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 Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]

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Elönia Aziel'Da
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MessageSujet: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Mar 13 Avr 2010 - 14:38


Elönia réalisa alors où elle se trouvait. Le Capitaine l'avait ramené dans les appartements qu'elle occupait lorsqu'elle venait à la cour, ses parents couchant quelques pièces plus loin. Cette chambre, qui lui était réservée, lui plaisait énormément. Elle était beaucoup plus fournie et décorée que celle dont elle disposait dans sa demeure familiale. Le Roi mettant beaucoup de choses à disposition de ses nobles pour qu'ils ne manquent de rien. Choses parfois jugées superflues par ses parents qui l'en dispensaient une fois à la résidence.

Le couloir, quant à lui, paraissait de plus en plus froid une fois les bouffées de chaleur évacuées. Elle frissonna légèrement lorsqu'un courant d'air frais se fit sentir. Soudain, le Capitaine s'approcha d'elle et lui murmura qu'il revenait, se libérant de l'étreinte de ses mains délicatement. Elle avait peut-être exagéré en le suppliant presque de ne pas partir, mais cette requête était venue naturellement, sans réflexion au préalable.

Elle tourna alors doucement la tête pour le voir murmurer quelque chose au jeune page qui les avait conduit jusque ici. Étrangement, Elönia n'avait pas remarqué sa présence jusque-là. Il lui lança alors un drôle de regard avant d'acquiescer et de disparaître. L'Ombre revint près d'elle, prenant une nouvelle fois ses mains alors qu'elle les agitait en signe de nervosité. Elle était ridicule et elle en était consciente. C'était certainement cela le pire dans cette situation des plus embarrassante. Heureusement elle était plutôt bien tombée : le Capitaine faisait preuve de plus de courtoisie que la majorité des hommes qu'elle côtoyait à la cour. Eux étaient souvent agréables par politesse, lui par nature, la compassion se lisant sur son visage.


Elle bafouilla de nouveau des excuses, ne sachant que faire pour se tirer de l'embarras dans lequel elle était. Il s'approcha alors d'elle, portant sa bouche près de son oreille pour lui parler et pour ne pas réveiller tout le secteur endormi. Il s'en voulait visiblement, se considérant comme responsable de l'état actuel de sa cavalière. Elönia voulut protester, lui affirmant le contraire, mais il ne la laissa pas répondre... Non, il lui parla de leur Seigneur, ce qui conforta la jeune femme dans l'idée qu'il était bien au courant pour ses ambitions, avant de lui poser une question complètement déplacée, concernant son amour. Elle n'aima pas, non plus, sa dernière remarque, sous-entendant qu'il n'y avait dans son cœur aucune place pour l'amour, ce qui la blessa un petit peu.

Il la conduisit alors dans son fauteuil au coin du feu, avant de l'observer un moment. Ne soutenant pas son regard, elle jeta un coup d'oeil à la porte, non fermée, mais ne s'en occupa pas, étant donné le peu de chance qu'une personne passe dans ce quartier-ci, sa famille étant déjà au lit. Elönia rompit finalement le silence, ne voulant laisser le Capitaine avec de fausses idées :


« Vous n'y êtes pour rien. Je ne suis qu'une enfant qui veut tout tout de suite et qui n'accepte aucunes remarques ou critiques... »

La jeune femme se sentait visiblement mieux. Elle arrivait à parler sans trop de difficultés même si elle ne se trouvait pas sous son meilleur jour.


« Le Roi prendra qui lui conviendra, j'en suis bien consciente. Mais je déteste attendre sans savoir... »

Évitant de nouveau le regard de son interlocuteur, la jeune noble se concentra sur le feu et ses crépitements. Même si ses vertiges étaient passés, elle se sentait toujours incroyablement fatiguée avec un morale au plus bas. La soirée était bien trop avancée pour retrouver un semblant de courage et de sourire, comme si l'Elönia joviale ne cessait de mourir à petit feu, accompagnée de ce crépitement si singulier.

Hésitante, elle cherchait ses mots pour répondre aux dernières questions du Capitaine. Elle lui devait bien cela après la scène qu'elle venait de lui faire. Certains hommes n'auraient certainement pas apprécié la manière dont elle s'était conduite et ils l'auraient rapidement remis à sa place.


« Qu'importe que j'aime ou non notre souverain. C'est lui qui aura le dernier mot et mes sentiments n'entrent pas en compte la-dedans.  »

Elle comprit ce soir, dans son état d'éméché, ce qu'Elianä sous entendait lorsqu'elle lui parlait de son amour à sens unique avec les héros de romans ou bien leurs auteurs. Dans une situation comme celle-ci, ou l'amour était fictif, il n'y avait que peu de risque de tristesse, de tromperie ou de séparation. Il y avait juste une personne qui vivait dans son monde, où elle pouvait contrôler tout ce qui lui importait. Chose moins frustrante que de devoir abandonner son amant avant le mariage.


« Mais pour répondre clairement à votre question j'ai des considérations pour l'amour, même si je ne l'ai jamais connu... »

Elle marqua une courte pause, la gorge sèche, sans comprendre pourquoi.

« Nous ne choisissons pas nos époux, mais nous pouvons essayer d'influencer nos parents... Les mariages arrangés brisent les rêves de dizaine de femmes qui doivent faire face à la réalité de la vie. Combien d'hommes sont infidèles Capitaine ? Vous devez certainement le savoir mieux que moi. Alors qu'une femme ne pourra jamais avoir un tel comportement sans risquer d'être répudiée. Alors l'amour... Finalement, il apparaît plus sage de n'avoir aucune considération pour cela et de ne penser qu'à la fortune et l'élévation sociale... »

Sa voix se brisa et cette peur d'être mariée à n'importe qui l'envahit de nouveau. A croire qu'elle commençait à craindre cette éventualité plus que la guerre... Mais comme elle l'avait dit à sa cadette, elle ne laisserait, en aucun cas, ses parents la marier à n'importe qui ! Son mauvais caractère repoussant certainement la majorité de ses prétendants, il ne lui resterait plus qu'à s'insurger face à sa famille.

Envahie par cette pensée, Elönia ne vit le Capitaine s'approcher d'elle pour l'enlacer. Elle fut surprise et ne comprit pas ce geste. Lui faisait-elle pitié ? La dernière étreinte, qu'elle avait reçu, devait remonter à un bon moment déjà. Pas tellement en y repensant. Cela datait du procès de son père qui avait failli mal finir. Seulement, sa famille n'était pas sujette aux étreintes et aux marques d'affections physiques, surtout en public. Il en était de même pour Elönia, qui par son éducation, avait appris à contrôler ce genre de choses. Enfin, aux vues de sa crise de ce soir, il paraissait difficile de croire que la jeune femme avait reçu une quelconque éducation... Ce geste pouvait en tout cas paraître déplacé, mais Elönia s'en moquait bien.

Les battements de son cœur s'accélérèrent légèrement et après une légère hésitation elle lui rendit son étreinte en serrant ses bras derrières son dos. Ils restèrent là, un moment, sans rien dire, sans bouger. La jeune femme ferma les yeux, se reposant sur l'épaule du jeune homme. Son odeur était agréable, mais une mèche de cheveux, qui la chatouillait, l'était beaucoup moins. Elönia s'écarta un peu et saisit cette mèche du bout des doigts avant de la lui glisser derrière l'oreille.


« Et vous Capitaine, quels sont vos considérations concernant l'amour ? »

Rompant le silence en murmurant ces mots, Elönia reposa sa tête sur son épaule.

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Lenhar Embral'Denh
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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Mar 13 Avr 2010 - 17:16

    Lenhar, d'un certain côté, ne s'était pas du tout attendu à ce que la jeune femme réponde à son étreinte. De diverses possibilités avaient traversé son esprit, comme par exemple recevoir une baffe, se faire jeter dehors à grand cri, se faire repousser avec toute la dignité possible, étreindre une branche d'arbre (en gros qu'elle reste immobile, disons.), qu'elle ne dise rien mais qu'elle se crispe, qu'elle... Enfin bref. Pendant un court instant, il s'était sentit flotter, et ne savait pas trop si elle allait lui en vouloir énormément d'avoir ainsi bafoué l'étiquette. D'ailleurs, il était toujours assez inquiet de lui avoir posé des questions si indiscrètes. Bonjour le tact. A croire qu'il avait pris un stage chez les Amazones... Ah, mais que diantre, il en revenait, de chez les Amazones. Ce devait être ça. Passer une nuit à se battre contre un bandit armé d'une hache de deux mètres de haut et se promener avec une Amazone qui vous jette des regards très très méchants à chaque fois que vous balancez une plaisanterie, ça ne fait pas de bien à l'étiquette.

    Mais. Mais quand même! Elle avait répondu à son étreinte. Avec beaucoup de douceur et de générosité, comme si cela faisait des lustres qu'elle n'avait pas étreint quelqu'un. Elle frissonnait légèrement, et Lenhar sentit le cœur de la jeune fille battre plus vite. Il était vrai que ce ne devait être pas tous les jours qu'elle faisait une petite crise de nerfs et qu'elle s'ouvrait ainsi à quelqu'un. Un Ombre, qui plus est. Cela devait faire étrange à la jeune noble. Lenhar, en bon soldat, était relativement habitué à la proximité des corps, quels que soient leur race ou leur sexe. Mais là, il sentait qu'il y avait une acceptation mutuelle dans cette étreinte, et que chacun offrait beaucoup à l'autre.

    Soudain, la jeune Ombre se retira délicatement, et lui remis d'un geste doux une mèche derrière l'oreille. Il leva un sourcil, et mena la main à ses cheveux pour refaire son catogan, quand la jeune femme prit la parole. Pendant un instant, il crut ne pas avoir compris sa question. Mais tout d'un coup, il comprit, telle une illumination le traversant de part en part. Lui, amour, quoi comme idée. Pas très compliqué à demander. Un peu plus ardu à répondre. Surtout quand la demoiselle trouve votre épaule tellement confortable qu'elle y retourne. Je vous avouerai que Lenhar souhaita de tout son cœur que personne ne rentre dans les appartements à ce moment-là. Il prit le temps de réfléchir à la réponse, pendant qu'il sentait le souffle à présent plus tranquille de la jeune femme près de son cou. Il finit par lui répondre, chuchotant à son tour.


    "Et bien... Pour tout vous dire, je n'ai pas d'origine noble. Ma mère est artisan forgeron, et un jour mon père est venu commander une arme. Et il n'est jamais reparti. Plus jeune, ils me disaient tous deux de ne pas m'en faire, de ne choisir une épouse que le moment venu, et qu'ils ne me l'imposeraient pas. Par la suite, mon père... Bref, ma mère m'élevant seule après sa... mort, elle n'a jamais changé son discours. Mais elle me disait aussi de ne pas me marier par convoitise, mais par amour, car alors on vit bien plus heureux. J'ai donc vécu baigné dans cette atmosphère... Il se trouve, pour tout vous dire, que je n'ai jusqu'alors vécu que des aventures, et que je n'ai pas encore fait la connaissance d'une jeune femme qui me donne envie de tout faire pour la rendre heureuse. Je pense que si je me marie, je ne supporterai jamais de voir mon épouse triste. Alors j'essaierai de rentrer toujours sain et sauf de mes missions, et je lui consacrerai tout le temps possible..."

    Lenhar avait fini par être bercé par le son de sa voix qui soufflait doucement à la jeune fille des idées qu'il avait toujours eu, mais n'avait jamais dîtes à qui que ce soit. Il s'étonnait lui-même de parler si librement. Il se tut soudain quand il réalisa qu'il était précisément en train de faire certaines des actions qu'il venait de lui énumérer, et cela le troubla un instant. Il se tut, plongé dans ses pensées et ses souvenirs. Il était vrai qu'il avait eut de nombreuses amantes, avec qui il n'était que rarement resté, mais c'étaient des décisions communes, et jamais il n'avait tenté de charmer quelqu'un qui pourrait tomber amoureuse de lui. C'était contraire à sa vision des choses. Une fois seulement, il était resté un an avec une elfe charmante, alors qu'il n'était pas encore capitaine. Il devait avoir vingt ans. La jeune femme était adorable, mais avait un caractère bien trempé, et finalement c'est elle qui l'avait quitté car elle avait trouvé un autre amant demeurant bien plus près de chez elle, et qui pouvait la visiter bien plus souvent.
    Songeant à une remarque précédente d'Elönia, Lenhar reprit alors la parole.


    "Il me semble que vos parents tentent de faire en sorte que vous ne partiez pas sur un coup de tête avec le premier de vos amants, comme l'ont fait bien des jeunes filles avant vous. Mais vous avez une vision très détachée, et même assez triste du mariage. Mais peut-être suis-je le plus naïf de nous deux, car aussi loin que je me souvienne, mes parents se sont toujours tendrement aimé, même s'ils se chamaillaient très souvent. Ils étaient d'un orgueil phénoménal. D'ailleurs, ma mère n'a jamais repris d'époux. Je pense que vous devriez chercher quelqu'un qui puisse vous enchanter à l'idée de le voir, ne pas vous inquiéter outre-mesure lors de ses absences, et dont vous seriez assurée de la fidélité...

