remettre de l’ordre dans sa toilette et faire face à ses sujets, lesquels regardaient le courtisan avec suspicion. Il leur était bien assez pénible comme çà de voir leur suzeraine manifester son amitié à un Humain, un tel rapprochement était à présent presque indécent à leurs yeux.

Après avoir remercié ses sujets, avec sa verve accoutumée pour les plus acharnés ce qui fit rire intérieurement Arvaël, même s’il ne s’autorisa qu’un discret sourire, Idril se tourna vers lui et le remercia pour cette soirée. Elle désirait se retirer à présent …

- Déjà ?!

Le mot sortit avant que le jeune homme n’ait le temps de le retenir. Il toussota puis détourna les yeux, gêné. Il ne voulait pas la laisser partir, car il savait que c’était là la dernière occasion qu’il avait de la voir avant son retour sur le territoire des Humains, où il y avait toutes les chances pour que cette maudite guerre le retienne de longues semaines. Mais réaliste, il savait aussi qu’insister ne servait à rien. Rejetant dans les tréfonds de son âme la violente déception qui l’avait envahi, remettant à plus tard l’analyse de ces sentiments inédits pour le jeune hobereau qu’il était, il retrouva une bonne partie de sa bonne humeur et répondit à la boutade d’Idril :

- Dame, si jamais pareille chose devait arriver, soyez assurée que le premier à en rire prendrait bien vite le même chemin que vous !

Arvaël se tut. Voilà, c’est fini, pensa-t-il. J’ai eu le privilège, l’espace d’une danse, de savourer sa compagnie en tant que femme et non en tant que reine, et maintenant, la soirée s’achève …
Dire que le matin même il ne la connaissait pas ! A cette soudaine pensée l’estomac du jeune homme se contracta. Il lui semblait que cette rencontre fortuite dans ce couloir remontait à des lustres …
Plongeant ses yeux dans le regard d’émeraude de sa compagne, il attrapa sa main d’un mouvement vif et la pressa doucement :

- Reine Idril, merci infiniment pour cette soirée. Je n’oublierai jamais l’insigne faveur que vous m’avez accordée ce jour, et croyez bien qu’elle n’est pas tombée dans le cœur d’un ingrat …
Je repartirai assurément plus fortuné que je ne l’espérais au départ. Mes pensées toujours vous accompagneront.


Le jeune homme, plus ému qu’il ne le croyait, libéra la main de la jeune femme. Les conséquences de son retour prochain à Yswllyra lui apparurent soudain avec une cruelle clarté ; il allait s’en aller, retourner à ses habitudes, faire le joli-cœur en société, scandaliser une énième fois les vieilles harpies accrochées à leurs traditions comme à la vie elle-même, passer de dîners en soirées en réceptions toutes plus futiles les unes que les autres … Cette existence allait lui paraître bien fade à présent.

Se penchant doucement vers Idril, il lui murmura à l’oreille :

- Si vous le permettez, je vous écrirai … Il n’est pas dit que je laisserai les circonstances constituer un obstacle au développement d’une amitié qui déjà m’est chère …

Arvaël se redressa, sourit, puis ajouta en riant :

- A moins que je ne revienne chassé à coup de fouets d’Yswllyra pour avoir chanté vos louanges un peu trop fort …

Après une pause, il reprit sur son plus beau sourire :

- Eh bien, il ne me reste plus qu’à vous faire mes adieux ! Puisse la force de Freyja vous accompagner et vous soutenir sur la route qui est la vôtre.

Le courtisan attrapa derechef la main d'Idril pour y déposer un baisemain, puis la libéra et effectua la révérence la plus sophistiquée et la plus parfaite dont il était capable. Profondément incliné, il recula de quelques pas sans quitter la reine des yeux. Arrivé au niveau des portes fenêtres, il se redressa, adressa son sourire le plus étincelant à Idril, lui lança un petit clin d’œil et sur une dernière inclination de la tête s’en alla, sans jeter le moindre coup d’œil aux Amazones qu’il croisait.