    Lenhar eut envie de se taire. Qui était-il pour lui dire des choses pareilles, lui qui avait la réputation d'avoir des conquêtes aux quatre coins du Gwendir? Bon, ce n'était pas forcément faux, mais... Il se sentait gêné vis-à-vis d'elle, car elle pourrait ne pas le croire. Mais le pire était qu'il lui avait dit tout cela très sincèrement. Il ne savait pas si cela s'était ressenti dans son ton. Il ne sut pas trop quoi dire pendant un long moment. L'avait-il vexée? Il ne l'espérait pas. Et puis, s'il l'avait vexée, elle aurait certainement enlevé sa tête de son épaule. De son épaule...droite. Aie. Mal. Cela devait bien faire dix minutes qu'ils étaient ainsi, et sa blessure recommença à l'élancer. Ahlala, on ne pouvait jamais être tranquille hein. Très doucement, il redressa la jeune fille, en lui indiquant son flanc d'un doigt, accompagné d'une petite grimace éloquente. Il en profita pour refaire son catogan, et palpa sa chemise pour vérifier que les bandages étaient toujours en place. Bien, tout était parfait.

    "Excusez-moi, j'espère que vous me pardonnerez le fait de vous avoir retiré le parfait coussin qu'est mon épaule, mais j'ai actuellement un petit instant de faiblesse...

    Il vit apparaître un mince sourire aux commissures de ses lèvres. Bien. Ouf.

    "Mais... Bon, je suppose que je vais encore faire un affront à l'étiquette, mais on n'en est plus à un près... N'y a-t-il personne à la cour que vous trouvez sympathique, que vous aimeriez voir plus souvent? Quelqu'un que vous connaissez peu ou pas, je ne sais, mais qui puisse s'occuper tendrement de vous pour sécher vos pleurs?"

    Lenhar, encore une fois, se tut. Il venait, plus ou moins, encore de décrire la situation qu'ils vivaient actuellement. Combien de fois allait-il faire des gaffes ce soir-là?? Il sentit qu'il rougissait légèrement de honte. Quel embarras de mettre ainsi une jeune noble dans cette situation. Lenhar, tu ne gères pas du tout, là.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Mer 14 Avr 2010 - 17:52

Laissant répondre le Capitaine sans l'interrompre, sans réagir, Elönia ferma les yeux. Le récit de sa vie lui parut presque féérique lorsqu'il évoqua la rencontre de ses parents. Drôle de contexte, mais qui devait être monnaie courante chez le peuple. La suite lui parut moins rocambolesque et la jeune femme se rendit compte que la perte d'un être cher était certainement une chose terrible. Un jour viendra, où elle aussi, devra affronter la mort d'une personne proche. En toute logique, ce sera certainement la mort de ses parents. Elle émit alors un petit gloussement lorsqu'il fit référence à ses aventures.

« Je veux bien vous croire... Vous savez y faire avec les femmes... Enfin... »

Le petit rire passé, Elönia fut, quand même, touchée par sa vision du mariage. Le tableau brossé par le Capitaine était presque trop beau pour être vrai. Dire qu'un homme, doublé d'un militaire pouvait avoir cette vision de la vie, de l'amour, était surprenant. Mais une fois encore, elle présentait que le Capitaine était différent. Sa dernière remarque, par contre, donnait matière à réfléchir. Épouser un militaire ne devait pas toujours être facile à vivre. Les campagnes, parfois longues, peuplaient le quotidien de ces hommes et la mort devait rôder comme un spectre autour de leurs épouses en permanence. Enfin...Les dernières lectures de la jeune femme lui avaient appris à pousser sa réflexion au-delà de son Royaume et par conséquent, à considérer le peuple des Amazones où les femmes prenaient également part aux combats. Il y avait donc également des hommes dans ce monde, qui attendaient leurs épouses après les batailles...

Il reprit de nouveau la parole pour cette fois lui parler de sa vie à elle, de ses parents, lui donnant quelques petits conseils qui ne manquèrent pas de la faire sourire. Elle allait lui répondre, mais il la repoussa doucement, grimaçant, en lui indiquant sa supposée blessure. Comprenant cela, la jeune Ombre se redressa rapidement. Elle allait de nouveau bredouiller des excuses, mais elle se tut, songeant qu'elle s'était assez excusée pour ce soir. Croisant les bras, pendant que le jeune homme s'occupait de ses cheveux, elle afficha alors un faux air fâché :

« Me prenez-vous pour une sotte en prétendant que je sois capable de partir avec le premier coureur de jupons venu ? »

Il s'agissait d'une plaisanterie, mais penser que ses parents la considéraient ainsi l'attrista. Pourtant, il n'y avait pas de raison, le Capitaine étant loin de la réalité. Si ses parents, et ceux des autres femmes, voulaient encadrer ainsi le mariage de leurs filles, c'était à cause des enjeux politiques, du montant de la dot, des intérêts pour la famille... Le mariage chez la haute noblesse pouvait être synonyme d'intérêt, simplement.

Se levant, Elönia partit jeter un coup d'œil dans le couloir avant de fermer cette maudite porte. Elle resta adossée à elle, fixant le Capitaine. Il semblait moins souffrir de sa blessure, mais elle s'en voulait de s'être laissée aller comme un poids mort. Elle continua à le considérer un moment, avant de détourner le regard, ne souhaitant pas paraître impolie. Mais après tout, comme il venait de le préciser, au point où ils en étaient, il n'y avait plus besoin de compter le nombre de transgressions des normes et des valeurs de la cour.

Sa question suivante la fit sourire à nouveau. Si elle désirait voir quelqu'un plus souvent ? Elönia gloussa, mais garda pour elle la réponse évidente à une question aussi stupide. Il y avait bien une personne qu'elle désirait voir plus souvent, mais qui ne s'intéressait pas à elle... Encore et toujours le Roi. Mais elle décida de ne pas l'évoquer de peur de faire croire au soldat que le Monarque était son obsession permanente. Il n'aurait pas tort après tout...


« Non personne. »

Elle allait poursuivre, mais l'attitude du Capitaine Embral'Denh l'interpella. Il semblait gêné et ce fut lui, cette fois, qui évita son regard. Qu'avait-elle fait pour obtenir cette réaction ? Faisait-il allusion à lui dans ses dernières paroles ? Elle tourna la tête à son tour, rougissant également à cette idée.

Partant se servir un verre d'eau dans la carafe sur sa table de chevet pour ne pas lui faire face, elle lui demanda quand même s'il en voulait un. N'attendant pas sa réponse, elle le but, sans réellement avoir soif. Reposant son verre, elle resta de dos, tapotant des doigts sur sa table de chevet. Le silence devenait pesant presque insupportable.


« En réalité... Ceux qui prétendent vouloir s'occuper de moi ne le font que par ambition, que pour mon nom, que pour d'argent ou je ne sais quoi encore. Mon monde n'est peuplé que de tromperie et que de courtoisie intéressée... Je fais pareil... Enfin, pas toujours... Et... votre blessure... C'est supportable, vous allez bien ? »

Elle préféra changer de sujet.

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Lenhar Embral'Denh
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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Jeu 15 Avr 2010 - 19:21

    Non, personne. La jeune femme avait répondu à sa question tellement rapidement qu'il ne pouvait s'agir que d'un mensonge. Il était assez évident qu'elle pensait au Roi, mais il évita de lui poser la question. Il ne tenait pas à la remettre dans un état pareil que le précédent. Mais elle sembla alors elle aussi rougir en le voyant gêné. Voilà qu'il la mettait encore mal à l'aise, parce que lui-même l'était. Elle avait dû avoir la même pensée que lui. Et ce n'était pas bien. Il se prit, un instant à penser que son grade de Capitaine le promouvait à celui de noble, et même presque à la haute noblesse, l'arbre généalogique en moins. Et si... Mais il s'arrêta immédiatement de penser. De toute manière, elle désirait s'unir au souverain. Qui était-il pour avoir de telles images, alors que son souverain, plus jeune, plus riche, plus puissant, mieux né, et avec ce charisme fragile qui charmait toute les demoiselles, le surpassait largement?

    La jeune femme finit par se verser un verre d'eau, et n'attendit pas vraiment qu'il lui en demande un. Il s'en servit un aussi, et ils burent, n'osant ni se regarder ni parler. Il était vrai que depuis quelques minutes, la conversation était devenue beaucoup plus difficile à aborder, et délicate à mener. Les vapeurs de l'alcool semblaient avoir parfaitement quitté la jeune noble, qui était alors en pleine possession de ses idées et de ses nerfs. Il n'y avait aucun doute qu'elle se souviendrait de cette conversation. Il espéra de tout son cœur qu'elle ne lui en tiendrait pas grief. Peut-être même lui accorderait-elle qu'ils puissent se revoir. Ou pas. Le futur le dirait.


    « En réalité... Ceux qui prétendent vouloir s'occuper de moi ne le font que par ambition, que pour mon nom, que pour l'argent ou je ne sais quoi encore. Mon monde n'est peuplé que de tromperie et que de courtoisie intéressée... Je fais pareil... Enfin, pas toujours... Et... votre blessure... C'est supportable, vous allez bien ? »

    Lenhar ouvrit de grands yeux à cette réplique. Certes, il ne tombait pas des nues, vu qu'il fréquentait lui-même cette société de noblesse jalouse cherchant toujours le meilleur des partis pour leur progéniture. Et Elönia était un très bon parti, expliquant donc la raison pour laquelle ses parents se devaient de la marier à un noble très haut placé. Il n'était même pas étonnant qu'elle ait jeté son dévolu sur le roi. Non, ce qui l'étonnait profondément dans la phrase de la jeune fille, c'était le détachement avec lequel elle avait soufflé ces mots. Désabusée. Voilà ce qu'elle était, et âgée d'à peine une vingtaine de printemps. En tout cas, Lenhar ne lui donnait pas plus de vingt-trois, vingt-quatre ans. Et déjà, les yeux ouverts et clairvoyants devant les histoires de la cour, elle s'y immergeait, y brillait, et en utilisait les ficelles avec brio. Il se demanda depuis combien de temps elle n'avait pas eu une conversation où il fallait cacher, charmer, déguiser les mots afin de mieux utiliser ou mener l'interlocuteur à ses propres fins.
    Toute cette réflexion n'avait duré que quelques secondes, et il répondit bien vite à la suite de sa phrase, comprenant qu'elle tentait maladroitement de changer de sujet. Ce qui d'ailleurs était étonnant de la part de quelqu'un habituée à parler.


    "Oui, bien sûr, j'ai déjà eu bien pire. Mais bon, je ne vais pas vous raconter mes exploits guerriers... Sachez juste que cette blessure m'a fait comprendre que les liens entre les peuples divergeaient de plus en plus. Les Amazones et les Ombres se font de plus en plus confiance, mais les humains deviennent violents et impulsifs envers les autres peuples. Je ne sais quels malheurs nous attendent, mais il faudra vous préparer. Bref. Et sinon, cette blessure n'est plus aussi vilaine que lorsque je l'ai reçue; la médecine d'urgence Amazone est incroyablement efficace. Maintenant, la paie est refermée, mais les tissus internes m'élancent encore un peu. Il n'y a pas de quoi s'alarmer, ne vous en faîtes pas. Au pire, si je commence à me contorsionner de douleur sur le sol, vous m'aideriez peut-être à ne pas mourir?, termina-t-il avec un clin d'œil.

    Lenhar se sentait étrangement bien, et trouvait dans cette jeune noble une grâce et une facilité à subjuguer les foules absolument incroyables. Elle avait un port altier, et un rire cristallin qui ensemble en faisaient un être fort et faible à la fois. Le Capitaine songea que ce soir-là, il avait vu ces deux facettes de la jeune femme. Il s'attarda sur son visage, ses traits fins et réguliers, sa peau sans rides et son doux sourire. Il fut content de voir qu'elle était beaucoup plus apaisée que lorsqu'ils étaient entré dans ses appartements, et qu'à présent l'atmosphère se faisait calme et plaisante.

    Lenhar, doucement, se mit à chuchoter une chanson Ombre que toutes les mères Ombres chantaient à leurs enfants le soir; il n'avait jamais vu un Ombre ne pas connaître la douce mélodie, qui parlait des jours anciens, de temps oubliés où les guerres étaient encore présentes, mais les alliances, variées, amenaient toujours la paix. Elle parlait de la création des peuples par les dieux, de la joie et de la peine, et durait, durait...

    A son grand plaisir, Elönia se joignit à lui. Il était certain qu'elle connaissait aussi cette chanson, mais n'était pas sûre qu'elle veuille la chanter; et pourtant. Elle avait pris le chant à l'octave par rapport à lui, et sa douce voix partait dans des aigus faciles et cristallins. Pourtant, le timbre de la jeune femme contenait des harmoniques graves se mariant avec son propre timbre profond d'une façon tout à fait charmante, et ce bien qu'ils n'aient jamais encore chanté ensemble.

    Ils terminèrent la chanson sur une même note, qui alla mourir dans les profondeurs de la pièce. Il observa, sans gêne cette fois, la douceur de ses grands yeux aux cils long et sombres. Il s'avança doucement vers la jeune femme, ne pouvant se détacher de son regard, puis s'arrêta d'un seul coup, aux aguets. On tapotait à la porte.


    "Elönia? Elönia, ma fille, je crois que j'ai oublié mon châle ici tout à l'heure; tu n'es pas couchée, j'espère! Je ne voulais pas te déranger avec ce châle demain matin."

    Lenhar regarda Elönia, tentant de se calmer. Il ne fallait surtout pas qu'on le trouve ici. Non pas que la jeune noble soit interdite de visite, mais il était tard, et ils étaient seuls. Il jeta des coups d'oeil alentours pour trouver où il pourrait bien se cacher.

    "Ma fille, ne me fais pas attendre. Avais-tu de la visite? J'ai cru entendre chanter... Elönia, ouvre-moi maintenant s'il te plaît."

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Dim 18 Avr 2010 - 12:34

Le malaise qui régnait dans la chambre d'Elönia s'évanouit avec le nouveau récit du Capitaine. Elle retrouva sa bonne humeur lorsqu'il évoqua sa blessure et ses exploits guerriers se souvenant de sa plaisanterie sur les chimères vaincus à coup de dents. Quant à ses réflexions sur les Amazones et les Humains, elles confirmèrent ce qu'elle avait appris, même si le Capitaine formulait les choses d'une manière différente que dans les livres où l'auteur prenait soin de tourner chacune de ses phrases pour leur donner une saveur précise. Les Humains étaient-ils si terribles que cela ? Il fallait se préparer face à toutes éventualités, il avait bien raison... Mais Elönia avait beau réfléchir, à quoi bon devait-elle se préparer ? Quoi qu'il advienne, elle serait entre quatre murs à attendre que les choses passent. Dans le pire des cas, elle devrait apprendre à courir vite, au cas où la forteresse soit envahie...

Quant à l'aider en cas de contorsions, comme le Capitaine l'évoqua en guise de nouvelle plaisanterie, Elönia était tout aussi inutile, enfin...


«Ah non ! Dans le meilleur des cas, si vous vous mettez à saigner comme un animal sur ma moquette, je prends un fil, une aiguille et croyez-moi votre plaie sera refermée !»

Ou bien elle le jetterait par la fenêtre... Mais elle n'évoqua pas cette idée saugrenue.

Reposant son verre vide sur la table de chevet, la jeune femme s'empressa de remettre du bois dans le feu qui était en train de faiblir. Même si les rayons de soleil étaient en train de renaitre au cours des après-midis, le reste de la journée et surtout les nuits étaient encore fraiches. Le verglas toujours présent en était la preuve.

Alors qu'elle terminait de s'occuper de sa cheminée, le Capitaine, l'air ailleurs, commença à fredonner une mélodie avant de la chanter de bon cœur. Elönia se demanda, dans un premier temps, quelle mouche venait de le piquer. Cependant, cette musique lui était familière : Sa nourrice la berçait avec lorsqu'elle était encore qu'une enfant. Décidément, cette semaine serait placée sous le signe des souvenirs des mélodies de sa jeunesse.


Fredonnant à son tour quelques paroles pour accompagner le jeune homme, il lui fallut un petit moment avant d'accorder, convenablement, sa voix avec celle de son partenaire. On aurait pu finalement croire qu'ils avaient passé leur jeunesse dans le même cours de chant.

Le considérant une fois la chanson terminée, Elönia commençait à penser qu'ils avaient beaucoup plus de points communs qu'on pouvait le croire. Même si un gouffre les séparait vis-à-vis de leur éducation et de leurs habitudes, les deux jeunes gens pouvaient réussir à passer une soirée ensemble sans trop de difficultés. Enfin... Même s'il y avait eu des accrochages, Elönia garderait de cette soirée certainement un souvenir mitigé, ni bon, ni mauvais, ou peut-être plus bon que mauvais après tout.

Le Capitaine semblait songeur, perdu dans ses pensées. Il la regardait sans rien dire, sans rien faire. Un nouveau silence s'imposa. Puis il s'approcha d'elle, la fixant dans les yeux, comme s'ils étaient trop loin pour discuter, comme s'il allait lui dire une chose d'importante. Ou peut-être allait-il simplement prendre un nouveau verre... Elönia ne le savait pas et ne le saura jamais, car le silence fut brisé par un coup contre sa porte. Le soldat se figea, avant de paraître inquiet. Elönia fronça les sourcils lorsqu'elle reconnut la voix de sa mère. Un châle, elle cherchait son châle. Que diable était-elle venue faire durant son absence pour oublier ce châle ici ? Parcourant la pièce du regard, en silence, il lui fallut un moment avant de le découvrir, posé au milieu des coussins sur son lit. Il s'agissait du préféré de sa mère, celui de couleur argent et or, brodé de perles nacrées.


La jeune femme le récupéra avant de poser sa main sur le bras du Capitaine, pour lui faire comprendre qu'il ne devait pas s'inquiéter. Il n'y avait rien de dramatique dans cette situation, si ce n'était que sa mère était rentrée dans sa chambre sans son autorisation. Elönia détestait bien cela : qu'on pénètre dans son intimité sans y avoir été invité. La jeune femme se souvint encore de l'époque où son courrier était soigneusement examiné par l'œil aguerri de sa mère, de peur que l'on mêle sa fille dans des affaires peu louables. C'était insupportable.

Faisant signe au Capitaine de la main avec un sourire qui se voulait rassurant, elle lui indiqua d'aller se mettre ailleurs que dans l'axe de la porte. D'un coup sec, elle tira sur le ruban qui retenait ses cheveux attachés, les laissant tomber comme ils venaient sur ses épaules, sans prendre la peine de les arranger. Elle se débarrassa également de ses bijoux avant de saisir sa tenue de nuit restée au bout du lit et d'entrebâiller la porte. Marelie était la, visiblement impatiente...


« Mère ! Je suis fatiguée, fiévreuse, j'allais me mettre au lit et vous pouvez me croire, je n'ai pas envie de chanter ! Par contre, si je peux me permettre, j'aimerais savoir pourquoi vous venez dans ma chambre durant mon absence ? Que cherchez-vous ? »

Lui tendant le châle, il n'en fallut pas plus à Marelie pour comprendre que sa fille aînée et son mauvais caractère n'étaient pas d'humeur à discuter ce soir.

« Es-tu toujours obligée d'être désagréable Elönia ? Je ne fouille pas dans ta chambre, je suis venue chercher l'ouvrage de broderie que tu devais terminer avant l'anniversaire de ta tante !

-Je finirai cette broderie dans les temps, ne vous inquiétez pas comme cela mère. Dit-elle calmement. Comprenez que j'ai des choses plus importantes à faire en ce moment... Et maintenant, j'aimerais bien me mettre au lit si vous le voulez bien. »

La discussion s'acheva ici. Marelie tourna les talons, trop fatiguée, elle aussi, pour continuer ce dialogue sur cette maudite broderie à terminer ou sur les supposées occupations d'Elönia...

Gardant la porte légèrement entrebâillée, la jeune Ombre resta concentrée sur les bruits de pas qui s'éloignaient et sur la porte de la chambre qui s'ouvrit silencieusement avant d'être refermée. Poussant la sienne à son tour, elle prit soin cette fois de la verrouiller.

Le Capitaine, raide comme un piquet, n'avait pas bougé, pas fait le moindre bruit, tellement qu'Elönia avait presque oublié sa présence. Il avait eu visiblement peur d'être découvert. Cela n'aurait pas été un drame : Sa mère aurait juste demandé à sa fille des explications. Elles étaient pourtant simple : Elönia s'était sentie mal, le Capitaine avait raccompagné la jeune femme et il s'apprêtait à partir, point final. Marelie se serait accommodée de cette version, véridique en fin de compte.


« Je crains qu'il soit un peu tard pour le chant ou la danse. Chuchota-t-elle. Dans une taverne ce n'est peut-être pas trop gênant, mais si ma mère revient je peux vous garantir, qu'elle brisera le verrou ! »

Collant son oreille à la porte, chose qu'on lui avait toujours interdite de faire, elle s'assura que plus aucun bruit ne venait de l'extérieur. Si le Capitaine décidait de partir, il ferait mieux t'attendre encore un peu, histoire que le quartier soit complètement et définitivement endormi.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Sam 24 Avr 2010 - 16:03

    Lenhar, au signe d'Elönia, se plaqua vivement contre le mur, dans un angle mort de la porte. Il fut soulagé de l'existence du petit couloir qui précédait les appartements de la jeune noble. Il fallait à présent juste espérer que sa mère ne désire pas entrer. Au pire, elle trouverait bien une raison à sa présence. Enfin, peut-être. Lenhar eu un demi sourire. Il était bien trop stressé. Ce devait être l'armée. Il leva un sourcil en voyant Elönia mettre du désordre dans ses affaires, et passer une robe de nuit au-dessus de sa superbe tenue de soirée. Ses cheveux croulaient sur son dos, sauvages. S'il y avait quelque chose à redire sur le talent d'actrice de cette jeune femme, il n'avait pas trouvé quoi. Elle prit un ton hautain avec sa mère qu'il ne lui avait pas encore entendu. Oui, hautain, fier, et désappointé d'avoir été "réveillée" pour un châle. Vexée d'avoir fait penser qu'elle chantait. Et ne démordant pas de sa position de pauvre victime de l'affaire, désirant juste se recoucher. Le sourire de Lenhar grandissait alors que la mère soufflait quelques paroles et s'en allait, visiblement vexée.

    Tout le long de l'entretien, Lenhar s'était tenu silencieux, fixant devant lui le grand, l'immense lit à baldaquin qui était recouvert de riches draps, savamment pliés par les femmes de chambre. De grands rideaux de velours foncé, dont Lenhar, par le manque de lumière, ne pouvait déterminer la couleur exacte, entouraient le grand lit, faisant comme un écrin autour du matelas. A côté se tenait une petite table de nuit recouverte de bijoux en tout genre. Le Capitaine songea que ce devaient être les parures des soirées passées que la jeune noble n'avait pas eu le temps, ou l'envie, de ranger. Quand sa mère évoqua un ouvrage de broderie, les yeux de Lenhar s'attardèrent sur un rond à broder qui semblait abandonné sur le rebord intérieur, large, de la grande et unique fenêtre de la chambre. Il s'agissait certainement du présent fini "dans les temps", comme le disait Elönia alors qu'elle décrétait aller se coucher, et qu'elle fermait -noblement- la porte au nez de sa mère.

    Finalement, la noble retourna vers lui, et lâcha une petite plaisanterie à propos du chant et de la danse. Il voulu enchaîner sur la farce, et alors qu'Elönia écoutait attentivement les bruit de pas s'estomper dans le couloir, il lâcha:


    "Et bien, nous n'avons qu'à fuguer dans une taverne!", puis, voyant la mine effarée de la jeune femme,"Mais je plaisante, bien évidemment. Ne me regardez pas ainsi, je vais finir par me sentir coupable de tous les évènements de cette soirée", finit-il avec un clin d'œil.

    Avec précautions, il alla se rassoir dans un des fauteuils, alors qu'Elönia reposait sa robe de nuit sur son lit, et mettait un minimum d'ordre dans ses cheveux, bien que ne se recoiffant pas. Elle paraissait fatiguée, mais en même temps grandie par cet énième entretien avec sa mère, où elle avait été la plus forte, la plus sûre d'elle, avec les meilleurs arguments. Lenhar pris un verre d'eau, car il sentit sa gorge asséchée par la petite intrusion qui l'avait quelque peu inquiété. Tout de même, heureusement que la mère n'était pas entrée. Il avait eu plusieurs fois l'occasion de parler avec le conseiller Aziel'Da, lors de conseils de guerres, ou discussions sur des rapports importants, mais il n'avait encore jamais adressé la parole à Lady Aziel'Da mère. Et il n'avait pas spécialement envie de le faire ce soir-là. C'aurait été plus fâcheux que courtois, il en convenait parfaitement. Même s'il ne doutait pas qu'Elönia aurait bien trouvé une phrase pour les sortir de là. Il regarder furtivement la porte close qui s'enfonçait dans le sombre couloir de l'appartement de la jeune noble.


    "Bon, il semble que pour l'instant je suis coincé ici... Votre mère serait-elle capable de dépêcher un garde à l'entrée de votre chambre pour vérifier que personne n'en sorte? Non, non je plaisante encore... Mais sachez que de toute manière, je n'aurai pas un bien grand chemin à parcourir pour rentrer, vu que mes appartements sont dans cette aile... Et bien oui, le grade de Capitaine ou de Chef de l'Armée est équivalent à une appartenance à la haute noblesse. J'en ai donc à peu près tous les avantages. Vous ne le saviez pas?"