Oui, sa vision de la guerre allait bien évoluer après pareil séjour sur les Plaines de Fazor !
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MessageSujet: Re: Un dîner mouvementé [Arvaël *]   Sam 7 Nov 2009 - 13:35

La spontanéité de la réaction du courtisan humain fit sourire à nouveau la jeune reine des Amazones, de cette même sincérité que précédemment. Alors que le gentilhomme reprenait contenance, Idril se remémora tous les évènements de cette journée si particulière, si inattendue. Le matin même, elle s’offusquait de la proximité et de l’indécence d’un noble humain visiblement perdu dans son château, avant d’apprécier petit à petit cette fraîcheur et cette authenticité qui l’avaient d’abord irritée. Comment Arvaël avait-il réussi ce coup de maître ? Elle l’ignorait. Et en percevant son regard dépité, la jeune femme aurait aimé rester encore quelques temps à discuter avec son cavalier. Mais il se faisait tard et ses obligations de monarque l’attendraient dès son réveil, le lendemain matin. Toujours ce sens aiguisé du devoir qui parlait avant ses sentiments ; la raison parlait toujours avant le cœur pour une suzeraine, bien que cette soirée fût tout de même placée sous le signe de la déraison et du plaisir. Arvaël retrouva son air joyeux et son optimisme caractéristique, puis plaisanta avec la même insouciance qui l’avait guidé tout au long de cette soirée. Idril s’autorisa un petit rire, toujours très discret, avant de se faire attraper la main par le courtisan qui la contemplait avec attention. Puis il pressa cette main délicate qu’il tenait avec douceur et se libéra d’une nouvelle confession. La jeune femme détourna les yeux quelques instants, ne sachant que répondre, avant de reporter son regard sur celui de son interlocuteur et de lui offrir un sourire tendre et affectueux. Elle sentit son cœur s’accélérer doucement comme il l’avait fait lors de leur danse, de manière inexplicable, et ne se rendit pas compte du trouble qui avait envahi l’esprit du courtisan. Il lâcha sa main et se pencha à son tour vers elle, pour lui chuchoter à l’oreille qu’il lui écrirait. Avec malice, la souveraine murmura elle aussi à l’oreille de son interlocuteur :

« Et j’attendrai vos lettres avec impatience. »


Le noble se redressa et ajouta à ses propos une note d’humour, comme il en avait l’habitude, ce qui fit sourire la jeune femme. Il lui serait pénible, dès demain, de retourner à ses obligations, en compagnie de gens aussi mornes que sinistres. Et le moment redouté arriva ; Arvaël se saisit de la main précédemment lâchée pour y déposer un baisemain délicat et courtois. Ses doigts relâchèrent leur pression puis libérèrent la main de la jeune femme qui s’attarda quelques secondes, comme pour fixer le temps et retarder l’échéance. Mais l’heure avait sonné et chacun devait s’en retourner d’où il venait, sans autre forme de procès, avec comme unique satisfaction l’idée d’avoir passé une soirée aussi improbable que magique. Le gentilhomme s’inclina profondément, dans une révérence aussi surprenante que sa personnalité et à laquelle Idril répondit avec un mouvement de tête léger mais distinct. Elle le regarda ensuite s’éloigner et sentir son cœur se serrer dans sa poitrine, comme si le départ de son hôte la ramenait brutalement à la réalité, à cette réalité si pesante et éloignée de la magie de cette soirée. A cette réalité qui lui explosait en pleine figure avec l’éloignement du courtisan. Elle était Reine, elle avait des obligations et aucun droit de vivre sa jeunesse comme elle l’aurait souhaité. Son comportement le lui serait reproché, c’était certain. Elle aurait aimé courir après Arvaël, le prendre par le bras et courir avec lui loin de cette réalité, l’emmener faire une balade à cheval le lendemain ou simplement l’inviter à rester encore un peu. Lorsqu’il se retourna avant d’entrer dans la salle, il adressa son plus beau sourire à la jeune femme et lui lança un petit clin d’œil complice. Idril afficha un sourire de façade, ravalant son amertume, et adressa un petit signe de la main à son cavalier d’un soir qui finalement, disparut à l’intérieur. La jeune femme se tourna elle aussi, pour se diriger vers un balcon où elle s’appuya avec nonchalance, fixant son regard sur l’horizon assombri, la mort dans l’âme. Elle resta ainsi de longues minutes, perdue dans ses pensées les plus intimes et étonnamment, personne ne vint à sa rencontre, préférant sans doute ne pas déranger la mélancolie de la souveraine …



[RP terminé]

Ce fut un immense plaisir de jouer avec toi !

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