    Il se demanda si les jeunes Ombres apprenaient grand chose sur l'armée, à part ceux qui voulaient en faire leur métier. Il regarda Elönia se rassoir devant lui. Il songea que la noblesse était un monde bien compliqué et dangereux. Un seul faux pas, et l'on pouvait être la risée de tous. Chacun, même les plus doués, marchaient chaque jour sur des œufs, en jonglant avec l'étiquette et les flatteries afin de mieux tromper ou plaire. D'un côté, Lenhar appréciait grandement plus la compagnie de ses francs soldats, bagarreurs mais bons gars, bien moins distingués, mais ô combien plus francs.

    Mais ce soir-là, la jeune femme qui faisait face à lui semblait avoir fait tomber son masque. Est-ce que cela lui arrivait souvent? Lenhar supportait l'étiquette et les sourires forcés car il savait que ses hommes au-dehors avaient autant de considération pour l'étiquette qu'un chat pour un morceau de pomme, et qu'alors il pourrait de nouveau être lui-même. Il reprit la parole.


    "Et, vous n'êtes pas fâchée contre moi? Enfin, de vous avoir raccompagné, d'avoir fait intrusion alors que vous auriez peut-être voulu être seule... Oui, je sais, vous m'aviez demandé de rester, mais c'était une réaction dûe au quelque peu d'alcool que vous aviez bu... Enfin, là où je veux en venir, c'est savoir si vous pourrez supporter ma présence encore un peu... Enfin, jusqu'à présent vous ne m'avez pas encore ordonné d'un ton hautain d'attendre au pas de la porte, seul et contrit, avant de pouvoir sortir..."

    Lenhar redevenait joyeux au fur et à mesure qu'il parlait, car il savait, ou tout du moins était presque sûr que la jeune femme, pour le moment, appréciait sa compagnie. Et de toute manière, son caractère était tel que le Capitaine ne pouvait être pessimiste. Au pire, il exprimait ses inquiétudes par l'ironie ou la plaisanterie, et ainsi proposait sa confiance à l'interlocuteur.
    Un petit temps passa, et alors qu'un petit silence s'imposait, Lenhar avisa sur une table proche de son fauteuil une feuille de parchemin blanche. Avec l'autorisation, d'un signe de tête, de la noble, il la pris, la plia et la déplia, puis, sortant sa dague effilée, coupa quelques rebords. Puis, il termina, découvrant entre ses mains une petite rose de papier, fort jolie. Et oui, on apprenait à plier du parchemin lors des veillées autour du feu. Un de ses soldats, qui avait une petite fille, leur apprenait tout les nouveaux pliages que la petite connaissait. Celui-ci était le préféré de Lenhar. Délicatement, il passa la petite fleur dans les cheveux lâchés d'Elönia. Il se leva, et fit une courtoise révérence devant elle, apportant délicatement sa main à ses lèvres, l'effleurant à peine. Le baise-main était une des choses délicates et pures qu'il appréciait dans l'étiquette.


    "Lady, cette coiffure vous va à ravir,"termina-t-il en souriant. Il était vrai que dans cette simplicité, Elönia était rayonnante.




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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Mar 27 Avr 2010 - 7:31

Elönia n'aurait jamais imaginé pouvoir se débarrasser aussi facilement de sa mère, cette mère qui voulait toujours tout savoir, tout contrôler. L'heure tardive doublée de ses parfaits talents de comédienne devaient certainement être la cause de cette glorieuse victoire. Ou peut-être Marelie avait percé à jour son petit numéro. Si c'était le cas, l'aînée des Aziel'Da le saurait bien assez tôt.

Se concentrant sur le couloir qui paraissait définitivement silencieux, Elönia releva tout de même la plaisanterie du Capitaine qui semblait enfin rassuré et amusé par cette situation grotesque. Faisant les gros yeux lorsqu'il remit sur le tapis cette satanée taverne, elle se maudit d'être aussi crédule à chaque fois que le jeune Ombre voulait la faire marcher. Visiblement Lenhar aimait la faire tourner en bourrique, ce qu'il réussissait sans aucun mal. Elle ne lui en voulait pas, bien au contraire : sa bonne humeur était réellement communicative. Quant aux évènements de la soirée, dont il paraissait peu fier, Elönia ne lui en tenait pas rigueur, pour la bonne raison que ce n'était pas de sa faute.

La jeune femme se débarrassa de sa tenue de nuit, la jetant sur son lit, avant d'essayer d'arranger ses cheveux. La situation était quand même légèrement embarrassante, car elle ne se souvenait pas être apparue devant un homme une fois dans sa vie aussi mal peignée. Seulement, elle n'allait pas commencer à s'installer devant sa commode pour se refaire une beauté. Après cette soirée, entre colère et étranges demandes, les cheveux mal peignés de la jeune femme n'allaient pas faire tache dans ce tableau tellement atypique. Elönia n'aurait jamais imaginé que cette soirée prenne cette tournure. Elle espérait que demain personne ne se souvienne de sa petite crise de colère... Heureusement que ses géniteurs étaient partis avant ce moment-là d'ailleurs !

Le Capitaine reprit alors la parole avec ce ton plaisant et joyeux qui le caractérisait si bien. Un garde devant la porte ? C'était le cas il y avait peu de temps... Lorsque la terreur de l'enlèvement ou de l'assassinat planait comme un spectre au-dessus de sa famille. Cette psychose avait enfin disparu, heureusement d'ailleurs. Il paraissait surréaliste que les Aziel'Da soient de nouveaux victimes de ce genre de complots, sachant que la surveillance autour de la petite famille était renforcée.


« Il vaudrait mieux pour vous qu'aucun garde ne soit devant ma porte. Ce serait dommage de devoir passer par la fenêtre pour rejoindre votre chambre, aussi proche soit-elle de la mienne !»

Elönia était bien consciente que les Capitaines de la glorieuse armée Ombres bénéficiaient de nombreux avantages. Cela paraissait normal : le Roi avait besoin de ses hommes, près de lui, au cas où un malheur surviendrait, car dans ce genre de situation, il fallait agir rapidement et efficacement. Concentrer ses forces semblaient donc essentiel... Enfin, Elönia n'était pas un stratège militaire et préférait laisser ces calculs-là à ceux qui étaient payés pour.

Retournant s'asseoir, non sans retenir un bâillement, elle écouta le Capitaine se présenter comme un intrus sans aucune manière... mais il avait tort ! Elle n'éprouvait aucune colère envers lui, ou du moins, elle n'en éprouvait plus et cela même une fois les effets de l'alcool atténués. D'autant plus, qu'elle ne regrettait pas sa présence. Bien au contraire, elle était agréable et lui changeait les idées. Elönia y avait songé à l'instant : jamais elle n'avait entretenu une telle proximité avec une personne extérieure à son entourage familier, surtout avec un Ombre. Étrangement, elle avait accepté le Capitaine dans cette intimité de pleurnicheuse, de chemise de nuit et d'ouvrage de broderie sans la moindre gêne, presque naturellement. Sentiment étrange chez une femme qui ne supportait pas que l'on pénètre l'envers de son miroir, les coulisses de sa vie.


« Si vous souhaitez rester vous le pouvez, ce serait plus prudent pour vous si vous tenez à rester discret. Dit-elle d'un ton mielleux. Je peux être hautaine comme vous dites, mais je sais aussi me faire docile ! Cela dépend de ce que je veux et l'alcool n'a rien avoir là-dedans !»

Elle aimait jouer avec différents tons, passer de larmes fictives aux éclats de rires eux aussi factices. Souriant doucement, Elönia se demanda si la peur de revoir sa mère bondir dans la pièce n'était pas un prétexte qu'elle et le Capitaine utilisaient pour justifier la persistance de cette entrevue. Elle l'appréciait et le sentiment paraissait réciproque s'il lui demandait l'autorisation de rester encore un peu... La jeune femme se demanda alors s'ils auraient l'occasion un jour prochain de se revoir et de partager un moment comme celui-ci. L'agenda du Capitaine devait certainement être chargé...

Soudain, il sembla attiré par une feuille de papier qui traînait sur sa table basse. Ce fut en silence qu'il lui demanda l'autorisation de la prendre et elle lui répondit de la même manière, comme s'ils se connaissaient au point de n'avoir besoin de mot pour dialoguer. L'observant, de plus en plus intriguée, elle le laissa plier, découper, ajuster sa drôle de création. Il parut satisfait au bout d'un moment et se pencha doucement vers elle, avant de déposer sa création dans ses cheveux, tentant visiblement de la faire tenir. Il s'agissait d'une jolie petite fleur, une rose certainement.

Le numéro qui suivit la fit sourire de bon cœur. Se levant avant de prendre délicatement sa fine main, il exécuta un baisemain dans les règles de l'art. Elönia avait déjà reçu de la part d'un jeune homme maladroit un baiser appuyé et goulu sur cette même main. Il n'avait visiblement pas compris que toute la grâce de ce geste reposait dans l'effleurement, dans ce contact presque inexistant, contrairement au Capitaine.

Elle hésita un instant à répondre à son compliment. La jeune femme ne voyait pas comment elle pouvait toujours être ravissante. Seulement, il avait l'air tellement sincère...


« Que voulez-vous, un rien m'habille ! »

Les bijoux brillants, les robes splendides et les coiffures sophistiquées étaient des composants essentiels dans le monde magique de la noblesse et celui de la cour. Ils faisaient d'une simple femme, une courtisane élégante. Seulement, ils n'étaient pas suffisants, car ce serait trop simple si n'importe quelles Ombres pouvaient devenir prisées uniquement grâce à ces simples artifices aussi magnifiques soient-ils. Le charme naturel, la manière de se tenir, de se conduire, faisaient le reste. Les femmes possédant ces atouts pouvaient donc se débarrasser des artifices et continuer à inspirer le désir. Elönia songea qu'elle devait être justement dans cette situation avec ses cheveux arrangés à la va vite, même si la fatigue et la confusion ne cessaient de s'exprimer sur son visage tantôt attendri, tantôt troublé.

« Merci ! »

Se contentant de ce simple mot en réponse à ce modeste présent. Elle trouvait cette scène presque puériles, mais elle était parfaitement comparable à une enfant ce soir.

Soudain, les yeux de la jeune femme s'illuminèrent. Se levant, elle se dirigea vers son bureau, espérant trouver ce qu'elle cherchait. Ce fut le second tiroir qui exauça ses souhaits. Satisfaite, elle ramena près du Capitaine une jolie boite décorée de pierre précieuse qu'elle ouvrit, avant d'en sortir le jeu de tarot qu'elle contenait. Il ne s'agissait pas d'un jeu de carte banal pour une partie avec ses amis dans une taverne, au risque de décevoir le Capitaine, mais d'un tarot divinatoire. Ce genre de pratiques faisait fureur de temps en temps à la cour, les périodes venaient et disparaissaient comme pour un phénomène de mode. Elönia aimait ce jeu, sans pour autant être une grande amatrice. Elle croyait en ses prédictions quand cela l'arrangeait.

Examinant ses cartes une à une, elle vérifia qu'elles étaient toutes là, sous le regard sceptique de l'Ombre . Ce jeu était magnifiquement beau. Toutes les cartes avaient été illustrées par un célèbre peintre, suivant les consignes du créateur de ce jeu. Les couleurs tiraient sur le pastelle, les bordures étaient d'or. Il avait certainement coûté une fortune à son père lors de son achat, comme toutes ses emplettes malheureusement... Elönia ne se disait pas pour autant cartomancienne. Elle s'occupait simplement et les réponses données lui permettaient, parfois, de se remettre en question, rien de plus.

Battant délicatement les cartes pour ne pas truquer le jeu, elle adressa au Capitaine un regard qui semblait se demander quelle mouche venait de la piquer.

«Allons Capitaine ne faites pas cette tête ! Je meurs d'envie d'en savoir plus sur vous ! Avez-vous une question particulière sur votre avenir à poser ou dois-je m'en charger ? Je risque d'être indiscrète... »

Ironisa-t-elle d'un air joueur, avant de lui faire à son tour un clin d'œil.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Ven 30 Avr 2010 - 19:15

    Lenhar répondit par une nouvelle révérence au remerciement d'Elönia, qui semblait satisfaite du petit pliage enfantin qui ornait à présent ses cheveux. Le Capitaine se demanda un instant si ce qu'il venait de faire n'était pas d'une puérilité affligeante, mais il jugea que de toute manière on n'en était plus vraiment à se demander cela, n'est-ce pas. Ils avaient déboulé dans l'intimité de l'un et de l'autre sans vraiment se poser de questions, car trop de fatigue et pas assez d'envie de respecter l'étiquette jusqu'au bout. Une fois lancés dans la non-application des règles de la cour, et bien, autant continuer jusqu'au bout. Lenhar eu au bord des lèvres un petit sourire, car il allait proposer à Elönia de venir ainsi coiffée à la prochaine réception. Mais bon; là, cela aurait été vraiment mal venu. Il se tut donc, et observa Elönia qui s'enfonçait dans les profondeurs de sa pièce. Il se tourna vers la cheminée, songeur; et aperçut au-dessus du foyer un étrange objet, aux formes insolites, orné de petits visages qui semblaient le scruter. On aurait dit un sablier, mais trop penché et sans sable. Cela aurait pu être une sculpture toute simple, mais il était sûr que cet objet avait une utilité. Il ouvrait de grands yeux en observant les courbes fines et les détails travaillés de la chose, jusqu'aux fins sourcils des visages l'ornant, de couleur différente même selon la chevelure supposée de chaque petite tête. C'était, en réalité, un fin travail d'artiste. Mais néanmoins, le soldat s'embêtait à tenter de lui trouver une utilité cachée, un sens incompris, un mécanisme déclencheur...

    Pour peu, il se serait avancé afin de l'actionner, de chercher un bouton. C'était peut-être un automate, qui sait! Mais non, c'était étrange alors. Ou alors, ce pourrait être une horloge!! Mais non, il n'y avait pas d'aiguille, était-il bête. Ou encore, c'était une chose curieuse dont seule Elönia possédait le secret. Mais oui, ce devait être la clef secrète de l'antichambre du coffre-fort de la famille Aziel'Da, cachée ici comme ornement pour tromper les voleurs! Oui, si ça se trouve, c'était ça! Tout prenait alors sens.

    Et soudain, Lenhar fut sorti de son délire par le pas fin d'Elönia qui revenait, un grand sourire aux lèvres. Oulalah, qu'allait-elle lui préparer... Il rapprocha son fauteuil du sien, au cas où. Si ça se trouve, elle allait lui faire une attaque et il serait bien embêté. Oulah. Lenhar, arrête de faire des scenarii impossibles. Cela commence à devenir perturbant. Mais en fait, non. La jeune femme ouvrit le coffret finement ouvragé qu'elle avait apporté avec elle pour faire découvrir à l'intérieur un paquet de cartes. Il n'était pas très épais; les cartes devaient être peu nombreuses. Il jeta un regard sur les figures, et reconnut celles du tarot.

    Il lui était déjà arrivé de parler ou de rencontrer des diseurs de bonne aventure et autres cartomanciens. Il avait d'ailleurs une idée assez arrêtée là-dessus, et jugeait que l'avenir d'un homme ne dépendait que de lui-même. Au mieux, il admettait que les dieux puissent parfois influer sur les grandes actions de l'existence, mais il refusait que l'avenir soit déjà écrit. De toute manière, s'il avait cru tous les oracles qu'il avait pu rencontrer, il serait mort quatre fois, marié six, et aurait dix-huit enfants. Grands Dieux, non! Heureusement que c'était juste un amusant divertissement qui, selon les réponses qu'il offrait, pouvait être interprété différemment. Et c'est alors qu'on s'écriait 'Je l'avais vu!!'. Mais bon, ce n'était rien de franchement transcendant. Mais Lenhar regarda avec politesse et attention la jeune femme battre soigneusement les cartes.

    Ces cartes étaient d'ailleurs de toute beauté, chatoyantes, aux reflets nombreux et agréables. Elles semblaient lisses au toucher et faciles à battre. Il aurait peut-être suffit d'un souffle pour les faire s'envoler. L'artiste qui les avait peintes y avait mis tout son talent et sa grâce artistique. Lenhar ne put s'empêcher d'être impressionné.

    Mais en même temps, il se demanda vaguement pourquoi donc Elönia décidait tout d'un coup de tirer les cartes du tarot. Bon, il admettait qu'il fallait bien passer le temps, vu qu'il ne pourrait pas retourner immédiatement dans ses appartements. La jeune noble sembla noter son étonnement, et le rassura en plaisantant. Elle risquait d'être indiscrète? Il n'y avait franchement pas de quoi, et de plus, il lui devait bien quelques indiscrétions vu le nombre de choses qu'il avait découvert sur elle pendant cette soirée, qu'elle le veuille ou non. Ce fut alors avec amusement que le Capitaine répondit.


    "Mon avenir, gente dame? Mais je le connais déjà voyons! Je deviendrai le plus grand capitaine de fantassins que les Ombres aient jamais connu, et ensuite j'entreprendrai l'écriture d'un livre que je nommerai 'Les Aléas de la célébrité'"Il répondit au clin d'oeil de la jeune femme avec un grand sourire."Mais avant que vous ne cherchiez vous-même dans ces cartes la beauté époustouflante de mon avenir, j'aimerais leur demander, aux cartes, quelque chose..."

    Il pointa un doigt accusateur vers l'étrange objet posé sur le foyer.

    "Je désire connaître le rôle que jouera cet instrument étrange dans ma vie future!!"

    Il avait tenté de mettre tant de sérieux et de grandiloquence dans sa phrase que sa charmante hôte le regarda, légèrement interloquée, puis alors qu'un sourire naissait sur le visage de Lenhar, ils éclatèrent de rire. Puis, Lenhar se redressa et regarda les cartes.

    "Non, mais que pourrai-je vous demander... Quand rencontrerai-je ma prochaine conquête, peut-être? C'est important ça, j'ai un emploi du temps chargé. Ohla, Dame, quel est ce regard méchant et venimeux que je vois là? Je plaisantai, et de toute façon, à l'instant présent, vous êtes le centre de mon attention."

    Il ne pouvait pas s'empêcher de faire marcher la jeune noble, juste afin de voir naître des expressions sur ce visage si contrôlé, puis de les apaiser immédiatement. Il se cala confortablement dans le fauteuil, et ouvrit les bras, comme s'il allait se lancer dans une grande argumentation.

    "Et bien, demandez aux cartes ce que bon vous semble. Allez-y, je vous en prie! Je suis ce soir votre cobaye divinatoire, pourrions-nous dire."

    Le sourire aux lèvres, il regarda attentivement les gestes précis de la jeune femme.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Lun 10 Mai 2010 - 18:16

«Les Aléas de la célébrité... Vous m'en dédicacerez un exemplaire j'espère !»

Continuant de battre les cartes avec délicatesse pour ne pas les corner, elle examina sa cheminée, cherchant « l'instrument étrange » auquel le Capitaine venait de faire référence. Elle ne voyait, sur la poutre décorative au-dessus du foyer, qu'une pendule, quelques bougies multicolores, un vase asymétrique et une poterie de l'artiste Drimir El'ma. De quoi parlait-il donc ? Certainement de la poterie, achetée aux enchères il y avait quelques années par sa mère. L'artiste étant mort depuis plus de trente ans maintenant, cette petite chose avait donc atteint une somme folle lors de sa mise aux enchères, du moins, ce fut ce que sa mère lui rapporta. Puis sa génitrice s'en était lassée et la poterie fut exposée dans la chambre son aînée. Elönia ne se souvenait plus si elle avait demandé l'autorisation à sa mère de la prendre ou si cette dernière avait imposé à sa fille cette œuvre sur la cheminée. De toute manière, elle n'y faisait absolument plus attention, la poterie n'étant pas son art de prédilection. Elle pouvait comprendre, par contre, que le Capitaine soit dérouté par cette œuvre, les techniques employées par El'ma et le rendu qu'il souhaitait donner à ses œuvres sortant de l'ordinaire.

Elönia avait étudié toute ses créations durant son enfance, sans réussir à comprendre parfaitement où il voulait en venir. Pour elle, cet homme était un esprit tourmenté qui exprimait ses sentiments, et surtout sa souffrance, à travers ses créations. La poterie présente sur la cheminée en était le parfait exemple : elle était ornée de multiples visages qui exprimaient la joie, la peine et d'autres sentiments qui marquaient la vie. Si on faisait attention, on pouvait remarquer que les expressions de douleurs et de tristesses étaient beaucoup plus accentuées que celles de joies, plus fades. Seulement, tout le monde ne partageait pas sa vision des choses au sujet de El'ma. Après tout, lui seul, dans sa tombe, savait ce qu'il voulait exprimer.

« Il ne s'agit pas d'un instrument, mais d'une œuvre d'art... Si vous le souhaitez, dans un avenir très proche, elle pourrait orner votre cheminée ! »

Elle n'avait que faire de la supposée souffrance de son auteur. La jeune femme aurait pu la revendre, mais sa mère se serait insurgée... Alors, si cette poterie plaisait au Capitaine, elle se ferait un plaisir de lui offrir, même si elle se doutait bien, qu'il n'en avait fichtre rien à faire.

Levant les yeux au ciel lorsqu'il évoqua une nouvelle conquête, la jeune noble à la fleur en papier dans les cheveux avait surtout l'impression qu'il se moquait d'elle ou plutôt de ses propositions de voyance. Dans ce cas, elle allait l'épater ! Elle ne savait pas encore comment, mais elle allait y arriver !

Elle battit une dernière fois son jeu, avant de le poser, de le couper, de déposer trois cartes sur la table basse et de retourner la première carte. Affichant un sourire moqueur en coin, elle leva la tête vers le Capitaine :


« Vous connaissez déjà votre prochaine conquête... »

Retournant la seconde carte, elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils.

« ...vous la connaissez depuis très peu de temps... »

Posant sa main sur la dernière carte, Elönia regarda le jeune homme dans les yeux, amusée. Qu'allait donc révéler cette dernière carte ? Qu'il s'agissait d'elle-même peut-être ? Ce fut en la retournant qu'elle eut sa réponse. Réponse qui la fit éclater de rire, masquant un brin de déception... Se rappelant soudainement que trop de bruit pouvait alerter sa mère, elle tenta de se calmer, brassant de l'air avec ses mains pour se rafraichir le visage.

« Et il s'agit d'un homme ! »

Pouffant de plus belle sans vraiment réussir à baisser le volume, Elönia décida d'abandonner la voyance, définitivement après cette soirée. Elle n'arrivait décidément pas à imaginer le Capitaine au bras d'un homme, la vision de cette scène l'empêchant de calmer son euphorie nouvelle. Ou alors la prédiction était exacte, mais la tête du Capitaine semblait vouloir dire le contraire.

« Je vais en apprendre des choses ce soir dites donc ! Vous êtes vraiment un homme passionnant ! »

Toujours amusée par cette réponse, la jeune noble rassembla ses cartes avant de les battre à nouveau et de réfléchir à sa prochaine question. Ce n'était plus elle, maintenant, qui tirait une tête à coucher dehors, mais son interlocuteur, qui venait peut-être de se découvrir une nouvelle tendance !

« Et si je demandais... Quand aurais-je la chance de vous revoir ?»

La question était venue naturellement, elle le regretterait peut-être. Mais elle avait étrangement envie de le savoir...

Tirant trois nouvelles cartes, elle les retourna, sans attendre, sans les détailler une à une au Capitaine comme elle venait de le faire précédemment.

Ils se reverraient bientôt, mais dans des circonstances pour le moins obscures ou tragiques. La jeune femme ne comprenait pas exactement où la dernière carte, de mauvais augure, voulait en venir. Peut-être à un moment mal choisi ou embarrassant. Elönia le saurait bien assez tôt En premier lieu, il fallait que cette prédiction vienne à se réaliser, cela étant une autre paire de manches.


« Et nous nous reverrons très très bientôt ! Que demander de mieux ? Nous irons peut-être au théâtre.. Qui sait ? »

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Dim 16 Mai 2010 - 13:07

    Lenhar ne savait pas trop sur quel hasard saugrenu les cartes pourraient les mener. Ce genre de jeu pouvait dire absolument n'importe quoi; si ça se trouve sa prochaine conquête supposée serait le mendiant derrière le forge principale. Ce ne serait pas très réjouissant. Quand Elönia commença à retourner les cartes, il devint nerveux. Le tarot devait se jouer d'eux hein. Quelqu'un qu'il avait déjà rencontré, et depuis peu de temps? Peu de personnes lui venaient à l'esprit, c'était certain. Mais quand elle révéla la dernière carte et explosa de rire, il se dit que la divination devait vraiment être pour les charlatans. Quoi, lui avec un homme? Ce n'était même pas envisageable. Le jeune homme sentit ses joues se colorer légèrement tellement l'affront du jeu de cartes était grand. Non mais quoi; lui qui aimait tant la gente féminine!!

    Il était vrai que dans la société Ombre, l'homosexualité était assez courante chez les hommes, vu le nombre restreint de femmes. Il y avait aussi beaucoup de bisexuels. Et donc, ça ne choquait personne dans les mœurs, bien que le mariage homosexuel soit encore interdit. Cependant, beaucoup de politiciens ou d'hommes riches n'hésitaient pas à se promener en public avec leurs mignons. Donc techniquement, il y aurait pu avoir une possibilité pour que les cartes ne se trompent pas tant que ça. Mais de toute manière, non, ce n'était pas possible. Il était... Il était Lenhar, enfin!! Il n'y avait strictement aucune raison pour qu'il préfère la gente masculine à la gente féminine. Ces demoiselles avaient des atours et des courbes bien plus belles que ces messieurs... Et elles avaient en outre la conversation plus agréable. Donc, Lenhar était légèrement blessé dans son orgueil que les cartes révèlent un tel augure. Heureusement que ce n'était pas vrai.

    Le problème suivant était que sa jolie hôte ne parvenait pas à calmer le fou rire qu'elle avait déclenché en révélant la troisième carte, ce qui mettait le Capitaine encore plus dans l'embarras. Il espéra de tout son cœur que la noble mère Aziel'Da ne l'entende pas s'esclaffer. Non mais quoi. Et puis NON il n'était pas passionnant, pff. Et ce n'était pas vrai d'abord. Pour une fois, Lenhar ne savait pas quoi répondre. Il était estomaqué. Il regarda les cartes d'un air mauvais.


    "Heureusement que je ne crois pas aux augures,"chuchota-t-il,"Car je n'aimerais pas que vous me voyiez ainsi. Mais au moins, ce petit oracle a eu le mérite de vous faire rire."

    Elle avait le rire léger, fin et cristallin, agréable. Lenhar esquissa un sourire en la regardant se gausser, puis se calmer petit à petit. Celle-ci déclara ensuite, encore joyeuse, qu'elle aimerait le revoir. Lenhar fut surpris, agréablement d'ailleurs, d'une telle demande. Beaucoup de réponses fleurirent sur ses lèvres, mais aucune ne lui convenant, il préféra se taire, et regarda candidement la jeune femme qui tirait à nouveau les cartes. Lenhar n'avait pas vraiment de réelle connaissance en tarot, mais il connaissait à peu près les significations de chaque carte. Et l'augure qu'elle lui annonça ne correspondait pas du tout aux cartes de mauvaise augure qu'elle venait de retourner. Mais Lenhar préféra taire cette remarque, puisqu'il ne portait aucun crédit à la divination, comme on l'avait compris. Il préféra répondre à la jeune noble.

    "Et ce sera avec plaisir que j'aimerais vous accompagner au théâtre. Il paraît que la troupe y jouant actuellement, composée d'elfes et de nymphes, propose un spectacle de toute beauté. Je me rappelle avoir vu une fois un spectacle par une troupe de Druides qui faisaient entrer dans leur mise en scène leurs animaux totems. C'était intéressant, et très captivant pour l'œil. Mais je n'ai guère le temps d'aller souvent au théâtre, à mon grand regret. Ce serait donc avec une joie non cachée que j'irai avec vous, si cela ne vous dérange pas d'être vue en public avec moi, bien évidemment..."

    Il va sans dire que la dernière phrase était prévue. Polie, flatteuse, mais tâtant le terrain. Il n'avait aucune idée d'à quel point la noble pouvait l'estimer. D'ailleurs, il craignait qu'elle choisisse finalement d'inviter le Roi. Cela ne l'étonnerait pas. Oui, mais bon. Il n'avait malheureusement pas choisi son rang, qu'il trouvait déjà bien assez élevé. Il secoua légèrement la tête, chassant ces pensées gênantes. Mais il fallait se rendre à l'évidence. C'était la première fois qu'il restait aussi longtemps dans la chambre d'une jeune femme pour...Converser. Cela n'était pas déplaisant, au contraire. Mais juste un peu étrange.

    Il se leva pour se dégourdir les jambes, et marcha jusqu'à la porte d'entrée, afin d'écouter les possibles personnes que le fou rire d'Elönia aurait réveillées. Heureusement, il n'entendit rien. Mais, quand il toucha le bois poli de la porte, il frissonna légèrement. Bien qu'étant très peu versé dans la magie, et n'ayant guère assez de pouvoir pour allumer plus qu'une étincelle, il pouvait cependant parfois ressentir les effluves magiques. Et ici, l'effluve était assez claire. Quelqu'un avait laissé sur la porte un petit sortilège qui s'activerait si on l'ouvrait. Il savait pertinemment qu'il n'aurait absolument pas le temps de se sauver assez vite si le sortilège s'activait. Il leva un sourcil, considérant qu'il était pour l'instant bien coincé.

    Il retourna près d'Elönia, et jeta un coup d'oeil à la pendule sur le foyer de la cheminée. Il était minuit passé, et les Nobles se levaient entre sept heures et dix heures, en moyenne. Il resta debout devant elle, et commença à chuchoter.


    "Il semblerait que votre mère ait été sceptique quant à votre mascarade. Elle a jeté je ne sait quel sort sur la porte, elle ou un de ses suivants qui connaîtrait la magie. Pour l'instant, je ne peux vraiment pas sortir. A moins que l'on veuille prévenir tout le palais que j'étais dans votre chambre..."

    Il la regarda d'un air malicieux. Il lisait dans ses yeux de l'inquiétude et de l'excitation à la fois. Elle ne devait pas savoir quoi faire elle non plus. Peut-être avait-elle quelque connaissance en magie et ainsi briserait le scellé de sa mère, mais cela il n'en était pas sûr. Il soupira et regarda le plafond.

    "Ahlala, je ne suis pas près de dormir. Les gars vont encore me demander ce que j'ai fait de ma nuit, quand l'entraînement commencera."Là-dessus, il tiqua."Mince, l'entraînement... Il me faudra être dans la cour pour six heures trente... Heureusement que j'ai refusé d'avoir des pages à ma disposition, personne ne s'occupe de là où je passe mes nuits. Qu'allons-nous faire?"

    Elönia entre-temps s'était levée et était allée vérifier la porte. Elle sembla un peu étonnée de sa dernière question. Lenhar la regarda dans les yeux un moment, l'air absent. Puis, doucement, il s'approcha. Il savait très bien toutes les conséquences et réactions de son acte, mais bon. On était en guerre, et il fallait prendre des risques.

    Il l'enlaça doucement.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Lun 17 Mai 2010 - 19:19

Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un hétérosexuel soit blessé dans son honneur lorsqu'on lui collait une étiquette d'homosexuel. Le machisme faisait que la virilité d'un homme se mesurait au travers de ses conquêtes féminines, témoins de l'affirmation de cette virilité. Critère stupide, car Elönia connaissait des hommes aux penchants sexuels, pour une personne du même sexe, bien plus émérites que certain homme affirmant la supériorité des hétérosexuels. Le Capitaine n'échappait pas à la règle, grognant presque son mécontentement et s'empressant d'avouer son désamour pour les cartes et les hommes. Elönia ne le voyait pas non plus au bras d'un Ombre, mais elle comprenait très bien qu'il ne souhaitait pas que l'on repende des rumeurs, complètement fausses à ce sujet...

« Capitaine... Dit elle avec un large sourire. Il ne s'agit que d'un simple jeu, car croyez-moi, mes talents de voyante laissent à désirer...»

Il sembla se détendre à nouveau, oubliant l'offense qu'elle venait de lui faire, enfin... que les cartes venaient de lui faire. Il répondit alors favorablement à ses avances concernant une sortie au théâtre et cela lui fit extrêmement plaisir. Elle n'y avait pas mis les pieds depuis un bout de temps et le plus souvent, lorsqu'elle y allait, c'était accompagnée de sa famille. L'opéra était également une sortie qu'elle affectionnait, mais il n'en était pas de même pour la majorité des hommes. Elle lui proposerait quand même, une prochaine fois qui sait, car en attendant, le Capitaine avait déjà une pièce à lui soumettre dont elle avait eu vent en début de semaine. Ce serait volontiers, sans honte ni regret, comme il semblait le penser.


« Si je ressentais une quelconque peur à m'afficher avec vous, je ne vous aurais certainement pas invité à danser ce soir... »

La réponse sembla le satisfaire, tandis qu'il s'approchait de la porte, certainement pour vérifier que personne n'écoutait la conversation. Elle avait ri de bon coeur sans se retenir, alertant peut-être tout le quartier en se moquant de ce pauvre Capitaine qui avait été plus mal à l'aise que jamais. Elle s'en voulait un peu, espérant que ce dernier lui avait pardonné cette prédiction aussi stupide que gênante. Elle n'avait pas souhaité le blesser dans son égo.

Il se retourna alors vers elle et parut étrange. Avait-il entendu quelque chose ? Son regard se perdit une nouvelle fois vers la cheminée. Il était certainement encore intrigué par la poterie...

Ce n'était finalement pas l'œuvre d'art qui le perturbait, mais un sort jeté sur la porte. Elönia semblait comprendre de quoi il voulait parler : les sortilèges faisaient partis de la protection rapprochée qui avait été imposée à toute la famille Aziel'Da après les terribles évènements des semaines précédentes. En effet, si le Capitaine s'amusait à ouvrir la porte, cette information serait renvoyée à sa garde personnelle. Mais contrairement à ce qu'il pensait, Elönia pouvait entrer et sortir à sa guise, le sortilège reconnaissant qu'il s'agissait d'elle, simplement. Ainsi, personne ne pouvait ouvrir cette porte, après une certaine heure, contre son gré, sans en alerter la garde. Le Capitaine pouvait quand même partir, il fallait simplement que ce soit elle qui lui ouvre...


Dans le doute, la jeune Ombre se leva et vérifia si un nouveau sort n'avait pas été apposé, tout en prenant soin de ne pas perdre sa petite fleur en papier. Il semblait amusé par la situation, digne d'un roman d'aventure : bloqué dans la chambre d'une jeune femme, un prince charmant n'avait pas d'autre échappatoire que de passer par la fenêtre pour ne pas compromettre la réputation de la dame. Malheureusement, l'Ombre allait lui ôter ses rêves d'aventures. Ou bien, elle allait lui faire croire le contraire, pour voir sa réaction, ce petit jeu pouvant s'avérer amusant...

Seulement, les dernières actions et paroles du Capitaine lui ôtèrent toute envie de s'amuser. Il la prit dans ses bras, mais ses paroles précédentes la perturbèrent. Personne ne s'occupait d'où il passait ses nuits ? Qu'allaient-ils faire ensemble maintenant ? Elle ne lui rendit pas son étreinte et sentit une larme couler sur sa joue sans qu'elle ne puisse la contenir. On venait de la trahir. Elle lui avait confiance, elle lui avait parlé, elle l'avait trouvé agréable, charmant et se serait certainement amusée à penser à lui affectueusement durant les nuits à venir... Et lui sous entendait des choses indécentes. Où se croyait-il ? Pour qui la prenait-il ? Son coeur s'était accéléré, battant la chamade, tandis que son estomac était noué. Elönia tenta de reconsidérer ses paroles, dignes de ce cher Nuran, mais elle n'y arrivait pas. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'il sous entendait, hormis une vulgaire coucherie ici et maintenant. Avait-il mal formulé ses propos ? Elle n'en savait rien.

Se dégageant de son étreinte, elle tenta de masquer sa peine, sans vraiment réussir à le faire. Elle essaya alors en quelques secondes, de retrouver le peu de fierté qu'il lui restait...


«Je suis désolée Capitaine, mais je ne suis pas en mesure de vous donner ce que vous recherchez ! Les tavernes sont encore ouvertes à cette heure-ci, vous pourrez donc toujours vous vanter demain auprès de vos "gars" si vous le désirez, car contrairement à ce que vous croyez, je ne suis pas le genre de femme que l'on met dans son le lit après un moment de réconfort ! »

Sa voix se brisa. Elle restait une gamine stupide et ne pouvait s'empêcher de se demander si elle n'était pas à l'origine de ce comportement. Lui avait-elle fait croire qu'il serait possible qu'ils s'unissent ici et maintenant ? Oui, elle lui avait demandé de rester, d'une manière un peu particulière, mais bon sang... Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre. Même si elle éprouvait une toute nouvelle attirance pour le Capitaine, Elönia n'avait ni l'envie, ni un manque flagrant d'intelligence pour se donner à lui. Elle avait juste voulu oublier, oublier le Roi, se laisser bercer par de doux rêves généreux, voir même partager un baiser qu'elle chérirait, ou qu'elle regretterait. Rien qui ne sortait de l'ordinaire pour une jeune femme de 22 ans en mal d'amour.
Elönia chercha alors le courage de le mettre dehors. Le peu de réconfort, qu'elle venait de trouver, s'envolait et elle sentait ses nerfs prêts à se briser d'un moment à l'autre.

Rassemblant ses esprits pour un ultime sursaut d'orgueil, elle saisit la poignée de la porte, prête à l'ouvrir et à demander au Capitaine de sortir sur-le-champ. Relevant la tête, elle lui assigna un regard noir qui se volatilisa immédiatement face à l'expression qu'affichait l'ombre. Il paraissait désemparé, attristé, déconcerté et à cet instant, la jeune femme se demanda qui des deux étaient le plus blessés. Avait-elle mal compris ? C'était-il mal expliqué ? Car cette expression de désarroi était bien trop naturelle pour être factice...


« Ou alors... Ai-je mal compris ? »

Ce fut presque un murmure, un souffle qui sortit du profond de son cœur, une lueur d'espoir.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Lun 17 Mai 2010 - 21:52

    Il aurait dû.

    Il aurait dû réfléchir à ses paroles, se souvenir qu'il parlait à une jeune femme qu'il venait de rencontrer, et non à une personne habituée à son franc parler. Il aurait dû réaliser la stupidité de cette étreinte alors qu'il venait de prononcer des paroles auxquelles il avait, sans le vouloir, donné un sens tout autre que celui attendu. Il aurait dû faire attention, oui, faire si attention à ce qu'il prononçait, à ce qu'il faisait... Il n'y avait pas réfléchi. La fatigue, la torpeur tranquille de la pièce... Il avait parlé avant de songer aux conséquences. Oui, il ne voulait pas faire de sous-entendu. Pour une fois, il ne voulait faire aucun sous-entendu. Il voulait juste remarquer que personne ne s'inquiéterait de son absence dans la chambre le matin venant. Et c'était tout autre chose qui avait été formulé.

    Lenhar se glaça, sentant la jeune femme meurtrie, ne répondant pas à son étreinte. Elle avait raison, elle avait tellement raison. Ils venaient de passer un agréable moment, à parler de choses et d'autres, à se découvrir... A plaisanter même, et à avoir quelques sensations fortes avec une soirée au bal mouvementée, et une mère Aziel'Da très attentionnée. Trop. Ils s'étaient proposés de se revoir, joyeusement, presque naturellement. Il avait fait un pliage en papier pour ses cheveux. Elle avait tiré les cartes et fait joyeusement d'absurdes prédictions. Il sentait sa peine, sa douleur déchirer la légèreté auparavant ambiante dans la pièce. Lenhar relâcha doucement ses bras, lui permettant de se dégager. Comment avait-il pu lui faire cela? Et sans le vouloir. Ou peut-être se mentait-il. Peut-être n'avait-il intentionnellement pas réfléchi aux conséquences. C'était cela non? C'était cela... Peut-être...Peut-être pas... Une veine tambourinait à sa tempe, et il sentit un frisson d'effroi lui parcourir l'échine en découvrant le visage fermé de la jeune noble, où une larme unique coulait, parcourant le fin tracé de la pommette, la joue, pour se perdre au bout du petit menton fin.

    Elle se redressa, et lui tint de durs propos. Propos qu'il avait mérités. Il ne savait pas quoi faire, comment réagir. Il venait peut-être de briser d'un coup cette complicité nouvelle que peu de membres de la cour accordaient. Il venait de briser un honneur, une jeune femme orgueilleuse et habituée à la joie de vivre. Aux mots "taverne" et "lit", il tiqua. Il entrouvrit les lèvres comme pour répondre, mais ce fut juste un filet de souffle chaud qui s'échappa de sa bouche. Il n'avait pas songé à mal. Mais Lenhar, dans sa confusion, ne parvenait pas à se rappeler de ce qu'il avait songé ou pas durant cette soirée. Mais une chose était certaine, il n'avait pas songé à... Non. Non, de toute manière, même dans l'optique où il aurait pu avoir le malheur d'y penser, il aurait éclipsé cette idée malsaine avec un nouveau sujet de conversation qui les aurait fait rire tous les deux.

    Lenhar, tu es le dernier des imbéciles. Tu lui as fait du mal. Pourtant tu n'aimes pas blesser les demoiselles, n'est-ce pas? Voyons, rachète-toi, retrouve de ta suprême pour lui répondre, rassure-la...
    Mais l'Ombre ignora cette vilaine voix dans sa tête. Retrouver sa suprême alors qu'il y avait tout à croire que des deux, le plus honteux c'était lui? Il avait l'impression d'entendre son grand-père lui raconter les histoires des prétendants malotrus de sa mère, qui les éclipsait tous. Et là, c'était lui le malotru. Comment? Son esprit restait bloqué sur une unique idée: il l'avait outragée, lui avait fait du mal. Elle avait raison de réagir ainsi, il n'en aurait pas fait autrement à sa place. Il devait être chassé, il n'y avait que ça. Mais d'abord, il fallait s'excuser n'est-ce pas? Rapidement, pour ne pas la déranger d'avantage, et sans artifice aucun, le plus platement et humblement possible. Elle pourra alors toujours lui en tenir rigueur, mais il aura fait son devoir d'excuses. Qu'elle n'allait certainement pas accepter, non? Peut-être... Il la regarda se diriger vers la porte de l'appartement. Elle n'avait alors pas croisé son regard, qu'il avait toujours détourné.

    Il aperçut ses yeux, son visage aux traits tirés de dégoût et de déception. Il ne savait pas quoi répondre. Toujours pas. Cela ne lui était jamais arrivé de ne pas se reprendre ainsi quand une conversation tournait mal. Et puis soudain, elle capta son expression, et s'adoucit. Lenhar n'en crut pas ses oreilles quand elle lui offrit une chance de se racheter, de s'expliquer. Elle semblait attendre, et il crut voir... Oui, ce devait être de l'espoir. Il sentit un grand froid dans sa colonne vertébrale. C'était sa dernière chance. Il tenta de remettre ses idées en place, de retrouver l'usage de la parole. Ses yeux s'attardèrent sur le regard attentif et craintif de la jeune noble, ses mains crispées sur la poignée de la porte, qu'il ne pouvait toucher de lui-même... Et soudain, il crut être au-devant d'une révélation. Quelque chose qui le titillait depuis quelques minutes, et que son corps, malgré lui, avait compris avant son esprit. Pour une des premières fois de sa vie, il éprouvait un intérêt grandissant pour une jeune femme qu'il venait de rencontrer. Mais pas un intérêt charnel, mais bien relationnel. Il s'était réellement intéressé à elle, sa personnalité, son rire, ses peurs, ses secrets qu'il avait découvert sans le savoir...
    Le jeune homme, en réalité, avait du mal à comprendre ce qui lui arrivait, car c'était quelque chose qui lui était inconnu. Il se sentait bien, lors de leur conversation, calme, serein, joyeux, attentif. En comparaison, ses précédentes relations semblaient insipides. Mais peut-être ne s'en rendait-il pas bien compte.
    Toutes ces pensées s'assemblaient doucement dans son esprit, mais en même temps à toute vitesse. Il ne fallait pas faire attendre la douce noble pour sa réponse. Il fallait trouver un mot juste et humble. Un mot, une phrase qui ne la blesse pas et lui prouve, non, qui leur prouve qu'il n'avait pas eu de mauvaises intentions. Oui, que pour une fois, il...

    Il tenta de se redresser, car quand elle avait atteint la porte, il avait légèrement défailli et s'était retenu au dossier d'un des fauteuils. Il mit une dernière fois ses mots dans l'ordre dans sa tête, et leva son regard pour croiser celui de la jeune femme.


    "Je..."sa voix n'était qu'un soupir, à peine plus élevée que le ton employé par la jeune femme."Je ne voulais pas... Je n'ai pas voulu... Je n'aurais pas dû...Vous porter à confusion. Mes propos et mes actes... Pour sûr semblaient déplacés. Je m'en rends compte. Et si mes mots, je les retire, car mon idée a été affreusement formulée, je... Mon étreinte était sincère."Sa voix se brisa légèrement."Mais je comprends parfaitement votre réaction. J'ai moi-même réalisé la stupidité de mes paroles après les avoir prononcées... Je n'aurais jamais dû vous porter un tel préjudice."

    Sa voix s'essouffla, et il ne trouva plus ses mots. Il la regarda droit dans les yeux, ne faisant pas vaciller son regard. Il ne mentait pas. Il était même certain de ne pas mentir. Il n'aurait jamais voulu mentir à de tels yeux. Des yeux pouvant revêtir tant de regards... Même si le regard actuel était rempli d'un espoir triste, une ultime espérance. Il souhaita au plus profond de lui qu'elle comprenne ses confuses paroles. Il tenta une dernière phrase, résumant toutes les autres.

    "J'ai réalisé que...Je ne pourrais jamais vous blesser. Au contraire, cela me blesserait deux fois plus de savoir que je suis la cause de...de votre désarroi."

    Il passa une main nerveuse dans ses cheveux, et son catogan se défit. Sa chevelure tomba en mèche sauvages sur son visage, son cou, ses épaules. Il les arrangea vite, un peu confus. Il n'osa pas regarder autour de lui pour retrouver le fin ruban noir avec lequel il s'attachait ses cheveux. Pris d'une impulsion, d'une sorte de courage étrange et d'un désir de rédemption, il osa de derniers mots.

    "Excusez-moi. Je..."Sa voix se perdit.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Mar 25 Mai 2010 - 18:22

Les excuses que le Capitaine balbutiât, car oui il s'agissait bien d'excuses, étaient difficiles à mettre en ordre. Il ne trouvait pas ses mots, n'arrivant pas à formuler des phrases cohérentes, tellement qu'Elönia avait du mal à comprendre, une fois encore, où il voulait en venir. Il semblait désolé, tellement désolé... Il n'avait pas voulu la blesser, oui, elle le croyait volontiers, elle n'avait jamais cru le contraire, mais cela était pourtant arrivé. Où voulait-il en venir en parlant d'une étreinte sincère ? Là encore elle avait du mal à le suivre.

Elle sourit tristement et fut touchée lorsqu'il insista sur le fait que la rendre malheureuse le peinait profondément. C'était dommage que cette soirée se finisse comme cela. Elle avait certes mal commencé, mais finalement la suite des évènements avait été agréable. Elönia allait commencer à croire que de discuter tard le soir avec elle était synonyme de conflits, car ce genre de situations se répétait... Comme ce fut le cas lorsque sa petite sœur était venue la voir récemment, tard dans la nuit. L'heure n'était plus à la remise en question, d'autant plus qu'elle n'était absolument pas fautive ce soir et que se remettre en question ne faisait pas partie des habitudes de la jeune femme.

Affrontant le regard du Capitaine, sans détour cette fois, elle le laissa arranger ses cheveux lorsque ces derniers se détachèrent malencontreusement. Peut-être était-ce un signe de nervosité ? Il s'excusa de nouveau, soit une nouvelle fois pour ses propos, soit pour son malencontreux accident de ruban. Arrangeant ses cheveux comme il le pouvait, Elönia posa son regard sur le bout de tissu resté au sol. Il n'avait pas l'air de vouloir le ramasser et elle n'allait pas le faire pour lui.

Le silence devait lourd très lourd. Le Capitaine avait fini sa plaidoirie et Elönia ne savait ni quoi lui dire, ni quoi penser. Une drôle d'idée lui traversa alors l'esprit, histoire de briser ce mal-être. En silence, elle s'approcha de son lit, saisissant sa tenue de nuit et récupérant, en dessous, le ruban avec lequel elle s'était attaché les cheveux aujourd'hui.

Attrapant sa brosse avant de se positionner derrière le Capitaine, qui n'avait toujours pas bougé, elle lui saisit les cheveux et essaya une coiffure plus originale, sans succès. La jeune femme se résigna donc, lui arrangeant sa coupe habituelle, agrémentée du ruban de la noble qui n'avait absolument rien de masculin.


« N'en parlons plus voulez-vous. »

Ce fut tout ce qu'elle avait trouvé à répondre. Elle repenserait à cette histoire à tête reposée, mais pas maintenant. Elle était trop fatiguée, elle n'avait plus envie de réfléchir et elle était surtout influençable. Elönia Aziel'Da avait horreur d'être prise pour une imbécile et elle ne voulait pas que son jugement soit altéré par un beau récit, aussi sincère soit-il. Parfois, le silence et un simple accord tacite suffisaient à faire partager des sentiments ou un état d'esprit. Cette politique était pratiquée tous les jours par la noblesse : un jour on parlait de choses dérangeantes et le lendemain, on faisait comme si rien ne c'était jamais produit. On parle alors d'hypocrisie et Elönia maniait cet art à la perfection. Pourtant, ce n'était pas le cas ce soir, mais elle ne voulait plus parler de choses dérangeantes, simplement.

« Et voilà, ce n'est pas très masculin, mais vous ferez avec ! »

S'efforçant de sourire sans le regarder, l'Ombre alla ouvrir la porte, vérifiant que tout était calme, que le silence régnait toujours en maître incontesté sur le quartier.

« Ne vous inquiétez pas, personne ne saura que vous étiez ici ce soir, le sort ne se déclenchera pas.»

Le Capitaine semblait s'en vouloir encore, son visage restait marqué par la peine. Elle voulait le rassurer, mais ne le fit pas, car une fois encore, elle se ferait son opinion sur cette situation en temps et en heure. Pourtant, sa nature curieuse persistait, une chose la titillant, cette histoire d'étreinte sincère. Il paraissait que cela était le propre de toutes les femmes, mais Elönia devait bien avouer que l'amour des commérages et la curiosité n'étaient pas à classer dans ses qualités.


« Juste une dernière question... »

Elle hésita, la bouche entre ouverte... mais décida finalement de ne pas en savoir plus, secouant la tête.

« Non en fait... Bonne nuit Capitaine. »

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Lenhar Embral'Denh
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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Sam 12 Juin 2010 - 16:01

    Quand la jeune femme arriva à son niveau et commença à le coiffer, il n'en crut pas ses yeux. Heu. Heu? La compréhension fut un peu lente à arriver à son cerveau, tant il était stressé. Pourquoi un tel geste? Pouvait-il espérer son pardon? Non, il n'osait y croire... Et pourtant elle était là, calme derrière lui, à coiffer doucement sa chevelure en coiffures fantaisistes qui ne lui plaisaient pas. Il sentait ses doigts nobles et délicats remettre des mèches en ordre, effleurer son cuir chevelu, arranger sa tignasse... La pièce était devenue silencieuse, mais plus sereine qu'avant. Plus sereine qu'il y a quelques minutes, où elle s'était méprise sur ses intentions. Il se demanda vaguement si elle allait continuer à lui parler. Mais lui, parviendrait-il à la regarder en face, avec l'affront qu'il venait de lui faire? Mais voyons, si elle n'avait pas accepté ses excuses, elle l'aurait jeté dehors sans autre cérémonie. Or ils étaient là, au beau milieu de la pièce, et elle tentait de remettre ses cheveux en ordre avec un ruban on ne peut plus..."Dentellé" allons-nous dire.
    Un sourire fleurit sur ses lèvres quand il entendit la jeune femme lui sommer de ne plus parler de cette petite altercation. Quoi, c'était un début de pardon. Elle n'oublierait certainement pas cela, mais au moins elle tenait à y réfléchir. Lenhar songea qu'il devrait repenser à cette soirée au calme. Il leva un sourcil, se demandant vaguement quand diable il pourrait bien trouver un moment de calme.
    Puis la jeune femme sembla satisfaite de la coiffure, déclarant qu'il n'avait de toute manière pas d'autre choix. Le sourire de Lenhar resta à ses lèvres, et il se retint de rire quand il jeta un coup d'oeil à sa silhouette dans le miroir au fond de la pièce, près du lit. Non, franchement, déjà, les Ombres n'étaient pas très charpentés, là il faisait office d'un parfait androgyne. Ou même d'une femme. Pff.


    "Ohlala, mais quelle élégance. Je pourrais rivaliser avec les dames de la cour. Merci, ma Lady."

    Puis elle alla ouvrir la porte. Et voilà, cette fois-ci c'était vraiment la fin de leur petite soirée. De toute manière il devait être fort tard. Le couloir semblait vide. Il n'aurait pas de soucis pour retourner à ses appartements. Mais, tout cela s'était terminé bien brutalement. Il se serait bien encore excusé, mais n'osa pas. Il avait fait assez de dégâts sur le moral de la jeune femme pour cette soirée. Elle s'apprêta à lui demander quelque chose. Lenhar tendit l'oreille, curieux. Que pouvait-elle dire? Mais elle se ravisa. Lenhar était dévoré par la curiosité, mais il n'osa pas lui demander de préciser sa pensée. Si elle s'était tue, elle devait avoir ses raisons. Il décida de ne pas insister. Il ne fallait surtout pas la contredire. Pas maintenant, alors qu'elle était disposée à le laisser partir dans des conditions qui auraient pu être bien pires.
    Quand la jeune femme lui souhaita bonne nuit, il n'y décela qu'une politesse réservée. Une certaine distance. C'était compréhensible, elle devait tenter de se contenir pour ne pas lui balancer ses quatre vérités. Lenhar s'inclina devant elle. La tête encore baissée, il leva le regard vers elle.


    "Bonne nuit, Lady Aziel'Da. J'espère que nous pourrons reparler, les idées plus claires, et les paroles plus précises, une autre fois, si vous le permettez. Il n'empêche que j'ai apprécié passer cette soirée en votre compagnie. Peut-être en fut-il de même pour vous... Dormez bien."

    Il se releva, et sortit doucement de la chambre. Il n'entendit pas la porte se fermer, mais il jugea qu'elle avait du la fermer avec précautions, pour ne pas faire de bruit. Aussi ne se retourna-t-il pas, et se dirigea-t-il vers ses appartements, non loin de là.
    Quand il entra dans la pièce, il prit une grande inspiration, et s'affaissa légèrement contre le mur. Il y avait trop de pensées s'entrechoquant dans son esprit, et il ne parvenait pas à en faire une synthèse correcte. Il défit sa "jolie" coiffure, et posa délicatement le ruban ornementé près de ses propres rubans, simples et fins. Puis il entreprit d'enlever sa chemise qui se faisait lourde; que les vêtements de cérémonie et d'apparat étaient peu commodes! Il trouva une bassine qu'il remplit d'eau, et se rinça le visage et la nuque, des gouttelettes ruisselant sur son torse nu. Il frissonna.
    Voyons, il s'était passé tant de choses ce soir qu'il n'arrivait pas à faire du calme dans son esprit. Que penser, que dire, que faire? Accepterait-elle vraiment de lui reparler, ou bien avait-t-elle cherché le moyen le moins violent pour le faire sortir de chez elle? S'était-elle seulement amusé pendant cette soirée, ou avait-elle été hypocrite en prétendant passer un bon moment? Il ne pouvait pas vraiment croire à la deuxième solution, tant ses sourires lui avaient paru jolis et sincères.
    Il se releva, et alla vers les rubans. Celui avec lequel elle l'avait coiffé portait encore l'odeur de la jeune femme. Une odeur douce, mais enivrante, ces odeurs de femmes qui savent ce qu'elles veulent et pourquoi elle le veulent. Mais en même temps, il décelait dans cette odeur une once sucrée, comme si une partie de son enfance, de son innocence peut-être, lui était restée. Mais Lenhar décida de ne pas s'y fier; il s'agissait peut-être, certainement, d'un de ses parfums. Il reposa délicatement le ruban, puis décida de le ranger dans la commode. Personne n'y touchait, et il pourrait lui rendre le ruban une autre fois, sans que personne n'ai pu savoir qu'il était en sa possession.

    Lenhar ouvrit la fenêtre en grand. La nuit était douce, et un vent parfumé parcourait le pays. Il frissonna en sentant la caresse de la brise sur sa peau nue, et savoura l'éclat tranquille de la lune. Il s'appuya contre la balustrade, et tenta de synthétiser ce qu'il ressentait pour la jeune femme. Il ne lui était que trop rarement arrivé d'éprouver des sentiments si contradictoires pour quelqu'un. Et puis, si jamais il avait des prétentions envers elle, il se doutait bien qu'il serait vite écarté par les parents, le roi et même le chef des armées. Les filles Aziel'Da faisaient partie des joyaux de la cour, parmi les plus belles et surtout les plus riches, donc les plus convoitées. Qu'y pouvait-il, lui, petit Capitaine élevé parmi le peuple? Et bien, rien. Au mieux, il pourrait peut-être la revoir. Mais cette soirée était une erreur, non?
    Il se tenait ce genre de propos, et soudain se remémorait le sourire de la jeune femme, ses yeux expressifs, son parlé franc et sûr de lui... Et de nouveau il doutait. Oui, mais qu'avait-elle pensé de lui? Ahlala, que les dieux lui viennent en aide. Il serra nerveusement son pendentif en argent assurant son grade de Capitaine, symbolisant le livre Sacré. Advienne que pourra, n'est-ce pas? Il n'en savait trop rien. Au pire, il verrait bien à leur prochaine entrevue, si son attirance pour elle était réelle, ou bien si le cadre intimiste qui leur avait été presque imposé avait disproportionné les choses. Mais bon. On verrait bien.
    Il porta nerveusement une main à sa ceinture, puis s'arrêta net. Pénombre. Où était Pénombre? Il se remémora alors le pliage en forme de fleur, et sa dague qu'il n'avait pas rengainée après avoir donné forme au papier. Donc, cela voulait dire que... Oh non. Le Capitaine posa son front contre la balustrade en pierre de taille, et serra les poings.


    "Lenhar, Lenhar... Tu n'es qu'un abruti."

[hj]Bon voilà, tu peux poster un dernier message si tu veux =D[/hj]

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MessageSujet: Re: Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]   Mar 15 Juin 2010 - 14:28

Elönia l'écouta faire ses adieux pour ce soir et se contenta d'acquiescer d'un geste de tête. Le Capitaine quitta alors la pièce en silence, sans plus insister. Elle le regarda s'éloigner et disparaître à l'angle du couloir. Étant une nouvelle fois attentive aux moindres bruits qui pouvaient survenir, la jeune femme referma la porte délicatement et la verrouilla définitivement pour cette nuit, lorsqu'elle fut certaine que personne n'était dans le coin.

Drôle de soirée, qu'elle n'était pas prête d'oublier... Elle ne savait pas encore avec quels termes elle allait la qualifier dans son journal intime, lorsqu'elle trouverait un moment pour aller le remplir... Si elle le faisait... car la noble commençait à réaliser que ce genre d'enfantillage n'était plus pour elle. Elönia y penserait demain, car pour le moment, la fatigue était telle que la jeune femme était capable de dormir à même le sol.


Se débarrassant de ses affaires, avant d'enfiler sa tenue de nuit, elle soupira une fois assise sur le lit, désespérée par la table basse sur laquelle trônait les cartes de son jeu de tarot. L'aînée de la famille Aziel'Da avait une sainte horreur du désordre et voir ainsi les cartes mélangées, n'importe comment, l'irrita. Puisant dans ses dernières forces pour ranger ce maudit jeu, elle ne put retenir un petit gloussement en repensant à sa prédiction concernant la soi-disant homosexualité de ce cher Capitaine. Le pauvre...


Rassemblant ses cartes, les remettant dans l'ordre avec précaution, elle remarqua finalement la dague oubliée sur le côté de la table basse. Elönia la saisit et fut surprise, dans un premier temps, par sa lourdeur avant de l'examiner sous tous les angles. Consciente soudainement qu'il s'agissait d'une arme qui servait à ôter des vies, et cela bien avant d'être un simple coupe-papier, elle la reposa sans plus attendre.

« Mince, la rose... »

Cherchant la fleur dans ses cheveux, la Lady réalisa qu'elle l'avait perdu. La petite rose se trouvait au sol, plus précisément au pied du lit, tombée lors de son changement de vêtement. La ramassant, elle décida de la garder, l'enfermant avec son jeu de tarot dans sa boite aux multiples pierres précieuses... Elle ne pouvait malheureusement pas la porter comme un bijou ordinaire, bien trop fragile pour cela... Seulement, il s'agissait d'un cadeau et les cadeaux devaient être conservés. Dans la boite, la petite fleur en papier ne risquait pas d'être abimée... et elle n'avait pas envie de la perdre.

La dague maintenant, qu'allait-elle en faire ? Certainement pas lui ramener ou la mettre en exposition sur la cheminée ! Cherchant un large mouchoir, elle l'enroula délicatement à l'intérieur, prenant soin de ne pas se couper, avant de fermer son paquet grâce à du fil à broder. La jeune femme chargerait un coursier de la ramener au petit matin... ou du moins, en fin de matinée, une fois qu'elle serait debout. D'ici là, elle ne devrait pas faire faute au Capitaine... Rassemblant ses souvenirs, elle se rappela qu'il devait être debout aux aurores pour un entrainement... Tant pis pour lui ! Il n'avait qu'à pas la laisser ici... Ces têtes en l'air alors...

Cette fois, elle était prête à se coucher. Se débarrassant des chandelles encore allumées, elle pénétra dans ses draps frais, prête à disparaître au pays des songes... Mais le sommeil ne vint pas. Les yeux grands ouverts dans l'obscurité, elle ne cessait de se ressasser cette longue soirée. Ses sentiments étaient partagés entre colère, honte et joie... Colère contre elle-même, ses réactions stupides au bal, mais également contre le Capitaine et ses idées saugrenues ou ses paroles involontairement déplacées... Ne devait-elle pas trancher cette question demain et dormir à présent ? Tournant et retournant dans le lit, elle se maudissait d'avoir été aussi vulnérable au cours de cette soirée... Avait-elle donné de faux espoirs au Capitaine qui l'avait conduit à lui faire cette demande ? C'était-il réellement fourvoyé ? Que signifiait cette « étreinte sincère » ? Oh et puis à quoi bon penser à tout cela ? Il ne faisait pas partie de sa famille, ni de ses amis proches et quand bien même il aurait tenté quelque chose, ce n'était pas la peine d'en faire une affaire d'État... Non... Elönia réfléchissait décidément trop... Elle décida alors d'appliquer à cette soirée un principe qu'elle respectait lorsque les choses ne se passaient pas toujours comme elle le désirait : se souvenir du meilleur, rien que du meilleur.

Le Capitaine l'avait écouté, l'avait rassuré, l'avait fait rire, un peu pleurer... et puis... Et puis rien ! Elönia sombra finalement dans les bras de Morphée.

{Rp terminé}

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Voulez-vous danser avec moi ce soir ? [Suite *]

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